José Patiño Rosales, né à Milan (alors possession espagnole) le et mort à La Granja (province de Ségovie) le , est un homme d'État espagnol durant le règne de Philippe V d'Espagne, secrétaire d'État de 1734 à 1736.
Famille et jeunesse Ses parents Le père de José, Lucas Patiño de Ibarra, noble d'origine galicienne, est marquis de Castellar, membre du Conseil Privé et Veedor General del Ejército, Inspecteur Général des troupes espagnoles stationnées dans le duché de Milan, alors possession espagnole. Sa mère, née Beatriz de Rosales y Facini, lui légua son nom de famille suivant l'usage espagnol.
La famille Patiño avait pris parti pour les Bourbons et contre les Habsbourgs dans la lutte qui opposait ces deux dynasties pour le choix d'un successeur au roi d'Espagne Charles II.
Le frère de José, Baltasar (Milan 1667 - Paris 1763) fut intendant général d'Aragon, puis secrétaire d'État de la Guerre. Disgracié en 1725, il revint en grâce en 1726, et fut nommé ambassadeur d'Espagne à Paris, où il chercha à contrecarrer la politique du cardinal Fleury.
Sa jeunesse Destiné à la prêtrise, José fait de solides études de théologie. Il fait partie, pendant 11 ans, de la Compagnie de Jésus, puis quitte les ordres. Il fut présenté à Philippe V en 1702 après la bataille de Luzzara (en Émilie, les franco-espagnols y battirent les autrichiens du Prince Eugène). Patiño, qui avait obtenu une charge au Sénat de Milan, rentra en Espagne quand, à la fin de la Guerre de Succession d'Espagne, les Espagnols durent appliquer les clauses du traité d'Utrecht (1713) et évacuer l'Italie : le Milanais, Naples et la Sardaigne (et les Pays-Bas) allaient à l'Autriche - et le Duc de Savoie récoltait la Sicile.
Premières armes dans le corps administratif de Philippe V
Patiño fut d'abord nommé membre du "Conseil des Ordres Militaires" par le roi Philippe V (1707). Il fut ensuite nommé Intendant d'Estrémadure. À ce poste de haute responsabilité, Patiño géra de son mieux les désastres de la guerre de Succession d'Espagne dans la Provincia de Extremadura et essaya d’atténuer à Càceres comme à Badajos les souffrances de la population. Le flux et reflux des troupes Franco-Espagnoles (commandées par Berwick) et des troupes Anglo-Portugaises (menées par Schoemberg) avait en effet dévasté cette province limitrophe du Portugal.
Activité importante (et controversée) en Catalogne Nommé ensuite président ("intérimaire") de la Junta de Justicia y Gobierno de Cataluña de 1714 à 1716, Patiño va s'appliquer, en grand commis de l'État et en bon serviteur du roi (et suivant l'exemple du conseiller royal Jean Orry) à y abolir le particularisme et à en "castillaniser" les institutions.
Le pouvoir central avait bien choisi son moment : Aragon et Valence étant aux mains de Philippe V depuis la bataille d'Al Mansa (1707), à la fin de la Guerre de Succession, Barcelone assiégée était prise (1714), Majorque reconquise (1715) et la Catalogne qui avait pris le parti des Habsbourg était à terre.
Barcelone en particulier avait beaucoup souffert : prise aux partisans des Habsbourg en par Philippe V et le maréchal Tesse (qui avait appliqué une politique de terreur en Catalogne comme en Aragon) - puis reprise par les Anglais (qui d'ailleurs avaient pris Gibraltar le 25 aout 1704, et gardèrent el Peñon, le Rocher, par la suite…), la capitale de la Catalogne était finalement tombée aux mains des Franco-Espagnols le , après un siège long et féroce.
Patiño d'une part géra l'occupation en mettant sous séquestre les biens des partisans des Habsbourg et en revivifiant le commerce local - et d'autre part s'attacha à la fois à réformer durablement les institutions catalanes, et à drainer vers les coffres royaux les impôts de la riche Catalogne.
