Herbert Marshall McLuhan, né le à Edmonton et mort le à Toronto, est un philosophe, théoricien de la communication et intellectuel canadien. Également professeur de littérature anglaise, il est l'un des fondateurs des études contemporaines sur les médias.

Étudiant les transformations culturelles apportées par l'imprimerie dans le monde occidental, il en arrive à la conclusion que le média de communication peut avoir, à long terme, plus d'importance que le contenu qu'il transmet, car il est une extension des sens et, de ce fait, détermine la façon dont sont abordés le monde et la société. Outre l'imprimerie, McLuhan s'intéresse à l'effet de la radio et tente de prévoir les bouleversements qu'entraînera la télévision. Il anticipe aussi, à certains égards, l'impact de l'ordinateur portable miniaturisé.

Biographie McLuhan naît le à Edmonton, en Alberta. En 1916, la famille déménage à Winnipeg. Il s'inscrit à l'Université du Manitoba en 1928, avec l'intention de se spécialiser en ingénierie, mais renonce à cette carrière après la première année et choisit plutôt de se spécialiser en anglais et philosophie. Il se passionne pour la littérature. Il s'embarque pour l'Angleterre à l'été 1932 et passe trois mois à y faire du tourisme à vélo. En 1933, il obtient l'équivalent canadien de la Licence universitaire, avec médaille d'or et commence une thèse de maîtrise traitant de George Meredith.

En 1934, il demande une bourse Rhodes pour aller étudier à Oxford, mais sa candidature est rejetée parce qu'il a défendu en entrevue la validité de l'étude des bandes dessinées. En revanche, il est accepté à Cambridge (Royaume-Uni), où il passera deux ans. Il est initié à la théorie littéraire du New criticism par F. R. Leavis et I.A. Richards. À leur contact, il découvre l'importance de la perception : tandis que les sensations visuelles relèvent d'un mode de pensée logique et linéaire, les sensations auditives font appel à un autre mode, plus intuitif et global. Il découvre aussi la richesse des mots d'esprit.

En 1936, McLuhan accepte un poste de professeur adjoint au département d'anglais de l'Université du Wisconsin (États-Unis). Durant l'année 1936-37, fortement influencé par sa lecture de G. K. Chesterton, il se convertit au catholicisme et devient un fervent pratiquant, ce qui lui vaudra d'être nommé conseiller du Vatican en 1976. De 1938 à 1939, il enseigne à l'Université de Saint-Louis, première d'une série d'institutions catholiques auxquelles il sera affilié.

C'est durant son séjour à Saint-Louis qu'il rencontre Corinne Lewis (1912-2008), native de Fort Worth (Texas). Il l'épouse en 1939. Le couple fait alors un voyage en Italie puis s'installe à Cambridge, où Marshall termine sa thèse de maîtrise et entreprend sa thèse de doctorat sur Thomas Nashe, un pamphlétaire anglais du . Il acquiert une solide connaissance de l'histoire intellectuelle du Moyen Âge et de la Renaissance.

En 1940, il retourne enseigner à Saint-Louis, où il restera quatre ans. Il a notamment comme étudiant Walter J. Ong, dont les travaux sur l'oralité se situent dans le prolongement de ses hypothèses et ont eu beaucoup de répercussions.

En 1944, McLuhan retourne au Canada. Il enseigne de 1944 à 1946 au Collège Assumption à Windsor (Ontario) puis est engagé par l'Université de Toronto pour enseigner la littérature anglaise au collège catholique St. Michael. Il se lie avec Harold Innis dont les théories sur le rôle des systèmes de communication dans l'histoire (Empire and communications et The Bias of Communication) l'influenceront profondément, au point qu'il dira de La Galaxie Gutenberg qu'elle est une note de bas de page aux travaux d'Innis. Marginalisé au sein de son département, il abandonne la littérature, se plonge dans l'étude des médias et devient membre de l'école de communication de Toronto, avec Innis, Eric Havelock et Edmund Carpenter. Il impressionne ses collègues par sa capacité à repérer des structures récurrentes (patterns) dans tout ce qui lui tombe sous les yeux.

