thumb|Émile Thubron, champion olympique de motonautisme en 1908. thumb|Le Hacker-Craft El Lagarto de 1933, peut-être le racer en bois le plus grand dans l'histoire du motonautisme. thumb|Jean Dupuy, Champion d'Europe en 1934 à Bilbao. Le motonautisme est une famille de sports de compétition consistant en des courses de bateaux propulsés par des moteurs.

Les principales disciplines du motonautisme sont la vitesse inshore, l'endurance et la vitesse offshore. Plus confidentielles, on citera également les courses de rallye et les courses de type dragster, sur des distances ultracourtes. Ces différentes disciplines sont couvertes par plusieurs fédérations internationales telles l'Union internationale motonautique (UIM), reconnue par le CIO, ou l'International Jet Sports Boating Association et l'American Power Boat Association. En Amérique du Nord, une partie importante des courses au Canada et aux États-Unis est sous la gouverne de la Ligue des régates d'hydroplane (HRL) et des Régates de Valleyfield dont le siège est situé à Salaberry-de-Valleyfield au Québec.

Histoire La première course de bateaux à moteur se tient en France sur le bassin d’Asnières-Courbevoie en 1898. Une course entre Calais et Douvres en Angleterre est ensuite organisée en 1903.

Plusieurs meetings internationaux ont lieu au début du à Monaco, sur un parcours relativement abrité, mais avec la fiabilité croissante des mécaniques, un défi autrement ambitieux est lancé en : rien moins que la traversée de la Méditerranée entre Alger et Toulon soit cinq cents nautiques (environ ). Cette épreuve est médiatisée et parrainée par le quotidien populaire à sensation le Matin.

Il y a sept concurrents au départ, escortés par autant de torpilleurs de la Marine nationale française, plus le croiseur Kléber, le temps clément sur la première étape Alger-Baléares se détériore très vite lors de la seconde, avec des vagues courtes et dures levées par la tramontane (une caractéristique de la Méditerranée).

Le dernier concurrent à abandonner est une concurrente : Camille du Gast, une riche héritière parisienne, pionnière des sports mécaniques, repêchée de justesse par les matelots du Kléber. Son canot automobile de , pris en remorque finira par couler. Le jury de l'épreuve lui attribuera la victoire après deux mois de réflexion. On peut y voir l'acte de naissance de la course motonautique au large ou « » Camille du Gast, the Valkyrie of Motorsports, blog.imagesmusicales.be.

Le motonautisme fut sport de démonstration lors des Jeux olympiques de 1900 puis fut inscrit au programme olympique pour l'édition 1908. Trois titres furent décernés à Londres, deux couronnèrent des Britanniques et le dernier un Français, dans la catégorie open.

En 1917, le premier moteur hors-bord est mis au point. Il favorise le développement du motonautisme.

Sous l'impulsion de l'Irlandais John Ward, l'Union internationale motonautique (UIM) est créée, à Bruxelles, en 1922. Elle tient à jour l'homologation des records de vitesse depuis 1928 et met en place des championnats du monde en 1938.

Toutefois, après la Première Guerre mondiale, l'évolution du sport motonautique diffère nettement suivant les différents pays et en particulier entre l'Europe et les États-Unis.

Un trait d'union commun aux deux rives de l'Atlantique sera cependant la très dangereuse quête du record absolu de vitesse sur l'eau qui causera la mort de beaucoup d'aspirants recordmen.

Les catégories de compétition reflètent alors les différences entre les industries locales, tant au niveau des coques que des moteurs ainsi que le statut de ce sport (amateur ou professionnel, exposition médiatique, engouement populaire) le tout lié au niveau de vie et au développement industriel du pays concerné. Les progrès faits par les coques et les moteurs (notamment les moteurs d'avion) durant la guerre 14-18 vont se retrouver dans le domaine sportif.

