La famille Le VeneurAvant la Révolution on écrivait "le Veneur" sans mettre de majuscule sur le "l" de "le". ou Le Veneur de Tillières depuis le (parfois aussi appelée Le Veneur de Carrouges), est une ancienne famille de Normandie.
D'extraction chevaleresque, sa filiation remonte à 1200Jougla de Morenas, Grand armorial de France, tome 6, page 427, elle s'est éteinte en 1963.
Les origines
Les tout premiers Le Veneur étaient veneurs au duché de NormandieCf. par exemple le Nouvel abrégé chronologique de l'histoire de France: contenant les événemens de notre histoire, depuis Clovis jusqu'à Louis XIV, les guerres, les batailles les sièges, &c. nos loix, nos mœurs, nos usages, &c, par Charles Jean François Hénault, vol. 2, Prault père, Paris, 1768, 575. À noter que l'auteur de cet ouvrage, le président Hénault, connaissait bien la famille Le Veneur, dont faisait partie sa nièce, femme de Jacques Tanneguy IV Le Veneur.. C'est de cette charge que la famille Le Veneur tient son nom.
Certaines sources présentent Gautier Le VeneurGautier Le Veneur est notamment mentionné dans les récits du : - de Benoît de Sainte-Maure (cf. Chronique des ducs de Normandie par Benoît, tome 2, Imprimerie royale, 1838, pp. 211-213, ou encore Nouvelle histoire de Normandie Éd. André La Fresnaye, Versailles, Jalabert, 1814 p.69 et p.456), - et de Wace (cf. Le Roman de Rou et des ducs de Normandie, vol. 1, pp.234-238). Par ailleurs certains auteurs (voir par exemple: Duchess of Cleveland, The Battle Abbey Roll, vol. 3, J. Murray, London, 1889, 228) rattachent à Gautier Le Veneur la famille anglo-normande Venables, issue de Gilbert de Venables, alias Gilbert Le Veneur, qui est cité en 1086 dans le Domesday Book. On peut remarquer que Venables se trouve à une dizaine de kilomètres du vieux fief des Le Veneur qu'est Le Homme et à seulement une dizaine de kilomètres également de leur autre vieux fief de Cavoville. Il serait donc tout à fait vraisemblable que les familles Venables et Le Veneur soient au départ une seule et même famille., chevalier, confident et veneur du duc Richard Sans-Peur, comme le premier représentant connu de la famille. Il combattit sur les bords de l'Epte en 968Cf. Annales de la Société Jean-Jacques Rousseau, t.25, A. Jullien, Genève, 1936, 201. et fut sauvé par le duc lors de la bataille de Dieppe.
Principaux personnages Moyen Âge
Jean I Le Veneur était au seigneur du Homme et de Cavoville.
Jean IV Le Veneur, chevalier, était dès 1289 maître veneur du roi Philippe le Bel et également maître enquêteur des eaux et forêts du roi. Il alla notamment deux fois, en 1298, pour faire des informations sur les forêts de Normandie et au mois de sur celles du bailliage de Coutances. Il fut tué en 1302 à la Bataille de Courtrai. Ses deux fils Robert Le Veneur, chevalier, et Jean V Le Veneur († 1334), chevalier, furent tous deux également maîtres veneur du roi et maîtres enquêteurs des eaux et forêts du roi, qui étaient des charges considérables à cette époqueVoir l'Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers, éditée de 1751 à 1772 sous la direction de Diderot et d’Alembert, à l'article Grands-Maîtres des eaux et forêts, qui détaille cette charge et les fonctions occupées par Jean IV Le Veneur et ses deux fils (pp. 793-794)..
Jean VIII Le Veneur, chevalier, seigneur du Homme, de Cavoville, de Valquier et de Saint-Élier, qui tenait l'Échiquier d'Alençon en 1398 et fut tué à la bataille d'Azincourt en 1415, avait épousé Jeanne, sœur de Jean, baron de Tillières, laquelle succédant à son frère, porta la baronnie de Tillières dans la maison Le Veneur. C'est ainsi qu'au le nom de Tillières était joint à celui de Le Veneur.
Son fils Philippe le Veneur, baron de Tillières, seigneur du Homme et de Valquier, chevalier de l'Ordre du Croissant, fit lui aussi un mariage qui devait apporter un nouveau fief dans la famille Le Veneur. Il épousa en effet en 1450 Marie Blosset, sœur de Jean Blosset, Grand sénéchal de Normandie, seigneur de Carrouges, dont la famille Le Veneur hérita par la suite.
