Les massacres de Markale sont deux massacres de civils commis par l'Armée de la république serbe de Bosnie lors du siège de Sarajevo, causés par un bombardement au mortier sur le marché Markale. La première attaque, le , fait et , tandis que la seconde, le , fait et .
Dans les deux cas, la provenance des tirs est contestée par les forces serbes assiégeant la ville, affirmant ne pas être à l'origine de ces tirs et accusant au contraire l'Armée de la république de Bosnie-Herzégovine (ArBiH) de bombarder son propre peuple pour pousser l'Organisation du traité de l'Atlantique nord (OTAN) à intervenir.
Lors de la première attaque, les rapports d'experts ne permettent pas de déterminer avec certitude la provenance des tirs de mortier, cependant l'OTAN réagit en imposant aux forces serbes, par un ultimatum, de retirer leurs armes lourdes des alentours de Sarajevo. Après la deuxième attaque, l'enquête de l'Organisation des Nations unies (ONU) conclut que l'obus provient du côté serbe, et l'OTAN lance une campagne de bombardement, l'opération Deliberate Force.
Le Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie (TPIY) conclut à la culpabilité de l'armée serbe pour les deux attaques, respectivement lors du jugement de Stanislav Galić, en , et de Dragomir Milošević, en .
Premier massacre La première attaque a lieu le entre et . L'explosion sur le marché de Sarajevo fait et . La source de l'explosion sera par la suite déterminée comme étant un obus de mortier de 120 mm.
Les Serbes sont immédiatement désignés comme responsables et un ultimatum de l'OTAN impose aux forces serbes de se retirer des environs de Sarajevo. L'OTAN est accusée d'avoir utilisé ce massacre comme prétexte aux préparatifs de l'opération Deliberate Force.
Quelques jours plus tard court l'information qu'un rapport initial de la FORPRONU accuse en fait les forces de l'Armée de la république de Bosnie-Herzégovine du massacre. Le , le journaliste Bernard Volker affirme sur la chaîne de télévision française TF1 qu'il existe un rapport de l'Organisation des Nations unies (ONU), dont Boutros Boutros-Ghali a connaissance mais qui ne sera pas rendu public, selon lequel les Bosniaques seraient responsables du massacreUN Tracks source of fatal shell, The Times (Londres), 18 février 1994.. Violemment critiqué par le journal Le Monde, Volker obtient un droit de réponse, citant en particulier l'ancien président François Mitterrand :
Le , le journaliste français Jean Daniel écrit dans l'éditorial du Nouvel Observateur :
Le général Hugh Michael Rose, à la tête de la mission britannique de la FORPRONU basée à Sarajevo au moment des évènements, déclare d'abord ne pas pouvoir être sûr de qui est responsable. Il écrit plus tard, dans ses mémoires (), avoir dit au commandant des forces gouvernementales bosniaques, le général Jovan Divjak, que le mortier a été tiré à partir de ses positions, selon des experts de l'ONU.
Cependant, une enquête plus approfondie de la FORPRONU rapporte une erreur de calcul dans le premier rapport et l'ONU conclut qu'il est impossible de déterminer quelle est l'origine du tir.
