Émilien Benoît Daniel Frossard né le à Paris, mort le à Bagnères-de-Bigorre, est un pasteur protestant réformé français. Il est également pyrénéiste, dessinateur, et fondateur de la société Ramond.

Biographie Enfance et formation Émilien Benoît Daniel Frossard naît le au domicile de ses parents, au de la rue Montmartre à Paris. Il est le dernier des huit enfants du pasteur protestant Benjamin-Sigismond Frossard (1754-1830), docteur de l'Université d'Oxford, et de Marianne-Emmélie Drouin (1767-1811). En 1809, la famille s'installe à Montauban, après que Benjamin-Sigismond Frossard est nommé doyen de la faculté de théologie protestante de la ville.

Émilien Frossard fait ses études dans ce même établissement où il obtient son baccalauréat en 1818. Il entreprend alors un voyage en Angleterre de deux ans, et séjourne chez des amis de son père comme William Allen, scientifique quaker et philanthrope dont il apprécie l'action sociale et le combat contre l'esclavage. En Angleterre, Émilien Frossard découvre le plaisir de la marche à pied lors de longues promenades à travers le Derbyshire, s'initie à la géologie et à la spéléologie, et commence sa propre collection minéralogique.

Découverte des Pyrénées et autres voyages C'est à l'âge de , en 1810, qu'Émilien Frossard découvre les Pyrénées lors d'un voyage familial en Ariège, aux environs d'Ax-les-Thermes dont le reste tout au long de sa vie gravé dans son imagination, selon ses propres termes. De même, depuis Montauban, la silhouette des montagnes qu'il perçoit à l'horizon lui apparaît comme un rêve : .

En 1821, Émilien Frossard séjourne pour la première fois à Bagnères-de-Bigorre, où son père s'installe l'été pour assurer la pratique du culte réformé auprès des nombreux curistes britanniques qui fréquentent la cité thermale. Il y est accueilli par Jean-Baptiste Jalon, un savant bagnérais d'adoption dont la maison reçoit la visite de nombreuses personnalités issues de la noblesse ou de la bourgeoisie active, scientifiques, philosophes, romanciers ou autres gens de lettres attirés par les Pyrénées. Émilien Frossard entreprend alors ses premières excursions en montagne et gravit le pic du Midi de Bigorre, le pic du Piméné ainsi que des sommets de la vallée de Héas. En 1823, devenu apprenti pasteur, il séjourne de nouveau à Bagnères-de-Bigorre, et prêche lui-même à deux reprises. Il multiplie les excursions en montagne, notamment au cirque de Gavarnie et à la brèche de Roland, dont il réalise sur place un dessin fidèle qui sera plus tard reproduit en lithographie. Il y rencontre également la jeune Anglaise Isabella Trye, fille d'un chirurgien de Gloucester et qui devient sa fiancée l'année suivante.

Le , Émilien Frossard soutient une thèse intitulée Accord entre le récit de Moïse sur l'âge du genre humain et les phénomènes géologiques à la faculté de Montauban. Au mois de septembre suivant, il voyage à Amsterdam, puis en 1825, il entreprend un nouveau séjour en Angleterre, d'une durée de sept mois. Il y est notamment reçu par son frère Émile, pasteur à Londres, et se rend à Bath en compagnie de sa fiancée. Au cours de son voyage, Émilien dispense des leçons de français pour subvenir à ses besoins, et met à profit ses longues marches dans les régions du nord-ouest de l'Angleterre pour enrichir sa collection de minéraux.

Carrière de pasteur À son retour en France, Émilien Frossard est consacré pasteur au Grand temple de Nîmes le . Il y effectue sa première prédication le . Outre ses fonctions spirituelles, il s'engage en faveur des malades ou des prisonniers, et participe notamment à la création de la Maison de santé protestante de Nîmes en 1842. Deux ans plus tôt, le , il est nommé chevalier de la Légion d'honneur. Il publie de nombreux textes, en particulier des ouvrages de morale ou de théologie, mais également des livres illustrés : en 1829, il publie ses Vues prises dans les Pyrénées françaises, puis le Tableau pittoresque des Pyrénées françaises dix ans plus tard. Il est aussi l'auteur d'un Tableau pittoresque, scientifique et moral de Nîmes et de ses environs, paru en 1846.

