Ethéry Pagava, née à Paris le et devenue en 1981 Ethéry Douai par son mariage avec Jacques Douai, est une danseuse étoile française, la plus jeune de l'histoire de la danse, avec Ludmila Tcherina, à avoir reçu ce titre. Géorgienne d'origine formée par Lioubov Iegorova à l'école issue de Marius Petipa, elle commence à douze ans dans les Ballets des Champs-Élysées une carrière internationale de soliste sous le parrainage de Janine Charrat et Roland Petit. Entrée en 1947 dans les Ballets de Monte-Carlo du marquis de Cuevas, elle triomphe en Juliette et restera une Somnambule inégalée. Elle se produit à partir de 1952 en vedette indépendante et aura dansé entre autres avec George Skibine, Milorad Miskovitch, Youly Algaroff, André Eglevsky, à l'occasion avec Bronislava Nijinska, Maurice Béjart ou Vakhtang Tchaboukiani. Première ballerine de 1961 à 1964 du nouveau Ballet national d'Amsterdam, elle se fait en 1973 chorégraphe de sa propre compagnie, les Ballets Ethery Pagava. Au sein de ceux-ci, domiciliés pendant vingt ans au Jardin d'acclimatation, elle développe avec son futur mari une pédagogie adaptée aux très jeunes enfants tout en œuvrant en direction des interprètes comme du public, y compris dans un cadre d'éducation populaire, à la transmission de la tradition du ballet néo-classique héritée des Ballets russes et de Serge Lifar, qui la présentait comme le modèle de l'expressivité nécessaire au technicien de la danse pour devenir un artiste. Biographie Seconde génération (1932-1943) Russe pour un quart, Ethery Pagava est élevée avec sa sœur Christine à Leuville-sur-Orge dans la double culture géorgienne et française« Ethery Pagava, danseuse étoile et chef de ballet, d'origine géorgienne », in Colisée, Comité pour l'information sur l'Europe de l'Est, 18 décembre 2012., celle-ci étant déjà intimement inscrite dans le milieu dont est issue sa famille. Son jeune oncle maternel, Redjeb Jordania, né en 1921, deviendra lecteur de civilisation française à New YorkRedjeb Jordania, « Georgia, Between Hope and Fear. », in The Washington Post, aout 2008.. Sa mère Asmath (1905-1984), poétesse surnommée Atia, est la fille aînée d'une moscovite qui fut étudiante à la Sorbonne, Inna KoroliovaE. Pagava, citée in « I expect champagne from you, and you give me Coca-Cola », Paris, 2004, in M. Meylac, Behind the Scenes at the Ballets Russes, , Tauris & Co., Londres, 2017 . (1875-1967), et de Noé Nikolozi Jordania, principal artisan de l'indépendance de la Géorgie en 1918 puis président socialiste de la Première République géorgienne, qui à partir de 1920 dirige le gouvernement en exil depuis « le château des Géorgiens ». Son père, Lévan Pagava (1907-1998), a émigré vers la France en 1924, dans les mêmes circonstances que sa future femme un temps emprisonnée, après avoir, adolescent, participé à l'insurrection nationale écrasée par le NKVDChristine Pagava-Boulez, « Évocation de l’Insurrection Nationale », in Première République de Géorgie. Chronique Historique de la République de Géorgie (1918-1921) et de ses principaux acteurs dont le Président Noé Jordania., 17 mai 2013.. Réfugié auprès de la famille Jordania alors installée rue SoufflotE. Pagava, citée in « I expect champagne from you, and you give me Coca-Cola », Paris, 2004, in M. Meylac, Behind the Scenes at the Ballets Russes, , Tauris & Co., Londres, 2017 ., il continuera son activité militante par la voie du journalisme. vignette|15, rue de La Rochefoucauld, au bout des bâtiments de droite, où la princesse Troubetzkoy, logeant à l'étage, donnait ses cours. Dès l'âge de trois ans, Ethery Pagava aime danser sur les chansons que lui chante sa mère. Enfant prodige de la danse, elle est remarquée deux ans plus tard, lors d'un petit spectacle qu'a organisé le curé de Samoëns, par les pianistes de