Le siècle d'or néerlandais (en néerlandais : de Gouden Eeuw) est une période de l'histoire des Pays-Bas comprise entre 1584 et 1702, qui voit la République des Sept Provinces-Unies des Pays-Bas (Republiek der Zeven Verenigde Provinciën, ancêtre de l'actuel royaume des Pays-Bas), fondée en 1581 par l'Union d'Utrecht, se hisser au rang de première puissance commerciale au monde, tandis que le reste de l'Europe se débat dans les affres d'une stagnation et d'une récession qui dure par endroits jusqu'en 1750. La liberté de culte qui règne aux Pays-Bas y attire les personnes les plus diverses ; ces réfugiés rejoignent une république en pleine croissance, qui leur offre travail et liberté d'opinion. Écrivains et érudits s'y établissent pour enseigner et publier en liberté ; avec la fondation de l'université de Leyde et le développement des sciences humaines et des sciences naturelles, le pays devient l'un des centres du savoir.

Avec leur organisation commerciale, les Pays-Bas vont susciter la jalousie des États voisins. L'Angleterre, qui ouvre les hostilités dès 1652 avec la première guerre anglo-néerlandaise, pour ravir aux Pays-Bas leur suprématie maritime et freiner leur expansion coloniale, particulièrement dans l'Atlantique, est suivie par la France de Louis XIV qui déclenche la guerre de Hollande à la fin du (épisode du siège de Maastricht), scellant la fin de la période de gloire et de prospérité des Provinces-Unies.

L'expression « siècle d'or » recouvre avant tout une floraison encore inédite de culture et d'art, souvent confinée aux nombreux chefs-d'œuvre de la peinture néerlandaise du . Cette prospérité est cependant le produit des évolutions sociales et culturelles de cette époque.

Historiographie

La notion de (gulden eeuw en ancien néerlandais et gouden eeuw en néerlandais contemporain) fait partie de ces notions qui existent au temps qu'elles sont censées décrire. En 1719, Arnold Houbraken exprime ainsi son regret de ne plus vivre au temps des peintres néerlandais du :

Pour qualifier cette période favorable aux artistes, il parle d’un « âge d’or pour l’art » (Gulde Eeuw voor de Konst). Mais de quoi parle-t-il exactement ? Le mot eeuw est ambigu : il peut aussi bien désigner la durée d’un « siècle » que celle, indéterminée, d’une période de temps relativement longue et historiquement indéfinie. Dès le , les expressions gulde(n) eeuw ou goude(n) eeuw désignent ainsi deux réalités que nous aurions tendance à distinguer aujourd’hui : le « siècle d’or », c’est-à-dire une période qui relève de l’histoire ; et l’« âge d’or », cette époque mythique placée sous le règne de Saturne durant laquelle les hommes et les femmes vivaient comme les dieux et aimés par eux, dans la paix et le bonheur et en harmonie avec la nature. L'historien Johan Huizinga n'a donc que partiellement raison lorsqu'il affirme :

Le fait est que, dès la fin du XVIe siècle, l'« âge d'or » a servi de modèle ou, pour paraphraser l'historien Benedict Anderson, d'« imaginaire collectif » pour incarner l'histoire et les valeurs des communautés composant la jeune République des Provinces-Unies. C. de Voogd rappelle par ailleurs que l’admiration pour le miracle néerlandais trouvait déjà un écho chez Hegel, dont l’Esthétique a fait de cet épisode de l'histoire européenne l'une des étapes dans la grande marche de l’Esprit vers son accomplissement. De cette vision subsiste l'idée d'une spécificité hollandaise par rapport à l'Europe baroque, mais aussi d'un moment décisif dans la naissance de la modernité européenne dans tous les domaines, du développement du capitalisme à la pensée politique libérale.

L'historien néerlandais Johan Huizinga présume que le concept d'âge d'or ne s'est imposé qu'après que l'historien Pieter Lodewijk Muller eut publié en 1897 son essai sur La République des Provinces-Unies à son apogée (De Republiek der Verenigde Nederlanden in haar bloeitijd) sous le titre plus vendeur de « Notre âge d'or » (Onze Golden Eeuw) imposé par son éditeur.

