vignette|droite|L'électorat de Mayence (en rose). L’électorat de Mayence (en allemand : Kurmainz) était une principauté du Saint-Empire romain germanique administrée par le prince-archevêque de Mayence. Il formait, avec l'électorat de Cologne et l'électorat de Trèves, l'une des trois principautés ecclésiastiques électorales du Saint-Empire. Aux trois archevêques rhénans revenait depuis le , avec le comte palatin du Rhin, le margrave de Brandebourg, le duc de Saxe et le roi de Bohême, le droit exclusif d'élire le roi de Germanie et l'empereur. À partir de 1512, l'électorat de Mayence rejoint le cercle électoral du Rhin.
Frontières de l’électorat et de l’archidiocèse Les frontières de l’électorat (la principauté), de l'archidiocèse et de la province ecclésiastique ne coïncidaient pas. À l’intérieur de la principauté électorale (ou électorat), l’archevêque de Mayence était un prince temporel bénéficiant de l’immédiateté impériale ; dans le périmètre de la province ecclésiastique ou de l'archidiocèse, son autorité était uniquement spirituelle.
L'autorité spirituelle de l’archevêque de Mayence, en tant qu’évêque métropolite, s’étendait à proprement parler sur la province ecclésiastique de Mayence, de laquelle dépendaient au haut Moyen Âge les diocèses de Worms, de Spire, de Constance, de Strasbourg, d’Augsbourg, de Coire, de Wurtzbourg, d’Eichstätt, de Paderborn et de Hildesheim.
L’archidiocèse de Mayence formait un territoire qui s’étendait du Hunsrück au nord au-delà du massif d’Odenwald et des monts de Vogelsberg jusqu’à Einbeck et la vallée de la Saale.
La principauté de Mayence (ou l’électorat de Mayence), contrairement au diocèse, était un fief très morcelé qui, en 1787, comprenait : l’archevêché inférieur, comprenant Mayence et quelques faubourgs au sud de cette ville, le Rheingau, la région autour de Bingen, la juridiction d’Oberlahnstein et une longue bande de territoires s'étendant au nord-est de Mayence depuis Höchst et les monts du Taunus jusqu’au château de Königstein ; l’archevêché supérieur, c'est-à-dire un territoire en forme d’équerre s’étendant de Seligenstadt au nord jusqu'à Heppenheim et Walldürn au sud, en passant par la Bergstraße et le massif d’Odenwald, arrosé par le Main, avec pour chef-lieu Aschaffenburg.
S'y ajoutaient encore quelques dépendances hessoises, les juridictions d’Erfurt et d’Eichsfeld ainsi que des portions des comtés de Rieneck (dans le cercle de Franconie) et de Königsstein (dans le cercle du Haut-Rhin), du comté de Gleichen et de la vicomté de Kranichfeld.
La superficie de la principauté était au total de , avec une population de , dont pour la seule ville de Mayence.
Évolution de l’électorat La fondation définitive de la principauté de Mayence date de l’hiver 780-781. Jusqu’au , son développement territorial est lié à la puissance croissante de l'archevêque de Mayence, plus haute autorité spirituelle (en tant que primat d'Allemagne) et temporelle (en tant qu’archichancelier) d'Allemagne.
La fin du Moyen Âge se caractérise comme une phase de territorialisation et de regroupement des possessions alors encore distinctes du prince-électeur et de l'archevêque, phase qui ne prit fin qu'avec la querelle du canonicat de Mayence en 1462.
Au cours de la Réforme, Mayence dut endurer de lourdes pertes territoriales, qu'elle ne recouvra (en tant que membre de la Ligue catholique) que dans une moindre mesure au cours de la Contre-Réforme et de la guerre de Trente Ans.
Des traités de Westphalie à la sécularisation de 1803, la principauté, du point de vue territorial, cessa d’évoluer. À la stagnation succéda la perte définitive de sa prééminence politique.
Les couches sociales au sein de l’électorat On peut distinguer quatre grandes classes sociales au sein de l'électorat. La classe la plus nombreuse était celle des paysans, qui étaient dans une situation de dépendance. Toutes les terres cultivables appartenaient aux classes privilégiées, en l'occurrence au prince-électeur, au chapitre canonial, aux monastères et aux seigneurs, qui tiraient des différents impôts levés auprès des paysans, en particulier de la dîme, un revenu lucratif.
La catégorie sociale sans contredit la plus influente était les chevaliers d’empire qui, en tant que seuls nobles de la principauté, n'avaient pas de rivaux. Il existait bien une noblesse de robe embryonnaire, mais elle était généralement rangée dans la bourgeoisie. Les chevaliers bénéficiaient de l'immédiateté impériale, c'est-à-dire qu'ils ne relevaient ni de la souveraineté, ni de la juridiction du prince-électeur, mais pouvaient en appeler directement à l'empereur. Après la Réforme, la plupart des princes-électeurs se recruteront dans cette noblesse d'Empire. En tant que privilégiés, les chevaliers étaient affranchis du paiement de l'impôt et des droits. Les vingt-quatre sièges du chapitre canonial leur étaient réservés, et au total à peu près 130 offices publics, dont 65 places d'honneur à la cour princière, les plus hauts grades de l'armée ainsi que l'emploi exclusif dans la garde princière.
Les classes restantes sont d'une part la bourgeoisie et les minorités tolérées, qui se concentraient dans les villes, et principalement à Mayence.
À la bourgeoisie appartenaient les négociants, les marchands et les artisans, c'est-à-dire des membres de corporations, car seules ces associations bénéficiaient des privilèges urbains : par exemple le droit de cité, l'exemption de la corvée et de l'ost, l'éligibilité aux emplois municipaux. Parmi les marginaux et les minorités tolérées, ces dernières étant les protestants et les juifs, on comptait les immigrants qui après un certain temps et sur prescription avaient la permission d'exercer un métier, mais ne pouvaient prétendre aux droits urbains.
