L’ est le nom d'une opération militaire de l’Armée de terre colombienne qui, le , libère quinze otages détenus par les Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC), près du río Apaporís dans le Guaviare.. Parmi eux figure la Franco-Colombienne Íngrid Betancourt, dont l'enlèvement en – alors qu'elle était candidate à l'élection présidentielle de Colombie – et la détention avaient été fortement médiatisés.
Outre Íngrid Betancourt, les otages libérés comprenaient trois Américains sous contrat avec le constructeur aéronautique américain Northrop Grumman – Thomas Howes, Keith Stansell et Marc Gonsalves – et onze policiers et militaires colombiens. Le nom de l'opération, , signifie en espagnol « échec », comme dans l'expression « échec au roi » – le jeu d'échecs, pour sa part, étant appelé .
Opération
L’opération aurait débuté en lorsque des agents des services de renseignement colombiensL'espion, clé de la libération d'Ingrid La Libre Belgique 3 juillet 2008 ont infiltré les FARC. Selon le colonel Luis Gomez, à la même époque, l'Armée de terre colombienne aurait localisé les otagesLaurent Suply, « Le coup de bluff de l'armée colombienne », dans Le Figaro (3 juillet 2008) . L'agent colombien aurait infiltré le « premier cercle » de la chaîne de commandement des forces rebelles (le « secrétariat » des FARC), abusant le commandant chargé des otages Gerardo Aguilar Ramírez alias César, selon le ministre de la Défense colombien Juan Manuel Santos. Selon Íngrid Betancourt, les otages ont été emmenés tôt le matin du vers une zone d'atterrissage où il leur a été dit qu'ils allaient être déplacés vers un autre lieu.
L’émissaire français Noël Saez explique que l'opération a été préparée avec l’aide des médias colombiens, qui, les jours précédents, évoquaient la présence d’une « mission humanitaire » visant au transfert des otages vers un nouveau campement, « ceci afin que les rebelles, qui lisent la presse comme tout le monde, ne s’étonnent pas de voir atterrir les fameux hélicoptères blancs ».
Juan Manuel Santos a déclaré que les agents de pénétration colombiens « infiltrés » auraient réussi à faire croire aux rebelles des FARC qu’ils confiaient les otages à une organisation chargée de leur faire rencontrer leur nouveau chef Alfonso Cano. Le déplacement des otages était réalisé sous la couverture d'une fausse opération humanitaire, et un site web avait été créé pour soutenir l'existence d'une fausse agence humanitaire.
Après avoir accepté la demande préliminaire du commandant Cesar des FARC de monter armé dans l'appareil, l'armée colombienne a refusé sa demande de faire monter à bords des hélicoptères 6 guérilleros au lieu des deux prévus. Alléguant qu'il n'y aurait pas assez de place dans l'hélicoptère pour expliquer ce refus, l'armée colombienne a choisi de ne faire atterrir qu'un seul des deux hélicoptères Mi-17 de l'Aviation de l'Armée nationale colombienne prévus pour l'opération et peints en blancs. Cet hélicoptère transportait des militaires colombiens déguisés pour l'opération : deux hommes portent des tee-shirt à l'effigie de Che Guevara et déguisés en guérilleros une fausse infirmière et un faux médecin un faux Australien un faux journaliste et son cadreur le chef de mission le pilote et copilote
L'usage des logos d'une chaîne de télévision et de la Croix-Rouge à fin de déguisement a suscité une polémique. La Colombie a plus tard présenté des excuses à la croix rouge.