Renaissance
Le cardinal Jean Le Veneur, évêque-comte de Lisieux était fils de Philippe Le Veneur et de Marie Blosset. Proche de François I, il siégeait à son conseil. Il devint grand aumônier de France en 1525 et fut fait abbé du Mont-Saint-Michel. Il présenta Jacques Cartier à François I, puis, devenu cardinal en 1533, il intervint auprès du Pape afin de modifier le partage des terres du Nouveau Monde qui avait été établi en 1493, laissant ainsi le champ libre à la couronne de France pour s'arroger les terres qui seraient découvertes lors de l'expédition de Jacques Cartier vers le futur Canada. Il mourut en 1543.
Au , le frère du cardinal, Ambroise Le Veneur de Tillières (mort en 1536), fut évêque d'Évreux de 1511 à 1531 et Lyre à partir de 1516; il résigna son évêché en faveur de son petit-neveu Gabriel Le Veneur de Tillières (1517-1574), qui lui succéda donc comme évêque d'Évreux de 1532 à 1574.
Tanneguy le Veneur († 1592), de Tillières, fils de Jean IX-II (fils de Gilonne de Montejean et François Le Veneur de Tillières, lui-même fils de Philippe Le Veneur de Tillières et Marie Blosset ci-dessus), époux de Madeleine Hélie de Pompadour, fille de François vicomte de Comborn, fut chevalier de l'ordre du Saint-Esprit , gentilhomme ordinaire de la Chambre du roi, conseiller d'État, capitaine de cent hommes d'armes, bailli de Rouen, lieutenant général au gouvernement de Normandie. Il est le père de :
Jacques Le Veneur († 1596), chevalier de l'ordre du Saint-Esprit, fut bailli de la ville et gouverneur du vieux palais de Rouen, conseiller d'État, capitaine de cinquante hommes d'armes, lieutenant général au gouvernement de Normandie. Il se maria avec Charlotte Chabot fille de Léonor, comte de Tillières.
Quoique catholiques, Tanneguy et Jacques Le Veneur protégèrent les protestants lors du massacre de la Saint-Barthélemy« Le massacre de la Saint-Barthélemi, dit un écrivain, s'entendit par tout le royaume; mais il ne fut pas considérable en Normandie, par les soins de son gouverneur, Tannegui Le Veneur, comte de Tillières, homme digne d'une mémoire éternelle. » Jacques Antoine Dulaure, J.-L. Belin, Histoire physique, civile et morale des environs de Paris, depuis les premiers temps historiques jusqu'à nos jours, Furne, Paris, 1858, En ligne ..
Au , Tanneguy II Le Veneur, comte de Tillières, († 1652) fils de Jacques et de Charlotte Chabot, fut dépêché en Angleterre pour négocier le mariage d'Henriette-Marie de France, sœur de Louis XIII avec le futur roi Charles . Tanneguy II vécut sur ses terres de Tillières et laissa le fief familial de Carrouges, dans l'Orne, à son frère Jacques, abbé de Silly.
En 1637, Jacques Le Veneur de Tillières se démit de son abbaye pour se consacrer entièrement à Carrouges. Il fit aménager et décorer le château et le parc à partir de plans et dessins de Maurice Gabriel, architecte à Argentan. Il mourut en 1653.
XVIII et XIX siècles
Jacques Tanneguy IV Le Veneur titré marquis de Tillières (1700-1777) fut maréchal de camp. Il épousa Michelle Julie Françoise Bouchard d'Esparbès de Lussan qui lui donna 4 enfants, dont :
Tanneguy V Le Veneur, comte de Tillières (1739-1811), sans descendance masculine, dont la fille Madeleine (1764-1825) épousa le duc Marie François d'Harcourt de Beuvron (1755-1839).
Alexis Le Veneur, vicomte de Tillières, créé comte de l'Empire en 1810, qui fut militaire et partisan des idées progressistes à la fin du . Il était l'époux d'Henriette de Verdelin (1757-1834), fille de la marquise de Verdelin (1728-1810) qui fut une correspondante et protectrice de Jean-Jacques Rousseau. Adhérant aux idées progressistes, il prit position pour l'abandon des privilèges avant la Révolution. Il participa à plusieurs campagnes militaires qui lui valurent le grade de lieutenant général puis de général de division. Il fut commandant en chef de l'armée du Nord sous Custine (1793). Il fut élu maire de Carrouges et administrateur du département de l'Orne, puis du Conseil général de l'Orne et enfin député de l'Orne au Corps Législatif. Il fut fait comte d'Empire avec majorat par Napoléon Bonaparte. Il s'éteignit en 1833 à l'âge de 86 ans.