Il créa le Real Catastro (Cadastre Royal), compilation de tous les biens fonciers des Catalans, ceux de l'Église étant exemptés sous certaines conditions d'antériorité. Cette innovation sans précédent en Espagne devait permettre à l'administration de l’Hacienda une levée de l'impôt régulière et sans contestation possible car fondée sur documents et archives.
Évidemment le passage des arpenteurs royaux sur leurs terres et les investigations sur la valeur agricole de chaque parcelle indisposa fortement les Catalans. Des questionnaires à remplir avaient même été envoyés dans chaque paroisse. Les propriétaires cherchèrent avec ensemble à éluder les investigations, à minorer la valeur foncière des biens, ou à attribuer la propriété de telle ou telle parcelle à un de leurs parents ecclésiastiques. Mais quand le montant du nouvel impôt foncier, prétendu équivalent à celui que payaient déjà les Castillans, fut connu (il s'élevait à un million et demi de pesos), la révolte gronda. Finalement le montant de l'impôt foncier exigible fut diminué de moitié.
Surtout, Patiño inspira au pouvoir central les décrets de Nueva Planta (in extenso : Nueva Planta de la Real Audiencia del Principado de Cataluña establecido por Su Majestad…) qui tend à éliminer les institutions traditionnelles de la Catalogne.
Patiño a laissé aux Catalans le souvenir d'un administrateur centralisateur qui, héritier de l'esprit des vainqueurs de la Bataille des Comuneros (1521), a cherché à annuler les privilèges et libertés (les fueros) qui leur restaient, et de plus a voulu imposer chez eux l'usage du castillan aux dépens de la llengua catalana (cf note I). Ces atteintes à l'autonomie culturelle, législative et économique des Catalans entraînèrent une exaspération des mouvements fueristes qu'Alberoni eut à réduire, en particulier en 1720.
Restauration de la Marine Espagnole Nommé par la suite (1717) Intendant Général de la Marine, sur recommandation du cardinal Giulio Alberoni alors tout puissant, Patiño s'inspira de Colbert et entama des réformes décisives sur le modèle français : son "Ordenanza de la Armada" (Ordonnance pour la Flotte de guerre), touchait tant les galères de Méditerranée que les escadres de l'Atlantique et les galions du Pacifique. Patiño Rosales ressuscita la puissance navale espagnole en dotant l’Armada de 31 vaisseaux de ligne (10 armés de 70 canons, et 21 armés de 60 canons), 15 frégates, et d'un grand nombre de petites unités.
Il créa sur le modèle français l'école des Caballeros Guardamarinas (aspirants-officiers de marine).
Il favorisa le développement du port atlantique de Càdiz Cadix en y transférant la Casa de Contratación (Administration et Archives des Colonies), située à Séville depuis près de deux siècles - et en construisant des arsenaux : à Carthagène, El Ferrol, Puntales, ainsi que celui de La Carraca à San Fernando (au sud de Cadix).
La Marine espagnole reconnaissante a lancé en 1994, justement à El Ferrol, le Patiño, un gros B.A.C. (Buque de Abastecimiento de Combate, Bateau d'Approvisionnement de Combat), de de longueur HT et 17045 T en charge, qui perpétue l'esprit du ministre José Patiño Rosales dont la devise était d'ailleurs : . Sur cet entrepôt flottant (qui peut cependant voguer à 20 nœuds) une infirmerie de dix lits et un bloc opératoire rappellent que Patiño s'est penché aussi, et en précurseur, sur le sort des malades et blessés de guerre. Sort qui à l'époque était plutôt confié, après les premiers soins par le chirurgien du bord, à la bonne nature et aux saints ad hoc.
Au début de son exercice Patiño chercha à appliquer de son mieux (sans doute à son corps défendant, car il connaissait les faiblesses de l'Espagne) les consignes aventureuses du cardinal Giulio Alberoni qui cherchait à satisfaire les désirs de la deuxième épouse de Philippe V : Elisabeth Farnèse régnait en lieu et place de Philippe V et voulait à tout prix reconquérir pour ses héritiers les territoires que l'Espagne possédait en Italie avant les traités d'Utrecht et de Rastadt (1714). Patiño Rosales s'appliqua à organiser les débarquements espagnols en Sardaigne (1717), puis en Sicile (1718), et à réparer les conséquences d'une défaite navale majeure de la Guerre de la Quadruple-Alliance : la bataille du cap Passaro ().