Lioubov Iegorova, qui eux aussi se trouvent là en vacances. Sur l'insistance de ceux ci, sa mère l'inscrit à l'école de cette ex étoile du Théâtre Mariinsky qui fut l'interprète préférée de Marius Petipa« Ethery PAGAVA Directice artistique », Ballets Ethery-Pagava, [s.d.] et a fui la Révolution soviétique. En dépit de son trop jeune âgeEmilien Ravigné, « Ethery Pagava, un destin d’étoile. », in NRC, n° 8, , Bureau des arts de CentraleSupélec, Châtenay-Malabry, septembre 2016., l'enfant est acceptée, gratuitement eu égard aux faibles ressources de sa famille, dans le cours mixte, qui réunit une quinzaine de jeunes adolescents, dont Claude Bessy, Maina Gielgud et Wilfride PiolletGiulia Menicucci & Katharine Kanter, « An interview with Maina Gielgud. Recollection on days with Olga Preabajenskaya, Tamara Karsavina, Liubov Egorova, Victor Gsovsky », Ballet.co, Londres, 18 juillet 2002.. C'est avec Pierre Lacotte qu'elle fait le chemin de l'école, rêvant avec lui aux étoiles. Elle participe, dans un tout petit rôle aux côtés de George Skibine et Youly Algaroff, au Ballet de la JeunesseE. Pagava, « C'était un maître », in Les Nuits Blanches au Centre de Danse du Marais : les grands pédagogues., VI "Liubov Egorova", Société Auguste Vestris, Paris, 30 mai 2010., qui est présenté salle Pleyel au maître de ballet de l'Opéra de Paris, Serge Lifar, pédagogue attentif aux enfants. Auprès de son intransigeant professeur, elle apprend, à travers une méthode propre et des exercices collectifs directement tirés des chorégraphies de Petipa, Ivanoff ou Fokine, la recherche d'intériorité par la musique, l’expressivité jusqu'au bout des doigts mais sans préciosité, l'esprit de prouesse, qui est le contraire de l'esprit de compétition, et l'illusion du naturel. À onze ans, elle se voit attribuer un rôle de petit amour dans le second récital de Janine Charrat et Roland Petit, encore élève du Ballet de l'Opéra, qui à dix neuf ans, sur un Nocturne de Chopin, présentent le M. F. Christout, « Les Ballets des Champs-Élysées: A Legendary Adventure », in , n° 27, , Routledge, Londres, juin 2004 . eux aussi salle Pleyel, devant Jean Cocteau et tout le Paris de la danse sous occupation, un ambitieux travail chorégraphié par Serge Lifar, Marie Laurencin ayant dessiné les costumes. L'avant garde en héritage (1944-1951) C'est à l’âge de douze ans en un théâtre Sarah Bernhardt sans chauffageM. F. Christout, « Les Ballets des Champs-Élysées: A Legendary Adventure », in , n° 27, , Routledge, Londres, juin 2004 . que le Ethery Pagava commence sa carrière, dans une série de vendredis imaginée par Irène LidovaAlfio Agostini, « Souvenir d’Irène Lidova », in Ballet 2000, n° 67, Nice, juillet 2002 . pour fêter, avec pour tout orchestre un piano, la fin du conservatisme vichyssois et promouvoir vingt jeunes talentsA.-M. Julien, Le Grand Ballet du Marquis de Cuevas, Théâtre Sarah Bernhardt, Paris, 1954, programme de la saison 1954-1955.. Paris est encore agité par une épuration sauvage et le théâtre se voit en cette l'occasion restituer son nom « juif » d'avant guerre. Parrainées par un Jean Cocteau garant de la perpétuation des Ballets russes, les Soirées de la dansePierre Michaut, Le ballet contemporain, 1929-1950., , Plon, Paris, 1950. deviennent en les Ballets des Champs-Élysées. Le directeur artistique est Boris Kochno, fils spirituel de feu Diaghilev, qui reconnait son talent de danseuse déjà promise à un destin d'étoileI. Lidova, « Naissance d'une étoile », in Lucien François & Jean Harvey, Écrits sur la beauté, , Société d'éditions modernes parisiennes, Paris, 1945.. Avec Nina Vyroubova et Irène Skorik, elle est déjà la relève qui ne cessera désormais d'incarner la tradition du Théâtre MariinskyHenriette Mirochnitchenko, Danse et ballet. Arts secrets de