Économie Au cœur de la vie économique de la principauté se trouvait Mayence. Moins industrieuse que sa voisine Francfort, c'était surtout un marché de rayonnement interrégional. La ville était entourée de terres fertiles, dont la culture intensive procurait du tabac, du chanvre, du millet, des fruits, des noix et surtout des céréales pour l'exportation. On exportait même du bois des forêts du Taunus et du Spessart. Il faut également mentionner sur ce chapitre la région du Rheingau, le plus riche vignoble d'Allemagne. Avec Cologne, Mayence partageait depuis 1495 le droit de foire, sur la route commerciale du Rhin.
Les marchandises acheminées par Mayence devaient être entreposées en ville et proposées au moins trois jours à la vente avant de pouvoir être rechargées sur un navire et être livrées à leur destination prévue. Les princes-électeurs étaient très vigilants sur l'application de ce privilège, car les droits perçus rejoignaient les caisses de l'État.
À la fin du , l'économie de la ville était toujours aux mains des commerçants, bien que depuis 1462 ces derniers fussent assujettis à l'absolutisme du prince-archevêque. Un échevin nommé par le prince, puis à partir de 1782 deux commissaires de police devaient assister aux réunions des corporations. Aucune décision ne pouvait être prise sans l'assentiment du prince. Aussi les corporations n'étaient-elles plus que des administrations d'État. Mayence, surtout après l'octroi des libertés urbaines en 1462, fut globalement reléguée économiquement par Francfort.
Ce n'est qu'avec la politique mercantiliste de l'électeur Jean-Frédéric-Charles d'Ostein (1743-1763) que le commerce connut un regain d'activité. De 1730 à 1790, on note même une explosion aussi bien économique que démographique de la principauté.
Le prince-électeur et le chapitre
Le prince-archevêque dans le Saint-Empire Outre ses fonctions de prince allemand et d'archevêque, l'électeur de Mayence détenait une position éminente dans le Saint-Empire romain germanique. Il présidait le collège électoral, c'est-à-dire qu'il convoquait les six autres grands électeurs pour le choix du nouveau roi à Francfort-sur-le-Main. Il y avait la préséance pour l'élection du roi de Germanie et pour les délibérations sur les capitulations. Il avait en outre la charge du sacre et de l’onction du nouvel empereur. Il était de droit archichancelier, et sur le plan protocolaire le premier conseiller de la Diète d'Empire. Il exerçait le contrôle des archives de cette assemblée et détenait une position particulière au sein du Conseil aulique et du tribunal d'Empire. En tant que prince de l'État mandataire, la direction du cercle électoral du Rhin lui revenait. Toutefois la plupart de ces fonctions avaient plutôt un caractère représentatif, et en tant que telles prêtaient surtout un poids politique au prince-archevêque.
Le chapitre de Mayence Le chapitre canonial de Mayence comptait 24 sièges ou prébendes et possédait une souveraineté propre sur plusieurs terres, subordonnées directement à l'autorité de l'Empereur et sur lesquelles le prince-archevêque n'avait aucun droit de regard. Ces terres comprenaient la ville de Bingen et sept autres localités importantes. Le chapitre possédait en outre des terres non seulement dans la principauté elle-même, mais aussi dans les principautés voisines. Ces possessions assuraient aux chanoines de confortables revenus, qui financièrement représentaient 20 % du revenu global de l'archevêché.
Mais certains membres du chapitre disposaient aussi d'autres revenus du fait qu'ils siégeaient dans les chapitres d'autres diocèses ou paroisses, ou bien qu'ils cumulaient des fonctions temporelles particulières qui leur étaient réservées dans la principauté.
Le chapitre était dirigé par les chevaliers d'Empire, les Reichsritter. Ses membres se recrutaient exclusivement parmi les trois cercles de chevalerie d'Allemagne, soit la franconienne, la souabe ou la rhénane, et devaient faire la preuve que leurs seize grands-parents étaient déjà membres de la noblesse d'empire. Les sièges vacants étaient pourvus par cooptation, c'est-à-dire que le candidat était nommé par les chanoines et le prince-archevêque. En pratique, ce mode électif mena très tôt à la formation d'une oligarchie héréditaire. La principale attribution du chapitre était l'élection de l'archevêque et du prince-électeur ainsi que la formation du gouvernement d'intérim de la principauté à la mort du prince régnant, jusqu'à l'intronisation du nouveau prélat. Son influence devint prépondérante après les capitulations qu'il présentait avant chaque nouvelle élection au candidat, par lesquelles il demandait confirmation des privilèges antérieurs et y adjoignait de nouveaux, et sur lesquelles chaque nouveau prince-archevêque devait prêter serment à son entrée en fonctions.
Les capitulations Les capitulations formaient la constitution de la principauté, dans la mesure où l'on peut trouver un équivalent avec des institutions modernes. Elles prirent leur forme définitive avec la capitulatio perpetua de 1788, rédigée par le chapitre à l'occasion de l'élection du coadjuteur Dalberg. Ces ultimes capitulations (qui ne devaient pourtant jamais prendre effet) étaient considérées comme une forme de constitution, sur laquelle non seulement le prince-électeur et l'archevêque devait prêter serment, mais également les employés et les fonctionnaires de la principauté. Son contenu garantissait la prétention du chapitre à former l'assemblée délibérative (la diète) de l'électorat ; car depuis la guerre des Paysans de 1524-1525, il n'y avait plus à Mayence d’États provinciaux..