Record mondial de vitesse sur l'eau

Après la guerre de 14-18, les moteurs d'avion en surplus se retrouvent nombreux sur le marché, notamment les V8 Hispano-Suiza (surnommés Hisso aux États-Unis où ils sont fabriqués sous licence par la firme Curtiss-Wright) qui propulsaient les avions SPAD de Guynemer et de Rickenbacker et surtout les moteurs V12 Liberty, produits en masse aux États-Unis par la firme Allison dans le cadre d'un programme d'État, et finalement peu utilisés pour cause d'armistice. Délivrant plus de sans préparation ni gonflage ces moteurs vont être abondamment utilisés pour propulser des « racers » motonautiques lancés à la conquête du record mondial de vitesse sur l'eau.

Aux États-Unis, la course à la puissance est exacerbée par un facteur a priori totalement incongru: La prohibition antialcoolique (Loi Volstead). Les constructeurs de bateaux comme Chris-Craft, Gar Wood ou Hacker-Craft développent des rum-runners, canots automobiles surmotorisés évoluant sur les Grands Lacs, entre le Canada et Chicago, où les contrebandiers et la pègre font la loi. Dans ce contexte largement médiatisé par les journalistes, l'intérêt du public est attiré vers le motonautisme et les courses de bateaux ultra-rapides sont en partie nées de la contrebande (comme dans les années 1940 et 1950 les courses automobiles de stock-car naîtront du transport illégal d'alcool fabriqué à la ferme, ou Moonshine).

En Italie, l'engouement existe aussi mais pour d'autres raisons : les plus grandes victoires de la marine italienne ont été obtenues non par des gros navires, mais par de petites embarcations lance-torpilles ultra rapides et propulsées par des moteurs Isotta-Fraschini techniquement très avancés, les MAS, au cours d'actions surprise contre la flotte austro-hongroise. Le principal promoteur de ces actions a été l'amiral Costanzo Ciano (dont le fils Galeazzo épousera la fille aînée de Mussolini). Ces actions d'éclat ont été abondamment utilisées par la propagande, savamment orchestrée par un maître en la matière, Gabriele d'Annunzio, qui avait embarqué sur une MAS lors du raid de Bakar (et récupérera l'embarcation pour s'en servir comme yacht sur le lac de Garde). Les sports mécaniques (course automobile, motocycliste, motonautique ou encore les records aériens) ont une aura de modernité que la propagande du régime mussolinien va exploiter à fond durant les vingt années du fascisme.

En Angleterre, qui a créé, dès 1904, un trophée sportif motonautique entre nations (comme la Coupe de l'America pour la voile), la , le nautisme est populaire et la conquête du record de vitesse (où les Américains dominent nettement entre les deux guerres mondiales grâce à un circuit de compétitions structuré qui est gage d'innovations et grâce aussi à un champion d'exception, ) est quasiment une cause nationale en vertu de la vocation maritime du Royaume-Uni, alors grande puissance maritime et coloniale.

L'industrie britannique utilise le vecteur de la course et des records motonautiques pour promouvoir ses produits : Les canots de course sont propulsés par des moteurs d'avion Rolls-Royce (comme le fameux V12 Rolls-Royce R éprouvé également dans le cadre de la coupe Schneider ou sur de monstrueuses automobiles de record terrestre, qui préfigure le moteur Merlin, utilisé sur les avions de chasse de la bataille d'Angleterre) ou les très exotiques moteurs Napier Lion, Sabre et Vulture, surpuissants mais très délicats à mettre au point.

Les coques sont souvent réalisées dans des chantiers qui ont la double vocation d'avionneurs (les années 1920 à 1940 sont l'âge d'or de l'hydraviation) et de constructeurs de vedettes rapides pour les domaines militaires et civils : Saunders Roe à Cowes, Vosper-Thornycroft, etc. Les pilotes sont des amateurs fortunés, comme Malcolm Campbell, Henry Seagrave ou encore John Cobb, prêts à risquer leur vie pour la gloire médiatique, mais aussi par patriotisme.