En 2003, le Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie (TPIY) condamne en première instance le général serbe Stanislav Galić à 20 ans de prison, notamment pour cinq bombardements commis lors du siège de Sarajevo, dont celui du marché de Markale. En 2004, l'expert en balistique Berko Zečević, travaillant avec deux collègues, détermine six positions d'où le tir mortel de Markale aurait pu être effectué : cinq de ces positions sont sous le contrôle des forces serbes, une sous le contrôle de l'ArBiH. Les soldats de la FORPRONU stationnés près de la position de l'ArBiH n'ont signalé aucun tir provenant des positions de l'armée de la république de Bosnie-Herzégovine ce jour-là. Berko Zečević rapporte que certains des composants du projectile ne peuvent provenir que de deux sites, tous deux sous contrôle serbeJudith Armatta : "Les Serbes de Bosnie responsables du massacre de Markale à Sarajevo : déposition d’un expert", traduction de : "Bosnian Serbs Responsible for Sarajevo Markale Massacre, Expert Testifies", Srebrenica Genocide Blog, 11 décembre 2005. Selon d'autres équipes de balistique et tel qu'écrit dans le jugement du TPIY, l'erreur de calcul balistique initiale correspond sans doute à celle des équipes Frebat 4 et Verdy, qui ont été écartées pour cette raison du rapport final. Une fois disqualifiées ces deux analyses reposant sur des données erronées, le rapport de l'ONU retient finalement un total de huit analyses effectuées de façon conventionnelle par des experts de l'ONU ou des experts indépendants, mais l'amplitude des distances de tir calculées par ces huit analyses ne permet d'exclure de façon définitive ni les positions bosniaques, ni les positions serbes. Toutefois, tous les rapports, y compris Frebat 4 et Verdy, s'accordent sur la nature de la charge (obus de mortier de 120 mm). Le , le tribunal conclut à la culpabilité de Galić. Le jugement du TPIY inclut des comptes-rendus techniques et détaillés des preuves apportées par différents rapports balistiques : Sabljica Ballistic Report, Zecevic Ballistic Report, rapport de l'ONU.. Les rapports des experts convainquent 5 des 6 juges, Rafael Nieto-Navia ayant émis un avis dissident dans lequel il explique ne pas pouvoir statuer sur l'origine du tir.
Second massacre
La seconde attaque a lieu le . Cinq tirs de mortier successifs, aux alentours de , font et . L'OTAN déclenche alors une campagne de bombardement de deux semaines, l'opération Deliberate Force, plus lourde que la précédente, contre les Serbes de BosnieDans son livre To end a war (1999), le chargé d'affaires américain pour la Bosnie, Richard Holbrooke, rapporte que l'aval nécessaire de l'ONU pour engager l'OTAN n'a pas été obtenu de son secrétaire général, alors « en voyage et inatteignable », mais de Kofi Annan.. La responsabilité de ces tirs est également controversée. Les autorités serbes rejettent, comme lors du premier massacre, toute responsabilité.
L'institut néerlandais d'études militaires résume, dans un rapport datant d', l'avis de quatre experts de la FORPRONU, avis cependant non reconnu par le commandement des forces de l'ONU :
Le TPIY, sur la base des rapports successifs de la FORPRONU et des témoignages rapportés à la cour, accuse les forces serbes d'être à l'origine des tirs de mortier et condamne à l'unanimité, en partie pour cela, le général serbe Dragomir Milošević à de prison en Dragomir Milošević sentenced to 33 years. En particulier, les arguments de l'expert russe cité par Binder, Andrey Demurenko sont rejetés par le TPIY lors de l'audition car celui-ci, selon le TPIY, s'est limité à un champ de recherche trop restreint et que ses justifications sur ce point ont été vagues et évasives.
Lors du procès de Dragomir Milošević, le témoignage au TPIY de David Harland, ancien responsable des affaires civiles pour l'ONU en Bosnie, éclaire les raisons de la neutralité apparente de la FORPRONU dans les jours qui suivent l'attaque. Selon Harland, le général Rupert Smith déclare d'abord que l'origine des tirs n'est pas claire, bien qu'il ait déjà entre les mains à ce moment le rapport technique de la section de renseignement de la FORPRONU, qui établit avec certitude que les tirs proviennent de la position serbe de Lukavica. Pour Harland, qui reconnait avoir lui-même conseillé le général Smith dans ce sens, cette déclaration neutre a pour but de ne pas alerter les Serbes et de mettre à l'abri des représailles serbes les soldats de la FORPRONU sur le territoire de la république serbe de Bosnie The Second Markale Massacre Myth ICTY..
Le TPIY conclut que le tir de mortier de du sur le marché Markale provient de l'Armée de la république serbe de Bosnie depuis les positions du Corps Sarajevo-RomanijaSENSE - DRAGOMIR MILOSEVIC SENTENCED TO 33 YEARS.
Notes et références
Bibliographie Les documents principaux du procès de Stanislav Galić devant le TPIY: Acte d'inculpation Jugement Opinion séparée et partiellement dissidente du Juge Nieto-Navia
Les documents principaux du procès de Dragomir Milošević devant le TPIY: Acte d'inculpation amendé Jugement
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Voir aussi Massacre de la boulangerie, attentat précédent ceux de Markale, ayant eu lieu le devant une boulangerie de Sarajevo.
(1992-1996)
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