L'abbaye de Vauluisant, (en latin : ) sise à proximité de Courgenay dans l'Yonne (France) est un ancien monastère de moines cisterciens, fondé en 1127 par des moines de Preuilly (Égligny).
Fondée en 1129 au plus tard par les moines de Preuilly, elle se développe rapidement. Les guerres de Religion puis les lourdes taxes royales la ruinent aux ; la réforme de l'Étroite Observance se met en place à Vauluisant et le monastère est entièrement rénové.
La Révolution ferme l'abbaye définitivement. Les bâtiments sont partiellement détruits ; ceux qui sont conservés sont protégés à partir de 1930 au titre des monuments historiques.
Historique La fondation Une première fondation semble être l’œuvre des moines de Pontigny, abbaye fondée en 1114, sise au croisement des comtés d'Auxerre, de Tonnerre, de Joigny et de Troyes (dans ce dernier cas via Saint-Florentin). Elle se produit durant une phase incroyablement active de fondations monastiques sous la poussée des cisterciens, rendant difficile le financement, le pilotage et la direction des jeunes fondations. Or en 1125, le contexte politique local change du tout au tout. Le pacifiste comte de Troyes Hugues Ier de Champagne, qui dominait la vallée de la Vanne jusqu'à Foissy, abdique pour rejoindre l'ordre du Temple en Terre sainte, cédant ses comtés à son neveu belliciste Thibault IV comte de Blois qui régente Provins, le Braytois. L'ordre des cisterciens décide alors de confier la responsabilité de Vauluisant à sa cinquième fille : l'abbesse de Preuilly, familière du comte de Blois. La famille de Traînel, qui a permis la fondation comme étant proche de Pontigny par sa seigneurie de Venisy, réoriente sa piété vers Preuilly..
L'abbaye est fondée en 1127 par un groupe de moines cisterciens. du monastère de Preuilly, aujourd'hui en Seine-et-Marne, venus s'installer, sur les conseils de saint Bernard de Clairvaux, entre la forêt d'Othe et la forêt de Lancy, dans la vallée de L'Alain, aux confins du domaine royal et du comté de Champagne. Ils nomment le lieu (), puis Vauluisant.
L'abbaye de Vauluisant se situe entre Provins, Troyes (deux villes de foires champenoises) et Sens (métropole ecclésiastique), trois villes où les moines avaient un hôtel. Au , l'abbaye voisine avec un grand chemin arrivant de Provins par Trainel et se rendant à Troyes par Mauny (Bagneaux). Un chemin arrive directement de Sens par La Charmée. Au , Nogent ayant finalement incorporé le domaine comtal champenois, le grand chemin périclite et est à peine remplacé par un nouveau, reliant Nogent à Villeneuve-l'Archevêque.
Rapidement, une communauté nombreuse se forme, et une première église abbatiale est consacrée en 1144. Une nouvelle église est élevée à la charnière des , puis son chœur est rebâti quelques décennies plus tard. Lieu de ferveur, l'abbaye est également le centre d'une exploitation agricole efficace. Cet âge d'or dure deux siècles.
Dans un premier temps, les moines commencent par coloniser la moitié Sud du finage de Courgenay. En effet au Nord, les chevaliers et seigneurs leur font barrage, avant de céder la place au début du . Dès lors, l'emprise foncière des moines touche l'ensemble de Courgenay, une grande partie de Lailly, et des domaines plus éloignés. Mais l'abbaye est plusieurs fois détruite et pillée pendant la guerre de Cent Ans, et ce n'est qu'à partir du milieu du , avec le rétablissement de l'autorité royale sous le règne de Charles VII, que des travaux de remise en état sont entrepris.
Filiation et dépendances Vauluisant est fille de l'abbaye de Preuilly et possède de nombreuses granges dont celle de Touchebœuf.
La prospérité et les convoitises L'abbaye retrouve la prospérité sous l'abbatiat d'Antoine Pierre. Le dernier abbé régulier est contraint de s'effacer, en échange d'une crosse épiscopale, pour permettre la nomination de l'archevêque de Sens au titre de la commende. Au , outre les travaux de restauration, l'abbaye se développe et se transforme avec la construction de nouveaux bâtiments renaissance, la création d'un parc, un colombier, un moulin, une chapelle et des logis des hôtes, dans lesquels François vint plusieurs fois. Une remarquable mise au Tombeau est sculptée par le Maître de Chaource ; elle se trouve aujourd'hui à l'église Notre-Dame de Villeneuve-l'Archevêque. Mais la prospérité de l'abbaye attire les convoitises : le cardinal de Coligny intrigue pour évincer l'abbé élu par la communauté et obtenir le bénéfice de Vauluisant. Avec le régime de la commende vient le déclin, autant spirituel que financier.
