La morphologie de l'hébreuquelques ouvrages fondamentaux aident l'étude de la morphologie de l'hébreu : Paul Joüon, Grammaire de l'hébreu biblique (voir bibliographie), Brigitte Donnet-Guez, Grammaire de l'hébreu (voir bibliographie), Philippe Cassuto, Portiques de la grammaire hébraïque (lien au site : voir liens et documents externes), Shmuel Bolozky, 501 Hebrew verbs fully conjugated (voir bibliographie), Sander & Trenel, Dictionnaire hébreu-français (voir bibliographie). (צוּרָנוּת הַעִבְרִית) occupe une place importante dans la grammaire hébraïque : l'analyse d'un énoncé en phrasesorthographe massorétique : מִשְׁפָּטִים, translittération phonétique : [mišəppāṭīm], transcription francophone : michpatim, traduction littérale : sentences (au singulier מִשְׁפָּט, voir Sander & Trenel, opus citatum, page 419). (משפטים), et de ces phrases en propositions, est l'objet qu'étudiera la syntaxe. L'analyse des propositions présente des mots reliés entre eux. Et l'étude de la forme de ces mots élémentairesorthographe massorétique : מִלּוֹת, translittération phonétique : [millōṯ], transcription francophone : milot, traduction littérale : mots. (מלוֹת), abstraits de leurs relations réciproques et considérés dans leur structure formelle, est précisément l'objet qu'étudie la morphologie de la langue hébraïque.
morphologie de l'hébreu : צוּרָנוּת הַעִבְרִית
Morphèmes La linguistique nomme morphème l'unité élémentaire qu'étudie la morphologie. Le morphème partage avec le phonème le fait d'être un élément sonore, et se distingue de lui par le fait d'être signifiant.
Le morphème signale un caractère spécifique du mot qu'il intègrece terme hébreu vient du chaldéen מִלָּה [millā'] (voir Sander & Trenel op.cit. page 367). (מלה), relativement à un trait grammatical. Exemple : Le morphème -ā (הָ-) qui termine un mot hébreu peut signaler que ce mot est du genre féminin, le trait grammatical est alors celui de genreorthographe massorétique : מִין, translittération phonétique : [mīn], transcription francophone : mîn, traduction littérale : genre. (מין), et le caractère spécifique de ce trait grammatical est le féminin<ref>orthographe massorétique : נְקֵבָה, translittération phonétique : [nəqeḇā'], transcription francophone : neqeḇā, traduction littérale : féminin.</ref> (נקבה).
La morphologie nomme morphème lexical un morphème qui porte une valeur lexicale (le lexème de la lexicologie), elle nomme morphème grammatical tout morphème privé de valeur lexicale. Exemple : l'analyse morphologique du mot səp̄ārīm סְפָרִים (des livres) considère le lexème sép̄er סֵפֶר comme un morphème lexical et la terminaison -īm יִם- comme un morphème purement grammatical.
Un morphème libre peut constituer à lui seul un mot. Un morphème lié se rattache toujours à une base. Exemple : sép̄er סֵפֶר est un mot qui se traduit par livre, c'est aussi un morphème libre. Dans səp̄ārīm סְפָרִים, -īm יִם- est un morphème lié à la base sép̄er סֵפֶר pour signaler le genre et le nombre du mot səp̄ārīm סְפָרִים.
Un morphème consonantique est constitué uniquement de consonnes (ʿiṣṣūrīm עִצּוּרִים), un morphème vocalique uniquement de voyelles (tənūʿōṯ תְּנוּעוֹת).
Un morphème radical se construit soit directement sur une racine (šoreš שֹׁרֶשׁ), soit sur une forme (gizərā גִּזְרָה) dérivée de cette racine. Un morphème thématique permet de compléter le morphème radical pour constituer avec lui un thème.
Exemple : ṣ.p.r (ספר) est un morphème consonantique discontinu radical, .ē.e. (ֶ ֵ) est un morphème vocalique discontinu thématique, et sēp̄er סֵפֶר est un morphème lexical libre constitué par la combinaison des morphèmes radical et thématique.
Les morphèmes préfixés et les morphèmes suffixés, nommés parfois plus simplement préfixes et suffixes, forment l'ensemble des morphèmes affixés ou affixes. Exemples : préfixes mé- -מֵ et ha- -הַ dans méhasép̄er מֵהַסֵפֶר dans le livre, suffixe -îm יִם- dans səp̄ārīm סְפָרִים les livres.
