Les AttikameksOrthographe recommandée par l'Office québécois de la langue française ou Atikamekw NehirowisiwokOrthographe préférée par la nation elle-même. sont un peuple autochtone du Québec au Canada. Ils vivent dans la vallée de la rivière Saint-Maurice et nomment leur territoire Nitaskinan (signifiant « Notre terre »). Ils ont d'ailleurs déclaré unilatéralement leur souveraineté sur ce territoire de en 2014, qui englobe entre autres, les villes de La Tuque, Shawinigan et de Trois-Rivières.
Ils sont divisés en trois bandes, Manawan, Opitciwan et Wemotaci, regroupées sous le Conseil de la Nation atikamekw basé à La Tuque.
Ensemble, elles ont une population inscrite totale de en 2016.
Les Atikamekws parlent l'atikamekw, une langue de la famille linguistique algonquienne proche du cri et de l'Innu-aimun, ainsi que le français. L'atikamekw est toujours utilisé quotidiennement par les Atikamekw de nos jours, faisant de celle-ci l'une des langues autochtones du Québec les moins menacées d'extinction.
Traditionnellement, ils pratiquent la pêche, la chasse et la cueillette. Le partage est aussi très présent chez eux, que ce soit la viande, les objets utilitaires, etc. Ils sont toujours prêts à aider les leurs. Et historiquement, ils sont alliés avec les Innus, avec qui ils partagent langue, culture et histoire.
Appellations L'endonyme de la nation est « Atikamekw Nehirowisiw » au singulier et « Atikamekw Nehirowisiwok » au pluriel. Tel qu'en atikamekw nehiromowin, la terminaison est en -w et le pluriel, en -ok.
L'exonyme des Atikamekw Nehirowisiwok est « Attikamek », un nom originaire de l'anishinàbemiwin signifiant « poisson blanc » et repris par les colons français dès le . La terminaison en -k et le pluriel en -s sont prônés par l'Office québécois de la langue française, au contraire de ce que préconise l'Institut linguistique Atikamekw-Wasihakan. Auparavant, d'autres exonymes ont été utilisés par les non-autochtones, à savoir « Têtes-de-Boule », « Gens-des-terres » et « Tribus de l'intérieur ». Les Innus-Ilnus ont quant à eux utilisé les appellations « Sagami » et « Ogica 'kamiiu » ou « Otcakami ilnuts » et emploient aujourd'hui le nom « Uemutashiunnu » au singulier « Uemutashiunnuat » au pluriel.
Territoire vignette|droite|Carte du Nitaskinan
Le territoire ancestral revendiqué par les Atikamekws est nommé « Nitaskinan », ce qui signifie « Notre terre » dans la langue atikamekw.
Historiquement, celui-ci était divisé en territoires familiaux où chaque famille avait son propre territoire pour en tirer sa subsistance. La superficie de chaque territoire variait. Le premier à avoir cartographié ces territoires fut D. S. Davidson en 1928, qui cependant les appelait Têtes-de-Boule..
Depuis 1978, les Atikamekws sont en négociation avec les gouvernements du Canada et du Québec afin d'en arriver à une entente concernant leurs revendications globales. Le , le Conseil de la Nation atikamekw a déclaré unilatéralement sa souveraineté sur le Nitaskinan couvrant une superficie de incluant entre autres, les villes de La Tuque, Shawinigan et Trois-Rivières. L'un des buts principaux de cette déclaration est d'affirmer l'exigence du consentement préalable de cette nation pour tout développement, usage et exploitation des ressources situées sur ce territoire.. Nelson-Martin Dawson, Des Attikamègues aux Têtes-de-Boule, Mutation ethnique dans le Haut Mauricien sous le Régime français. Sillery (Québec), Septentrion, 2003.... Cependant, cette déclaration de souveraineté n'a aucun effet pour le moment, n'ayant été reconnue ni par les gouvernements du Canada ou du Québec, ni par les tribunaux.
