vignette|upright=1.5|Assaut sur Plancenoit (Ludwig Elsholtz, 1843, huile sur toile).
Plancenoit a joué un rôle essentiel au cours de la bataille de Waterloo. Pris et repris à plusieurs reprises par les Prussiens et les Français, le village a été le théâtre de combats acharnés et terriblement sanglants.
C'est également sur le territoire de cette ancienne commune que se trouve le monument de l'Aigle blessé, dédié aux morts français de la bataille et situé à l'endroit approximatif où le « dernier carré » de la Garde impériale aurait combattu.
La « bataille » de Plancenoit
Lorsque l’aube du se lève, la quarantaine de maisons de Plancenoit déborde littéralement de soldats français. C’est que la veille au soir, alors qu’ils ont combattu aux Quatre-Bras ou qu’ils ont marché des kilomètres, ces hommes, affamés – ils avaient depuis longtemps épuisé la ration de pain qu’ils avaient reçu le 15 au matin –, trempés – il pleuvait à seau depuis le 17 à –, qui passaient par là ont vu dans ce petit village un abri d’autant plus providentiel que la population s’était enfuie dans les bois environnants. Le village est évacué dans le début de la matinée du 18. Jusque vers 18 h, Plancenoit ressemblera à un village abandonné au milieu de nulle part.
Peu après 16 h, les Français aperçoivent les premiers cavaliers prussiens sortir du bois de Paris. Pendant ce temps, à couvert, la de Losthin s’était formée au nord du chemin de Plancenoit et la (Hiller) au sud. Le tout est couvert par 32 pièces d’artillerie. L’axe principal de l’attaque prussienne est donc perpendiculaire au front principal français et est représenté par le chemin de Lasne à Plancenoit. C’est d’ailleurs le clocher de l’église de Plancenoit qui constitue le point de mire pour les soldats prussiens. Néanmoins, Blücher, toujours prudent, fait détacher trois bataillons sur sa droite afin de protéger son flanc droit (dans l’ordre les 2/18 R.I., 3/3 Landwehr Silésie et 1/18 R.I.). Ces unités prennent la direction du château de Fichermont et du hameau de Smohain. De même, à gauche, les 3/15 R.I. et 3/1 Landwehr de Silésie se dirigent vers la ferme Hannotelet. Les deux escadrons de von Falkenhausen sont toujours disposés dans la vallée de la Lasne vers Maransart. L’attaque du est donc parfaitement protégée sur ses deux flancs.
L’intention de Blücher est claire : il s’agit de pousser jusqu’à la chaussée et de couper la retraite à l’ennemi. En même temps, en poussant quelques bataillons vers Smohain, il lui sera possible de tendre la main à Wellington. Il a souvent été question de savoir pourquoi les Prussiens étaient si tardivement intervenus sur le champ de bataille, retard parfois attribué à la méfiance de Gneisenau. Cependant, dès , lorsque la grande batterie se déchaîna, Gneisenau était fixé ; que, d’autre part, Gneisenau était encore à Wavre à ce moment, occupé à régler la marche des et ; que Blücher était avec Bülow et que c’est donc lui qui ordonna l’attaque du , avant même qu’il soit entièrement réuni.
C’est aux difficultés du passage de la Lasne que Blücher attribue son retard (relatif). La plupart des sources prussiennes confirment ce point de vue. Müffling suggère même que l’on attendit les batteries de 12 pour engager franchement le combat. Les auteurs prussiens sont unanimes sur un point : leurs troupes n'ont pas attendu que le soit au complet pour se lancer dans le combat et cela est dû au fait que Wellington semblait en grande difficulté. Damitz va même jusqu’à écrire : Damitz – Geschichte des Felzuges von 1815 in den Niederland und Franreich, 2 vol. – Berlin, Posen & Bromberg, 1837-1838..