Depuis quelques années, l'Âge d'or des Provinces-Unies fait l'objet d'un regain d'intérêt aux Pays-Bas. C'est ainsi qu'en 2000 par exemple on lui a consacré un centre d'étude à l'université d'Amsterdam. L'Amsterdams Centrum voor de Studie van de Gouden Eeuw travaille entre autres sur l'ouvrage publié en 1941 par Huizinga. Le sens historique de Huizinga était imprégné de son étude de la linguistique et de son goût pour la peinture : il entendait l'écriture de l'histoire comme un récit intuitif et vivant de l'évolution des mentalités, c'est-à-dire de la culture. Aussi affirmait-il que l'âge d'or n'était ni un bienfait qui se serait soudain abattu sur les Pays-Bas, ni surtout l'idéal mythique d'une terre nourricière sans agriculteurs, d'une société vivant un éternel printemps dans une paix absolue sans soucis ni remords (comme Ovide définit l'âge d'or), mais que cette prospérité avait mûri sur fond de générations de dur labeur, de conditions favorables, de multiples conflits et naturellement aussi sur une part de chance, qu'en fait elle n'avait rien de spontané. Ainsi, près de la moitié de ce siècle « résonna de fracas et de cris guerriers Niederlandenet ». C'est pourquoi un nombre non négligeable de chercheurs, examinant ce siècle, du moins sous l'angle de l'économie mondiale, parlent plutôt d'une hégémonie.

Les Pays-Bas à l'aube du Siècle d'or Conflit avec l'Espagne À la mort de Charles le Téméraire en 1477, les Pays-Bas échurent par alliance à la dynastie autrichienne des Habsbourg, à un moment où la situation économique des Pays-Bas bourguignons était déjà prospère ; c'est d'abord sous le règne de Charles Quint qu'outre l'agriculture, l'élevage et la pêche, le commerce et l'artisanat se développèrent. Après une crise liée à la concurrence de la laine anglaise au début du , le secteur textile devenait florissant, et Anvers devint le centre économique des provinces. La science et la culture connurent des heures fastes, entre autres grâce à l'imprimeur Christophe Plantin. Simultanément, la Réforme se répandait et Charles Quint, tout comme son fils et successeur Philippe II (tous deux catholiques convaincus) encouragèrent la Contre-Réforme.

Dans la mesure où Philippe II voyait dans le calvinisme une hérésie, les provinces du Nord se rebellèrent sous le commandement de Guillaume le Taciturne. Sa tentative d'occuper militairement le Brabant déclencha en 1568 la guerre de Quatre-Vingts Ans. En 1579, les provinces du nord se fédérèrent en Union d'Utrecht fondant en 1581 la république des Provinces-Unies, tandis que les provinces méridionales, restées catholiques (aujourd'hui Belgique et Luxembourg) restèrent fidèles à l'Espagne (cf. Pays-Bas espagnols).

La conclusion de l'Union d'Utrecht conféra aux provinces du Nord entre autres le contrôle du commerce fluvial sur le Rhin maritime, un atout décisif pour leur expansion économique ultérieure. Le Siège d'Anvers mené victorieusement en 1585 par les Espagnols avait amené les Hollandais à mettre en place un blocus sur l'estuaire de l'Escaut, ôtant à Anvers son débouché maritime. Cette mesure permit au port régional d'Amsterdam de distancer bientôt son rival Anvers.

Des pourparlers de paix avec l'Espagne, auxquels la France et l'Angleterre prirent part, se tinrent en 1608 à La Haye, puis finalement en 1609 on convint d'une trêve de douze ans. C'est dans ce contexte que s'épanouit l'expansion économique et culturelle de la jeune république.

