L’abbaye de Maizières est un ancien monastère de cisterciens, troisième fille de La Ferté, fondé à partir de 1125 sur la commune de Saint-Loup-Géanges au lieu-dit Saint-Loup-de-la-Salle, dans le diocèse de Chalon-sur-Saône.

Histoire

La fondation vignette|gauche|Abbayes cisterciennes en Bourgogne.

Au à l’ouest de la paroisse de (Saint-Loup) est établie une nouvelle abbaye, troisième fille de celle de La Ferté sur Grosne, elle-même première fille de Cîteaux, l'abbaye de la Ferté ayant déjà créé deux filles en Italie à Tiglieto en Ligurie (1122) et à Lucedio dans le Piémont (1124). Trois autres filles de Cîteaux sont créés après la Ferté : Pontigny en 1114, Clairvaux et Morimond en 1115..

La charte de fondation date de 1132 et l’abbaye reçoit, outre les terres du Verglat et de Maizières, des terres à Corcelotte et à Pommard. D’abord établis in territoria Scoteria ils édifièrent une chapelle en bois aujourd'hui Les Gouttières, les moines s’installèrent probablement au milieu du , à Maizières , domaine irrigué par la Dheune, afin d'avoir l'eau en abondance et assurer le développement de leur abbaye Jean-Robert de CHEVANNE, "Le site primitif de l'abbaye de Maizières. La paroisse disparue de la Bretennière. Le déplacement général des abbayes cisterciennes en Bourgogne", Mémoires de la société pour l'histoire du droit et des institutions des anciens pays bourguignons, 15, 1953, ..

L'abbaye de Maizières est fondée sur les ruines d'un ermitage, d'où son nom de Macerioe (masures) ou , par l'un des nombreux donateurs de l'Abbaye de La Ferté, Foulques de Réon (apparenté aux Montaigu, Réon ou Rion qui est aujourd'hui un hameau à la sortie du village de Demigny) à l'origine du don du domaine de Lescotière. La charte de la fondation confiée à Dom Barthélemy, abbé de la Ferté, est rédigée en présence de Gautier, évêque de Chalon, Jocerand de Langres, Pierre archevêque de Tarentaise, Robert de Marnay, Raymond Gumber et Hugo Rufus de Saint-Romain. La grande Église de l'abbaye fut consacrée le . Elle possédait 15 chapelles, principalement dans le chœur ; celui-ci comprenait 80 chaires. D’après l’abbé Courtépée au , « sa nef était un peu étroite mais le chœur entouré d'un déambulatoire était fort beau », elle était comparable à celle de l'église de Semur-en-Auxois. La flèche du clocher, couverte d'ardoises, avait 38 m de haut de la lanterne à la croix. Son abside très importante se rapprochait des bâtiments du monastère. Un large déambulatoire constitué par une galerie en forme de fer à cheval devait circonscrire le chœur, d'un croisillon à l'autre, dans le prolongement des collatéraux Étienne GABIN, Histoire de l'Abbaye de Maizières et du Prieuré de Sermesse, Société d'Histoire et d'Archéologie de Chalon 20 octobre 1952. On y voyait à l'intérieur les mausolées de deux évêques de Chalon : Alexandre de Montaigu, (statue au musée de Chalon) et Olivier de Martreuil ; certains bienfaiteurs y avaient leur sépulture : Hugues III duc de Bourgogne ; Guy de Vergy ayant fait une donation a l'abbaye en 1154 ; Hugues de Palleau, Guy de Verdun, Richard de Montbéliard ; certains seigneurs de Couches, Guillaume en 1298, Jean et sa femme en 1440 et Claude, tué à la bataille de Buxy le . Hugues de Neublans, Robert comte de Tonnerre, Alexandre de Bourgogne (legs dans son testament en 1205), Béatrice comtesse de Chalon, Geoffroy de Chagny, Vauthier sans terre, Jehanne de Navilly. En 1717, on ne voyait plus dans l’église que les deux mausolées des évêques de Chalon et dans le cloître ceux du fondateur, de son épouse Chonors et de leurs enfants, les autres sépultures ayant été bouleversées par les guerres de Religion.

