La basilique Saint-Bonaventure de Lyon est un édifice religieux, voué au culte catholique, situé au cœur de la Presqu'île à Lyon dans le quartier des Cordeliers. Cette église demeure le seul édifice médiéval qui subsiste dans le nord du arrondissement depuis les travaux de percée de la rue Impériale, aujourd'hui rue de la République, et le réaménagement de la place des Cordeliers sous le second Empire par le préfet du Rhône Claude-Marius Vaïsse. Sanctuaire urbain depuis 1971., et non pas église paroissiale, l'église est érigée en basilique mineure par le pape François le ..

Historique L'histoire de l'église est intimement liée à celle du couvent des Frères mineurs, ou franciscains, installé en ce lieu sur un terrain légué par le sénéchal de Grolée, attesté vers 1226., ordre religieux fondé par saint François d'Assise (1182–1226). Ces moines seront vite appelés « cordeliers » en raison de la corde à nœuds leur servant de ceinture, par signe de pauvreté. Ce sobriquet a donné son nom à l'église et au quartier, au cœur de la Presqu'île à Lyon. Ce couvent comprend une petite église abbatiale orientée ouest-est. Le cardinal Bonaventure de Bagnoregio y décède en plein concile de Lyon, dans la nuit du 14 et , à l'âge d'environ 57 ansBonaventure, ministre général des Franciscains, se trouvait à Lyon pour y participer au deuxième concile de Lyon (1274).. Il est enterré sur place.

La construction d'une église de plus grandes dimensions, vers 1325, est décidée par Jacques de Grolée, petit-fils du sénéchal pour pallier l'étroitesse de la première église conventuelle. La nouvelle église, aujourd'hui, placée sous le vocable de saint Bonaventure, est orientée vers le sud, ce qui est rare à l'époque où les églises gothiques sont presque toujours orientées à l'est. Sa construction débute par l'abside et deux chapelles absidiales. Elle accueille la dépouille mortelle du cardinal Bonaventure, primitivement enterrée dans l'ancienne église..

L'église inachevée est consacrée le par l'archevêque de Lyon, Pierre de Savoie, et dédiée à saint François d'Assise. Il faut attendre les années 1450 à 1480 pour que l'église soit prolongée vers le nord, avec l'aide financière importante de Jean de Pavie, conseiller et médecin des rois Charles VII et Louis XI. L'église est enfin achevée vers 1484Jean Pelletier, Connaître son arrondissement, le , Éditions lyonnaises d'art et d'histoire, p. 25.. C'est alors qu'elle est placée sous le vocable de saint Bonaventure, qui vient d'être canonisé. Surnommé le « Docteur séraphique » (Doctor seraphicus), il est proclamé Docteur de l'Église en 1586 par le pape Sixte V. Il est célébré par l'Église catholique le .

Le bâtiment subit un certain nombre de vicissitudes de l'histoire. Le baron des Adrets François de Beaumont pille totalement toutes les églises de Lyon en 1562, pendant les terribles Guerres de religion. Pendant la révolution française, le couvent et l'église seront vendus comme biens nationaux. Elle servira d'écurie, d'entrepôt, et de logements pendant une dizaine d'années, après pillage des mobiliers, vitraux, portes, etc. Rendue au culte vers 1806, elle est patiemment réparée et rénovée pendant tout le , en dépit de la révolte des canuts de 1834, dont une dizaine seront assassinés dans l'église. La crue de la Saône de 1840 met un mètre d'eau dans le bâtiment. Vers 1890, l'église se voit débarrassée des immeubles et échoppes qui y étaient adossés, ce qui permet l'élargissement de la rue Grolée sur son flanc ouest. Les lois de 1905 et 1907 donnent la propriété de l'église et de son mobilier à la ville de Lyon. Il faut attendre 1975 pour que le dernier immeuble « parasite », collé à l'église, soit démoli. L'église Saint Bonaventure est inscrite aux Monuments historiques en 1927..

