Le château du Bourget, appelé également château de Thomas II ou encore château des comtes de Savoie, est un ancien château-palais, du milieu du agrandi au fil du temps, dont les ruines se dressent en France sur la commune du Bourget-du-Lac, dans le département de la Savoie en région Auvergne-Rhône-Alpes.
Lieu de chasse et de pêche mais aussi lieu de diplomatie et de justice des comtes de Savoie, on y accédait soit par les chemins ou par bateau.
Possession des comtes de Savoie, il ne faut pas le confondre avec le château des ducs de Savoie qui sont deux édifices différents, le dernier sis sur la commune de Chambéry.
Les ruines du château du Bourget font l’objet d’un classement au titre des monuments historiques depuis le ..
Situation vignette|gauche|Rive sud du lac avec ses roselières, le château dans la partie droite de la photographie.
Le château se situe à l'extrémité sud du lac du Bourget, plus précisément la berge sud-ouest, et sur la rive gauche de l'embouchure de la Leysse... Il commandait la route de Lyon à Chambéry par le col du Chat.
La particularité du château, relève l'historien Bernard Demotz, spécialiste des châteaux savoyards pour la période médiévale, c'est que celui-ci est installé en plaine et à proximité du lac, dans une zone inondable.. Si la partie nord est lacustre, à l'ouest se trouve la Leysse et à l'est des canaux, seul un chemin d'une centaine de mètres permet d'accéder à l'édifice depuis un pont du torrent.
Au-delà d'un aspect stratégique, la proximité du lac permet de se déplacer plus facilement et de rejoindre notamment, par un canal, le Rhône et ainsi la cité lyonnaise et plus en aval la cité des Papes, Avignon.
Histoire Origine de la fondation Le comte de Flandre et seigneur de Piémont, Thomas, frère du comte Amédée IV de Savoie, réside en Piémont, mais revient régulièrement passer l'été en Savoie, notamment près du lac du Bourget, résidant au Château d'Aix, Châtillon à l'abbaye d'Hautecombe. ou encore au prieuré du Bourget.. Il souhaite cependant se faire construire une demeure propre à son rang, là où la Leysse se jette dans le lac, pour le médiéviste Bernard Demotz, cette installation est due à son frère le comte.
Le terrain appartient au prieuré, vassal du comte. Le prieuré clunisien était implanté à proximité, depuis sa fondation vers le début du , sous les auspices du premier des Humbertiens, le comte Humbert. Amédée IV négocie donc entre 1247 et 1248 une série d'accord avec le prieuré. Le , un contrat est signé stipulant que le comte Amédée autorise les moines du Bourget à vendre un terrain sur les bords du lac du Bourget à son frère, Thomas, afin d'y établir « une maison et un vivier, le tout entouré de soixante-dix pieds de terre ». L'accord stipule plusieurs engagement pris par Thomas (payement d'un cens annuel au prieuré, maintien de leurs droits, un droit d'asile, etc.).
Selon Georges Chapier, la construction du château dure de 1248 à 1253.. Toutefois, selon les historiens Bruno Berthier et Robert Bornecque, auteurs de Pierres fortes de Savoie (2001), les travaux de construction n'auraient pas débuté , si l'on prend en compte les informations inscrites dans les comptes de châtellenie. Ainsi le premier compte qui nous est parvenu date de l'année 1289 et mentionne la construction d'un domus nova, à proximité de la rivière de la Leysse..
Résidence comtale Le château devient très vite l'une des principales résidences comtales, et cela durant plus de deux siècles., jusqu'à ce que les comtes lui préfèrent les rives du Léman, notamment au château de Ripaille. Son importance est telle que son nom est utilisé pour désigner le lac éponyme.
Le , y naît Amédée, fils cadet de Thomas II, qui sera comte de Savoie en 1285.. À la mort de Thomas de Piémont, le château revient à sa femme, où elle réside et gère les affaires du Piémont..