Les défis anglais dans le cadre du trophée Harmsworth, ou les assauts montés contre le record absolu de vitesse sont le fait d'équipes structurées autour de coureurs, financés par un club de mécènes et bénéficiant du soutien technique de l'industrie mécanique, navale et aéronautique, qui y trouve un banc d'essai intéressant pour des applications civiles et militaires.

On peut citer Henry Seagrave et ses : le I, monomoteur (Napier Lion en W) trop peu puissant, avec en 1929, pour le record absolu.

Le II, propulsé par deux moteurs Rolls Ryce R, attelés sur une hélice unique aura une carrière aussi glorieuse que dramatique, chavirant sur le lac Windermere alors même que le record venait d'être battu (), tuant Henry Seagrave et blessant grièvement son mécanicien. Repêché, amélioré, et remis en service avec Kaye Don aux commandes, il sera en 1930 / 1931 le protagoniste d'un mano a mano épique avec Gar Wood, lui reprenant deux fois le titre avec un record à sur le lac de Garde. À cette occasion, le volant tordu lors de l'accident mortel de Seagrave sera remis à D'Annunzio qui le consacrera « relique de la religion du courage » et l'exposera dans sa villa-musée du Vittoriale.

Le commanditaire, lord Wakefield, financera un troisième Miss England (deux moteurs Rolls Royce R cette fois équipés de turbo-compresseurs sophistiqués et attelés sur deux arbres d'hélice distincts) avec une carène à redan, façon hydravion, qui, toujours avec Kaye Don aux commandes, reprendra le record à en sur le Loch Lomond, pour le reperdre peu après, lorsque Gar Wood dégainera son « arme absolue », Le superlatif Miss America X,à quatre moteurs, capable de plus de ..

D'autres pilotes britanniques notoires contesteront la suprématie du champion américain:

Hubert Scott Paine et son révolutionnaire en aluminium sera à un cheveu de le battre lors de courses sur circuit en 1932, mais son canot monomoteur (un R.R. R poussé à ) capable de était trop « juste » pour le record absolu. Il est aujourd'hui exposé au musée maritime de Greenwich.

Autre protagoniste britannique célèbre, Sir Malcolm Campbell, avec ses Bluebird K3, puis K4, des canots de course peints en bleu et décorés de l'oiseau magique de Maeterlinck reprit le record pour le Royaume-Uni en l'améliorant à quatre reprises après la retraite sportive de GarWood (record porté à sur le lac de Coniston, battu en 1950 par le SloMoShun de l'américain Stanley Sayres).

Après la Seconde Guerre mondiale, son fils Donald devait continuer la tradition familiale, en le payant de sa vie, aux commandes du Bluebird K7 propulsé par un réacteur d'avion de chasse.

Les Italiens ont une très réelle culture du motonautisme de compétition, mais l'état de leur industrie est un vrai handicap.

L'ingénieur vénitien Attilio Bisio, dont le chantier SVAN a construit de rutilants bateaux-taxi pour la ville de Venise, puis des vedettes lance-torpilles MAS durant la Grande guerre en exploitant le potentiel des moteurs Isotta Fraschini, se lance dans une tentative parrainée par Gabriele d'Annunzio.

Le racer baptisé symboliquement Spalato (le nom italien de la ville croate de Split, revendiquée à cor et à cri par les nationalistes italiens) est d'un bon niveau (crédité d'un chrono de en 1924) mais insuffisant pour battre le record.

Par la suite, la rivalité anglo-américaine et l'incapacité de l'industrie italienne de produire des moteurs équivalents à ceux de la concurrence (une lacune que l'aviation militaire italienne paiera durement une fois la Seconde Guerre Mondiale déclarée) écarteront les Italiens du tableau des records.

Cependant l'enthousiasme est bien là : à l'instigation de d'Annunzio, des épreuves « » sont organisées sur le lac de Garde (la coppa dell' Oltranza, littéralement « coupe de l'outrance »)..