l'enchantement., , Stock, Paris, janvier 1967 . Le chef de ballet, Roland Petit, l'engage d’emblée comme soliste. C'est là, lors de la création de la pièce de théâtre dansée Le Rendez vous., dont la musique écrite par Joseph Kosma illustrera le film Les Portes de la nuit, qu'elle se lie au scénariste, qui est Jacques Prévert. Lors de la dernière reprise à Covent Garden de l'inventif Les Forains, le 24 ou , un partenaire ne la rattrape pas. Au baissé de rideau une annonce publique apprend à l'assistance royale que la ballerine au bras ballant, insensibilisée par l'enthousiasme, a terminé le spectacle malgré une fracture. Cette expérience d'une année est interrompue par les obligations scolaires mais l'adolescente fait ses barres avec Tessa BeaumontD. Blanck, « Le Prince Rudolf Noureev », 24 décembre 2011, cité in Didier Dahon & J. Reybaud, Le Journal de bord d'une dériveuse, [s.l.], 2015. chez Nora Kiss, qui est impitoyable avec sa meilleure élèveD. Blanck, « Ethery Pagava. La reine des neiges. Espace-Paris-Plaine. », 12 décembre 2009, cité in Didier Dahon & J. Reybaud, Le Journal de bord d'une dériveuse, [s.l.], 2015.. Au « Studio Wacker », elle reçoit aussi les leçons de Boris Kniaseff, qui lui enseigne à faire partir le mouvement des hanchesE. Pagava, citée in « I expect champagne from you, and you give me Coca-Cola », Paris, 2004, in M. Meylac, Behind the Scenes at the Ballets Russes, , Tauris & Co., Londres, 2017 ., de Victor Gsovsky et de Madame Rousanne (Rousanne Sarkissian), la tante de Nora Kiss. C'est dans des circonstances exceptionnelles, alors qu'elle n'appartient pas au corps du Ballet national, qu'à l'âge de quinze ans, en 1947, elle se voit attribuer le titre d'étoile par Serge Lifar, qui, redevenu cette année-là maître de ballet de l'Opéra national, en dispose à discrétion. Le maître la voit à Pleyel danser avec Maurice Béjart un pas de deux alors qu'il recherche un jeune talent pour soulager Yvette Chauviré dans les Nouveaux Ballets de Monte-Carlo qu'il vient de quitter à la suite de leur rachat par l'extravagant marquis de Cuevas. Enthousiasmé par une première représentation, celui ci lui propose aussitôt un contrat d'embauche. Ethery Pagava, comme beaucoup de jeunes filles de sa génération arrivées au terme de la classe de troisième, achève alors sa scolarité mais la place qu'elle occupait aux Ballets des Champs-Élysées est prise par Leslie Caron. Après une saison à l'Alhambra, à Paris, c'est accompagné de sa mère, que, mineure, elle rejoint au début de l'année 1948 à Monaco les solistes Rosella Hightower, Marjorie Tallchief, Olga Adabache et André Eglevsky« Grand Ballet de Monte Carlo », in Site des archives, SEGTCE, Paris, 1948. au sein de la compagnie princière, qui bénéficie d'un orchestre symphonique de quarante musiciens et prend trois ans plus tard le nom de Grand Ballet du Marquis de Cuevas. Elle y danse les grands rôles du répertoire classique, Le Lac des cygnes, Les SylphidesFanny E. Berthaume, « Chorégie 1950 », in La Presse, n° 272, , Montréal, 6 septembre 1950., Giselle, ballet dans lequel elle remplace au pied levé Rosella Hightower blessée, Don Quichotte. Elle ne quitte pas pour autant l'aventure de l'avant garde que poursuivent de leurs côtés Roland Petit au Théâtre Marigny, avec les Ballets de Paris, et Janine Charrat, qu'elle retrouve pour une saison en « Grand Ballet du Marquis de Cuevas », in Site des archives, SEGTCE, Paris, octobre 1950., et crée les chorégraphies de Serge Lifar, George Balanchine, Léonide Massine, Bronislava Nijinska... Elle découvre en tournée la Russie. New York, Le Caire, Rio, Londres, Édimbourg, Barcelone, Madrid, Venise, Lisbonne, Moscou, Paris, la troupe est suivie de ville en ville par un richissime anonyme, admirateur de l'adolescente. La nouvelle danse internationale (1952-1968)