L'opération est filmée par la fausse équipe de journalistes, et des hommes des FARC au sol. Après que les FARC ont été mis en confiance, les otages sont menottés avant d'être embarqués à bord Le récit de l’homme qui a libéré Ingrid Betancourt, lemonde.fr, juillet 2011]. Gerardo Aguilar, alias César, chef du front des rebelles, et son lieutenant Alexander Farfan, alias Enrique Gafas, montent à bord de l'hélicoptère qui décolle. Le chef de mission les convainc de lui laisser leurs armes pendant le vol, et ils sont ensuite rapidement maîtrisés. Les otages auraient été informés de leur libération par les militaires qui auraient annoncé : « Nous sommes de l'armée colombienne, vous êtes libres ». Ingrid Betancourt a déclaré qu'elle ne réalisait pas ce qui se passait avant de voir un rebelle nu, un bandeau sur les yeux, allongé dans l'hélicoptère. Ils devaient être extradés et jugés prochainement, selon Juan Manuel Santos.
Aspects internationaux
L'armée américaine a loué l'indépendance de l'action colombienne : « c'était une opération colombienne dans sa planification et son exécution« This was a Colombian-planned and -executed operation »». Elle a néanmoins indiqué en avoir été informée à l'avance et avoir fourni un avion de transport et une équipe médicale pour les otages libérés . Selon l'hebdomadaire d'investigation allemand, Der Spiegel, les autorités colombiennes auraient utilisé des satellites espions américains depuis début 2008 afin de suivre la localisation des otages .
Une partie de l'assistance des États-Unis à la Colombie pour combattre les FARC comprend la formation et l'entraînement des forces spéciales colombiennes ainsi que de leurs services de renseignement, notamment dans l'interception des communications. Des Special Forces accompagnent certaines unités de reconnaissance colombiennes dans la zone fréquentée par les groupes des FARC détenant des otages. De plus, une cellule d'une centaine de planificateurs d'opérations spéciales, de négociateurs et d'analystes de renseignement, située à l'ambassade US de Bogota, a pour tâche de localiser et suivre les otages, et d'intervenir le cas échéant auprès des forces colombiennes.
Des consultants de la société militaire privée israélienne Global CST, dirigée par les généraux de brigade à la retraite Israël Ziv et Yossi Kuperwasser, laquelle était liée à la Colombie par un contrat de 10 millions de dollars pour lui fournir des conseils en sécurité et de l'équipement, auraient participé à la préparation de l'opération. Cependant, aucune déclaration n'a été effectuée précisant l'étendue de cette participation, que les autorités colombiennes démentent.
La France n'a été prévenue de l'opération que deux heures avant que la libération des otages ne soit annoncée publiquement. D'après un ancien négociateur français pour la libération d'Ingrid Betancourt, Noël Saez, cité dans un documentaire colombien, la France aurait proposé aux FARC de demander leur radiation des listes de groupes considérés comme terroristes par l'Union européenne. Paris aurait également proposé de créer une représentation des FARC à ParisParis a proposé aux FARC son aide contre la libération de Betancourt, lemonde.fr, 30 juin 2011.
Allégations concernant une libération négociée
Allégations concernant le versement d'une rançon Le , la Radio suisse romande annonce que, selon une « source fiable », il y aurait eu un versement de 20 millions de dollars et l'opération n'aurait été qu'une « mascarade ». Les allégations de la Radio suisse romande ont été diffusées par plusieurs journaux comme Le Figaro ou Libération.
Bogota a nié l'information, par la voix du général Freddy Padilla de León, chef d'État-major des Forces armées colombiennes. Celui-ci a soutenu que, si un paiement avait eu lieu, il aurait été plus judicieux de le faire connaître publiquement, afin de l'utiliser comme une incitation et pour provoquer la confusion au sein des rangs des FARC.
Paris, par la voix du porte-parole de son ministère des Affaires étrangères, affirme ne pas avoir été associé à des modalités de financement et n'avoir versé aucune rançon pour cette libération« Les Farc auraient touché des millions pour libérer Betancourt », La Libre Belgique, 4 juillet 2008.
L'ambassadeur des États-Unis en Colombie, William Brownfield, a également démenti cette allégation.