Réserves vignette|droite|La communauté atikamekw de Manawan en 2016
Les Atikamekws possèdent trois réserves habitées qui correspondent aux trois bandes formant la nation : Manawan, Obedjiwan et Wemotaci.
Manawan, siège des Atikamekw de Manawan, est située à à l'ouest de La Tuque et à au nord de Saint-Michel-des-Saints sur la rive sud du lac Métabeska dans la région de Lanaudière. Elle couvre une superficie de près de et a une population d'environ . Le nom de « Manawan » signifie « là où l’on trouve des œufs ». Elle a été créée officiellement le , mais il y a une population permanente en ce lieu depuis le début des années 1850.
Obedjiwan, également appelée Opitciwan, siège des Atikamekw d'Opitciwan, est la plus nordique et la plus isolée des trois communautés atikamekw. Elle est située sur la rive nord du réservoir Gouin. Son nom signifie « courant du détroit ». L'endroit a une population permanente depuis le début des années 1910. Avant cela, la population qui s'est éventuellement installée à Obedjiwan fréquentait plutôt le lieu de rassemblement estival de Kikendatch où un poste de la Compagnie de la Baie d'Hudson et une chapelle catholique avaient été érigés, mais la mise en service du barrage La Loutre en 1918 inonda Kikendatch, forçant l'abandon définitif de l'endroit..
Wemotaci, siège du Conseil des Atikamekw de Wemotaci, se situe entre Manawan et Obedjiwan en Haute-Mauricie à au nord-ouest de La Tuque le long de la rivière Saint-Maurice près de l'embouchure de la rivière Manouane. Son nom signifie « la montagne d'où l'on observe ». Elle couvre une superficie de et a une population d'environ . La communauté de Wemotaci possède également la réserve inhabitée de Coucoucache.
Démographie En , ensemble, les trois bandes atikamekws, c'est-à-dire Manawan, Opitciwan et Wemotaci, avaient une population inscrite totale de dont 18 % vivaient hors réserve..
+Population inscrite en 2016BandePopulation inscrite totalePopulation inscrite vivant hors réserveManawan409Opitciwan529Wemotaci1949445Atikamekws (Total)
Histoire vignette|droite|Atikamekw de Manawan vers 1900 Les premières mentions écrites des Atikamekws remontent au début du alors qu'ils vivaient en Haute-Mauricie dans la forêt boréaleRelation des Jésuites, 1647-1655, tome 4, Édition du JourLéo-Paul Desrosiers, Iroquoisie, Septentrion. Ils entrèrent en contact avec les Européens, principalement les français, pour des échanges commerciaux telle que la traite des fourrures et l'évangélisation par les missionnaires. Plus tard, les Atikamekws interagiront avec eux au sujet de l'exploitation forestière. vignette|gauche|Village de Weymontachie en 1913 Au milieu du , quatre principaux postes de traite furent établis dans le haut et le bas de la rivière Saint-Maurice, c'est-à-dire sur le territoire des Atikamekws : Manaouane (devenu Manawan depuis 1991), Weymontachie (Wemotaci depuis 1997), Kikendatch (au sud-est du réservoir Gouin) et Coucoucache. Les Atikamekws et les Français, devenus entre-temps Canadiens français, qui participaient à la traite des fourrures avaient recours à de nombreux échanges économiques marqués, au départ, par un rapport d’entraide et de coopération ainsi qu’un mode de vie semblable. Les deux peuples étaient employés dans les postes de traite de la Compagnie de la Baie d'Hudson. Cependant, à partir des années 1820, la relation d'entraide avec les Canadiens français commença à s'estomper petit à petit avec la diminution du commerce des fourrures au profit du commerce du bois, notamment à la suite du blocus continental de Napoléon. Ainsi, les Atikamekws commencèrent à rencontrer davantage de bûcherons canadiens ..