Traits grammaticaux
L'analyse de la langue hébraïque en différents domaines (phonétique, grammatical, sémantique) aboutit à des traits linguistiques qui regroupent les caractères distinctifs des éléments de cette langue (phonèmes, morphèmes et sémantèmes). Ainsi, le degré d'aperture d'une voyelle est un trait phonétique, le genre et le nombre sont des traits grammaticaux.
La décomposition morphologique d'un mot (millāh מִלָּה) en ses morphèmes élémentaires, suivie d'un regroupement en traits grammaticaux des caractères distinctifs indiqués par ces morphèmes, permet d'analyser les mots selon leur nature, leurs caractères intrinsèques, ou leur fonction dans une phrase. Exemple : Le féminin et le masculin sont deux caractères distinctifs regroupés dans le trait grammatical de genre, et signalés par la morphologie à l'aide de morphèmes différenciés.
En hébreu, un premier trait grammatical important est la nature des mots, lexicale ou purement grammaticale (non-lexicale). Cette nature permet de classer les mots de la langue en catégories grammaticales: prépositions et pronoms sont, dans la langue hébraïque, des catégories grammaticales de nature non-lexicale; noms et verbes sont des catégories grammaticales de nature lexicale. D'autres traits grammaticaux sont le genre, la personne et le nombre, qui concernent tant les noms que les verbes, le mode, la voix, l'aspect et le temps, qui concernent les verbes seuls mais pas les noms.
Enfin le trait grammatical de fonction syntaxique d'un mot en contexte, qui montre le rôle exercé par ce mot dans une phrase (sujet, complément), sera aussi étudié dans la section syntaxe de la grammaire.
Nature et catégorie
L'hébreu utilise deux sortes de mots (millōṯ מִלּוֹת) : des termes purement grammaticaux de nature non-lexicale (regroupés dans la catégorie des prépositions (millōṯ-hayyaḥaṣ מִלּוֹת-הַיַּחַס), et dans celle des pronoms (kinnūyyîm ʾîšiyyîm אִישִׁיִּים כִּנּוּיִּים), des expressions de nature lexicale, à plus forte valeur sémantique (et regroupés dans les catégories de verbes, adverbes, noms et adjectifs), formées d'un thème qui exprime une idée générale augmenté d'affixes (préfixes et suffixes) qui spécifient différents traits grammaticaux.
L'analyse des thèmes (verbaux et nominaux) nous fournissant une racine consonantique (typique des langues sémitiques) que complète une structure vocalique dont le type oriente le mot vers un usage soit verbal, soit nominal, la notion de catégorie en hébreu est dynamique et permet de classer des fonctions linguistiques (verbale ou nominale) plutôt que des mots-objets conçus comme des entités statiques (étiquetées verbes, ou noms). Exemple : Dāvid lōméd דָּוִד לוֹמֵד se traduit aussi bien : David est étudiant, David étudie, David est un étudiant. Le même participe présent lōméd לוֹמֵד peut servir de nom ou d'adjectif, ou suppléer une conjugaison verbale défective au présent.
Genre thumb|left| שֶׁמֶשׁ est du genre féminin Le trait grammatical de genre (mîn מִין) comprend, en hébreu, le masculin (zāḵār זָכָר) et le féminin (nəqēḇāh נְקֵבָה). Le genre d'un nom hébreu peut différer de celui de sa traduction en français (ainsi, depuis l'antiquité sumérienne, le soleil se traduit par la šemeš שֶׁמֶשׁ, tandis que la lune est le yāréaḥ יָרֵחַ).
Il convient de ne pas confondre le genre naturel et le genre formel, purement grammatical. Bien que dénuée de sexe une ville, ʿîr עִיר, est grammaticalement du genre féminin.
Par ailleurs le genre neutre, commun dans les langues indo-européennes, n'existe pas en hébreu.
Nombre
Autre trait grammatical : le miṣəppār מִסְפָּר ou nombre grammatical. L'hébreu marque grammaticalement trois nombres, le yāḥîd יָחִיד singulier, le zūgî זוּגִי duel et le rabbîm רַבִּים pluriel. Le zūgî זוּגִי s'utilisait à l'origine pour signaler les paires d'organes présentées par les êtres vivants (on ne dit pas « des jambes », mais « une paire de jambes »). Comme les noms de ces organes ne présentent jamais de pluriel régulier, l'usage du zūgî זוּגִי s'étend pour noter une multiplicité supérieure à deux (dans « trois amis ont six jambes », le pluriel de jambes se formera à l'aide du zūgî זוּגִי). Au lieu de traduire zūgî זוּגִי par « duel », il serait donc préférable de parler de pluriel irrégulier servant à signaler des objets appariés.