Pour financer l'armée qui leur manque pour maîtriser la rébellion protestante, les Valois, dont le Trésor est désespérément vide depuis les défaites de Pavie et de Saint-Quentin, imposent à l'Église des contributions considérables. Faute de trésorerie, chaque institution (archevêché, évêché, chapitre, abbaye) est contrainte de vendre à titre emphytéotique (donc avec faculté de rachat dans un délai d'un siècle). Les moines de Vauluisant se défont de nombreuses granges (par exemple la Singerie dite la Pierre aux Sièges, la Perthe, etc.). Lors des guerres de Religion du , l'abbaye est à nouveau endommagée avec l'arrivée en 1562 d'une troupe armée qui détruit partiellement l'église, puis des pillages multiples entre 1571 et 1576.
Les bernardines En 1636, le cardinal de Richelieu impose la réforme monastique (retour à la stricte observance des règles, reconstruction des bâtiments conventuels) et les anciens religieux quittent Vauluisant pour laisser la place à un petit groupe de cisterciens réformés. L'abbaye est alors en mauvais état, mais les moines réformés entreprennent un vaste chantier de restauration grâce aux fonds qu'ils tirent de la vente de bois. Le monastère retrouve alors une part de sa splendeur passée et devient, pour un temps, le noviciat des cisterciens de la Stricte observance.
À partir du règne de Louis XIII, les moines entament une politique de rachat de toutes les fermes qu'ils ont été contraints de céder durant les guerres civiles dites de Religion. Ils se heurtent à la résistance des descendants des acquéreurs, mais leur persévérance est couronnée de succès. Dans un second temps, les moines réhabilitent leur patrimoine immobilier. L'abbaye est dans un état neuf et impeccable en 1790 quand ils seront chassés par la législation interdisant les vœux religieux.
Les cisterciens quittent l'abbaye à la Révolution et elle devient un chantier de démolition.
Des éléments de l'abbaye sont dispersés dans tous les environs. Une plaque tombale médiévale est conservée dans une grange de l'abbaye. La mise au Tombeau est à présent reléguée dans l'église paroissiale de Villeneuve-l'Archevêque. Des clés de voûte sont noyées dans des murs d'exploitations agricoles du voisinage. Une partie des objets remarquables ont été relevés pour François Roger de Gaignières et se trouvent à la BNF.
Après la Révolution L'ancien monastère est acquis sous la Restauration par un officier ancien combattant de l'Empire, le baron Campy, puis il est acheté en 1835 par Léopold Javal, un homme d'affaires qui en fait sa résidence secondaire et qui développe une vaste exploitation agricole. Dès 1847, il y fait organiser des concours agricoles annuels, d'abord de fauchage et labourage, puis en 1862 y fait adjoindre un concours de ferrage Un paysan-factotum : Edmé-François Pailleret (1832-1908), fermier à Vauluisant. Des histoires sur l'Yonne - Livre 2. Tiré de Études Villeneuviennes, Bulletin de la Société d'Histoire et d'Archéologie du Canton de Villeneuve sur Yonne, , Association "Les Amis du Vieux Villeneuve sur Yonne", 1998..
Après la Seconde Guerre mondiale, le domaine est transmis à la famille Gamby qui en est toujours propriétaire et qui a entrepris de vastes travaux de restauration (l’aile François , la chapelle Sainte-Madeleine, le colombier, etc.). L'abbaye, animée par une association de bénévoles, se visite tous les dimanches après-midi d'avril à octobre.
Liste des abbés Cette liste des abbés de l'abbaye Notre-Dame de Vauluisant couvre la période qui va de sa fondation au début du jusqu'à sa dissolution en 1791 à l'issue de la Révolution française. Elle est partiellement incomplète et peut comporter plusieurs inexactitudes, y compris dans l'orthographe des noms, assez libre à l'époque. Elle a été dressée à partir de chartes, parfois non datées, dont certaines ont été sujettes à des interprétations. :
Abbés réguliers vignette|alt=Détail d'une miniature représentant une personne avec une tonsure en habit ecclésiastique.|Détail d'une miniature du représentant un abbé cistercien en coule grise.
