thumb|Les forêts anciennes, quand elles ont été peu exploitées, sont plus riches en bois morts et en espèces saproxyliques que les forêts cultivées ou très exploitées. Elles sont parfois des reliques de la forêt préhistorique thumb|Comparaison entre une forêt ancienne (propice à la biodiversité forestière et dotée d'une riche strate herbacée) et une forêt secondaire issue de régénération artificielle et monospécifique (strate herbacée stérilisée) thumb|Vieux charmes de la vieille forêt de Sababurg (Allemagne)
Une forêt ancienne est une forêt présentant un degré important de naturalité et dont les arbres sont manifestement vénérables. Il ne s'agit pas nécessairement d'une forêt primaire (qui n'a jamais été significativement exploitée ni fragmentée ou influencée par l'humain). Il s'agit parfois aussi d'une forêt exploitée qui est simplement restée dans l'état de forêt depuis longtemps, en terme foncier et d'occupation du sol. À défaut de forêts primaires et pour le grand public, il peut aussi s'agir de forêts secondaires (c'est souvent le cas dans les pays industrialisés et hors zones équatoriales ou tropicales très boisées), mais diverses études ont montré que ces dernières sont moins riches que les forêts qui les ont précédées. Le terme forêt subnaturelle est aussi employé pour décrire une forêt à forte maturité biologiquehttps://inventaire-forestier.ign.fr/IMG/pdf/cbnsa_2021_-_caracterisation_vieilles_forets_v1.pdf (p.7).
Selon l'IGN, .
Définition relative Les définitions scientifiques de la forêt ancienne, quand elles existent varient selon les auteurs, les époques et les pays (à titre d'exemple, toute forêt restée à l'état de forêt (sans défrichement puis régénération) depuis l'an 1600 est dite « ancient woodland » au Royaume-Uni; le concept a été développé par l'écologiste Oliver Rackham dans son livre Ancient Woodland, its History, Vegetation and Uses in England). Les modes de cartographie de ces forêts ainsi que les principes de calcul de leur degré de naturalité sont encore discutés.
Hamish Kimmins estimait en 2002 que le concept de forêt ancienne tient encore autant des impressions que de la science, de même pour son appréciation qualitative (ex : pour Alton Harestad, le seuil de 12 % de réserve naturelle ou de forêt ancienne protégée, qui sert souvent de référence pour la gestion soutenable des forêts, n'a que peu de fondement biologique. Il traduirait plutôt la proportion de forêts que nos sociétés pensent être capables de protéger).
Pour d'autres la forêt ancienne est simplement définie comme étant de 4ème stade de succession forestière, ; son ancienneté pouvant être appréciée par divers indices de continuité boiséeSelva S.B (2003) Using calicioid lichens and fungi to assess ecological continuity in the Acadian Forest Ecoregion of the Canadian Maritimes. The Forestry Chronicle, 79(3), 550-558., dont en particulier la présence voire la dominance d'espèces dont les capacités de colonisation sont connues pour être limitéesPrésentation de Guillaume Decocq (Université de Picardie).
Pour d'autres enfin c'est l'usage du sol (utilisé en tant que « forêt » ou à l'état de forêt durant un certain temps) qui prime, avec par exemple une définition proposant de considérer comme forêt ancienne PNR des Mille vaches : Les forêts anciennes, qu’est-ce que c’est ? [Contexte et définition, consulté le 10 février 2017 . Une autre définition est une forêt . (Etat de forêt maintenu depuis au moins environ 1750 sans changement d'usage du sol selon Guillaume Decocq).
