L'American Expeditionary Forces (ou AEF) ou, plus communément en français, Corps expéditionnaire américain (ou CEA)François Cochet, La Grande Guerre, Place des éditeurs, 2018, p. 319. ligne., est le nom donné au corps expéditionnaire américain en Europe durant la Première Guerre mondiale.
Constitué le , il fut dissous en 1919. Ce corps expéditionnaire était sous les ordres du général John J. Pershing nommé à ce poste après le décès soudain le du général Frederick Funston, primitivement désigné a ce poste par le président Woodrow Wilson en prévision de l'entrée en guerre contre l'Empire allemand.
État des forces armées américaines et mobilisation
Le , les États-Unis déclarent la guerre à l'Allemagne. Si l'US Navy est rapidement en mesure de venir en renfort des marines alliées et d'intervenir dans le conflit, l'armée de terre américaine avec seulement est « numériquement déclassée, sous-équipée et sous encadrée »Rémy Porte, « La création de l'American Expeditionary Force », La Nouvelle Revue d'histoire, 90, mai-juin 2017, 52-54. Pour cette raison, elle est incapable de jouer un rôle significatif sur le théâtre de guerre européen. Conscient de cette faiblesse, le général Tasker Howard Bliss affirme alors que « la guerre devrait durer au moins encore deux ans avant que nous ne puissions avoir d'autre participation que navale et économique ».
En dépit de ces difficultés, le président Woodrow Wilson est déterminé à peser sur l'issue du conflit et met en œuvre une politique volontariste qui va permettre de créer en dix-huit mois une armée de 4 millions de soldats.
L'adoption du Selective Service Act quelques semaines après l'entrée en guerre permet de mettre en place la conscription dans un pays qui ne connaît historiquement qu'un type de milices volontaires. Le pays doit engager des moyens considérables pour construire des camps d'instruction, des milliers de baraquements afin de sélectionner et accueillir les recrues.
Il faut six mois pour que les premières divisions américaines deviennent une réalité. En , les effectifs atteignent essentiellement encore sur la base du volontariat. Ce chiffre atteint un million en . Lorsque surviendra l'armistice, l'armée américaine compte déjà de soldats dont près de la moitié a été transportée en France.
Déploiement
L'arrivée de l'AEF a été précédée par de jeunes volontaires américains venant s'engager en France, comme les ambulanciers de lAmerican Field Service en 1915 ou les aviateurs de l'escadrille La Fayette en 1916.
Des organisations non gouvernementales seront étroitement associées à l'AEF comme la Croix-Rouge américaine et la Young Men's Christian Association. Le , le général Pershing débarque avec son état-major à Boulogne-sur-Mer à bord de l'''Invicta. Le , la américaine commandée par le arrive à Saint-Nazaire à bord de l'USS Tenadores. Dans les semaines suivantes, le port de Saint-Nazaire s'avérant trop petit face à l'afflux de soldats, un port supplémentaire, le port de Brest, est choisi par les autorités américaines. Plus tard, les ports de Bordeaux et de Cherbourg seront également utilisés.
Brest sera le principal port de débarquement (et en 1919 de réembarquement). Début , une base militaire américaine y est créée, la base . Le , les navires américains débarquent plus de . Dans les mois qui suivent, de dockers d'un régiment américain vont alors s'occuper des débarquements des navires. Des troupes américaines du génie agrandissent le port, construisant de nouveaux quais et jetées, des entrepôts, des voies ferrées.
Le camp de Pontanezen, à proximité de la ville, est créé, capable d'accueillir , possédant même son propre journal, le Pontanezen Duckboard. Un état-major, des services téléphoniques et télégraphiques, la police militaire, un hôpital et même une prison américains sont installés en ville. Un établissement de la Young Men's Christian Association et un établissement de la Croix rouge américaine se créeront également. La population américaine pendant près de deux ans dépassera la population locale. Près de soldats américains débarqueront dans le port de Brest.