1129-1161 : Norpaud, premier abbé de vauluissant, nommé par Artaud lors de la fondation de cette abbaye 1161-1179 : Pierre , élu en 1161, obtient du pape une bulle de protection confirmant les possessions de l'abbaye, résigne en 1179 mais est toujours vivant en 1189 1179-1183 : Félix , élu en 1179 et mort en 1183 1183- 1190 : Ulric, élu en 1183 1190-1197 : Guillaume 1197-1204 : Thomas 1204-1223 : Gauthier 1223- ? : Aubert Octras, abbé pendant une courte période ? - 1254 : Félix 1254-1270 : Étienne 1270-1293 : Guibert 1293-1299 : Guillaume 1299- ? : Gaufrid ? -1302 : Pierre 1302-1325 : Jacques de Meaux 1325-1329 : Jacques 1329-1331 : Nicolas de Châlons 1331-1348 : Guidon 1348- ? : Simon , abbé pendant une courte période ? -1368 : Étienne 1368-1392 : Jean 1392-1392 : Guérin, meurt quelques jours après son élection 1392-1404 : Étienne 1404-1420 : Mathieu, résigne puis meurt en 1423 1420-1421 : Étienne de Meslé 1421-1433 : Pierre 1433-1448 : Henry, résigne en 1448 après avoir vendu la tombe en cuivre de l'évêque Anselme de Bercenay pour subvenir aux besoins de l'abbaye, meurt l'année suivante 1448-1450 : Jean , moine de Citeaux, résigne à sa charge 1450-1456 : Hugues de Castro, moine de Citeaux, résigne à sa charge en 1456 puis meurt l'année suivante 1456-1480 : Antoine Piscator, qui répare l'abbaye alors en ruine 1480-1502 : Jean Hanneteau, obtient le droit de porte la mitre, l'anneau, la dalmatique et autres insignes, résigne en 1502 puis meurt en 1504 1502-1534 : Antoine Pierre, quitte sa charge pour devenir évêque de Sidon, meurt en 1549
Abbés commendataires vignette|alt=Tableau d'un prélat vêtu d'un riche costume rouge avec des fourrures blanches.|Portait d'Odet de Coligny, dit le Cardinal de Châtillon, frère de l'amiral de Coligny et de François d'Andelot, d'abord archevêque de Toulouse, puis évêque de Beauvais, il est excommunié par le pape après sa conversion au protestantisme en 1562 et se maria en 1564.
1534-1553 : Odet de Coligny, nommé par le roi et devient ainsi le premier abbé commendataire de Vauluisant, se démet en 1553 et devient cardinal 1553-1559 : Antoine Sanguin de Meudon, cardinal 1559-1571 : Nicolas de Pellevé, cardinal-archevêque de Sens, résigne et meurt en 1594 1571-1588 : Simon la Chatre, abbé-prêtre de Damville 1588-1623 : Charles de Senneton, âgé de seize ans quand il reçoit l'abbatiat, résigne en faveur de son frère 1623-1636 : Louis de Senneton, résigne en faveur de son neveu 1636-1644 : Louis de Senneton, résigne en 1644 et meurt l'année suivante 1644-1646 : Octave de Saint-Lary de Bellegarde, archevêque de Sens 1646-1672 : Renault de l'Est, cardinal 1672-1684 : Louis Forbin de la Mothe, chevalier de l'ordre de Malte en 1678, également abbé de Pruliace 1684-1684 : Louis-François Le Tellier de Louvois, chevalier de Malte en 1678, refuse la cléricature en 1684, devient marquis de Barbézieux 1684-1718 : Camille Le Tellier de Louvois, frère du précédent 1731-1748 : François Honoré de Grimaldi, fils du prince de Monaco et de Catherine Charlotte de Gramont, chevalier de Malte et archevêque de Besançon 1748-1750 : Louis-Jacques Chapt de Rastignac,évêque de Tulle puis archevêque de Tours 1753-1760 : Étienne-Charles de Loménie de Brienne, grand vicaire de l'archevêque de Rouen, résigne 1760 quand il devient évêque de Condom