Les 200 délégués d'un symposium canadien de 2002symposium sur les forêts anciennes du Canada ; 15-19 octobre 2001, Sault Ste. Marie, Ontario, destiné à faire le point sur la recherche sur les forêts anciennes menés au Canada de 1992 à 2002 ont reconnu qu'il fallait distinguer les forêts primaires (jamais exploitées) des forêts secondaires (exploitées mais régénérées), et que les deux types pouvaient devenir des « forêts anciennes » sans toutefois afficher les mêmes qualités ou les mêmes processus écologiques, et qu'il faut préserver les processus naturels dans les forêts primaires à titre de référence. Dans les forêts primaires, ces processus se poursuivraient sans fin, même après que des perturbations naturelles auraient éliminé les vieux arbres d'origine. Lee Frelich estime que la surface et/ou le paysage de réserves de forêts primaires devraient être fixés selon l'ampleur des processus écologiques qui s'y déroulent au sein d'un type forestier donné. D'autres insistent sur le fait que l'état de « forêt ancienne » ne décrit pas une situation statique, mais qu'il s'agit plutôt d'un continuum dynamique, propre à chaque type forestier, et caractérisé par des pas de temps différents selon les casLes forêts anciennes : un point de vue scientifique - résultats préliminaires de la conférence .
Enjeux Certaines espèces disparaissent dans les jeunes forêts ; ainsi en Suède, l’étude de 150 placettes de hêtraies a montré que si les mousses se montrent assez peu affectées par une interruption de la continuité temporelle de l’état forestier, les lichens y sont sensibles : ils sont nettement plus diversifiés dans les forêts anciennes (forêts non défrichées depuis au moins 350 ans dans le cadre cette étude) que récentes (forêt jeune, c'est-à-dire de moins de 160 ans)Fritz, Ö., Gustafsson, L., & Larsson, K. (2008), Does forest continuity matter in conservation? - A study of epiphytic lichens and bryophytes in beech forests of Southern Sweden. Biological Conservation, 141, 655–668. (résumé et graphiques).
La forêt ancienne a pris une importance particulière depuis la conférence de Rio, en 1992 avec la signature d'une convention internationale sur la biodiversité et d'une déclaration sur la forêt, suivie pour l'Europe d'une déclaration interministérielle dite d'Helsinki (1993) sur la forêt engageant les États et les forestiers à protéger la biodiversité forestière.
La forêt ancienne est un indicateur de développement durable, de soutenabilité de l'exploitation forestière et est à ce titre prise en compte par les observatoires de la biodiversité, les écolabels et écosociolabels (comme FSC) concernant la gestion forestière.
Protection Dans les pays industrialisés certaines de ces forêts sont mises en réserve naturelle intégrale.
Les réserves biologiques intégrales en France ne totalisaient que en 1996, et la plus grande était alors une réserve intégrale de au sein de la réserve naturelle nationale du Massif du Grand VentronAnnik Schnitzler-Lenoble, En Europe, la forêt primaire autre, La Recherche, , septembre 1996, . En 2013, la plus grande réserve biologique intégrale française est la réserve biologique intégrale de Lucifer Dékou Dékou, en Guyane (plus de ) suivie par la réserve biologique intégrale de la Sylve d'Argenson en Poitou-Charentes ()Collectif, Mieux connaître les espaces naturels protégés français, Montpellier, Atelier technique des espaces naturels, janvier 2013, consulté le 24 mai 2013. Par ailleurs, la forêt représente 54 % des de la réserve naturelle de la forêt de la Massane placée en réserve intégrale..
En Pologne, seuls de la Forêt de Białowieża sont en réserve intégrale strictement protégée.
On estime en Suède que pour protéger les réserves intégrales de la contamination génétique des espèces cultivées environnantes il faut constituer des réserves intégrales d'une taille qui ne soit pas inférieure à plusieurs milliers d'hectares, et pour George Peterken la taille minimale devrait être supérieure à la plus grande perturbation, soit un million d'hectares.
Le , via un décret lors de la Journée de la Terre, aux Etats-Unis le président Joe Biden a exigé des responsables fédéraux un inventaire des forêts anciennes dans les 12 mois, et l'identification des menaces portées à ces forêts.
Critères Ils varient selon le type de forêt et de contexte biogéographique.