Le , épouse Isabelle Trye à Bath. De leur union naissent quatre enfants : deux garçons, Charles-Louis (né le ) et Émilien-Sigismond (né le ) ; et deux filles, Mary-Isabella (née le ) et Jeanne-Amélia (née le ).

Son attachement aux Pyrénées motive les différentes demandes de congé qu'il adresse auprès de sa hiérarchie : c'est le cas en 1839 où un congé d'un mois lui est octroyé pour qu'il puisse dispenser le culte protestant dans les différents établissements thermaux des Hautes-Pyrénées. Le , Émilien Frossard quitte ses fonctions de pasteur à Nîmes puisqu'il est nommé directeur du séminaire de Montauban. Il n'occupe ce poste qu'à peine plus d'un an : en , il s'établit à Bagnères-de-Bigorre, quelques mois seulement après le décès de sa femme, le , des suites d'un cancer digestif.

Nommé pasteur pour l'ensemble du département des Hautes-Pyrénées par la Société chrétienne d'évangélisation de Bordeaux, Émilien Frossard est le premier pasteur protestant à s'y installer définitivement.. De petites salles mises à disposition par les municipalités mais il encourage la construction d'édifices plus importants comme le temple protestant de Bagnères-de-Bigorre, inauguré le ou celui de Tarbes, inauguré le . À partir de 1852, le département des Hautes-Pyrénées étant rattaché à l'Église consistoriale d'Orthez, Émilien Frossard devient un agent de la Société d'évangélisation du Béarn et des Pyrénées, qu'il a contribué à fonder et qu'il préside depuis 1850. Bien qu'il refuse plusieurs nominations, comme un poste de pasteur à Pau ou un rôle de missionnaire à Tahiti, Émilien Frossard s'éloigne parfois des Pyrénées : en 1852, il voyage à Paris, Strasbourg, Londres et Édimbourg, puis en 1855, il officie pendant plusieurs mois comme aumônier militaire en Crimée.

À sa mission évangélique, Émilien Frossard ajoute une dimension sociale et éducative et s'engage pleinement dans la vie locale : en 1849, il crée à Bagnères-de-Bigorre l'une des premières bibliothèques protestantes du Sud-Ouest., puis encourage la fondation d'un asile protestant à Orthez en 1852 et de l'école Jeanne d'Albret à Tarbes en 1874. Il officie également pendant plusieurs années comme assesseur à l'Institut de Charité de Saverdun et, en tant que doyen d'âge, il préside le synode général de Paris en 1872.

Émilien Frossard assume ses fonctions pastorales jusqu'à la fin de sa vie. Il meurt d'une apoplexie à son domicile de Bagnères-de-Bigorre le . Deux jours plus tôt, il célébrait encore le culte au temple de la ville et assistait à la réception du préfet des Hautes-Pyrénées. Ses funérailles sont célébrées le .

Engagement pyrénéen Action locale L'action d'Émilien Frossard ne se limite pas à sa dimension spirituelle. Il œuvre particulièrement pour le développement social et culturel de Bagnères-de-Bigorre en s'impliquant dans la création d'une bibliothèque municipale avec l'historien Achille Jubinal, s'associe à l'imprimeur Joseph Cazenave pour fonder La Petite Gazette, un journal destiné à contrer L'Écho des vallées, quotidien clérical et réactionnaire, puis il aménage avec l'aide de son fils Charles-Louis un musée géologique, paléontologique et archéologique, d'abord installé à la villa Théas puis dans sa maison sur la route de Campan.

