Bernard Roy, de son nom complet Jean Baptiste Bernard Roy, né le à Marigny-le-Cahouët et mort le à Tunis, est un diplomate et homme politique français.

Formation (1845-1871) Bernard Roy naît le à Marigny-le-Cahouët (Côte-d'Or) dans la maison éclusière du Canal de Bourgogne où son père est maître-éclusier. À 18 ans, il quitte la Bourgogne pour Paris où il trouve un emploi dans la librairie Letaille, rue Garancière. L'année suivante, il postule à l'administration des télégraphes où il est reçu en .

D'abord nommé stagiaire à Paris, il en profite pour suivre les cours à la Sorbonne et au Collège de France. En , il est nommé à Chalon-sur-Saône où il ne reste que quatre mois avant d'être muté en Algérie. Il s'agit de son dernier poste en France métropolitaine.

Le , il quitte Chalon pour Batna. En , il est muté à Constantine, à l'époque où l'armée française en Algérie rêve de pouvoir poursuivre ses conquêtes de l'autre côté de la frontière avec la Tunisie.

La Tunisie est alors ravagée par une épidémie de typhus qui fait suite à la brutale répression après l'insurrection menée par Ali Ben Ghedhahem en 1864. Cela n'empêche pas Bernard Roy d'être volontaire pour rejoindre les bureaux de télégraphe qui y sont construits depuis que la France en a obtenu le monopole en 1859.

Le , il est muté à Sousse. Il occupe par la suite des postes à La Goulette, Bizerte et Le Bardo avant de rejoindre Le Kef le à l'âge de 26 ans, ce qui constitue le tournant de sa carrière.

Directeur du télégraphe et agent consulaire au Kef (1871-1889) Située à quarante kilomètres de la frontière algérienne, la citadelle du Kef occupe une position stratégique primordiale. Elle surveille la route principale entre Constantine et Tunis. Sa proximité avec l'Algérie explique pourquoi la ville et ses environs abritent de nombreuses tribus algériennes. C'est pourquoi le directeur du poste de télégraphe y est aussi agent consulaire.

Bernard Roy développe son poste en créant un réseau de surveillance de toute la région qui s'étend de Tabarka à Gafsa grâce à la part qui lui est personnellement allouée sur les taxes de la chancellerie. Cela lui permet de retrouver les troupeaux volés en Algérie et d'en obtenir la restitution, mais aussi de surveiller la contrebande et le commerce des armes avec l'Algérie. Mais il est surtout félicité pour son travail grâce aux renseignements obtenus sur les insurgés algériens qui ont trouvé refuge en Tunisie. Le , le général Alfred Chanzy, gouverneur général de l'Algérie, le remercie en personne pour avoir permis la capture de Bou-Guerra Ben Belkhassem. Les félicitations lui sont renouvelées le pour les renseignements qui ont permis d'arrêter des trafiquants d'armes.

Mais tout ce travail d'espionnage porte surtout ses fruits en , lorsque la France intervient en Tunisie pour y imposer son protectorat. Il est alors le premier à transmettre à Tunis, le , la nouvelle qu'une rumeur a incité les tribus tunisiennes à se soulever pour réclamer des terres en Algérie que le bey de Tunis aurait confisquées. Quatre jours auparavant, des tribus kroumirs tunisiennes ont attaqué une tribu algérienne, la raison officielle de l'intervention du corps expéditionnaire qui entre en Tunisie le .

Le , l'armée du général François Auguste Logerot se présente devant Le Kef. Seul Européen resté dans la ville avec son ouvrier italien, Pietro Brignone, Bernard Roy tient Tunis au courant grâce au télégraphe de l'évolution des réactions dans la ville menacée. Malgré le danger, il multiplie les démarches auprès des autorités religieuses et du gouverneur de la ville, Si Rechid, pour les inciter à ouvrir les portes de la ville et éviter ainsi un bain de sang. Il finit par obtenir gain de cause : la ville est investie à 11 heures du matin.