Extinction Tanneguy VII Le Veneur de Tillières (1806-1856), petit-fils d'Alexis cité au-dessus, n'eut qu'un fils sur les 7 enfants que lui donna sa femme Marie-Pauline de Bertier de Sauvigny :
Tanneguy VIII Le Veneur de Tillières (1851-1925) qui épousa Marie de Préaulx. Ils eurent 4 enfants, dont seule la fille cadette eut une descendance : Tanneguy IX, mort sans enfants en 1957La Chronique de Carrouges, bulletin municipal n°12, février 2011 ; son frère cadet Étienne Le Veneur de Tillières, mort sans descendance non plus en 1963, fut le dernier du nom. Leur sœur Gilonne Le Veneur de Tillières (1889-1962) épouse de Joseph de Caraman-Chimay (1858-1937), prince de Chimay, est l'ancêtre des actuels princes de Chimay.
Principaux fiefs Le Homme
La famille Le Veneur conserva depuis le jusqu'à la Révolution, la terre, seigneurie et baronnie du Homme, plein fief de haubert, qu'elle fit incorporer au comté de Tillières en 1584Société de l'histoire de Normandie, Mélanges, tome 7, A. Lestringant, Rouen, 1907, ..
Le Homme est situé sur la commune d'Heudreville-sur-Eure, dans l'Eure, où il reste quelques vestiges du manoir du Homme du ..
Tillières vignette|Ancienne porte fortifiée de Tillières. Le fief de Tillières, situé sur l'Avre, rivière qui délimitait naguère le duché de Normandie et le royaume de France, est passé au début du de la famille Le Baveux de Garancières à la famille Le Veneur, par succession, Jean VIII le Veneur ayant épousé Jeanne Le Baveux de Garancières, dame de Tillières.
Le duc Richard II y avait fait construire dès le début un château, dit Tillières à cause des tuileries des alentours, afin de protéger sa frontière de l'Avre contre les attaques des comtes de Chartres.
Le château de Tillières fut démoli après la Révolution par la bande noire.
Carrouges
Le fief de Carrouges, dans l'Orne, est rentré au dans la famille Le Veneur à la suite du mariage de Philippe Le Veneur, baron de Tillières, avec Marie Blosset, sœur de Jean Blosset, Grand sénéchal de Normandie, seigneur de Carrouges.
Jusqu'au , la famille Le Veneur, dont la forge existait déjà au , s'insérait également dans la vie locale par une activité de maîtres de forges à Sainte-Marguerite-de-Carrouges et à Saint-Martin-l'Aiguillon..
Le château de Carrouges resta cinq siècles dans la famille Le Veneur, jusqu’au , date à laquelle Marie Gaston Tanneguy IX, comte Le Veneur de Tillières, n'ayant pas de descendance et subissant le déclin de l'économie rurale de l'entre-deux-guerres, se vit contraint de céder le château à l'État qui, dès 1927, l'avait classé au titre des monuments historiques, pour la modique somme de francs.
Autres fiefs Parmi les autres fiefs qui furent possédés par la famille Le Veneur, on trouve :
Domaine du Haut-Sevailles Le domaine du Haut-Sevailles est situé sur la commune de la Bouëxière en (Ille-et-Vilaine), il est en 1427 la propriété de la famille Taillis, puis en 1490 propriété de Le Veneur baron de Tillières en 1490 pour passer en 1506 aux seigneurs de La Prévalaye et du Bertry Etymologie et histoire de La Bouëxière.
Armoiries Image Armoiries 100px Armes de la famille Le Veneur de Tillières
D'argent à la bande d’azur chargée de trois sautoirs (ou flanchis ou croisettes) d’or.
Notes et références
Bibliographie Encyclopédie méthodique, Histoire Tome VI, Agasse, Paris, 1804, 364 La Grande Encyclopédie, inventaire raisonné des sciences, des lettres et des arts, tome 9, par une société de savants et de gens de lettres, sous la dir. de MM. Berthelot, ... Hartwig Derenbourg, ... F.-Camille Dreyfus, ... A. Giry, ... [et al.], H. Lamirault, Paris, 1885-1902, 562.