Le massacre d’Oradour-sur-Glane est la destruction, le , de ce village français de la Haute-Vienne, situé à environ vingt kilomètres au nord-ouest de Limoges, et l'assassinat de ses habitants (), par un détachement du du de Panzergrenadier « Der Führer » appartenant à la division blindée SS « Das Reich ». Il s'agit du plus grand massacre de civils commis en France par les armées allemandes, semblable à ceux de Marzabotto en Italie, de Distomo en Grèce (ce dernier perpétré lui aussi le ) ou encore de Tulle en Corrèze (perpétré la veille, le , par la même division SS), qui transposent sur le front de l'Ouest des pratiques très courantes sur le front de l'Est.
Ces événements marquèrent profondément les consciences ; leurs conséquences judiciaires suscitèrent une vive polémique, notamment à la suite de l'amnistie accordée aux Alsaciens « Malgré-nous » qui avaient participé à ce crime. Depuis 1999, le souvenir des victimes est commémoré par le Centre de la mémoire d'Oradour-sur-Glane, situé à l'entrée du bourg reconstruit, non loin des ruines du village de l'époque, à peu près conservées en l'état.
Toile de fond historique Oradour avant le massacre
vignette|gauche|alt=Photograhie en couleurs des ruines de l'entrée nord-ouest du village|L'entrée nord-ouest du village. Situé à une vingtaine de kilomètres au nord-ouest de Limoges, Oradour n'est en cette première moitié du qu'un bourg, un village de marché. Le samedi, de nombreux habitants de Limoges viennent y faire leurs provisions, en empruntant le tramway de Limoges dont le trajet dure un peu plus d'une heure. En 1936, le territoire de la commune compte , dont 330 dans le village même. .
Politiquement, la commune se situe clairement à gauche, avec une dominance de la SFIO, surtout depuis les élections municipales de 1935 qui privent les partis de droite de toute représentation au conseil municipal ; les parlementaires de la Haute-Vienne, tous socialistes, approuvent l'octroi des pleins pouvoirs à Philippe Pétain, à l'exception de l'élu de la circonscription qui comprend Oradour, Léon Roche.
De 1939 à 1944, la population d'Oradour augmente en raison de l'arrivée de réfugiés, en trois vagues successives, puis de manière diffuse. , arrivent des républicains espagnols, vaincus du franquisme, anarchistes, communistes ou socialistes, dont 22 sont encore présents . En , c'est au tour des populations évacuées d'Alsace pour les préserver des combats, mais elles sont plutôt mal accueillies et prennent en majorité le chemin du retour à . La troisième vague, en , est constituée d'environ expulsées de Lorraine, dont une partie a été annexée au Reich. En outre, à partir de la défaite française (), et jusqu'en , arrivent peu à peu des réfugiés du Nord et du Pas-de-Calais, de Montpellier et d'Avignon, des juifs de la région parisienne, de Meurthe-et-Moselle ou de Bayonne. En , le village compte un millier d'habitants, essentiellement à la suite de ces afflux de réfugiés.
La présence allemande dans la région ne date que de 1942, après l'occupation de la zone libre ; au , l'occupation n'y semble toujours pas pesante : . .
Les maquis aux alentours
vignette|alt=Photographie en noir et blanc de membres d'un maquis à Wimille en 1944| Membres du maquis à La Trésorerie (Wimille) en 1944. Il n'y a pas de maquis à Oradour-sur-Glane ou dans son voisinage immédiat, comme l'attestent les témoignages unanimes des habitants, confortés par les rapports de l'administration de Vichy et par les principaux chefs de la résistance dans la région. Oradour-sur-Glane ne figure pas sur les cartes murales des maquis retrouvées à la Gestapo de Limoges, le plus proche de la localité étant celui des monts de Blond.