Le nouveau comte Amédée V (1285-1323) fait du château, où il a passé une partie de son enfance, sa résidence principale, comprenant l'intérêt stratégique du site, notamment au sein d', selon Bernard Demotz. Il est à l'origine de sa transformation en forteresse avec l'aménagement des fossés. La résidence devient l'un des centres politiques du comté puisque les historiens ont pu attester les livraisons permettant le fonctionnement de la Cour. Le comte Amédée y signe de nombreux actes tout au long de son règne. Amédée VI et Amédée VII, y feront de nombreux séjours.
Blanche de Savoie, fille de Aymon de Savoie est mariée, le ., au château, à Galéas II Visconti, duc de Milan.
Sous le premier duc de Savoie, Amédée VIII, le château est alors progressivement délaissé au profit du château de Ripaille. Toutefois, en 1403, à l'occasion du mariage de Bonne de Savoie (1388-†1432) avec Louis de Savoie-Achaïe, seigneur de Piémont, contracté le , on repeint la chambre dite de la Tournelle, et en 1427, Amédée VIII y donne une fête à l'occasion du mariage de sa fille, Marie de Savoie, avec Philippe Marie Visconti, duc de Milan.
En 1417, André de Sômont en est le châtelain. En 1438, Louis de Savoie, prince de Piémont, lieutenant général et fils du duc Amédée VIII, inféode la baronnie à Jean de Seyssel ., seigneur de Barjat/Barjact et maréchal de Savoie. et confirme son désintérêt pour le château du Bourget.. Le château semble disparaître des chroniques et des comptes du duché, les ducs s'étant installés notamment sur la rive du Léman.
En 1456, Anne de Lusignan aurait confié la reconstruction à maître François Payn ; le château ayant été presque entièrement détruit par un violent incendie. Toutefois, cette réparation semble hypothétique pour les historiens dans la mesure où celui est complètement en ruine au début du siècle suivant.
Abandon progressif du château En 1524, Charles III de Savoie vend la baronnie à sa sœur Philiberte, duchesse de Nemours., qui le laisse tomber en désuétude. À la mort de cette dernière, le château fait retour au duc.
Les terres du Bourget sont donnés à l'ordre des Saints-Maurice-et-Lazare avant de revenir à la couronne en 1585. Quatre ans plus tard, Jean-François Berliet, seigneur de Chiloup et futur archevêque de Tarentaise (15991607), achète le titre et les terres du Bourget, le duc Charles-Emmanuel se réservant la juridiction, et son frère Jean-Georges. La confirmation de la vente a lieu en avril et .
Les frères Rossillon revendent leur part aux neveux de l'archevêque Berliet, Jean Berliet et Jean d'Ivoley, en 1610. Entre-temps, deux gravures du jésuite Étienne Martellange, Prieuré de Bourget en Chambery, datant du 10 et ., montrent un édifice en ruines. Le titre de baron du Bourget passe de Jean Berliet à son fils Jean-François. L'épouse de ce dernier, devenue veuve, le donne en indivis à ses trois filles. Une reconnaissance est faite le en faveur du duc pour le château . L'aînée, Marie Berliet épouse le noble Balthazar Laurent en 1668. Ils ont un fils, Joseph, qui hérite de sa mère et achète (1672) la partie de l'une de ses tantes. La troisième partie passe par mariage à la famille de Thoyre, le titre jusque là utilisé par les deux familles, passe à la suite d'une compensation à la famille Laurent à partir de 1720.
En 1727, Gaspard Laurent, dernier héritier, les vend en indivis, d'une part à son beau-frère, Claude-Louis de Buttet, seigneur de la Maison-Forte d'Entremont et d'autre part à Pierre-Antoine Chollet, procureur général au Sénat de Savoie.. Le , a lieu le partage entre les descendants des deux acheteurs indivis, le château, ses fossés et le pourtour reviennent à Joseph-Marie de Buttet.. Les dernières héritières de Buttet vendent leur part au marchand de domaines, Jean Guerrier, originaire de Lyon.
