La rue Sainte-Anne est une voie des 1 et 2 arrondissements de Paris, en France. Elle ne doit pas être confondue avec la rue Sainte-Anne-en-la-Cité, ancienne rue, disparue lors de la reconstruction du palais de justice de Paris dans la seconde moitié du .

Situation et accès À la Révolution, la rue faisait partie de la section Lepeletier. Jusqu’en 1860, la rue Sainte-Anne était entièrement comprise dans l’ancien de Paris et était partagée entre le quartier du Palais-Royal et le quartier Feydeau. Depuis le redécoupage, elle s'étend sur les et nouveaux arrondissements, de l'avenue de l'Opéra au sud, où elle est prolongée par la rue de l'Échelle, à la rue Saint-Augustin au nord, où elle est prolongée par la rue de Gramont.

Origine du nom La rue Sainte-Anne a reçu ce nomFélix de Rochegude, Promenade dans toutes les rues de Paris : , Hachette, 1910, , . en l’honneur d'Anne d'Autriche reine de France et épouse de Louis XIII. Ce n'est pas la première fois qu'une rue portait ce nom à ParisFélix Lazare : Dictionnaire des rues de Paris et de ses monuments, ..

Historique L'emplacement de la rue Sainte-Anne se trouve hors les murs jusqu'à la destruction du tronçon occidental de l'enceinte de Charles V et le renforcement des bastions de l'enceinte de Louis XIII, au début des années 1630, et à l'extension de la zone fortifiée concomitante.

La rue actuelle est la réunion de deux rues qui ont existé de façon autonome pendant quelques années lors de la naissance du quartier. La première, au sud de la rue des Petits-Champs actuelle, ne l'atteignait en réalité pas tout à fait au départ, bornée au nord par la butte des Moulins. Cette partie, comprise entre les rues de l'Anglade et du Clos-Georgeau , fut ouverte en 1633. La seconde partie s'étendait de la rue des Petits-Champs à la rue Saint-Augustin. La réunion s'est faite vers 1650. La discontinuité est nette sur le plan de Gomboust de 1652Voir le plan de Gomboust de 1652 en ligne.. Alors que la rue est déjà continue sur le plan de Boisseau de 1648Voir le plan de Boisseau de 1648 en ligne.. L'explication de cette incohérence tient aux contingences de l'imprimerie de l'époque ; elle révèle en tout cas que c'est autour de ces dates qu'est intervenu le raccordement.

Depuis sa création, la rue a porté différents noms, dont ceux de « rue au Sang » et « rue de la Basse-Voirie», du fait des activités d'équarrissage qui s'y tenaient, à proximité du marché aux chevaux de la porte Saint-HonoréLe marché occupe l'emplacement de la rue Sainte-Anne sur le plan de Tavernier de 1630.. La butte des Moulins, qui accidente aujourd'hui encore le tracé de la rue, était notamment composée d'immondices et constituait de fait une voirie. Elle a aussi porté le nom de « rue des Moulins » en raison de la présence des deux moulins qui étaient situés sur l'emplacement de la rue du Clos-Georgeau et qui ont donné leur nom à la butteOn ne peut exclure que les frères Lazare aient confondu avec la rue des Moulins actuelle, qui portait déjà ce nom-là sur le plan de Boisseau de 1648 et qui est parallèle et très proche de la rue Sainte-Anne..

La rue a reçu le nom de sainte Anne en 1633 en l’honneur d’Anne d’Autriche qui était reine de France. Ce n’est pas la seule rue de Paris à avoir porté ce nomÇa a notamment été le cas de la rue du Faubourg-Poissonnière dans la seconde moitié du . Louis et Félix Lazare, article « Rue du Faubourg-Poissonnière », Dictionnaire administratif et historique des rues de Paris et de ses monuments, édition, 1855, ..

Le prolongement de cette rue, au nord de celle qui était alors « rue Neuve-des-Petits-Champs », n'a pas eu de nom dans un premier temps pour la raison qu'elle ne desservait que des potagers et vergersVoir le plan de Boisseau de 1648., puis s'appelait « rue de Lionne » après la construction de l'hôtel particulier du secrétaire d'état Hugues de Lionne, dit « hôtel de Lionne » (ou « de Lyonne »), puis hôtel de Pontchartrain, en 1661« Différents plans relatifs à l'hôtel de Lionne-Pontchartrain, rue des Petits-Champs », catalogue général de la BNF..