Trois batteries prussiennes ouvrirent le feu sur la cavalerie française à la limite de leur portée. Selon Müffling, ce tir avait plutôt pour but d’avertir Wellington que les Prussiens entraient dans la bagarre. Thurn und Taxis confirmeThurn und Taxis – Aus drei Feldzügen 1812 bis 1815 – Leipzig, 1912. Si tel est bien le cas, l’effet fut complètement manqué. Dans son Memorandum de 1842Wellington – Suppl. Despatches (894), t. X, : Memorandum on the battle of Waterloo, by Field Marshal The Duke of Wellington. Ce texte, daté du 24 septembre 1842, a été écrit en réponse à l’ouvrage de Clausewitz. Très étrangement, il n’a été utilisé que par de très rares auteurs., le duc précise que le premier avis qu’il reçut des mouvements de Blücher lui parvint à par un message arrivé de sa droite qui lui signalait qu’à ce moment, on apercevait dans le lointain, derrière la droite de l’ennemi, la fumée d’un tir d’artillerie qu’on supposait avoir lieu à Plancenoit. À déferlaient alors sur la ligne alliée les grandes charges de cavalerie françaises et, dans la fumée et le vacarme de la bataille, de là où il se tenait, Wellington aurait été bien en peine d’apercevoir quoi que ce soit du côté de Plancenoit.
vignette|upright=2|Canon prussien. Photo prise au « Bivouac napoléonien » de 2006.
Au tir d’artillerie prussien, le général français Domon fit avancer un de ses régiments de chasseurs dans l’intention manifeste de charger les batteries ennemies et, sans doute aussi, de laisser le temps au de se déployer. À la vue de cette manœuvre, . Les cavaliers prussiens repassèrent derrière leur artillerie et leur infanterie. Domon, emporté par son élan, se trouva donc complètement à découvert et dut reculer face au feu d’enfer que dirigeaient contre eux les canons de Blücher et les fantassins de Losthin bien postés. Il passa en réserve, démasquant l’infanterie du .
Malgré la faiblesse de son artillerie, le général Georges Mouton, comte de Lobau, le commandant du , sut l’utiliser à bon escient et les artilleurs français eurent la satisfaction de mettre hors de combat la moitié de la du Hensel. Cependant, encouragées par la maigreur du feu d’artillerie français, les brigades Losthin et Hiller sortirent résolument du bois et marchèrent à l’ennemi. À son tour, Lobau, qui ne désirait pas subir le choc passivement, porta son corps en avant et repoussa brièvement l’ennemi. Il était . Cet incontestable succès n’eut pourtant aucun effet : voilà que du bois, surgissaient maintenant les (von Hake) et (von Ryssel) brigades. Toute la cavalerie du prince Guillaume suivait de près et deux batteries supplémentaires furent mises en œuvre. La résistance était presque impossible : Lobau alignait maintenant ses hommes contre plus de hommes du prussien. Le général français parvint néanmoins à maintenir un front solide face aux attaques prussiennes.
Tentative d’enroulement par le village : première prise de Plancenoit
Gneisenau, arrivé sur ces entrefaites, comprit – et en avisa Blücher – que s’obstiner à attaquer de front Lobau ne servait à rien et qu’il valait mieux essayer de le tourner à gauche (vers le sud). En conséquence, la (Hiller) appuya à gauche, directement appuyée par la (von Ryssel). La (von Hake) vint prendre la place de la à gauche de la (Losthin). Deux bataillons de Hake furent détachés sur la droite et reprirent les extérieurs du château de Fichermont. Pendant ce temps-là, les huit batteries prussiennes (59 pièces) pilonnaient le corps de Lobau. Celui-ci, dont la position devenait intenable, commença à redouter sérieusement d’être enroulé par sa droite. Il recula calmement et son corps exécuta une manœuvre particulièrement difficile dans ces conditions. En effet, alors que jusqu’ici, chacune des deux divisions était en colonnes par division à distance de section, tout en reculant, elles se déployèrent de sorte à former la ligne sur trois rangs. Du nord au sud, le long de ce qui constitue aujourd’hui le chemin de Plancenoit et le chemin de Camuselle, était déployée la dans l’ordre suivant : le 2/107 R.I., le 1/107 R.I., le 2/10 R.I., le 1/10 R.I., le 2/5 léger, le 1/5 léger et le 2/84 R.I.. Un bataillon (le 1/84 R.I.) prit position dans le village de Plancenoit, près de l’église, tandis qu’autour, les 2/27 R.I., 1/27 R.I., 1/11 R.I., 1/5 R.I., et 2/5 R.I., se postaient le long des haies ou des murs, y cherchant une forte position défensive. En deuxième ligne, dans le village, se trouvaient les 2/11 R.I. et 3/11 R.I. Ainsi le village était-il défendu par l’équivalent d’une brigade. Tout cela se fit sous le feu des batteries prussiennes qui avançaient progressivement.
vignette|Éléments de la Landwehr prussienne (juin 2005).