Description La façade

Du Moyen Âge aux années 1860, la façade était pauvre et dépouillée, comme l'exigeaient les principes franciscains. Elle était crépie sur maçonnerie en pierres non taillées. Les seuls éléments du décor étaient formés par le porche central, les deux porches latéraux et une rose dont le remplage est original, avec six unités circulaires autour d'un cercle central.

Au second Empire, le préfet Vaïsse lance le réaménagement complet de la Presqu'île de Lyon, avec la construction, en face de l'église, du palais de la Bourse, conçu par l'architecte Dardel, de style « Napoléon III » qui tranche avec la pauvreté de l'église qui lui fait face.

L'architecte Claude-Anthelme Benoit est donc chargé de remanier et de mieux décorer la façade décrépie, plus large que haute. Face à ce défi, le maître d'œuvre se voit contraint de doubler la façade existante par un mur de pierres de bonne qualité, monté en « grand appareil ». Toutes les pierres ont la même profondeur ( environ) et la même hauteur et peuvent être ajustées de manière fine. Dans le souci de donner de la hauteur à une silhouette trop large du bâtiment, il rehausse le pignon central d'une dizaine de mètres, en créant une nouvelle toiture en ardoise sur la première travée. Il ajoute une seconde rose plus petite, décorée de pinacles latéraux demi engagés et d'une accolade. La bordure de la toiture est fleuronnée et s'achève vers le ciel par une croix, fleuronnée également.

Sur les nouveaux contreforts élargis sont disposées deux statures symétriques, sur consoles animées d'angelots porteurs de blasons et surmontées de baldaquins avec pinacles fleuronnées, ceci pour tirer vers le haut les lignes de force du décor. Les deux statues figurent saint Bonaventure à gauche, et saint Antoine de Padoue à droite, dont les anges tiennent les blasons portant leurs initiales..

Benoit reprend le porche principal, dont la largeur se trouve accrue par le nouveau et profond revêtement en pierres de taille de la façade. Il reprend l'architrave et les voussures, qui passent de six à onze fines colonnettes. Le tympan est remplacé par une verrière décorée de mouchettes et une statue de la vierge Marie prend place au centre, sculptée par Joseph-Hugues Fabisch. Les quatre contreforts centraux et latéraux sont prolongés de pinacles fleuronnés. Une balustrade avec mouchettes souligne les pentes des toits, garnies de petits angelots en consoles. Benoit met en place çà et là des blasons pour achever la décoration de cette façade, vers 1860.

Dans les années 1890 à 1900, l'église est enfin dégagée de sa gangue de vieux immeubles vétustes. La décoration de Benoit est donc naturellement prolongée des deux côtés, avec balustrades en bordure de toit, petites consoles d'angelots et pinacles fleuronnés, mais non sculptés pour l'instant. À gauche, côté Rhône, sont conservés, à la demande de la « fabrique », conseil paroissial de l'époque, les salles de réunion nécessaires pour les activités pastorales et un secrétariat, d'où la dissymétrie de l'ensemble.

La façade de la basilique a été ravalée par la ville de Lyon en 2022 et 2023, avec un cofinancement du diocèse de Lyon. Elle a été inaugurée par le maire de Lyon, Grégory Doucet, le .

L'architecture intérieure L'église conçue et bâtie au début du adopte le plan basilical classique, issu de l'Empire romain. Une nef centrale, voutée sur croisée d'ogives, plus haute, flanquée de nefs latérales, également voutées sous croisées d'ogives, sans transept.

Le style choisi, influencé par la pauvreté franciscaine, refuse toute décoration. Les élévations sont très sobres. Ainsi les dix-huit colonnes soutenant les arcs-doubleaux, ainsi que les arcs ogivaux de la grande nef et des nefs latérales n'ont pas de chapiteaux. Seules les petites plateformes qui soutenaient les cintres en bois indispensables pour soutenir les claveaux avant fermeture de la clé de voûte subsistent. Une décoration purement « fonctionnelle », donc. Sachant que le même cintre en bois était réutilisé successivement pour toutes les voûtes, ce qui garantissait la parfaite égalité de leurs dimensions.