Il publie en 1951 The Mechanical Bride: The Folklore of Industrial Man (La Mariée mécanique : le folklore de l'homme industriel)Le titre de La mariée mécanique a été choisi par allusion à l'œuvre de Marcel Duchamp intitulée La Mariée mise à nu par ses célibataires, même., dans lequel il étudie les effets de la publicité et dissèque la culture nord-américaine de façon précise, impitoyable, spirituelle et mordante. Mais il est extrêmement déçu de la façon dont l'éditeur a amputé son texte et du retard apporté à la publication. En effet,

En 1953, il obtient une bourse de de la Fondation Ford pour une étude sur les Changing patterns of language and behaviour and the new media of communication, recherche financée par la Fondation Ford. La même année, il lance la revue Explorations. Grand lecteur, il lisait en moyenne 35 livres par semaine.

En 1963, l'Université de Toronto crée pour lui le Centre for Culture and Technology, qu'il dirigera jusqu'en 1979. En , alors qu'il occupait pour un an la chaire Albert Schweitzer à l'université Fordham, dans le Bronx à New York, il est opéré d'une tumeur au cerveau, grosse comme une balle de tennis. Ce faisant, le chirurgien découvre que son cerveau était irrigué par deux artères au lieu d'une, ce qui est extrêmement rare. À la suite de cette opération, McLuhan perd une bonne partie de sa mémoire photographique et doit reprendre ses lectures, mais son activité est considérablement réduite. Son fils, Eric McLuhan, l'aide dans son travail et à la gestion du Centre, ainsi que Derrick de Kerckhove.

En 1969, il est invité à une conférence de Bilderberg, au Danemark. Dans une lettre subséquente adressée au Prince Bernhard, qui en est le chairman, il s'en prend violemment aux autres participants, qu'il juge « incompétents » et incapables de se projeter dans le futur. Se qualifiant lui-même d'élément perturbateur, il revient sur les propos qu'il y aurait tenus, assimilant État-providence et communisme. Il écrit ainsi : « Le communisme est apparu bien avant Karl Marx [...] Pourquoi combattons-nous le communisme ? Nous sommes les gens les plus communistes de toute l'Histoire du monde. »

Un accident vasculaire cérébral survenu le le prive de l'usage de la parole durant la dernière année de sa vie. Il meurt en 1980, à l'âge de 69 ans.

Marshall et Corinne ont eu six enfants : Eric (1942), les jumelles Mary et Teresa (1945), Stephanie (1947), Elizabeth (1950) et Michael (1952).

Théorie des médias Son approche fondamentale repose sur la notion de l’équilibre des sens, équilibre qui serait présent chez l’enfant comme chez le primitif, mais que les technologies et l’éducation perturbent, en donnant la primauté à la vue dans l’école traditionnelle, puis à l’ouïe depuis l’apparition de la radio et, enfin, au système nerveux central depuis l’arrivée de la télévision :

Il désigne la somme et l'interaction des divers sens sous le nom de sensorium. L'arrivée d'un nouveau média bouleverse le sensorium, avec des répercussions touchant tout le développement d'une civilisation :

Diversité et hiérachisation des médias Un média est une extension de nos sens, une . La parole a été le premier média, .

Cette conception du média permet à McLuhan d'appliquer ce terme à un large éventail de réalités. Dans Pour comprendre les médias, il consacre un chapitre à chacun des principaux médias : la parole, l'écriture, les routes, les chiffres, le vêtement, l'habitat, l'argent, les horloges, l'imprimé, les bandes dessinées, la roue, la photographie, la presse, la voiture, la publicité, les jeux, le télégraphe, la machine à écrire, le téléphone, le phonographe, le cinéma, la radio, la télévision, les armes, l'automation. Au total, il identifie ainsi 26 médias, soit exactement le nombre de lettres dans l'alphabet latin.