Constitué de six compagnies FTP, ce dernier forme le plus puissant ensemble de formations de résistants de la Haute-Vienne après celui dirigé par le communiste Georges Guingouin à l'est de Limoges ; deux de ces compagnies, à environ huit kilomètres d'Oradour, sont installées dans les bois des communes voisines : le Four (à Cieux, au nord) et le Bois Sournet (à Peyrilhac, au nord-est). À l'ouest, à même distance, ce sont les maquis FTP de la forêt de Brigueuil, une extension du maquis de Saint-Junien, à treize kilomètres au sud-ouest d'Oradour. C'est d'ailleurs en mission, revenant de Saint-Junien, qu'Albert Mirablon, photographe clandestin des Mouvements unis de la Résistance (MUR) de Limoges, en visite chez sa mère, est arrêté et tué à Oradour. L'existence de ces groupes est bien connue des habitants d'Oradour dont certains font partie des « légaux » du maquis, mobilisables en cas de nécessité, une telle situation étant cependant marginale. Certains Radounauds (habitants d'Oradour) font partie d'une filière d'évasion de pilotes alliés.
À la fin du mois de , l'Oberkommando der Wehrmacht (OKW) note un . Cette description est corroborée par celle du préfet régional de Limoges qui note la multiplication des actions de la résistance : 593 en mars, 682 en avril et en mai.
Les 8 et , il n'y a pas moins de cinq accrochages entre maquisards et militaires allemands, conduisant à la capture, à la tombée de la nuit du , entre Saint-Léonard-de-Noblat et Sauviat-sur-Vige à la hauteur du village de La Bussière, commune de Moissannes, sur la route de Guéret à Limoges. Le commandant Helmut Kämpfe, responsable de nombreuses exactions, est capturé par les hommes du sergent Jean Canou appartenant au groupe de Georges Guingouin ; il est exécuté le .
Un monolithe en granite, réalisé par le peintre Jean-Joseph Sanfourche, est érigé sur le lieu pour rappeler la capture de Kämpfe ; il est inauguré en 1986 par Georges GuingouinVoir sur tourisme-portesdevassiviere.fr.Voir sur peyrat-le-chateau.fr..
La division SS « Das Reich »
vignette|upright=0.5|alt=reproduction en noir et blanc de l'insigne de la Panzerdivision « Das Reich ».|Insigne de la blindée SS « Das Reich ». En , après avoir subi de lourdes pertes sur le front de l'Est, notamment lors de la quatrième bataille de Kharkov, la blindée SS « Das Reich », sous le commandement du Gruppenführer Heinz Lammerding, est mise au repos dans la région de Montauban pour être reconstruite. Début mai, elle comporte , dont de nombreuses recrues, par rapport à un effectif théorique de ; début juin, plusieurs de ses composantes ne sont toujours pas opérationnelles et la situation du matériel roulant, de l'armement lourd et des blindés est encore défaillante.
À son arrivée en France, la « Das Reich » possède les caractéristiques communes aux unités responsables de massacre sur le front de l'Est : ses membres sont imprégnés par l'idéologie nationale-socialiste, elle a combattu sur le front de l'Est, se perçoit comme une unité militaire d'élite et a déjà participé à des opérations de lutte contre les partisans. Ses soldats .
vignette|gauche|alt=Carte en couleurs du parcours de la SS « Das Reich » en mai et |Parcours de la SS « Das Reich » en mai et . Même si la division est officiellement au repos pour reconstituer ses forces, certains de ses éléments participent à des opérations de lutte contre les partisans et à des représailles contre la population civile.