Taillées dans une pierre jaune clair naturel, et formés de blocs de dimensions variables, donc « pauvres » et faciles à mettre en œuvre, elles soutiennent un édifice peu élevé à savoir pour la grande nef et pour les nefs latérales. Vues en coupe, les colonnes ont une forme classique octogonale, en carré. Vues, ou « lues » à l'envers, chaque colonne prolonge, vers le bas, dans sa forme, les quatre arcs-doubleaux et les quatre ogives supérieures et inférieures qui s'appuient sur elle. Sa forme octogonale supporte, jusqu'en bas, les huit charges provenant de la masse et des poussées des voûtes. Cette forme des colonnes est fonctionnelle avant d'être décorative.

La construction ultérieure des quelque dix-sept chapelles latérales viendra modifier complètement la largeur de la basilique, accrue de de chaque côté environ. Alors que l'église primitive mesurait de large, pour la grande nef, et les nefs latérales, elle mesure aujourd'hui entre 35 et , à la suite de la construction des chapelles latérales à partir de la fin du . Ceci pour une longueur totale, inchangée au cours des siècles de . Ainsi la basilique est très nettement plus large que haute. Ce qu'observent et ressentent tous les visiteurs.

Le travail architectural de la lumière est intéressant. L'abside comprend cinq longues baies à deux lancettes. Ces baies ont été prolongées vers le bas au , et son exposées plein sud. Ainsi la lumière du soleil est continue, toute la journée. Mais elle tourne avec les heures du jour et vient éclairer d'abord le collatéral, ouest avant le collatéral est. Les baies hautes, de la grande nef, à deux lancettes, éclairent la partie supérieure de l'édifice. Les verrières sont en verre blanc côté Rhône. Les vitraux du côté Saône ont été réalisés dans les années 1940 par Louis Charrat et Joséphine Lamy-Paillet..

On ignore quelles baies des nefs latérales apportaient leur lumière à l’époque de la construction de l’église primitive. Aujourd’hui, les larges baies des chapelles latérales, ajoutées au cours des siècles, dont les verrières sont de splendides vitraux contemporains, apportent lumière, couleur, beauté et fort contenu iconographique, légendé en français. Leur observation est favorisée par leur position basse, à moins de de hauteur en bas de chaque baie.

Les chapelles latérales : un peu d'histoire vignette|Vue du retable dédié à saint Joseph, marbre, 1894 (chapelle Saint-Joseph). vignette|Retable avec autel de la chapelle Notre-Dame.

Les confréries de métiers, à l'origine des chapelles latérales Les confréries de métiers sont des associations de laïcs chrétiens fondées en vue de favoriser le secours mutuel entre personnes du même métier et pour développer une tradition religieuse spécifique. Cette forme de groupement à base religieuse et profane prend un grand développement dans les nations chrétiennes au Moyen Âge.

Elles affirment leur caractère religieux : les confréries avaient pour patron un saint, avec un but spirituel. Elles n'ont pas pour vocation à promouvoir le culte chrétien. En revanche, les confrères accomplissent une pratique religieuse plus ou moins régulière ayant pour « but » d'obtenir l'intercession du saint patron de la confrérie. Aux , correspondant à l'âge d'or des confréries, seules la foi et la prière peuvent garantir contre tous les malheurs du temps : guerres fréquentes, épidémies de peste ou de choléra, mévente des produits, taxations excessives, difficultés économiques et sociales de tous ordres. La protection du saint patron est donc perçue comme seul recours. L'avantage de la prière confraternelle sur la pratique solitaire est que la somme des prières de tous les confrères bénéficie individuellement à chaque confrère. Le secours mutuel cimente les liens au sein de la corporation de métier, dont les ressources provenaient exclusivement de dons volontaires, de legs, de quêtes.

À Saint-Bonaventure, les confréries des métiers vont construire dix-sept chapelles latérales ou absidiales entre le .

L'historique des chapelles au selon Fodéré et l'abbé Pavy