Personne
Pour l'hébreu, un homme (ʾîš אִישִׁ) peut participer à une conversation en tant que « parlant humain » (mədabbēr ʾîšî מְדַבֵּר אִישִׁי), ou comme « assistant humain » (nōḵēaḥ ʾîšî נוֹכֵחַ אִישִׁי) faisant littéralement face à celui qui parle, ou encore comme un « caché humain » (niṣəttār ʾîšî נִסְתָּר אִישׁי) un tiers absent de qui le premier parle en secret au second, son auditeur.
Ces trois personnages bien typés correspondent approximativement aux personnes grammaticales que le français se contente de numéroter. Le trait grammatical de personne comprend donc en hébreu une première personne mədabbēr מְדַבֵּר, une seconde personne nōḵēaḥ נוֹכֵחַ, et une troisième personne niṣəttār נִסְתָּר, différenciées chacune en genre et en nombre.
singuliernom hébreu de la personnepremière personne, masculinmədabbēr מְדַבֵּרpremière personne, fémininmədabbereṯ מְדַבֶּרֶתdeuxième personne, masculinnōḵēaḥ נוֹכֵחַdeuxième personne, fémininnōḵaḥaṯ נוֹכַחַתtroisième personne, masculinniṣəttār נִסְתָּרtroisième personne, fémininniṣəttereṯ נִסְהֶּרֶת
plurielnom hébreu de la personnepremière personne, masculinmədabbərîm מְדַבְּרִיםpremière personne, fémininmədabbərōṯ מְדַבְּרוֹתdeuxième personne, masculinnōḵəḥîm נוֹכְחִיםdeuxième personne, fémininnōḵəḥōṯ נוֹכְחוֹתtroisième personne, masculinniṣəttārîm נִסְתָּרִיםtroisième personne, fémininniṣəttārōṯ נִסְתָּרוֹת
En hébreu, le morphème signalant la personne est souvent suffixé au thème, tant verbal que nominal. Ce morphème suffixé signale aussi le trait de nombre à toutes les personnes, le trait de genre aux seconde et troisième personne (la première personne reste donc ambivalente quant au genre).
La mention du trait de personne dans les verbes conjugués rend souvent inutile l'emploi du pronom qui, en français, précède la forme verbale conjuguée. Exemple : j'ai mangé se traduit אָכַלְתִּי ʾāḵaləttî, et non אֲנִי אָכַלְתִּי ʾanî ʾāḵaləttî (qui marque une insistance et se traduirait plutôt par : moi j'ai mangé).
L'ajout au nom d'un morphème suffixé signalant la personne permet d'indiquer le possesseur de l'objet signifié par ce nom. Exemple : daʿaṯ דַעַת une connaissance, daʿaṯî דַעַתִי ma connaissance.
Le pronom personnel prend souvent la forme d'un morphème préfixé prépositionnel suivi d'un morphème suffixé marquant la personne, considéré comme une désinence, c'est pourquoi la grammaire hébraïque parle d'une préposition déclinée. Exemple : lî לִי pour moi (préfixe prépositionel l- -ל désinence personnelle -î יִ-).
Fonction
Le trait grammatical de fonction syntaxique est noté dans les langues indo-européennes par des morphèmes suffixés, des désinences qui varient selon le cas, dont l'ensemble forme une déclinaison. Les cas du latin par exemple sont nommés selon leur fonction : nominatif pour le cas signalant la fonction de sujet, génitif pour la fonction de complément du nom, et ainsi de suite.
L'hébreu signale la fonction syntaxique par un morphème préfixé prépositionnel, ou par une préposition millāh-hayyaḥaṣ מִלָּה-הַיַּחַס qui précède le mot dont il signale la fonction. Les mots hébreux ne se déclinent donc pas selon la fonction (la section précédente présente une flexion hébraïque, mais elle est personnelle, pas fonctionnelle).
Les termes nominatif, accusatif, génitif, datif, ablatif, locatif, et autres semblables se rapportent en hébreu aux fonctions syntaxiques exercées par les mots, et non aux cas d'une déclinaison, notion inexistante en grammaire hébraïque.
Modes ou modalités
Le trait grammatical de mode renvoie, en français, aux notions d'indicatif, de subjonctif, d'impératif et autres modes classiques hérités de la culture gréco-latine.