Émilien Frossard est également impliqué dans la fondation de plusieurs sociétés savantes, notamment la Société de l'histoire du protestantisme français, présidée par Charles Read en 1852, et la Société académique des Hautes-Pyrénées, dont il devient le secrétaire général en 1853, un mois seulement après sa création. Dans le cadre de cette société, il organise de nombreuses conférences publiques et gratuites sur des thèmes variés comme la géologie et l'hydrographie pyrénéennes, les rapports entre l'étude des sciences naturelles et la foi chrétienne ou encore l'ethnographie, au terme d'une longue enquête sur les populations marginales du Béarn, de la Navarre et du Pays basque. Il s'investit par ailleurs dans le développement de l'économie locale en contribuant à la création en 1859 de la Société d'encouragement pour l'Agriculture et l'Industrie dans l'arrondissement de Bagnères-de-Bigorre, dont il assure la vice-présidence.

Société Ramond Le , Henry Russell, Charles Packe, Émilien Frossard et ses deux fils, Charles-Louis et Émilien-Sigismond, se retrouvent à l'hôtel des Voyageurs de Gavarnie, au terme de leurs excursions respectives. C'est lors de ce dîner qu'émerge l'idée de mettre en commun leurs expériences multiples dans une société de montagne sur le modèle de l' fondé à Londres en 1857. Le projet se concrétise quelques mois plus tard dans le salon d'Émilien Frossard qui propose de placer cette nouvelle organisation sous l'égide du premier des grands explorateurs pyrénéens, Louis Ramond de Carbonnières, démontrant ainsi la volonté de ses membres de ne pas se limiter à un alpinisme pyrénéen mais de promouvoir l'étude scientifique de la chaîne sous tous ses aspects. Émilien Frossard accepte la présidence de la Société Ramond dont le premier Bulletin est publié en 1866..

Le titre complet de ce bulletin, Explorations pyrénéennes. Ascensions des hautes cimes et des régions de difficile accès — Observations météorologiques — Recherches scientifiques & archéologiques, explicite le programme d'action pluridisciplinaire de cette nouvelle association, dont Émilien Frossard livre le programme d'action dans le deuxième numéro : . Par son âge et sa qualité de pasteur, Émilien Frossard apparaît comme la véritable figure tutélaire de la Société Ramond, dont les membres saluent l'autorité et la modération. Par son entregent, la société est en relation avec de nombreux savants de sa génération ce qui lui apporte un surcroît de considération et de respectabilité.

Portrait Figure du protestantisme engagée dans la vie locale Les contemporains d'Émilien Frossard saluent ses qualités humaines, à l'image du pyrénéiste Henry Russell qui évoque . En tant que pasteur, il consacre une grande part de sa vie à sa mission évangélique, comme l'affirme l'un de ses biographes, Marc Forissier : . Le surnom d'« apôtre des Pyrénées » lui est attribué de son vivant, notamment par son ami Adrien Bayssellance. À Bagnères-de-Bigorre, son engagement dépasse largement ses fonctions pastorales et revêt une dimension sociale, éducative, culturelle et économique, de sorte qu'Émilien Frossard, qui ne fait preuve d'aucun sectarisme, est unanimement apprécié par la population locale : selon Célestin-Xavier Vaussenat, . De même, ses contemporains mettent en avant son humilité et sa modestie.

Sur le plan politique, Émilien Frossard fait preuve d'une certaine neutralité et ne se revendique d'aucun parti, car il considère que . Après la révolution de 1830, il manifeste des convictions libérales et compte de nombreux républicains parmi ses proches, ce qui ne l'empêche pas de solliciter une rencontre avec l'empereur Napoléon III et de lui adresser un compliment. Ses différentes entreprises culturelles et sociales, en particulier les sociétés savantes qu'il contribue à fonder, témoignent de son effort constant pour la démocratisation du savoir. Cette volonté d'action sociale lui vient notamment des rencontres effectuées dans sa jeunesse en Angleterre, notamment l'entrepreneur philanthrope et antiesclavagiste William Allen à qui il dédie sa thèse en 1824.

Esprit ouvert à toutes les disciplines D'après ses biographes Bertrand Gibert et Philippe Fermigier, . Véritable naturaliste, Émilien Frossard est un esprit curieux qui s'intéresse à de nombreuses disciplines scientifiques qui sont autant de champs d'études qu'il explore à travers les Pyrénées, pour lesquelles il éprouve une véritable fascination.