Le château est vendu le pour une somme de à des habitants du Bourget ., que Bernard Manipoud qualifient de ., servant jusqu'en 1849 notamment de carrière.
Le , Louis de Buttet, baron du Bourget, officier des dragons, revenu s'installer en Savoie, rachète pour les ruines, devenues , ..
Campagnes de fouilles et protection vignette|droite|Vue sur le château depuis le Mont du Chat. Le château du Bourget fait l'objet de fouilles archéologiques depuis le .
En 1841, les ruines du château, tombées dans l'indivision, sont vendues à des marchands de biens, qui le dépouillent de tous ses éléments vendables et auraient continué à le dépecer sans l'intervention d'un conservateur du patrimoine : Louis de Buttet d'Entremont, baron du Bourget, (1808-1869), officier de dragons, au service du roi Charles-Albert de Sardaigne. Rentré au pays en 1843, il les rachètera par acte du pour la somme de afin de conserver et de protéger les vestiges de l'édifice qui échapperont désormais aux démolisseursMarc-André de Buttet d'Entremont, Notes Historiques sur les ruines du château du Bourget, Chambéry, 1906..
Bernard Manipoud, membre du CNRS-Lyon II, effectue un relevé du plan entre 1975-1976..
La commune du Bourget-du-Lac rachète le domaine en 1978 et les fouilles sont réalisées sous l'égide de la Société savoisienne d'histoire et d'archéologie. Le site obtient le classement des vestiges du château à l'inventaire supplémentaire des monuments historiques en 1983. Une étude globale est effectuée par Marie-Thérèse Pio entre 1980 et 1982.
En 1988, un arrêté préfectoral de protection de biotope est mis en place, avec la création en 1991 d'une réserve ornithologique intitulée « le domaine de Buttet », géré par le Conservatoire d'espaces naturels de Savoie (CEN Savoie, anciennement CPNS)Programmes : 2003-2009 ; 2009-2012 ()..
Le château fait l'objet d'une troisième campagne de fouilles, entre 1990 et 1993, notamment à travers des travaux de restauration entreprises (), sous l'égide des Monuments historiques. Une quatrième campagne s'est ouverte entre avril et , afin de .
Description gauche|vignette|Tour des Archives et tour de la Poterne.
Le château-palais est un ensemble composite du milieu du , maintes fois remanié au cours des deux siècles suivants et actuellement à l'état de ruines. Sa fonction, voulu par le prince Thomas, est celle d'être une résidence d'agrément. Son fils Amédée V renforce son système de défense, notamment en faisant creuser des fossés.
Les deux auteurs de Pierres fortes de Savoie (2001) relèvent que l'édifice garde un caractère . En effet, il ne reste qu'une partie de l'enceinte et les tours, laissant des hypothèses pour le reste des constructions, plus encore pour les substructions plus anciennes. Les deux historiens indiquent donc qu'il reste encore en l'an 2000.
Plan général Le plan général du est un quadrilatère structuré par une courtine associée à quatre tours et une tour-porte à pont-levis.
Le château se présente ainsi sous la forme d'une enceinte fossoyée de de côté, enchemisant des logis. On accédait au château et à sa cour intérieure par une tour-porte à pont-levis, dont il subsiste, en avant de l'entrée, les deux crapaudines et qui permettait de franchir le double fossé en eau.
À l'intérieur se dressaient plusieurs bâtiments, le logis du châtelain, la salle de l'Hôtel, un sarto (cave, cellier), au nord-ouest un corps de logis flanqué de deux tours-résidences rectangulaires, fermant l'enceinte au sud un bâtiment abritant, les communs et les écuries, un grenier, établis le long des murailles. Au début du , le corps de logis était encore couvert d'un toit en appentis et servait probablement de grange. Au centre de la cour se trouvait une fontaine.
Les tours droite|vignette|Tour nord-ouest. Seules trois tours subsistent sur les quatre tours-résidences rectangulaires du château du . Deux d'entre-elles, la tour nord-ouest et la tour orientale ont fait l'objet d'une étude spécifique.
Tour nord-ouest