vignette|Développement des frontières croates Lhistoire de la Croatie est marquée par une alternance entre périodes d'indépendance et périodes d'intégration dans un État multinational (empire romain, byzantin, ottoman, Austro-Hongrois, Yougoslavie...).
En 2014, la Croatie, sur un territoire de , est riche d'une population d'environ de Croates, parlant très majoritairement la langue croate.
Préhistoire thumb|gauche|La colombe de Vučedol, emblème de la culture de Vučedol
La région qui est celle de la Croatie moderne est habitée depuis l'Âge de pierre. Au cours du Paléolithique moyen, l'Homme de Néandertal vit à Krapina et à Vindija.
Elle joue un rôle important comme le reste du Sud de l'Europe dans la recolonisation du continent après le dernier maximum glaciaire à partir des refuges glaciaires. Il en est de même pour ce qui est de la néolithisation du continent à partir de l'Ouest de l'Anatolie. Sa situation centrale à l'interface de l'Europe centrale, de la péninsule balkanique et de la Méditerranée l'a longtemps promu comme un conduit vers l'Anatolie, la mer Égée et la région des steppes jusqu'à la mer Noire, les basses terres du nord la reliant aux passes du bassin des Carpates vers l'Europe au-delà. Ainsi, cette région a été un couloir important pour les premiers agriculteurs migrants de l'ouest de l'Anatolie, qui se sont dispersés dans le reste de l'Europe via des routes intérieures et littorales le long du Danube et de la côte adriatique orientale respectivement Shedding light on past human histories, mpg.de, 18 août 2021 Suzanne Freilich, Harald Ringbauer, Dženi Los et al., Reconstructing genetic histories and social organisation in Neolithic and Bronze Age Croatia, Scientific Reports, 11, 16729, 2021, doi.org/10.1038/s41598-021-94932-9.
L'émergence du néolithique ici peut être attribuée à l'arrivée de la culture de Starčevo, qui s'est propagée de la Serbie actuelle vers l'ouest et le nord dans le bassin des Carpates, tandis que sur les sites côtiers, le début du néolithique est marqué par la présence de la culture de la céramique imprimée environ 6000 avant notre ère. En 5200 avant notre ère, la culture de Starčevo est remplacée par la culture de Sopot, qui pratique des rites funéraires intra-muros, où principalement des enfants et des femmes étaient enterrés sous le sol des maisons et le long des murs ou à d'autres endroits de la colonie.
Dès la fin du néolithique dans le sud-est de l'Europe et le sud de la Transdanubie, une nouvelle pratique mortuaire émerge avec l'apparition de cimetières situés à l'écart des espaces de vie. Ces pratiques sont accompagnées de distinctions sociales croissantes entre les sépultures, signalant un changement important dans la relation des gens avec les morts. L'âge du cuivre croate (4500/4300 - 2400 avant notre ère), voit notamment l'établissement des cultures de Lasinja, de Baden, de Kostolac et de Vučedol qui témoignent de la croissance des réseaux commerciaux et d'une hiérarchie sociale plus prononcée comme le montre l'apparition de sépultures de haut statut.
Dès , des populations issues de la culture Yamna s'installent dans les territoires agricoles d'Europe de l'Est. On observe ainsi une période de contacts continus et de mélanges progressifs entre les éléments venant de la steppe et les populations locales Alexander Immel et al., Gene-flow from steppe individuals into Cucuteni-Trypillia associated populations indicates long-standing contacts and gradual admixture, biorxiv.org, 21 novembre 2019. Les données publiées de génomes d'individus anciens de la Croatie actuelle montrent ainsi que certains individus de l'âge du cuivre et de l'âge du bronze côtiers présentent une ascendance supplémentaire associée aux populations de pasteurs des steppes qui se sont dispersées en Europe au cours du troisième millénaire avant notre ère.
Antiquité : les terres croates avant les Croates (jusqu’au )
À partir du , des colonies grecques s'installent sur le littoral, les Syracusains à Issa puis Tragurium et Epetium (), les Pariens à Lesina (Hvar). En 384 av. J.-C., les Siciliens remportent sur les Liburniens la bataille navale de Lissa. Au , sous la reine Teuta, l'Illyrie tente d'établir sa domination sur le sud de l'Adriatique mais est battue par la République romaine. Des noms de lieux comme Cibala (Vinkovci) attestent de la présence des Celtes dans les régions de l'intérieur.
La région de la plaine de Pannonie, longtemps occupée par des populations celtes (dont les Amantes), devient province romaine de Pannonie en 20. Sous Trajan, en 105, la Pannonie est scindée en Pannonie supérieure (Carnuntum) et Pannonie inférieure (Aquincum et Sirmium). En 296, le Pannonie supérieure est scindée en (Sisak) et (Savaria-Szombathely). Pendant quelques siècles, l'empire romain domine les provinces de Pannonie et de Dalmatie où naissent des personnalités comme l'empereur Dioclétien et le théologien Jérôme de Stridon. Palais de Dioclétien, Liste des noms latins des villes des Balkans Avec la chute de l'empire, le pays est traversé par les grandes migrations des Ostrogoths, Huns, Gépides, puis repris par l'Empire romain d'Orient. Un khaganat avar s'établit sur une partie du bassin danubien de 560 à 805 avant d'être renversé par Charlemagne.
L'Istrie et la Dalmatie ont, pour encore une longue période, chacune une histoire particulière.
Le duché de Croatie ( - 925)
Les premières populations croates, originaires de Croatie blanche, s'installent en Croatie rouge au , organisant le pays en deux parties : le duché de Pannonie au nord, et celui de Dalmatie au sud. La christianisation des Croates s'achève au .