Développement En 1251, les moines aménagent des étangs sur la Vendaine (Etang Neuf et étang du Petit Beauregard) et, au cours de ce siècle, ils s’efforcent de posséder les moulins sur la Dheune ou sur le canal de la petite Dheune. Parmi eux, le moulin de Saint-Loup-de-la-Salle (aujourd'hui : Saint-Loup-Géanges), entré dans la dépendance de l'abbaye en 1304Source : Flânerie au moulin, article consacré au moulin de Saint-Loup-Géanges paru dans la revue trimestrielle « Images de Saône-et-Loire » (publiée par l'association Groupe Patrimoines 71), n° 203 de septembre 2020, pages 10 et 11..

À la fin du siècle, les moines ont constitué par donations successives un patrimoine foncier important en forêts, étangs poissonneux, terres de culture, pâturages irrigués, moulins à eau, fermes, métairies, vignes qui donnèrent naissance aux plus grands vins de la Bourgogne, les Beaune, les Chassagne, les Pommard etc., une tour et des maisons à Beaune, avec, au moins jusqu’en 1672, « le petit Maizières », un ensemble de maisons et celliers dont subsistent encore aujourd'hui, rue Maizières, caves et logis de l’abbé transformés en hôtel.

De 1362 à 1364, l'abbaye achète plusieurs maisons à Beaune.

En 1377 le duc de Bourgogne Philippe II le Hardi accorde à l'abbaye la franchise pour l'entrée dans la ville de ses vins de Beaune, Blagny, Puligny-Montrachet et Morgeot près de Saint-Aubin, sans payer de droit d'entrée. Cette coutume étant contestée par les échevins beaunois ; le par lettres patentes, le duc tranchera ce différend en exonérant les religieux de Maizières du droit d'entrée des vins mais, en contrepartie, la ville de Beaune achètera pour 200 francs une partie des maisons que l'abbaye possédait dans la ville avec une tour qui deviendra le beffroi et Tour de l'horloge de Beaune Archives Municipales de Beaune, parchemin, Carton 51 - Cote 1 - Cote 5.

Destructions Les guerres de Religion sont la source de graves dommages pour l’abbaye que les moines (au nombre de vingt à trente) s’efforceront de relever à partir du deuxième quart du .

En 1789, il ne reste que neuf moines. Un de ces moines, le cellérier, religieux de l’ordre de Cîteaux, se fait particulièrement remarquer ; du nom de Gaspard Goudier, franc-maçon depuis 1777, il engage un procès devant l’officialité de Chalon-sur-Saône pour se faire séculariser, son revenu personnel à l’abbaye était de 1 400 livres. Ayant perdu son procès, il est condamné à rester dans le cloître de l’abbaye par ses juges ecclésiastiques. La Révolution lui rend la liberté pour peu de temps, malgré son serment constitutionnel devant les officiers municipaux de Bonne Nouvelle à Paris le , il est arrêté et interné sous la Terreur pour avoir été « …attaché aux jouissances qu’il goûtait dans son état de moine, et aux propriétés dont il croyait que son ci-devant Ordre n’eût pas dû être dépouillé »

L’Assemblée Constituante décida de la mise à disposition de la Nation des biens du clergé. L’inventaire des biens de Maizières est réalisé en juillet 1790 et, divisée en quatre lots (La maison conventuelle, la maison abbatiale, la métairie de la Forge et la métairie de l’Épervier), l’abbaye est vendue aux enchères.

vignette|droite|Portail du logis abbatial de l'abbaye de Maizières .

La maison conventuelle, cour, jardin, clos avec les aisances et dépendances, église et cloître, compris dans le lot n° 1 sont estimés et mis à prix à le . La totalité des lots au nombre de quatre avec la maison abbatiale (qui se trouve derrière la maison conventuelle), la métairie de la Forge, la métairie de l’Épervier de Saint-loup, sont estimés à 18 sols 4 deniers. L'enchère fut emportée pour l'ensemble des lots à par Nicolas Degros, négociant à Chalon, qui immédiatement les revend en trois lots dont le premier à Antoine Durus, négociant à Gergy, qui le rétrocède à Claude-François Deplace, entrepreneur, fin 1791. Ce dernier s'empressera de détruire l'abbatiale et le cloître dont il vendra les pierres, ne conservant que le « château » – l'ancienne maison conventuelle – mais surtout un vaste domaine comprenant 200 hectares de terres, bois, vignes, étangs, fermes et moulinAlain Dessertenne, « Deplace et Perret : deux Savoyards en Saône-et-Loire », revue Images de Saône-et-Loire de juin 2026, pages 25 à 32..