Plancenoit n'était pas une position propice à la défense, constituant, selon l’expression consacrée, un « nid à obus » qui fut la cible des batteries prussiennes. Vers 18 h, les Prussiens passèrent à l’attaque générale. Au nord, le long des chemins, la division Losthin précédée d’une nuée de tirailleurs monta à l’assaut de la qui tint assez bien sa position mais qui commença à céder lentement le terrain. C’est sur le village que s’exerça la pression principale des Prussiens : en première ligne, par la division Hiller soutenue par la division Ryssel. En peu de temps, malgré une résistance acharnée, le village tomba aux mains des Prussiens qui s’y retranchèrent. Ils étaient dès lors à même de menacer la ligne de retraite de l’armée française et des boulets prussiens tombaient déjà sur la chaussée de Bruxelles où était stationnée l’ultime réserve, la Garde. Napoléon fit donc appeler le général Duhesme et lui donna l’ordre de reprendre le village.
La Jeune Garde reprend Plancenoit
Le général Duhesme reçoit donc, peu après 18 h, de la bouche de l’Empereur lui-même, l’ordre de reprendre le village de Plancenoit.
Entre 18 h 30 et 18 h 45, s’ébranle donc la Jeune Garde qui était jusque-là stationnée le long de la chaussée. Elle marche le long de ce nous nommons maintenant la rue du Champ de Bataille et la rue de la Bâchée. En tête marchent les et du puis les et du voltigeurs, les et du tirailleurs, les et du voltigeurs. Bien que cet assaut soit peu documenté, il semble que le 1/1 tirailleurs se dirigea vers le nord du village et le 2/1 tirailleurs vers le sud. Le reste, soutenu ou précédé par les , et de ligne, s’engouffra dans le village dont ils chassèrent les Prussiens sans grosse difficulté. Après avoir reculé, la prussienne fut reformée et renforcée par le général von Hiller. Trois colonnes de 2 bataillons chacune furent constituées ; à droite, les 1/15 R.I. et 2/15 R.I. (major Wittig) ; au centre, les 1/1 Silésiens et 2/1 Silésiens (major Fischer) ; à gauche les 1/2 Silésiens et 2/2 Silésiens (Lt-col Blandowsky), soutenus en deuxième ligne par 2 bataillons de la (1/2 R.I. et 1/1 Poméraniens). Cependant, au nord, la (Hake) vint soutenir la (Losthin), toujours aux prises avec le gros de Lobau.
Les tirailleurs et voltigeurs de la Garde s’étaient retranchés à leur tour dans le village et dans le cimetière et accueillirent ce nouvel assaut avec vigueur, soutenus par quelques pièces d’artillerie.
Les Prussiens s’emparent de Plancenoit pour la deuxième fois
Les Prussiens, à la tête desquels Gneisenau était venu se mettre personnellement, ne se laissent pas arrêter, reprennent pied dans le cimetière et continuent leur progression dans le village où ils prennent deux canons et un obusier à l’ennemi. Mais les Français se sont barricadés dans les maisons d’où ils tirent à bout portant sur les Prussiens mal protégés. La situation devient très vite impossible à gérer et les Prussiens se retirent lentement. Mais ils se reforment aussitôt, se voient renforcés par le 2/2 R.I. et le 2/1 Poméraniens, repartent à l’assaut et reprennent la plus grosse partie du village. D’après le général Pelet, qui, avec la Vieille Garde, se trouvait non loin de la chaussée, la Jeune Garde « était poussée, et les hommes filaient sur les derrières », autrement dit, prenaient la fuite. Pelet, de sa propre initiative, envoya 50 hommes vers les premières maisons de Plancenoit qui, en venant de la chaussée, étaient assez éloignées du village et bien séparées, pour arrêter les fuyards, mais ils n’arrivèrent sans doute pas à le faire complètement, puisque Pelet dut envoyer un second détachement qu’il dut placer lui-même.
Intervention de la Vieille Garde