La lutte contre les partisans est régie par des ordres émis, à la suite d'une intervention personnelle d'Adolf Hitler, le , connus sous le nom d’ordonnance Sperrle, du nom du maréchal adjoint au haut commandement de l'Ouest. Selon ces ordres, la troupe est tenue de riposter immédiatement aux attaques terroristes en ouvrant le feu et si des civils innocents sont touchés, bien que cela puisse être regrettable, la responsabilité en incombe exclusivement aux terroristes ; les zones doivent être bouclées et tous les habitants, quels qu'ils soient, arrêtés ; les maisons qui ont abrité des partisans doivent être incendiées. L'ordonnance poursuit en précisant qu' . Cette volonté de durcir la répression contre la résistance est partagée par le maréchal Wilhelm Keitel, qui donne l'ordre, en , de fusiller les franc-tireurs capturés les armes à la main et non de les livrer aux tribunaux, et par le général Johannes Blaskowitz, supérieur hiérarchique opérationnel de Lammerding, pour qui .
Le , le général Lammerding fait approuver par sa hiérarchie un programme répressif qui reprend les mesures mises en œuvre en Europe de l’Est et à l'arrière du front dans la lutte contre les partisans à partir de 1941. Ce programme prévoit notamment des actions de contre-propagande et de discrimination, ; il prévoit aussi des arrestations massives et préventives, l'occupation de localités et le ratissage de zones, ainsi que la réquisition de véhicules. Il précise enfin .
En et début , des unités de la « Das Reich » . Au cours de leurs opérations, elles fusillent ou déportent des résistants et des otages, assassinent de nombreux civils, hommes, femmes et enfants et incendient des habitations voire des villages entiers, comme celui de Terrou. vignette|alt=Carte en couleurs du déploiement de la SS « Das Reich » dans la zone de Limoges|Déploiement de la SS « Das Reich » dans la zone de Limoges. Le lendemain du débarquement, , la « Das Reich » reçoit deux ordres contradictoires du commandement suprême à l'Ouest : le premier lui donne instruction de rejoindre la Normandie, le second d'intervenir contre la Résistance dans la zone de Tulle-Limoges. Cette ambiguïté est levée par deux ordres reçus le 8 et , qui précisent que l'essentiel de la division doit être retiré des engagements en cours avant le à pour rejoindre le front de Normandie.
Au cours de la progression vers Tulle, des éléments de la division sont confrontés au renforcement des actions de la Résistance : de nombreux partisans sont tués lors des combats ou sommairement exécutés ; des civils sont également assassinés par le bataillon commandé par Diekmann, qui est , notamment lors du massacre de Calviac. La répression menée par la « Das Reich » connaît un premier point culminant avec le massacre de Tulle. Le , après avoir réoccupé la ville brièvement libérée par les FTP commandés par Jacques Chapou, le , , sans aucun lien avec la Résistance, sont pendus aux balcons et aux réverbères et sont déportés le lendemain (Tulle).
Les unités qui n'ont pas fait mouvement vers Limoges mènent des opérations de répression contre la Résistance et commettent des exactions contre la population civile entre le et le .
Préparation du massacre Préparation de l’expédition et investissement du bourg Le groupe de reconnaissance qui commet, le , le massacre de Tulle, et deux régiments de Panzergrenadier, investissent la région de Limoges pour préparer le positionnement de la division dans le secteur afin de réduire les maquis. Le du « Der Führer », sous les ordres du commandant Adolf Diekmann, est cantonné autour de Saint-Junien, à d'Oradour.
Pour tarir le soutien de la population aux maquis et diminuer l'activité de ceux-ci par crainte de représailles, les SS préparent une action visant, selon Bruno Kartheuser, à produire un effet maximal de terreur. Les raisons du choix d'Oradour pour cette action restent mal éclaircies et controversées, en raison de la disparition des personnes, du silence des documents, ainsi que du caractère unique du témoignage disponible relatif aux réunions entre Allemands et miliciens. Ce qui conduit J.J. Fouché à reconnaître que . J.J. Fouché soutient cependant l'hypothèse selon laquelle , au contraire de G. Penaud qui affirme que cette fut programmée par Diekmann juste avant de quitter les lieux. vignette|gauche|alt=Photographie en noir et blanc de miliciens effectuant une rafle, juillet 1944 |Miliciens effectuant une rafle, .