À partir de 1837, des missionnaires catholiques se rendirent en Haute-Mauricie à chaque été afin de procéder aux mariages et aux baptêmes ainsi que d'organiser des événements religieux dans le but d'évangéliser les autochtones. Les rencontres entre les Atikamekws et ces missionnaires devinrent plus fréquentes à partir de la fin du à la suite de la mise en place de voies ferrées. Dès leurs premières rencontres, les Atikamekws accueillirent les missionnaires avec enthousiasme puisque ceux-ci occupaient le rôle important d’être les intermédiaires entre leurs groupes et les autorités politiques. Avant la création de la Confédération canadienne en 1867, les Atikamekws exerçaient le contrôle des ressources naturelles de leur territoire surtout grâce au fait qu'ils étaient plus nombreux que les travailleurs forestiers en Mauricie. Cette situation changea dans les années 1870 puisqu'une masse de Canadiens français vint s'installer en Haute-Mauricie, rendant les Atikamekws minoritaires. Ces derniers visitaient les chantiers forestiers dans le but d'effectuer des échanges commerciaux et d'y trouver un emploi. Même si certains Atikamekws s'intégrèrent facilement au sein des chantiers en raison de leur connaissance du territoire, la plupart d'entre-eux furent ignorés par les entrepreneurs forestiers. Les relations entre les Atikamekws et les Eurocanadiens étaient tendues puisque ces derniers avaient la volonté d'exploiter les ressources forestières du territoire. Ainsi, pour garantir un espace suffisant pour la pratique de leur mode de vie de subsistance face au développement de l'exploitation forestière, les Atikamekws s'adressèrent au ministère des Affaires indiennes et du Nord Canada en 1881 afin d'obtenir une réserve en Mauricie. Les missionnaires catholiques jouèrent un rôle important dans la création de cette réserve. En effet, lorsque les premières réserves furent fondées à la fin du , aucun agent des Affaires indiennes n'était disponible pour répondre aux besoins des Atikamekws et ce sont les missionnaires qui s'adressaient au gouvernement fédéral lors d'urgences médicales ou lors de la nécessité d'une intervention policière. Le rôle politique des missionnaires assurait une relation harmonieuse entre ceux-ci et les Atikamekws. Un point de divergence existait néanmoins au sujet des réserves, les Atikamekws voulaient obtenir un territoire qui ne sera pas affecté par les coupes forestières tandis que les missionnaires souhaitaient leur sédentarisation dans le but de faciliter l'évangélisation. Ainsi, les premières réserves en Haute-Mauricie furent fondées à partir de 1895 avec l'aide des missionnaires catholiques. Ce délai depuis le début des années 1880 fit en sorte que les territoires disponibles étaient plus rares et ne correspondaient qu'à une fraction des besoins des Atikamekws...
Les pensionnats firent leur apparition vers 1932. On y enseignait l’histoire du Canada, la géographie, le français, l’arithmétique et la religion. Il y avait six niveaux et trois catégories d’âge : les petits (), les moyens () et les grands (). Les jeunes n’avaient aucun contact avec les autres groupes. On y montrait la discipline et les autochtones n’avaient pas le droit de parler leur langue maternelle, sinon on les punissait sévèrement. Tous les jeunes autochtones étaient obligés d’aller au pensionnat. Les enfants atikamekws étaient envoyés au pensionnat de Pointe-Bleue afin qu'ils soient éloignés de Wemotaci pour éviter qu'ils s'enfuient. En septembre, ils quittaient leurs familles pour aller au pensionnat et ne revenaient qu’au mois de juin. Les jeunes étaient souvent maltraités s’ils ne suivaient pas les règles ou faisaient des bévues.
Abus sexuels
Raynald Couture, prêtre des Oblats de Marie-Immaculée a travaillé dans la communauté des Attikameks de Wemotaci et a agressé neuf enfants à partir de 1982. Quatre d'entre eux se sont suicidés. Il quitte cette communauté en 1991 et trouve refuge en France accueilli par les Oblats. Il est condamné en 2004 à de prison.
Culture et traditions vignette|droite|Danseur durant le pow-wow de Manawan de 2012 Saisons et mois de l'année