Au , il y a américains en France; le , on dénombrait environ d'hommes venus des États-Unis en Europe pour aider la France et ses alliés dans les tranchées, essentiellement dans les rangs de lUnited States Army à laquelle est intégrée une brigade du corps des Marines.
Répartition ethnique
Leur répartition raciale s'est faite ainsi : ~ ~ , regroupés dans des unités séparées pour cause de ségrégation. L'immense majorité servit dans des unités de logistique, seuls 20 % dans des unités de combat, dont la d'infanterie, sont incorporés dans l'armée américaine, sont envoyés en France et ont combattu soit 25 % de la population mâle à ce moment. : et Quapaw
Historia, (septembre 1999)
Unités vignette|Caserne Damrémont en février 1918. En France, le quartier général de la force expéditionnaire se trouve à Paris, au Pershing Hall et dans l'hôtel Delessert du parc de Passy.
Sur le front, le quartier général est situé en à la caserne Damrémont de Chaumont (Haute-Marne) avec plus de cinquante camps d'entrainement en majorité autour de Langres.
Concernant l'équipement, le casque Brodie sera utilisé jusqu'en 1942.
Infanterie Le , la d'infanterie américaine (surnommée , , qui correspond à son insigne) débarque à Saint-Nazaire.
La Infantry Division est la seule unité d'active immédiatement mobilisable par l'armée américaine. En effet à l'époque il n'y a pas de service militaire aux États-Unis et l'armée active (« Regular Army ») ne compte que http://www.invalides.org/images/14-18-light%20fiches%20DRHAP/USA-guerre.pdf.
La d'infanterie américaine est formée avec d'autres unités d'active dont une brigade de Marines.
En tout, 59 divisions sont mises sur pied en France, 20 divisions à partir de l'armée fédérale active (« Regular Army »). Ce sont les divisions numérotées à 20th.
17 divisions sont mises sur pied à partir d'unités de la garde nationale des États-Unis (« National Guard »), elles sont numérotées de 26th à 42nd.
Enfin 22 divisions sont créées dans le cadre de la mobilisation, elles prennent les numéros de 76th à 97th.
Forces aériennes et diverses
Les forces aériennes américaines sont quasiment inexistantes en 1917, le United States Army Air Service créé le opéra 45 escadrons et 740 avions lors de l'armistice AEF FACT SHEET MANPOWER, ORGANIZATION & CASUALTIES.
De nombreuses unités de soutien sont mises en place, de l'intendance aux services de santé en passant par les télécommunications dont une unité féminine surnommée les Hello Girls.
Corps de chars vignette|Chars Renault FT et soldats américains en Argonne (septembre 1918). Le plan initial prévoyait le déploiement pour 1919 d'un Corps Tank équipé de français légers Renault FT et britanniques lourds . Le plan se transforme en de légers et de lourds. C'est Georges Patton qui crée l'école de chars et l'U.S. Tank Corps à Bourg (Haute-Marne).
Au total, lourds (du au ) et (du au ) sont effectivement créés, dont seulement quatre (le équipé de Mark V , et les , et ) participeront au combat..
Leave Areas, camps de permissionnaires Dans les armées britanniques et françaises, les hommes avaient droit à de permission tous les . Durant l'été 1917, le haut-commandement de l'AEF décide que chaque homme peut recevoir 7 jours de permission tous les 4 mois. Il apprend aussi que, selon l'expérience franco-britannique, ces périodes comptent pour 70 % des infections sexuelles chez les hommes de troupe.
L'AEF organise alors 19 Leave Areas, camps de permissionnaires proches de villes moyennes de province dotées d'une gare (par exemple Nîmes), et à l'écart des grandes villes et surtout de Paris. Le haut-commandement compte sur les activités sportives et culturelles (théâtre et cinéma aux armées) organisées par la Young Men's Christian Association pour maintenir les hommes en bonne condition physique et morale.
