vignette|alt=Vue oblique distante de montagnes enneigées séparant un plateau aride d'une mer de nuages.|Vue d'une partie de l'Himalaya, avec l'Everest (près du centre), et du plateau tibétain depuis la Station spatiale internationale. vignette|alt=Un sommet couvert de glace sculptée en lames de rasoir, parcouru en son milieu par une rimaye et à ses pieds par une crevasse, avec deux groupes d'alpinistes visibles en tout petit.|Vue d'alpinistes (coin inférieur droit) évoluant entre une rimaye et une crevasse sur l'Alpamayo, au Pérou.

Une montagne () est une forme topographique de relief positif, à la surface de planètes telluriques, et faisant partie d'un ensemble — une chaîne de montagnes — ou formant un relief isolé. Elle est caractérisée par son altitude et, plus généralement, par sa hauteur relative, voire par sa pente. Il n'existe toutefois pas de définition unique de ce qu'est une montagne, terme apparu entre le et le , et de nombreux régionalismes coexistent pour décrire les formes de relief. Elle peut désigner à la fois un sommet pentu et une simple élévation de terrain, comme une colline, aussi bien que le milieu dans son ensemble. Les montagnes prennent en effet des formes très diverses en fonction des processus qui mènent à leur orogenèse : des escarpements de marges continentales et rifts en domaine extensif, aux chaînes de collision et plissement, en passant par les phases de subduction créant des volcans de type explosif en arcs insulaires ou le long de cordillères, sans oublier le volcanisme de point chaud de type effusif ni les intrusions mises au jour par l'érosion. Le climat qu'elles subissent, avec des températures en moyenne plus basses et des précipitations plus importantes qu'en plaine du fait de l'altitude, joue également un rôle important dans leur façonnement. Avec l'isostasie, les montagnes connaissent des phénomènes de surrection et d'amincissement crustal qui mènent, à terme, à leur disparition. Les plus anciennes chaînes de montagnes sur Terre datent du Paléozoïque.

En raison de leur climat spécifique, généralement marqué par un étagement altitudinal, et de leurs pentes difficiles d'accès rendant impossible une exploitation intensive, les montagnes abritent une grande variété d'écosystèmes et une importante biodiversité. De nombreuses espèces animales y trouvent une pression écologique moindre. De ce fait, près du tiers des zones protégées dans le monde se trouvent en montagne. Bien qu'elles soient une source d'eau douce indispensable, les zones montagneuses sont souvent considérées comme rudes ou demandent des efforts d'adaptation importants de la part des populations humaines.

Les montagnes, demeures supposées de nombreuses divinités, ont longtemps inspiré de la crainte aux êtres humains et restent largement méconnues jusqu'aux premières études scientifiques sérieuses au . À partir de cette époque, leurs représentations artistiques deviennent plus réalistes. Par la suite, elles sont l'objet de conquêtes avec l'avènement de l'alpinisme. Elles sont au cœur du développement de l'hydroélectricité à la fin du . Dès lors, plus faciles d'accès, elles s'ouvrent au tourisme, en premier lieu à celui des sports d'hiver, qui bouleverse souvent les paysages des montagnes des régions tempérées, mais également en dehors de la saison hivernale à la randonnée pédestre voire au trekking, dont la pratique est proche de la nature.

Toponymie Étymologie et linguistique vignette|alt=Photo noir en blanc d'une montagne couverte de neige et de glaciers avec des traînées de nuages et d'avions dans le ciel.|Vue du mont Blanc du Tacul depuis l'aiguille du Midi, en Haute-Savoie (France).

Le mot « montagne » apparaît en gallo-roman au .. Ainsi, il est employé dans la chanson de geste Pèlerinage de Charlemagne en 1150.. Il provient de l'ancien français , dérivé du bas latin , féminin substantivé de l'adjectif , altération du latin classique , littéralement « relatif à la montagne ». Dans le cartulaire de Sauxillanges, daté de 989 à 994, dans le Livradois, on trouve montana. En 1678, Charles du Fresne, sieur du Cange, dans son , atteste la forme montania, notamment en Cerdagne en 1035. Il rapporte aussi les emplois de montanea par Pierre Tudebode dans Historia de Hierosolymitano itinere et Baudri de Bourgueil dans Historia Jerosolimitana (livres 3 et 4, réunis dans le Recueil des historiens des croisades), et par Orderic Vital dans Histoire ecclésiastique (livre 9), entre la fin du et le début du . Ces formes deviennent donc concurrentes de « mont », issu du latin et préexistant à « montagne ». L'adjectif « montagneux » naît sous la plume de Jean de Meung en 1284 (consulter la section « Étymol. et Hist. »).. Le mot « montagnette » apparaît au dans une tentative de distinguer des formes de relief en fonction de leur hauteur.

Au , en Auvergne, la montagne désigne aussi bien la basse et la moyenne montagne que les pâturages, à l'instar de l'alpe. Dans la péninsule Ibérique, c'est également un terrain de chasse, alors qu'en Europe centrale, c'est une zone minière.

Outre une forme de relief, statique, la montagne reflète également une forme de mouvement, sans doute sous l'influence du verbe latin populaire montare qui a engendré en ancien français le verbe « (re)monter » ou la « montée » au , éliminant au passage la forme plus noble issue dascendere, laissant seulement le substantif français « ascension ». Les montagnes sont définies ici comme un espace géographique de migration. La montagne est le lieu où l'on monte, soit de manière saisonnière, par exemple pour l'estive des éleveurs ou un hivernage de bûcheron, soit occasionnellement, comme sur le chemin d'une fuite ou d'un voyage. Au , montain et montagnier qualifient la faune, selon le fauconnier, et les habitants qui vivent en montagne. Les verbes enmontagner ou démontagner sont employés pour décrire l'activité de déménagement des montignons ou montagnards au .

