La Coupe d'Afrique des nations de football 1990 constitue la de la principale compétition internationale masculine de football en Afrique, organisée par la Confédération africaine de football (CAF). Elle se déroule en Algérie, pays hôte pour la première fois, du 2 au .

Cette édition s'inscrit dans le format alors en vigueur depuis 1968 : huit équipes qualifiées (dont l'Algérie automatiquement qualifiée en tant qu'organisatrice et le Cameroun en tant que tenant du titre), réparties en deux groupes de quatre. Les deux meilleures de chaque poule accèdent aux demi-finales, suivies du match pour la troisième place et de la finale. Les rencontres se déroulent dans deux stades rénovés : le Stade du 5-Juillet-1962 à Alger (principale enceinte, capacité officielle d'environ 110 000 places) et le Stade du 19-Mai-1956 à Annaba (60 000 places).

Sur le plan sportif, le tournoi est marqué par la domination inattendue et parfaite de l'équipe nationale algérienne. Sous la direction du sélectionneur Abdelhamid Kermali, les Fennecs réalisent un parcours sans faute : cinq victoires en cinq matchs, 13 buts marqués et seulement 2 encaissés. Le match d'ouverture, disputé le à Alger, voit l'Algérie infliger une lourde défaite au Nigeria (5-1), future finaliste et l'un des favoris du tournoi. Cette performance donne le ton d'une campagne historique.

En phase de groupes, l'Algérie domine un Groupe A très relevé (face au Nigeria, à la Cote d'ivoire et à une Égypte affaiblie, venue avec une sélection largement remaniée suite aux tensions post-qualifications pour la Coupe du monde 1990). Dans le Groupe B, surprise majeure avec l'élimination dès le premier tour du double tenant du titre camerounais.

L'Algérie se qualifie pour la finale après une victoire 2-1 en demi-finale contre le Sénégal. Le , au Stade du 5-Juillet devant une affluence estimée entre 80 000 et 100 000 spectateurs, les Algériens s'imposent 1-0 face au Nigeria grâce à un but de Chérif Oudjani (38ᵉ minute, sur passe de Moussa Saïb). Ce succès offre à l'Algérie son premier titre continental de son histoire, revanche symbolique de la finale perdue contre le même adversaire en 1980. Djamel Menad termine meilleur buteur de la compétition avec 4 réalisations, tandis que Rabah Madjer (capitaine et Ballon d'or africain 1987) est élu meilleur joueur du tournoi. L'équipe algérienne aligne une génération talentueuse incluant notamment Djamel Amani, Tahar Chérif El-Ouazzani et Antar Osmani dans les buts.

Au-delà de l'aspect sportif, cette victoire survient dans un contexte national et régional particulier : l'Algérie traverse depuis la fin des années 1980 une grave crise socio-économique liée à la chute des prix du pétrole, et la qualification ratée pour la Coupe du monde 1990 (élimination controversée face à l'Égypte) avait laissé des traces. Le sacre continental, premier de l'histoire algérienne en CAN, provoque une immense liesse populaire et renforce un sentiment de fierté nationale dans une période de tensions croissantes, préfigurant les événements plus sombres de la « décennie noire ».

Pays organisateur

220px|right|vignette|Algérie.

En 1990, l'Algérie accueille pour la première fois la Coupe d'Afrique des nations de football, devenant le troisième pays du Maghreb à organiser la compétition après la Tunisie en 1965 et le Maroc en 1988. C'est également la première fois depuis l'Égypte en 1986 qu'un pays hôte remporte son premier titre continental à domicile, un exploit qui confère à l'événement une portée historique et symbolique exceptionnelle. À cette époque, l'Algérie traverse une grave crise multidimensionnelle : l'effondrement des prix du pétrole depuis 1986 a provoqué un choc économique brutal, avec une dette extérieure qui explose, un chômage massif touchant surtout les jeunes (plus de 20-25 % en zones urbaines), une inflation galopante et une paupérisation accélérée d'une grande partie de la population. Sur le plan politique, le président Chadli Bendjedid est fragilisé par les émeutes d'Octobre 1988, réprimées dans le sang, qui ouvrent la voie à une transition chaotique : instauration du multipartisme, nouvelle Constitution en 1989 et montée en puissance des islamistes du Front islamique du salut (FIS), vainqueur des élections municipales de . Dans ce climat de tensions extrêmes et d'incertitudes, l'élimination controversée de l'équipe nationale face à l'Égypte en barrages pour la Coupe du monde 1990 (match retour du , entaché de graves incidents et de violences) cristallise un profond sentiment d'injustice nationale, transformant la Coupe d'Afrique des nations 1990 en un enjeu majeur de revanche symbolique et de fierté collective.