Après que la conspiration de Cellamare et du Duc du Maine contre le Régent eut été déjouée, l'Espagne vaincue, Alberoni désavoué et renvoyé (1719), Patiño Rosales chercha alors (en 1720, en Navarre) à limiter les effets des réactions de la France et de la Grande-Bretagne, qui s'étaient unies contre les prétentions de la reine d'Espagne.
Philippe V abdiqua en 1724, laissant le pouvoir à son fils Louis, mais celui-ci mourut quelques mois plus tard. Philippe V entama alors son second règne, qui ne fut ni plus énergique ni plus réaliste que le premier, mais il aura le bonheur de pouvoir confier les rênes du pouvoir à Don José Patiño
Premier ministre de Philippe V de 1726 à 1736 Le gobierno ilustrado Le gobierno ilustrado (cf note II) de Patiño fut un heureux changement à la tête de l'Espagne, après les bévues du présomptueux et brouillon Alberoni, puis l'intermède joué par l'aventurier Ripperdá dont los Reyes (le couple royal) s'étaient entichés. Il est juste de convenir que Patiño bénéficia de circonstances favorables : d'une part le terrain avait été préparé par Alberoni, et d'autre part, Elizabeth Farnèse (qui comme lui venait de Parme, ce qui facilitait leur entente…) avait acquis grâce à ses échecs une expérience politique qui lui manquait au début de son règne.
Cependant il allait devoir (en particulier avec l'aide de sa marine restaurée) agir sur deux fronts : le front atlantique, qui assurait grâce aux colonies la survie économique de l'Espagne - et le front méditerranéen, que l'ambition de la reine maintenait ouvert.
Patiño Rosales (aidé par son frère Baltasar puis par le marquis de La Paz, qui mourut en 1733) lutta contre le népotisme et la corruption dans l'administration. Philippe V donnait lui-même l'exemple du laisser-aller ; son premier ministre redressa les Finances. De plus il dirigeait la Marine, las Indias (les colonies), les Affaires Étrangères et la Guerre, donc en fait gouvernait.
Comme l'a écrit Martín Fernández de Navarrete : cet administrateur intègre . Ces contributions exceptionnelles, qui en fait étaient devenues pérennes, portaient des noms qui attestaient de leur impopularité : el millón, la alcabala (une taxe sur les ventes)...
Patiño continua son effort en faveur de l’Armada : imitant aussi dans ce domaine Colbert (qui avait jeté les bases de l'Inscription maritime par ses ordonnances de 1668 et 1670), il créa un règlement du recrutement et de l'immatriculation des gens de mer.
En ce qui concerne l'armée de terre, il la renforça de 33 régiments de milice (1733), et créa le Corps des Intendants et le Corps des Invalides.
Pour redresser et protéger le commerce et l'industrie espagnols, Patiño mena une politique protectionniste (ordonnances de 1728). Ainsi, il interdit aux riches de porter des tissus de luxe et des soieries qui n'auraient pas été fabriquées en Espagne, ou importées officiellement. La création et la prospérité de l'industrie catalane des indiennes date de cette époque.
Patiño poussa les armateurs ibériques à s'associer pour créer, à l'exemple des Français et des Anglais, des Compagnies Commerciales : en 1728, celle de Caracas vit le jour ; en 1723, celle des Philippines ; en 1734, celle de Galice.
La puissance de la patrie restaurée L'Espagne, une fois ses forces restaurées put montrer à nouveau sa puissance : les Marocains bloquaient Ceuta depuis des années, les Espagnols débarquèrent et leur firent lever le siège. les Anglais, en outrepassant sans gêne la clause du navio de permiso importaient en contrebande une grande quantité de marchandises dans les colonies du royaume : par le Traité de Séville (1729) l'Espagne obtint le droit de visite de tous les bateaux anglais surpris dans les eaux territoriales Parme et la Toscane furent reconquises en 1731 par le fils du roi et d'Elizabeth Farnèse, le futur Charles III Oran et Mazalquivir (Mers-el-Kébir) furent occupées en 1732