En récompense de sa conduite, Bernard Roy est fait chevalier de la Légion d'honneur le suivant. Le traité de protectorat est signé au Bardo le . Deux mois plus tard, la Tunisie se soulève. Là encore, le réseau d'espionnage mis en place montre son efficacité. Les insurgés, emmenés par le chef des Ouled Ayar, Ali Ben Amar, bloquent toutes les routes entre Tunis et Le Kef. Mais rien de ce qui se dit ou se trame dans les tribus n'échappe aux espions de Roy. L'insurrection est balayée en .

Il est alors temps de s'occuper de la mise en place d'une administration civile pour surveiller la population tunisienne et s'occuper des colons français qui commencent à arriver. Grâce à sa connaissance de la population tunisienne, Roy met en place une administration tunisienne dirigée par des notables francophiles et écarte tous ceux qui ont combattu l'influence française.

Afin de retirer les pouvoirs aux militaires, des contrôles civils sont créés à partir de 1884 pour administrer la population européenne et surveiller la population tunisienne. La nomination de Bernard Roy au poste de contrôleur civil du Kef est l'occasion d'un combat féroce entre Paul Cambon, résident général de France en Tunisie, et le général Georges Boulanger, commandant du corps expéditionnaire de Tunisie. Boulanger, inquiet de la forte personnalité de Roy, veut réduire l'étendue de ses attributions alors que Cambon compte sur lui pour transférer tous les pouvoirs aux civils. La défaite finale de l'option militaire permet l'extension des contrôles civils à toute la Tunisie, à l'exception du Sud resté aux mains des militaires..

Secrétaire général du gouvernement tunisien (1889-1919) Le , après cinq ans au poste de contrôleur civil du Kef, Roy est nommé secrétaire général du gouvernement tunisien. Dans le cadre du protectorat, le secrétaire général est la courroie de transmission entre la résidence générale et le gouvernement tunisien. Placé auprès du grand vizir, il lui transmet les ordres de la résidence et s'assure qu'ils sont bien pris en compte. Arabophone, connu et apprécié des Tunisiens dont il se sent très proche, Roy devient très vite un Premier ministre officieux. Il reste à son poste jusqu'à sa mort trente ans plus tard.

Il reproduit à l'échelle nationale ce qu'il a réalisé au Kef : il s'appuie sur les grandes familles de notables en choisissant les francophiles et en retirant leurs responsabilités à celles qui n'ont pas fait la preuve de leur allégeance. Il réfrène les ardeurs des administrateurs pressés de rénover la Tunisie de fond en comble. Il se permet ainsi de répliquer au résident général Justin Massicault : .

Ses instructions aux contrôleurs civils reposent sur le dogme résidentiel du quieta non movere : .. Il est donc très rapidement la cible de ceux qui appellent à une politique assimilationniste. La rumeur circule même qu'il se serait converti à l'islam. Plus tard, il devient la cible des Jeunes Tunisiens qui y voient un adversaire de la modernisation et de l'émancipation de leur pays..

Revers de la médaille, certains caïds nommés par Roy se révèlent plus francophiles qu'honnêtes. Il nomme ainsi caïd de Téboursouk, puis de Souk El Khemis, son ancien chaouch illettré, dont les notables se plaignaient qu'il eût détourné en trois ans, ce qui n'empêche pas la résidence de leur répondre . D'autres caïds corrompus, tels celui des Jlass et des Souassi ou celui de Tajerouine, bénéficient d'une impunité totale pour les mêmes raisons.. Ce respect des ne protège pas pourtant que des caïds prévaricateurs ; Roy emploie sa à éviter les percées qu'on envisage déjà à l'époque dans la médina de Tunis. Son souci du calme politique l'aurait amené à répondre à un autre haut fonctionnaire qui lui demandait de faire cesser les réactions bruyantes d'une confrérie à La Marsa : ..

Peut-être a-t-il en tête d'assurer à la France une occupation la plus longue possible en agissant ainsi. Le traité du protectorat stipule que . Pour les uns, notamment parmi les Tunisiens instruits, c'est un point de départ dont le poids s'allège au fur et à mesure que le pays évolue. .. Sa politique a l'avantage d'assurer à la Tunisie une stabilité montrée en exemple. Il faut attendre sa mort pour voir surgir un mouvement nationaliste avec la création du Destour.