Le gouvernement, sous la direction du FLN, investit massivement dans l'organisation de la compétition : rénovation complète du Stade du 5-Juillet-1962 à Alger (capacité portée à environ 100 000 places) et du Stade du 19-Mai-1956 à Annaba, mobilisation logistique, médiatique et sécuritaire à grande échelle. La CAN devient une occasion unique de redorer l’image du pays, de fédérer une société fracturée autour d’un projet commun et de démontrer que l’Algérie demeure une grande nation sportive et unitaire. La victoire finale des Fennecs le (1-0 contre le Nigeria en finale) déclenche une liesse populaire immense et spontanée dans tout le pays, avec des célébrations qui durent plusieurs jours. Cet exploit est souvent décrit comme l’un des derniers grands moments d’unité nationale avant l’entrée dans la tragique décennie noire (1991-2002), marquée par la guerre civile, des dizaines de milliers de morts et une fracture profonde de la société algérienne. Trente-cinq ans plus tard, la CAN 1990 reste un symbole fort dans la mémoire collective : un rare instant où le football a transcendé les crises pour offrir à un peuple une fierté nationale retrouvée, même le temps d’une quinzaine de jours.

Qualifications

Les qualifications pour la Coupe d'Afrique des nations 1990 ont réuni 32 nations inscrites, qui se sont affrontées sur trois tours éliminatoires entre 1988 et 1989. Seules les six meilleures équipes issues de ces tours ont obtenu leur billet pour le tournoi final, auquel se sont ajoutées l'Algérie (pays organisateur, qualifiée d'office) et le Cameroun (tenant du titre, qualifié automatiquement).

Le processus qualificatif a été marqué par plusieurs surprises et performances notables : l'élimination précoce de plusieurs nations habituées des phases finales (comme le Zaïre ou le Maroc dans certains cas), la qualification tardive et difficile de l'Égypte (le ), et surtout la revanche symbolique attendue par l'Algérie après son élimination controversée face aux Pharaons en barrages de la Coupe du monde 1990. Au total, les qualifications ont vu 26 matchs disputés (hors matchs aller-retour), avec une domination relative des nations d'Afrique de l'Ouest et du Nord.

Nations qualifiés Pays Date de qualification Participations au tournoi final Meilleur résultat (en tournoi final uniquement) Dernière participation(résultat obtenu) organisateur (Qualifié d'office) 1968, 1980, 1982, 1984, 1986, 1988 Finaliste en 19801988 Troisième Qualifications </small> | 1957, 1959, 1962, 1963, 1970, 1974, 1976, 1980, 1984, 1986, 1988 | Vainqueur (3) en 1957, 1959, 1986 | 1988 Tour |- align=center

| Qualifications | | 1965, 1968, 1970, 1974, 1980, 1984, 1986, 1988 | Troisième (3) 1965, 1968, 1986 | 1988 Tour |- align=center

| Qualifications | | 1963, 1976, 1978, 1980, 1982, 1984, 1988 | Vainqueur (1)1980 | 1988 Finaliste |- align=center

| Tenant du titre | Tenant du titre | 1970, 1972, 1982, 1984, 1986, 1988 | Vainqueur (2)1984, 1988 | 1988 Vainqueur |- align=center

| Qualifications | | 1974, 1978, 1982, 1986 | Finaliste en 1974 | 1986 Tour |- align=center

| Qualifications | | 1965, 1968, 1986 | Demi-finale (4e) 1965 | 1986 Tour |- align=center

| Qualifications | <small> 1972, 1988 Tour 1972, 1988 1988 Tour

Effectif des équipes

L’Algérie, pays hôte, présentait une génération dorée emmenée par le capitaine Rabah Madjer (Ballon d’or africain 1987), le buteur Djamel Menad et le jeune meneur Moussa Saïb. Le milieu était dominé par la solidité de Tahar Chérif El-Ouazzani et Djamel Amani, tandis que la défense s’appuyait sur Abdelhakim Serrar et Ali Benhalima. Sous la direction d’Abdelhamid Kermali, l’équipe jouait un football offensif, rapide et collectif, ce qui lui permit de réaliser un parcours parfait (5 victoires en 5 matchs).