Marins et marchands

Le commerce de la Baltique est à l'origine de l'essor de la vie économique hollandaise ; et pendant la première moitié du , Amsterdam, mais aussi des villes comme Enkhuizen et Hoorn était déjà un centre important de distribution du blé et, quoique les sources historiques soient moins explicites, du bois de la Baltique. Le commerce hanséatique toutefois restait encore très actif et les habitants des villes hanséatiques, surtout ceux de Gdansk, non seulement livraient leurs marchandises à Amsterdam, mais les exportaient aussi eux-mêmes en Angleterre, en Espagne, en France et au PortugalMalowist Marian. Les produits des pays de la Baltique dans le commerce international au XVIe siècle. In: Revue du Nord, tome 42, n°166, Avril-juin 1960. pp. 175-206. Lire en ligne.

La Hollande ne pouvait pas vivre sur ses propres réserves de céréales. C'est dans le Waterland et dans la Frise occidentale que la situation était la moins favorable, car ces régions ne se prêtaient qu'à l'élevage du bétail et à l'industrie laitière. Les autorités d'Amsterdam soulignaient déjà en 1501 la situation difficile des régions situées au nord du pays. Les principaux producteurs de seigle, indispensable à la population pauvre des villes et de la campagne, étaient avant tout les pays de la Baltique. Les Hollandais s'intéressaient avant tout à Gdansk et à son immense arrière-pays polono-lituanien, riche en céréales et en bois. Au deuxième rang venait la Livonie, riche de ses produits agricoles, mais aussi idéalement située sur la route menant vers la Russie et ses richesses illimitées de produits forestiers et de fourrures. La Poméranie occidentale avait aussi d'importants surplus de céréales et intéressait les Hollandais. C'est donc les disettes répétées qui forcent la Hollande à développer son commerce extérieur et sa marine.

Au l'expansion commerciale des Hollandais dans les pays de la Baltique se fonde sur l'exportation vers l'Est du drap hollandais et anglais, et du sel breton, ainsi que sur l'importation de quantités de plus en plus grandes de céréales, de chanvre, de lin et surtout du bois de la Baltique; de poix, de goudron et d'une certaine quantité de cuirs et de fourrures Les bateaux hollandais, en quittant leurs ports d'attache, se rendaient en Bretagne charger du sel, du vin et des denrées du midi. Avec ce chargement, ils naviguaient vers la Baltique, ils y vendaient leurs marchandises, et y achetaient des céréales, du bois, des cendres et d'autres produits locaux destinés à la Hollande et aux pays de l'Europe occidentale. Ce commerce de bascule était déjà pratiqué au . Vers la fin du , les bateaux hollandais se rendaient aussi en Espagne et au Portugal où ils pouvaient également s'approvisionner en sel, en fruits et, de plus en plus souvent, en denrées coloniales, en échange de leurs propres produits, oies, produits industriels étrangers, ainsi que les marchandises des pays de la Baltique. De 1542 à 1545, la douane d'Arnemuiden mentionne fréquemment des bateaux appartenant à des Hollandais qui, venant d'Amsterdam et d'autres ports du Waterland se dirigeaient vers les ports du golfe de Biscaye, l'Andalousie – souvent Sanlúcar de Barrameda – , Lisbonne et le Portugal méridional, surtout Tavira. Outre du drap et de la toile, ces bateaux transportaient du bois de chêne, des madriers, des planches, du bois à rames, des mâts, des douves, du goudron, de la poix, du lin, du chanvre Les Espagnols et les Portugais achetaient aussi ces marchandises directement à Amsterdam. Même pendant la révolution néerlandaise les Hollandais s'efforçaient énergiquement de conserver entre leurs mains la fourniture des marchandises des pays de la Baltique aux États de Philippe II : le Sud des Pays-Bas, l'Espagne et le Portugal. L'Allemagne occidentale n'offrait probablement pas à la pénétration économique hollandaise au et au , mais l'arrière-pays riche en produits forestiers et céréaliers des ports de Brême et Hambourg intéressaient aussi le commerce hollandais. Au et au début du , les Hollandais s'intéressaient beaucoup moins au commerce avec la Suède, malgré les richesses naturelles de ce pays. La Hollande pouvait aussi compter sur deux fleuves, la Meuse et le Rhin pour son commerce frontalier; Dordrecht, qui par le hasard d'un raz-de-marée en 1421, la relie à la Mer du Nord, à partir de cette époque devient un important centre du commerce du bois, en provenance de la Westphalie et de la Forêt-Noire.