Les médias connaissent une hiérarchisation en fonction de l'ampleur des effets qu'ils ont sur le public. Avec la technologie de l'électricité,

« Le média est le message » L'idée maîtresse que l'on retrouve à travers les ouvrages de McLuhan tient en une seule phrase : « Le média est le message », ce qui veut dire que le canal de communication utilisé constitue en fait le véritable message. Cette idée est développée à travers toute l'œuvre de McLuhan, et sert de titre au premier chapitre de son livre Pour comprendre les médias. Ce n'est donc pas d'abord le contenu qui affecte le public consommateur d'un média, comme on le croit souvent, mais le canal de transmission lui-même. Un exemple simple permet de mieux saisir cette affirmation : l'imprimé est un média, car il permet de transmettre une information depuis un émetteur vers un récepteur. En tant que média, il est plus rapide que la parole transmise de bouche à oreille, par exemple. Mais plus que le gain de temps, c'est la plus grande distance parcourue par cet imprimé dans un laps de temps constant qui importe. Considérons une cité donnant des ordres à ses garnisons via l'imprimé, l'association de celui-ci avec la roue et la route permet de contrôler une région notablement plus vaste. Ce média joue un rôle profondément centralisateur : il induit automatiquement une société structurée autour d'un centre donneur d'ordres.

McLuhan situe le message non pas dans le seul sens exprimé par l'émetteur, mais dans la combinaison unique de l'effet message/média (pragmatique de la communication). Ainsi, l'expérience vécue du média utilisé (téléphone, Internet, etc.) est mise au premier plan, lui subordonnant le message, et inversant la traditionnelle opposition fond/forme.

En énonçant l'idée que le média est le message, il affirme entre autres que l'important est la forme prise par le média (l'effet de la technologie), ainsi que sa combinaison avec le message. Selon lui, les exemples se multiplieront naturellement à l'âge électronique et ces structures se révéleront d'elles-mêmes. Cet impact du média, qui prime sur le contenu du message lui-même, explique, selon le théoricien, que les innovations technologiques, en engendrant des modifications du dispositif sensoriel et intellectuel de l'homme, aient bouleversé les civilisations.

Contrairement à l'idée courante véhiculée par le mcLuhanisme, McLuhan n'était cependant pas un amateur des médias modernes et restait inquiet quant à leur impact sur la culture. Mais il estime qu'il faut les étudier pour éviter d'être emporté par eux comme par un maelstrom. Commentant la réaction négative d'un critique new-yorkais à Understanding Media (1964), il s'exclame que ce n'est pas parce qu'il prévoit un monde où nous serons tous interconnectés dans une conscience globale grâce à des ordinateurs portables de la taille d'audioprothèses qu'il pense personnellement que ce soit une bonne chose« Listen, because I can see a day where we'll be toting portable computers about the size of hearing aids so we're all wired, intermeshed, and connected in the great global consciousness, because I envision this great interconnected electronic grid, I personally think this is a good thing?». Cité par .

Son attitude est parfois plus positive, présentant des échos de l'idée de noosphère développée par Teilhard de Chardin, comme dans l'entrevue donnée à Playboy, où il dit sentir que nous sommes sur le seuil d'un monde excitant et libérateur dans lequel la tribu humaine peut devenir réellement une même famille et où la conscience peut se libérer des chaînes de la culture mécanique et se mettre à sillonner le cosmos« I feel that we’re standing on the threshold of a liberating and exhilarating world in which the human tribe can become truly one family and man’s consciousness can be freed from the shackles of mechanical culture and enabled to roam the cosmos. » entrevue avec Eric Norden, mars 1969.. Cette idée d'extension de la conscience était déjà présente dans l'introduction de Pour comprendre les médias (1964).

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