Tenant du titre, le Cameroun de Valeri Nepomniachtchi alignait encore plusieurs cadres de 1988 (Thomas Nkono, Emmanuel Kundé, François Omam-Biyik), mais l’équipe semblait en fin de cycle. Malgré les buts d’Emmanuel Maboang, elle fut éliminée dès le premier tour, marquant la fin d’une génération dominante.

La Côte d'Ivoire comptait sur une attaque talentueuse avec Abdoulaye Traoré et Serge Maguy, mais souffrait d’un manque de cohésion collective. L’équipe, dirigée par un staff français, restait une nation en devenir, capable de coups d’éclat mais irrégulière.

L’Égypte arriva avec une sélection largement remaniée (souvent qualifiée d’« équipe B »), en signe de boycott partiel après les tensions de 1989 avec l’Algérie. Quelques joueurs cadres comme Adel Abdelrahman étaient présents, mais l’absence des stars de 1986 priva les Pharaons de leur habituelle solidité. Ils terminèrent derniers du groupe A.

Le Kenya, petit poucet du tournoi, participait pour la deuxième fois de son histoire. L’équipe, très limitée techniquement, adopta une stratégie ultra-défensive et ne marqua aucun but en trois matchs. Elle resta surtout dans les mémoires pour son courage face à des adversaires bien supérieurs.

Le Nigeria, dirigé par le Néerlandais Clemens Westerhof, misait sur une génération montante avec l’attaquant Rashidi Yekini (futur Ballon d’or africain 1993), Emmanuel Okocha et le jeune Uche Okechukwu en défense. Malgré un début difficile (défaite 1-5 contre l’Algérie), l’équipe montra une belle résilience en phase finale, portée par une défense athlétique et des contres rapides.

Le Sénégal de Claude Le Roy se distinguait par sa rigueur défensive et son collectif. Jules Bocandé et Roger Mendy formaient l’ossature, tandis que Mamadou Diallo et Moussa Ndao apportaient le danger devant. Quatrième du tournoi, l’équipe a montré une belle maturité malgré un effectif modeste.

La Zambie, surprise du tournoi, alignait une équipe très disciplinée (meilleure défense du tournoi avec seulement 2 buts encaissés) sous la houlette de Samuel Ndhlovu. Webster Chikabala était l’arme offensive principale, soutenu par une charnière défensive solide avec Samuel Chomba. L’équipe pratiquait un jeu très organisé, patient et efficace en contre.

Âge des effectifs

Les âges sont calculés au début du tournoi ().

+ Âge moyen et extrêmes des équipes participantes Équipe Moyenne d'âge Joueur le plus âgé Âge Joueur le plus jeune Âge 22,7 ans Rashidi Yekini 26 ans Daniel Amokachi 17 ans 23,8 ans Gadji Celi 28 ans Serge Maguy 19 ans 24,9 ans Efford Chabala 29 ans Joël Bwalya 17 ans 25,9 ans Rabah Madjer 31 ans Tarek Lazizi 18 ans 26,0 ans Cheikh Seck 31 ans Mamadou Diallo 18 ans 26,2 ans Sammy Onyango 28 ans John Busolo 24 ans 26,6 ans Sabet Al Batal 36 ans Yasser Rayyan 19 ans 26,9 ans Thomas Nkono 34 ans Emmanuel Maboang 21 ans

Villes et stades

La phase finale de la compétition s’est déroulée principalement dans deux villes algériennes, Alger et Annaba, qui ont mis à disposition des infrastructures sportives majeures, récemment rénovées, capables d’accueillir des rencontres internationales de haut niveau. Ces deux villes ont joué un rôle central dans l’organisation du tournoi, tant par le nombre de matchs disputés que par l’importance sportive des rencontres accueillies.