Le sieur Degros évoqué ci-dessus pourrait avoir été un marchand de fontes et de fers, et avoir servi d'informateur à William Wilkinson, lequel a contribué à la construction de la première usine du Creusot. L'historien anglais H.W. Chaloner a publié une transcription du rapport de William Wilkinson en date du , en appendice de sa communication au colloque international de 1955 à Nancy : Le fer à travers les âges. Wilkinson cite dans son rapport un « Mr. Degros of Châlons-sur-Saône » qui a vu passer dans ses mains plus de de fonte. »

Afin d'empêcher un éventuel retour des moines, Claude-François Deplace fait démolir l'église et le cloître, toutes les pierres récupérées et « meubles » étant vendus ou transférés dans les environs en 1791 ; gisant d'Alexandre de Montaigu, évêque de Chalon, enterré à Maizières le jour de Noël 1261, à Chalon (musée Denon) ; le jeu d'orgues construits en 1699 par le facteur d'orgues du Roi, Julien Tribuot qui travailla pour la construction de l'orgue de la chapelle du château de Versailles (vers 1708), racheté par la paroisse de Seurre se trouvent maintenant, superbement restauré en 1991, dans son église. vignette|gauche|Jeu d'orgues de Maizières 1699_ Église de Seurre. Les stalles (à l’origine au nombre de 80) en bois à St-Pierre de Chalon dominées par les statues en pierre de saint Augustin, saint Ambroise, saint Jérôme, saint Grégoire qui se trouvaient dans le chœur de l'église de l'abbaye ; Le Christ mesurant près de 3m de haut et deux reliquaires transférés en l'église le par le curé constitutionnel du village de Saint-Loup-de-la-Salle; les cloches à Demigny ; la grille du chœur fût utilisée comme rampe d'escalier d'accès au premier étage de la maison conventuelle des moines qui devint le château de Maizières. Quelques volumes de la bibliothèque seront réunis à ceux de la bibliothèque de Chalon ; Une dalle funéraire des seigneurs de Montaigu avec inscription du () servira de pierre d’évier dans la grande cuisine du château.

Architecture

Filiation et dépendances Maizières est fille de l'abbaye de La Ferté.

Liste des abbés Quarante-et-un abbés ont occupé successivement le siège abbatial de Maizières depuis son origine jusqu'à la Révolution.

Liste des abbés réguliers

 I.        - Angelerus ou Angelerius, appelé aussi Anglericus et Angelicus,  dans quelques  chartes est appelé le premier abbé, mais dans d'autres documents, surtout dans les annales  de  l'ordre, est  désigné  sous  le nom de Paganus, apparemment  parce  qu’il avait deux noms.             Sous le premier vocable, il est mentionné dans la charte de Walter, évêque de Chalon, à la communauté de Saint-Pierre  de Chalon,  l'an  1133.

Mais Paganus est réputé, après la dixième année de son administration,  avoir  accordé  à  

Siméon II  duc  de  Lorraine et  à son  épouse Anne  de Namur,  réclamant des  moines,  la  faveur de  construire, en  vue d'en  loger  une douzaine, un   bâtiment   à Stulzebrune,  dans  une   contrée   de la Lorraine, près de l' Alsace et, enfin, avoir terminé sa vie en l'an 1146.

En cette année,  Angelerius  arriva à l'abbaye  du Miroir.

II.         - Guillaume, désigné comme second abbé dans plusieurs chartes,  obtint en  1147 du  Pape  Eugène  III, une  bulle de- protection.        

En  témoigne  aussi,  en  1151, une  charte  de Cîteaux  parmi les preuves fournies par Guy  de Vergy.  En  1154,  il reçoit  de Guy  de Vergy  tout  ce qu'il  possédait dans  le  territoire de Bulliaco.

En 1158, il signe un contrat avec Guy, abbé  d'Arremarensi,  pour  une  grange ;  enfin,  en  1172,

on le trouve cité dans le cartulaire de l'église  de  Chalon. Mais  il  n'y   a  pas  trace  d'une  donation qui   aurait  été faite à Richard d'une terre aux alentours d'Allerey près de la Saône par  Guy,  seigneur de Verdun,  contemporain de l'abbé Guillaume, non plus que  du  bref d'action  de grâces en remerciement  de  cette  donation  à  l'abbé Richard. Il mourut en l’an 1171.