vignette|380px|Façade nord de la Banque d'Espagne dans la rue d'Alcalá de Madrid. Les réserves d'or gardées dans ce bâtiment jusqu'en 1936 furent envoyées en URSS pendant la Guerre civile espagnole.
L’or de Moscou (en ) désigne le transfert et l'utilisation de d'or, soit la plus grande partie des réserves espagnoles en devises, déplacées de la Banque d'Espagne vers l'Union soviétique. Réalisé en par la Seconde République espagnole, pendant la guerre civile espagnole, l'or a été rapidement dépensé, essentiellement pour financer l'achat d'armement soviétique.
Cet épisode historique reste controversé, particulièrement en Espagne, quant à l'interprétation politique de ses motivations, son influence sur le gouvernement de la République espagnole en exil ou les conséquences sur le conflit espagnol. Il a aussi durablement perturbé les relations diplomatiques entre le gouvernement franquiste et l'Union soviétique.
Plus largement, l'expression fut utilisée dès les années 1930, puis lors de la guerre froide des années 1950, par la propagande anti-soviétique pour dénigrer les partis et syndicats communistes occidentaux, considérant qu'ils étaient principalement financés par l'URSS, d'où l'expression « à la solde de Moscou ».
« Révolution communiste mondiale » et Moscow Gold Dès avant 1935, pendant que le gouvernement soviétique de Joseph Staline oriente une partie de sa politique internationale vers la promotion de ce qu'on appelle la « révolution mondiale du monde des prolétaires », les médias de langue anglaise tels que la revue TimeRevue Time, , Loud Pedal. utilisent l'expression (« l'or de Moscou ») pour se référer aux plans soviétiques pour l'intensification des activités du mouvement communiste international qui se manifeste alors aux États-Unis d'Amérique et au Royaume-Uni. Le Time analyse cette évolution de la politique soviétique comme dictée par la nécessité pour Staline de contrecarrer les critiques émanant du mouvement trotskiste.
Épisode espagnol
Contexte : les premiers mois de la guerre civile À partir du , au lendemain du Coup d'État des 17 et 18 juillet 1936, conscients de l'insuffisance de leurs moyens respectifs pour soutenir un effort de guerre, le gouvernement de José Giral et le général Franco (alors à la tête de l'armée d'Afrique) sollicitent chacun de leur côté une assistance matérielle auprès des capitales européennes : Paris pour le gouvernement en place, Rome et Berlin pour le camp nationaliste. Ces initiatives amorcent l'internationalisation progressive du conflit et .
vignette|380px|Zones de contrôle des républicains et nationalistes vers septembre 1936. Au commencement de la guerre civile, la situation politique en France est contrastée, avec un gouvernement de Front populaire soutenu entre autres par le Parti radical. Bien que Léon Blum et le Parti communiste appuient l'idée d'une intervention en faveur de la république espagnole, les radicaux s'y opposent et menacent de quitter la majorité. Cette position est renforcée par les mises en garde britanniques sur le risque de bloquer la politique de pacification entreprise par le conservateur Stanley Baldwin. Dans ces conditions, le Conseil des ministres du approuve l'annulation de toute fourniture aux belligérants depuis la France. Le jour même de la confirmation de la non-intervention des démocraties occidentales, Hitler donne son consentement à l'envoi d'un premier lot d'avions, avec équipages et équipes techniques, au Maroc, tandis que le , Mussolini y envoie des avions de transport, utilisés par la suite pour le pont aérien de troupes établi le entre le Maroc et SévilleCitations 14 et 15 en . Le gouvernement nazi utilise une entreprise fantôme, la Société Hispano-Marocaine de Transports, comme couverture pour centraliser ses envois à Franco.
Le , le gouvernement français propose à la communauté internationale d'adopter un Accord de non-intervention en Espagne, appuyé le par le Foreign Office via son ambassade de ParisNote de la Sous-Direction d’Europe, 8 août 1936. DDF, vol. III, . cité dans . L'accord est initialement souscrit par l'Union soviétique, le Portugal, l'Italie et le Troisième Reich, rejoignant le Comité de Supervision de Londres créé le . Ces trois derniers pays maintiennent néanmoins leur appui logistique et matériel, pendant que les acheteurs du gouvernement républicains se fournissent au Mexique et sur le marché noirCitations 22, 23, 24 et 25 .
Sur le terrain des hostilités, pendant les mois d'août et de , les insurgés réalisent d'importantes avancées, consolidant la frontière portugaise par la bataille de Badajoz du et fermant la frontière entre le Pays basque et la France en prenant Irún le . Cette avancée coïncide avec une évolution progressive de la politique de l'URSS vers une intervention active. L'URSS établit alors des relations diplomatiques avec la république espagnole et nomme le son premier ambassadeur soviétique à Madrid : Marcel Rosenberg (précédemment représentant soviétique à la Société des Nations).
À la fin du mois de , les partis communistes de différents pays reçoivent des instructions du Komintern et de Moscou pour le recrutement et l'organisation de Brigades internationales, qui entrent au combat durant le mois de novembre. Pendant ce temps, le , la fin des opérations aux environs de l'Alcázar de Tolède permet aux forces dirigées par le général Varela de concentrer leurs efforts sur la bataille de Madrid.
Durant tout le mois d', l'URSS envoie du matériel et de l'aide au nouveau gouvernement de front populaire présidé par Largo Caballero, qui comprend deux ministres communistes. L'ambassadeur soviétique à Londres, Ivan Maïski, justifie ces faits devant le Comité de non-intervention le , en dénonçant le précédent sabotage italo-allemand et réclamant en même temps la restitution du droit de la République à s'armerCitation 27 . Cinq jours plus tard, le , quatre cargos soviétiques transportant l'or évacué le de la Banque centrale espagnole quittent le port de Carthagène.