Dans l'émission télévisée française C dans l'air du , les invitésFrançois-Bernard Huyghe, Directeur de l’Observatoire européen d’infostratégie, Dominique Reynié, Politologue, professeur à Sciences-Po Paris et chercheur associé au Centre de recherches politiques de Sciences-Po, Jacques Thomet, Journaliste au sein de l’Agence France-Presse, Vincent Meylan, Chef du service Royautés et histoire de l’hebdomadaire Le Point ont émis l'hypothèse que la somme annoncée a pu être utilisée pour acheter des guérilleros pour servir d'agents doubles.
Un agent des services secrets colombiens, se faisant passer pour un journaliste, aurait filmé l'opération d'exfiltration. Une partie de la vidéo a été rendue publique le par les autorités colombiennes afin de mettre fin aux polémiques concernant le versement d'une rançon. .
Hypothèse d'une négociation préalable entre Bogotá et alias César
Dès les jours suivant l'opération, des rumeurs affirment que la libération d'Ingrid Betancourt et des autres otages fait partie d'une opération planifiée depuis la mort de Raul Reyes en territoire équatorien, et que c'est pour redorer le blason de l'armée colombienne que l' a été imaginée, alors qu'en réalité, les otages auraient été échangés contre l'immunité et l'exil en France de certains des guerilleros.. Cette version reprend de la vigueur après la révélation de télégrammes de la diplomatie américaine par WikiLeaks : en effet, un télégramme émis quelques jours avant l'opération fait état de négociations avancées entre les autorités militaires, l'église et alias César, celui-ci souhaitant libérer Ingrid Bétancourt en contrepartie de la possibilité pour lui de se réfugier en France en compagnie de son épouse Nancy Conde, (capturée par l'armée le ), et de sa filleJaque mate a un engaño sostenido, semana.com, 28 février 2011Actualidad » Noticias Carcelero habría pactado entrega de Betancourt: abogado, terra.com.co, 20 février 2011. Après l'opération, César a été extradé vers les États-Unis le , suivi par son épouse le . En , selon le site d'informations colombien Noticias Uno, les deux détenus n'apparaissent pas dans les fichiers de la Drug Enforcement Administration ni dans le système PACER de localisation des prisonniers aux États-UnisAlias César y su esposa no aparecen en registros de detenidos en EE.UU, Noticias Uno Colombie, février 2011. Après cela, il a été signalé que « Cesar » apparaît effectivement présent dans le dossier du prisonnier en utilisant le nom de famille de sa mèreEl Buró de prisiones registró mal el apellido de alias “César”, Noticias Uno Colombie, février 2011.
Liste des otages libérés vignette|Hommage aux policiers colombiens libérés. Íngrid Betancourt Marc Gonsalves (voir ci-dessous), sous-traitant militaire américain Keith Stansell (voir ci-dessous), sous-traitant militaire américain Thomas Howes (voir ci-dessous), sous-traitant militaire américain Juan Carlos Bermeo, Lieutenant de l'Armée terre colombienne (ATC) Raimundo Malagón, lieutenant de l'ATC José Ricardo Marulanda, sergent de l'ATC Erasmo Romero, sergent de l'ATC William Pérez, caporal de l'ATC José Miguel Arteaga, caporal de l'ATC Armando Florez, caporal de l'ATC Vaney Rodríguez, lieutenant de la police nationale colombienne (PNC) Jhon Jairo Durán, caporal de la PNC Julio Buitrago, caporal de la PNC Armando Castellanos, sous-intendant de la PNC Sous-traitants militaires américains Marc Gonsalves, Keith Stansell et Thomas Howes ont été capturés par les Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC) et ont été tenus en otage du au . Embarqués à bord d'un Cessna pour une mission anti-drogue, ils ont été faits prisonniers à la suite du crash de leur avion dans une zone contrôlée par les FARC. Leur pilote, Tom Janis, a lui été assassiné. Ils ont été libérés au cours de l' avec Ingrid Betancourt. Gonsalves travaille en tant qu'analyste en imagerie dans l'Armée de l'air des États-Unis pendant huit ans, avant de devenir sous-traitant, employé par California Microwave Systems, une filiale de Northrop Grumman.
Suites vignette|Les trois otages américains dans un hôpital militaire du Texas le 4 juillet 2008.