Ainsi, une forêt où la plupart des arbres dominants ont plus de 700 ans sera considérée comme ancienne en zone tropicale humide, alors que plus près des pôles, une bétulaie dominée par des bouleaux de 180 ans sera considérée comme très ancienne, notamment dans les zones où les incendies de forêt naturels sont fréquents.
Le cas des forêts décidues de zones tempérées. Critères de naturalité et de structure forestière : En 2006, le Groupe de travail sur les écosystèmes forestiers exceptionnels (Direction de l’environnement forestier du Canada)Inventaire des écosystèmes forestiers exceptionnels du territoire du Triton, 18 décembre 2006 ([http///www.crecn.qc.ca/pdf/Foret/Triton_12_06_print.ppt Présentation PowerPoint])a défini les forêts anciennes (Old-growth forest) canadienne à partir d'une définition « adaptée de la littérature scientifique » (adaptation faite en 1996) à partir de critères approuvés par un comité d’experts externes en 2001, publiés et révisés par les pairs en 2003. Pour ce groupe, une forêt décidue tempérée est dite « ancienne » si : elle a une origine lointaine, et qu'elle est peu perturbée et peu affectée par l’homme ; des arbres d’âge très élevé (compte tenu du milieu et de l’espèce) sont dominants ; on y trouve simultanément des arbres jeunes, matures et sénescents, des chicots et de gros débris de bois-mort au sol ; sa structure est inéquienne ou au moins irrégulière ; elle abrite des essences typiquement tolérantes à l’ombre.
Une autre définition est proposée par le WWF France qui a travaillé en collaboration avec un comité scientifique et technique rassemblant une cinquantaine de personnes, parmi lesquelles des gestionnaires forestiers privés et publics, des gestionnaires d'espaces protégés, des scientifiques et des naturalistes (voir le comité : http://www.foretsanciennes.fr/evaluer/demarche/le-comite/). Les critères retenus sont la diversité à la fois en essences, en microhabitats et en habitats associés au milieu forestier, l'indigénat, la complexité structurale, la maturité (âge du peuplement, présence de très très gros bois, volume de bois mort), la dynamique (stade de succession, phases de la sylvigénèse), la continuité spatiale et la continuité temporelle (ancienneté), l'empreinte humaine, passée, contemporaine ou potentielle. La prise en compte du Sentiment de Nature permet d'apporter une dimension psycho-sociale à l'analyse de la naturalité. Des outils sont disponibles (http://www.foretsanciennes.fr/evaluer/methode/les-outils/).
Critères d'âge, taille et diamètre : Le bouleau jaune est dans ce contexte (canadien) considérée comme marqueur d'une « forêt ancienne » quand il a au moins 180 ans, un diamètre DHPDHP est l'abréviation de « diamètre à hauteur de poitrine ». de 60 cm et/ou qu'il mesure au moins 25 m de haut. L'érable à sucre doit avoir au moins 175 ans, et mesurer 55 cm de diamètre et plus de 27 m de haut. L'épinette blanche aura plus de 170 ans, 40 cm de DHP au moins et plus de 19 m de hauteur. L'épinette rouge pourra être plus jeune (135 ans au moins et 40 cm de diamètre et/ou 22 m de hauteur. Le sapin baumier sera lui considéré comme marqueur de forêts anciennes à partir de 95 ans, 35 cm de diamètre et 24 m de haut;
En Europe, 132 espèces de plantes, dont des arbres, ont été proposées comme indicatrices de forêts anciennes européennes, mais c'est à échelle régionale et biogéographique que les évaluations qualitatives doivent être faites, car Martin Hermy, Olivier Honnay, Les Firbank, Carla Grashof-Bokdam, Jonas E. Lawesson, “An ecological comparison between ancient and other forest plant species of Europe, and the implications for forest conservation” : Biological Conservation ; Volume 91, Issue 1, November 1999, Pages 9–22 (Résumé).