Situation des réserves et statuts de la Banque d'Espagne Quelques mois avant le début de la guerre civile, les réserves espagnoles mobilisables sont situées, en , au quatrième rang mondial dans les statistiques internationalesStatistiques de la Banque des Paiements Internationaux de Bâle, Sixième rapport annuel du 11 mai 1936. Confer . Elles ont été constituées, pour leur plus grande part, durant la Première Guerre mondiale, pendant laquelle l'Espagne est restée neutre. Grâce aux études de la documentation de la Banque d'Espagne, on sait que ces réserves se trouvent principalement au siège central de Madrid, dans les agences régionales de cette banque, et dans d'autres dépôts mineurs à Paris, depuis 1931, et sont constituées en majeure partie par des devises étrangères et espagnoles, alors que la fraction en or monétaire est de moins de un pour dix mille (0,01 %) et la quantité d'or en barre insignifiante (il n'y avait que ).
La valeur des réserves mobilisables est connue par les diverses publications officielles régulières ; ainsi le New York Times du mentionne le montant de (de l'époque) pour les disponibilités au siège de Madrid. Le dollar étant à l'époque fixé à 35$ par once troyL'once troy (symbole oz t) est égale au douzième de la livre troy (d'après la ville de Troyes) et vaut dans le Système de poids de troy ; l'once troy est notamment utilisée pour la cotation de métaux précieux, comme l'or et l'argent. (soit 1 dollar pour 0,888 grammes d'or fin), l'historien Ángel Viñas a calculé que ce nombre représente de 20,42 à d'onces troy soit de 635 à d'or fin. Suivant le bilan de la Banque d'Espagne au , publié dans la Gaceta de Madrid (aujourd'hui devenu le Boletín Oficial del Estado, Journal Officiel de l'État) en date du , les réserves d'or existantes, trois semaines avant le début du conflit, atteignent une valeur de , soit l'équivalent de réelles (de l'époque). Viñas calcule que le nombre de de 1936 correspond, actualisé d'après les indices de l'inflation, à de 2005. En comparaison, les réserves disponibles en de l'Espagne n'atteignaient que .
En 1936, la Banque d'Espagne est constituée en société anonyme par actions (à l'instar de ses homologues la Banque de France et la Banque d'Angleterre) avec un capital de , divisé en nominatives de chacune. Bien que n'étant pas propriété de l'ÉtatElle ne le devient pas avant le Décret-Loi 18/1962 du 17/6/1962, sur la nationalisation et la réorganisation de la Banque d'Espagne ()., l'institution est soumise au contrôle du Gouvernement, qui en désigne le « Gouverneur », et plus spécifiquement du Ministère espagnol de l'économie, du trésor et des finances qui nomme plusieurs membres du Conseil général de la banque. Cette organisation était fixée par la Ley de Ordenación Bancaria (LOB) (Loi sur l'organisation des banques, ou Loi Cambó)Reformée le 24 janvier 1927 et modifiée par la loi du 26 novembre 1931 de 1921, qui réglemente aussi les relations entre la Banque d'Espagne comme Banque centrale et le secteur bancaire privé. La loi règlemente également les conditions pour la mobilisation par la Banque de ses réserves : la Banque doit obtenir l'autorisation préalable du Conseil des Ministres. Sur base de l'article de l'article , la LOB accorde au Gouvernement la faculté de faire appel à la Banque d'Espagne pour demander la vente d'or, exclusivement , en quel cas la Banque d'Espagne participerait à ladite action avec des montants égaux à ceux arbitrés par le Trésor public.
vignette|Real Casa de la Aduana (Maison royale de la Douane) à Madrid, siège du Ministère du Trésor.
Ángel Viñas estime que l'application de la Loi Cambó par le gouvernement républicain est jusqu'alors très stricte, et se fonde pour l'affirmer sur les témoignages du dernier Ministre de l'Hacienda (Économie et Finances) de la monarchie espagnoleAvant la transition démocratique : entre le 18 février 1931 et le 15 avril suivant.Joan Ventosa i Calvell, qui la juge, peu avant le coup d'État militaire, trop orthodoxe. L'auteur cite les articles de Juan Ventosa dans España Económica y Financiera (23 mai 1936) et ABC (29 mai 1936)., limitant les possibilités de croissance de l'économie du pays. La situation exceptionnelle créée par la rébellion expliquerait selon Viñas, qui évite d'entrer dans les aspects juridiques, le changement d'attitude vis-à-vis de la Loi Cambó par le gouvernement, qui commence à manœuvrer pour réaliser une « nationalisation partielle camouflée » de la Banque d'EspagneSelon Viñas, guidé par la maxime « salus patriae, suprema lex » (Salut de la Patrie, Loi suprême) ..
La volonté du gouvernement de placer à la direction de la Banque d'Espagne des personnes fidèles à la République se traduit par la destitution du sous-gouverneur Pedro Pan GómezPan Gómez fuira vers la zone nationaliste, pour s'occuper un mois plus tard de la nouvelle Banque d'Espagne de Burgos., et la nomination de Julio Carabias (décret du ), suivie dix jours plus tard par la destitution d'autres conseillers et cadres supérieurs. Après le transfert de l'or vers l'URSS, le , on décrète un nouveau remaniement du Conseil, jusqu'à ce que, le , neuf conseillers soient remplacés directement par des représentants institutionnels.
Préliminaires à l'envoi