Au sens figuré, une montagne indique un amoncellement : une montagne d'objets, de richesses, de difficultés. Il désigne selon le lieu ou la relation engagée, la valeur, le prix, le nombre, la valeur morale, l'intérêt, le taux d'emprunt. En ce sens, les formes verbales ont été mieux préservées en français, à l'instar du verbe « surmonter » attesté par Philippe de Thaon au (consulter la section « Étymol. et Hist. »)., dans l'expression « le montant d'une somme » ou « monter un budget » lorsqu'une situation est délicate.

Définitions

vignette|alt=Sommet enneigé vu depuis une vallée glaciaire occupée par des débris morainiques.|Vue du K2, deuxième plus haut sommet du monde, dans le Karakoram, à la frontière sino-pakistanaise.

Les tentatives pour donner une définition générale et universelle de la montagne sont très vite confrontées à l'imprécision et aux exceptions. Ainsi, selon Raoul Blanchard, « une définition même de la montagne, qui soit claire et compréhensible, est à elle seule à peu près impossible à fournir »Raoul Blanchard, Jules Blache (préface), L'homme et la montagne, éd. Gallimard, 1934, 192 p.. La pente et l'altitude définissent la topographie et le relief, ensemble des formes, de volumes saillants ou en creux, « une famille de formes topographiques » comme décrit par Emmanuel de MartonneEmmanuel de Martonne, Traité de Géographie physique, éd. Armand Colin, Paris, 3 tomes, 1905., mais la montagne est aussi un cortège de spécificités où certains phénomènes sont amplifiés et où des limites aux facteurs altitudinaux peuvent essayer d'être définies. Il est possible de distinguer trois sens à la montagne.. Dans le premier, c'est une élévation de terrain individuelle entourée de vallées, synonyme de hauteur, relief, sommet ; le mot « mont », bien qu'étymologiquement semblable, n'est guère utilisé dans cette acception, désignant par ailleurs une forme de relief de plissement. Dans le deuxième sens, une montagne est un espace formé par des reliefs saillants et s'oppose à la colline, au plateau, au piémont, à la vallée. Le troisième sens englobe tout le milieu de la montagne dans sa globalité ; plus imprécis, laissant de côté les notions de pente et d'altitude, il prend en compte les dimensions paysagères et humaines.

En France, des critères administratifs et législatifs ont été définis. La loi montagne (1985) insiste sur des seuils et des pentes relative au développement et à la protection de la montagne et rapport Louis Besson, 1982. : entre 600 et d'altitude moyenne communale et une pente supérieure à 20 %, hors outre-merMassif au titre de la loi dite « loi montagne », Plateforme ouverte des données publiques françaises, 12 février 2018.. Les difficultés face à la réduction de la saison végétative sont également prises en compte : adaptation de la production et de la mécanisation agricoles, donnant droit aux fonds structurels européens, perception des conditions locales de développement nécessitant des mesures compensatrices telles que la politique de la « zone de montagne » (1961) et l'indemnité spéciale « montagne » des années 1970..

Dans les îles Britanniques, une montagne s'élève traditionnellement à plus de () d'altitude et présente une hauteur de culminance minimum de 100 à () John et Anne Nuttall, England. The Mountains of England & Wales, vol. 2, , Cicerone, Milnthorpe, Cumbria . A Mountain is a Mountain - isn't it?.. Aux États-Unis, l'Institut d'études géologiques des États-Unis a distingué une montagne, relief de plus de () de hauteur relative, d'une colline en deçà, mais cette définition a été officiellement abandonnée au début des années 1970 What is the difference between lake and pond; mountain and hill; or river and creek?, Institut d'études géologiques des États-Unis, 9 janvier 2013..

Une définition internationale des régions montagneuses est apportée par le Centre de surveillance de la conservation de la nature, dans le cadre du Programme des Nations unies pour l'environnement (UNEP-WCMC) : altitude de plus de , ou altitude entre et et pente de 2°, ou altitude entre et et pente de 5°, ou encore altitude entre 300 et continue dans un rayon de sept kilomètres..

Terminologie

En onomastique, un oronyme est un toponyme de montagne. Les oronymes sont parfois utilisés pour de simples hauteurs (escarpements, collines)Marcellin Bérot, La vie des hommes de la montagne racontée par la toponymie, éd. Milan, 1998, 388 p..

Les vocables de la montagne se caractérisent par l'importance des variantes et synonymes ; cette richesse est issue des observations nombreuses des hommes qui vivent dans la montagne avec la nature et de la variété linguistique. Il est possible d'expliquer cette diversité par le vocabulaire employé par les différentes populations qui ont successivement colonisé le domaine montagnard à travers les âges , et par les déformations successives des noms, en particulier à une époque où l'orthographe n'était pas fixée et lors de transcriptions, lorsqu'avait lieu un mouvement général de francisation. Certains toponymes de la carte d'état-major (1818-1881) ont été collectés par des officiers cartographes, plus préoccupés par les formes et accidents de terrain que par les questions linguistiques Robert Luft, Vocabulaires et toponymie des pays de Montagne, Club alpin français, 2006, 124 p. ..

thumb|Vue d'un puech aux Bondons, dans le département français de la Lozère.