Dès 1672, une vingtaine d'années après l'unification de la rue, elle porte l'odonyme unique de « rue Sainte-AnneLe premier plan sur lequel elle apparaît ainsi est celui de Jouvin de Rochefort de 1672. ».

En 1792, elle prend le nom de « rue Helvétius » en l'honneur du philosophe français Claude-Adrien Helvétius qui y habita à l'ancien n° 18 avec son beau-frère, le Fermier général Nicolas Delay de La GardeNicolas Delay de La Garde était marié avec Élisabeth Helvétius.. Le Conseil général de la commune de Paris en prend officiellement la décision, ce qui n'était pas du tout systématique en cette période de renommage intempestif : « Séance du . — Le conseil général, le procureur de la commune entendu, arrête : que la rue Sainte-Anne, dans laquelle est né le philosophe Helvétius, portera dorénavant le nom d’Helvétius« France. De Paris, le 21 août », Le Moniteur, 23 septembre 1792, réimpression de 1840, , .. ». La rue faisait alors partie de la section Lepeletier.

Une décision ministérielle du 18 pluviôse an X (), signée Chaptal, fixe la largeur de cette voie publique à .

En 1826, il est décidé l’élargissement de la voie à 10 mètres. Il est réalisé, seulement, entre le début de la rue et la rue Thérèse et au nord de la rue des Petits-Champs, sur une soixantaine de mètres.

Par arrêté du , sous la Première Restauration, cette voie reprit le nom de « rue Sainte-Anne ».

La « rue des mecs », lieu de sociabilité homosexuelle

La rue a été un lieu de rencontre homosexuel et de prostitution masculine depuis, au moins, le début du et jusque dans les années 1980. Les Bains Sainte-Anne, ouverts dans la rue durant la Première Guerre mondiale, sont fréquentés par une clientèle homosexuelle, répertoriée comme telle par la brigade des mœursRégis Stévenin, Homosexualité et prostitution masculine à Paris, 1870-1918, L’Harmattan, ..

À partir des années 1910, les hammams, les bars, les restaurants et les boîtes de nuit se multiplient dans la rue.

Elle acquiert une notoriété quasi proverbiale en matière d’homosexualité à la fin des années 1960, avec le développement des mouvements de libération sexuelle et l'ouverture de nombreux établissements de fête et de rencontre (Le Sept, Le Bronx, Le Colony, le Pim’s, le Piano Bar, etc.), fréquentés notamment par des écrivains, des acteurs et des couturiers célèbres. Elle devient alors l'un des centres de la vie gay parisienne, mêlant sociabilité nocturne, mondanité et culture artistique. Elle devient alors l'un des centres de la vie gay parisienne« Paris les années 1960, quartier Sainte-Anne », www.hexagonegay.com.« Paris les années 1970, quartier Sainte-Anne », www.hexagonegay.com..

Parmi les établissements emblématiques de cette période figurent :

Le Sept (7 rue Sainte-Anne), club très en vue du Tout-Paris nocturne, fréquenté notamment par des personnalités françaises et internationales ; Le Bronx (11 rue Sainte-Anne), bar ouvert au début des années 1970, associé à la sociabilité gay et artistique du quartier ; Le Colony (11 rue Sainte-Anne), restaurant et lieu de soirées fréquenté par une clientèle mondaine ; Le Piano Bar (12 rue Sainte-Anne), bar musical participant à la vie nocturne du quartier ; Le Pim’s (3 rue Sainte-Anne), établissement plus populaire, intégré au réseau des lieux de rencontre.

Ces lieux attirent une clientèle mêlant artistes, journalistes, écrivains et personnalités du monde politique et mondain, parmi lesquels sont notamment cités Françoise Sagan, Zaza Diors, Alice Sapritch ou Roger Peyrefitte. La vie nocturne du quartier est également documentée dans la presse mondaine de l’époque, notamment dans les chroniques de Guy Monréal publiées dans L’Officiel, qui évoquent les soirées, leurs habitués et les figures du cabaret parisienL’Officiel de la couture et de la mode de Paris, articles de Guy Monréal, années 1970-1980.. À la fin des années 1970, la naissance d'un nouveau pôle festif autour des Halles, notamment après l’ouverture du Forum, puis le développement du quartier du Marais, entraînent progressivement le déplacement de cette sociabilité et la fermeture des établissements de la rue Sainte-Anne dans les années 1980Littérature française et étrangère.Autour du Sept, dans la rue Sainte-Anne, se trouvaient de nombreux bars, dont le Pim's (nommé plus tard The Bronx), le Colony , Frédéric Martel, The Pink and the Black: Homosexuals in France since 1968, « Le Piano'Bar », ..