Le , le secrétariat général est scindé en deux : Urbain Blanc devient secrétaire général pour l'Administration et Bernard Roy secrétaire général pour la Justice.. Ce dernier est chargé de l'achèvement de la réorganisation de la justice tunisienne entamée depuis 1896. Elle s'achève en 1913 par la promulgation du Code pénal. Mais il a également conservé dans ses attributions les affaires de la famille beylicale, la Direction des antiquités et des arts (actuel Institut national du patrimoine) et l'école des jeunes filles musulmanes. C'est en effet sur son ordre que cette école, subventionnée par les habous, est édifiée en 1908]sur l'emplacement du Dar El Bacha entre la rue Gharnouta et la rue du Sabre..

On le charge aussi de la présidence de la section indigène de la Conférence consultative créée en 1910. Cette instance est chargée de donner son avis sur les réformes fiscales. Après la disparition de Bernard Roy, lorsqu'on demande au délégué de Kairouan ce qu'il pense de son successeur, celui-ci répond : .

La rédaction du Code pénal étant achevée, Bernard Roy pense prendre sa retraite en 1914. Le déclenchement de la Première Guerre mondiale le ramène à Tunis. Il y reste jusqu'à son décès le .

Héritage

vignette|upright|Médaillon de bronze sur sa maison natale.

Bernard Roy est enterré au cimetière de Marigny-le-Cahouët où la rue principale porte son nom depuis 1928. Une rue Roy au Kef, entre la place de l'école des filles et le Dar El Bey, est débaptisée à l'indépendance pour devenir la rue Farhat-Hached.

Le , un médaillon posé sur sa maison natale est inauguré. Il reproduit le buste de Bernard Roy au-dessus de l'inscription « Bernard Roy, ministre plénipotentiaire, secrétaire général du gouvernement tunisien, né dans cette maison le , mort à Tunis le ». Parmi les 158 souscripteurs, on note Gabriel Alapetite, René Cagnat, Raymond Lantier, Gabriel Puaux, Jules Toutain, Pierre de Witasse, M'hammed Belkhodja, Charles Nicolle, Louis Poinssot, Eugène Regnault, Charles Saumagne et Abdeljelil Zaouche.

En 1973, Habib Bourguiba — qui n'a que seize ans au moment de son décès — donne son avis sur Bernard Roy lors d'une conférence consacrée à sa vie de combattant :

Travaux épigraphiques et historiques Son poste au Kef entre 1871 et 1889 en fait l'intermédiaire obligé pour tous les historiens qui explorent la région sur la trace des textes antiques relatant l'épopée d'Hannibal Barca ou la conquête romaine. Il se passionne alors pour l'épigraphie latine et les fouilles archéologiques. Ses nombreux échanges avec les plus grands historiens de l'époque attestent de la valeur de ses travaux. D'après Gabriel Puaux, il est le découvreur de 464 inscriptions latines recensées dans le Corpus Inscriptionum Latinarum.

Grâce aux nombreuses découvertes faites au Kef et dans les environs, il ouvre un musée dans le Dar El Bey de la ville. Ces pièces sont par la suite transférées à Tunis pour y constituer le premier fonds du futur musée du Bardo.

Sa passion pour l'Antiquité et l'histoire de la Tunisie ne le quitte pas à Tunis. Il est de ceux qui se battent pour sauvegarder la médina de Tunis. Il est à l'origine de la publication de la Nomenclature et répartition des tribus en 1900. ainsi que d'un catalogue des manuscrits et ouvrages historiques de la bibliothèque de la mosquée Zitouna.

En 1902, il acquiert des héritiers du chroniqueur Ibn Abi Dhiaf les droits d'édition et de traduction de son ouvrage intitulé Ithaf Ahl al-zaman bi Akhbar muluk Tunis wa 'Ahd el-Aman ; il compte en publier une traduction mais n'en a pas le temps. Il a également en chantier un corpus des inscriptions arabes dont il publie des fragments dans La Revue tunisienne en 1915 et 1918. Aidé par son collaborateur, Si Mogdad el Ouertani, il recense une grande partie des inscriptions arabes de Kairouan qui sont ainsi sauvées de l'oubli. La mort ne lui laisse cependant pas le temps de publier tous ces travaux.