Cependant, en plusieurs occasions, la police militaire débusque des prostituées cachées dans les toilettes des trains à destination des camps de repos.
Informé de ces problèmes, Clemenceau écrit à Pershing le pour lui proposer des « maisons spéciales » ou BMC à l'usage exclusif de l'AEF. Pershing transmet la lettre à son gouvernement. Le secrétaire d'État à la guerre Baker décide de ne pas montrer cette lettre au Président Wilson, de crainte que celui-ci, outré, n'arrête la guerre.
Engagements vignette|Soldats juifs des Forces expéditionnaires américaines célébrant la pâque juive à Paris, avril 1919 L'effectif combattant réellement opérationnel après équipement et entraînement est de en , de fin septembre et de en .
Liste des unités engagées : 1, 2, 4, 26, 27, 28, 29, 30, 31, 33, 35, 36, 37, 42, 77, 78, 82, 83, 84, 89, 91, 93, division (France) qui intégrait les et régiments américains de la Division, 369 régiment, le United States Army Air Service et le corps de Charsnon exhaustive.
Le corps expéditionnaire s'est particulièrement illustré au saillant de Saint-Mihiel les 2 et .
Avant il avait été engagé dans la troisième bataille de l'Aisne et notamment dans la bataille du bois Belleau et celle de Château-Thierry.
Il participa ensuite à l'offensive Meuse-Argonne qui mena à la victoire du .
Pertes Les pertes parmi l'AEF furent d'environ , au combat, décès et Congressional Research Service, American War and Military Operations Casualties:Lists and Statistics.
Relativement peu de soldats américains souffrirent des gaz de combat même si un beaucoup plus grand nombre pensa erronément y avoir été exposéVenzon, ed. The United States in the First World War: An Encyclopedia (1995).
État sanitaire Maladies infectieuses
Deux vaccinations furent systématiques : celle contre la variole et celle contre la typhoïde. Ces maladies furent relativement bien contrôlées : près de 70 cas de variole au sein de l'AEF et 14 décès, et près de et 227 décès (contre plus de cas et par typhoïde lors de la guerre hispano-américaine).
Contre le tétanos et la diphtérie, les vaccins n'existaient pas encore : les blessés et malades étaient traités par sérothérapie. De même, les oreillons, la rougeole et ses complications pulmonaires par surinfection (pneumonies) furent les principales causes d'hospitalisation des membres de l'AEF en 1917 et au début de 1918 ( cas hospitalisés).
L'épidémie de grippe espagnole à l'automne 1918 tua de l'AEF tandis que furent gravement malades. Au total, un soldat américain sur 67 meurt de grippe ou de pneumonie en 1918.
Infections sexuelles La prévention contre les maladies sexuellement transmissibles fut l'objet d'une propagande intensive basée sur la continence, la force morale et le sens des responsabilités. Les soldats disposaient cependant d'un « kit de prévention » contenant de la pommade au calomel, de l'acide carbolique et du camphre. Ils devaient passer une « dangle parade » (littéralement présentation de ce qui pend) en se présentant entièrement nus, les bras levés, devant un médecin.
Le général Pershing donne plusieurs ordres du grand quartier général sur ce sujet, faisant d'une infection sexuelle une faute passible de cour martiale, les hommes étant soignés dans des camps de rétention entourés de barbelés.
Durant le conflit l'AEF présente un taux d'infection génitale de 3,4 %, contre 12,7 % pour les troupes stationnées sur le territoire des États-Unis. Cependant le retour à la paix entraîne un relâchement : en , le taux d'infection est de 766 pour 1000 pour les troupes de l'AEF encore en France.
Selon l'historien de la médecine , l'expérience de l'AEF en France représente un choc de culture sexuelle entre le « laissez-faire » des Français (la chasteté est impossible) qui mettent l'accent sur le traitement, et le « provincialisme » puritain des Américains qui insistent sur la prévention morale.
Soldat inconnu