L’évolution du quartier et sa transformation en centre de sociabilité homosexuelle ont été décrites rétrospectivement par plusieurs auteurs. Élisabeth Quin, dans son ouvrage consacré à Gérald Nanty, en propose une synthèse détaillée : « En 1956, cette rue située entre l'Opéra et le Palais-Royal ne comptait qu'un bar pour homosexuelles : le Fred et Carole. L'Auberge de Pont-Aven périclitait ; le club de jazz où s'étaient produits Marcel Pagnoul et son orchestre dans les années 40, était reconverti en restaurant-cabaret morose. On nota un frémissement avec l'ouverture du Vagabond, premier restaurant-club gay de la capitale, et en 64, un petit-fils de cocher, dandy de province célèbre dans les Alpes-Maritimes grâce au Crazy Boy de Cannes, créa l'événement avec le Pimm's, au numéro 3. Le bar était minuscule, mais mixte, avec un petit sous-sol chaleureux ; Fabrice Emaer y peaufina son personnage d'animateur théâtral, folle mondaine qui distillait du bout des lèvres compliments et vacheries. Ses dîners étaient si courus qu'il s'agrandit en reprenant l'Auberge de Pont-Aven. Le , Emaer inaugura le Club Sept qui entra rapidement dans la légende des lieux parisiens élitistes, sophistiqués, distillant un effluve permissif légèrement décadent […]. Mais la porte du Sept s'ouvrait aussi pour des inconnus fauchés, pourvu qu'ils aient une singularité et un éclat. Quelques mois plus tard, on commençait à surnommer la rue Sainte-Anne “rue Bleue”, “rue des mecs”… »Élisabeth Quin, Bel de nuit – Gérald Nanty, Paris, Grasset & Fasquelle, 2007..

Restaurants japonais Les restaurants japonais remplaçant les lieux gays, la rue devient le cœur du quartier japonais« Quartier de l'Opéra », Jipango, 24, automne 2010. de la capitale dans les années 2000.

Bâtiments remarquables et lieux de mémoire La danseuse Marie Allard, maîtresse de Gaëtan Vestris, habita rue Sainte-Anne. Jeanne-Louise-Françoise de Sainte-Amaranthe et son gendre, Charles de Sartine, qui habitaient cette voie, y furent arrêtés (« rue Helvétius », à l'époque).

7 : Le Sept, boîte de nuitLe Sept, Googlebooks. qui fut animée par Fabrice Emaer (1935-1983) et Guy Cuevas. Le lieu est reconstitué dans le film Saint Laurent de Bertrand Bonello (2014). 9 : immeuble où habita Alice LavigneAlice Lavigne (18..-19..) : pseudonyme individuel., du théâtre du Palais-Royal. 10 : la caserne de pompiers Saint-Honoré« Caserne Saint Honoré », paris.fr.. 11 : Le Bronx, qui fut animée par (1951-2000). Le Bronx, boîte de nuit située dans le local de gauche, ouverte au début des années 1970 et associée à la sociabilité gay du quartier, notamment animée par Alain-Philippe Malagnac (1951-2000). Dans le local de droite se trouvait le Colony, restaurant et lieu de soirées fréquenté par une clientèle mondaine, dirigé par Gérald Nanty puis Jacques Collard et animé par Zaza DiorsGuy Monréal, « Le Colony », ''L’Officiel Hommes'', no 8, 1978, p. 70-71 : « Sous la férule de Robert Sabourin, Jean-Charles Cabrol et Jacques Calas […] grâce à l’accueil de Jacques Collard […] et de Zaza Diors, le notoire “travelo nommé désir”, le Colony est depuis la rentrée redevenu un endroit très mode. » ; l’établissement ferme à la fin des années 1970. 12-14 : à ce niveau se trouvait un hôtel particulier où habita l'amiral d'Estaing, arrêté puis guillotiné en 1794, sous la RévolutionJacques Hillairet, Dictionnaire historique des rues de Paris, Les Éditions de minuit, septième édition, 1963, (« L-Z »), « Rue Sainte-Anne », ..