Le duc croate Trpimir (845–864), fondateur de la dynastie des Trpimirović, combat et vainc les Bulgares, et également les stratèges byzantins à Zadar. Il étend son territoire à l'est jusqu'à la Drina.
Le premier souverain croate à être reconnu par un pape est le duc Branimir, que le pape Jean VIII appelle dux Chroatorum (duc des Croates) en 879.
Le royaume de Croatie (925-1102)
Le premier roi de Croatie est Tomislav (910–928) de la dynastie des Trpimirović, couronné en 925. Tomislav, rex Chroatorum, unit les duchés de Pannonie et de Dalmatie pour créer un État de taille plus importante, et parvient à repousser les attaques du Tsar bulgare Siméon Ier le Grand. Le royaume croate médiéval atteint son apogée au cours du règne du Roi Petar Krešimir IV (1058–1074).
À la suite de la disparition de la principale dynastie à la fin du à la bataille de la montagne de Gvozd, les Croates reconnaissent finalement en 1102 le souverain hongrois Coloman de Hongrie, (dit Coloman le Bibliophile) comme le roi commun de la Croatie et de la Hongrie, par un traité connu sous le nom de Pacta Conventa.
Liste des tribus slaves médiévales, Sklavinies Croates blancs Croatie blanche (Chrobatie), Croatie rouge De administrando Imperio (vers 950) : Paganie, Zachlumie (Chelmia), Travonie, Dioclée Chronique du prêtre de Dioclée (vers 1298-1300) République de Venise (697-1797)
L'union avec la Hongrie (1102-1526)
Les conséquences du passage à un roi hongrois sont d'abord l'introduction du féodalisme et l'émergence de familles nobles locales comme les Frankopan et les Šubić. Les rois suivants cherchent à rétablir une partie de leur influence perdue en donnant aux villes certains privilèges. Le gouverneur principal des provinces croates est le Ban.
Les princes de Bribir (actuelle Rijeka) de la famille Šubić deviennent particulièrement influents, prenant sous contrôle de vastes territoires de Dalmatie, de Slavonie et de Bosnie. Plus tard, les Angevins interviennent et restaurent le pouvoir royal. Ils vendent également toute la Dalmatie à la république de Venise en 1409.
Tandis que commence les incursions ottomanes en Europe, la Croatie redevient région frontalière. Les Croates participent à un nombre considérable de batailles et perdent progressivement des territoires au profit de l'Empire ottoman (bataille du champ de Krbava, bataille de Corbavie (1493)).
La Dalmatie, l'Istrie et la république de Raguse (1358-1808)
Le royaume de Croatie n'avait qu'un étroit débouché sur l'Adriatique. La Dalmatie et l'Istrie étaient des possessions de la république de Venise (697-1797), au moins depuis 1409, tandis que la ville de Raguse (Dubrovnik) constituait une république indépendante. Les pirates uscoques menacent le commerce de Venise jusqu'en 1617, année où un accord avec l'empereur les transfère dans la Krajina pour combattre les Turcs : leurs descendants, Croates ou Serbes, seront intégrés dans les confins militaires. L'action des moines franciscains du littoral contribue à la persistance de communautés catholiques, considérées comme croates, dans les provinces intérieures de Bosnie et d'Herzégovine.
L'empire des Habsbourg (1527-1918)
La bataille de Mohács en 1526 est un événement crucial, au cours duquel le règne de la dynastie Jagellon est anéanti par la mort du roi Louis II. L'Empire ottoman s'étend davantage au pour inclure la plus grande partie de la Slavonie, la Bosnie occidentale et Lika.
Plus tard au cours de ce siècle, de larges régions de la Croatie et de la Slavonie voisines de l'Empire ottoman sont découpées en confins militaires (Vojna Krajina en croate et serbe, Militärgrenze en allemand, Krajina croate), dépendant directement du Conseil aulique de guerre de Vienne. Cette zone tampon est relativement désertée et colonisée par la suite, entre autres, par des Serbes, des Valaques, des Croates et des Allemands. En compensation du service militaire obligatoire dû à l'empire des Habsbourg pendant le conflit avec l'Empire ottoman, la population des confins militaires n'est pas soumise au servage et bénéficie d'une certaine autonomie politique, à la différence de la population vivant dans les régions sous contrôle hongrois.
Après la chute du fort de Bihać en 1592, presque toute la Croatie est conquise par les Ottomans. Le reste, couvrant une surface d'à peine , est mentionné comme les vestiges des vestiges du grand Royaume Croate. L'armée ottomane connaît sa première défaite sur le territoire croate lors de la bataille de Sisak en 1593. Les territoires perdus sont en grande partie restitués, à l'exception de la majeure partie de l'actuelle Bosnie-Herzégovine.
Les Croates prennent part à la guerre de Trente Ans. Le monde protestant se souvient d'eux pour leur brutalité. Un temple protestant à Aix-la-Chapelle rappelle encore aujourd'hui la réputation des Croates, comme les prières des Allemands de l'époque l'évoquaient : « Dieu, sauve-nous de la faim, des Croates, et de la peste » !
Les Croates ou « Cravates » étaient connus comme soldats de cavalerie légère, braves, mais indisciplinés et parfois féroces. La France aura aussi un régiment « Royal-Cravates ». Ils portaient en signe distinctif un tissu noué autour du cou : la « cravate » intégrera la mode européenne au .
Dans les années 1700, l'Empire ottoman est repoussé de Hongrie et de Croatie, et l'Autriche établit son pouvoir central. L'impératrice Marie-Thérèse est soutenue par les Croates au cours de la guerre de Succession d'Autriche (1740–1748), et intervient par la suite en faveur des Croates sur différents sujets.
Quand la république de Venise tombe en 1797, la France et l'Autriche, puis la Russie, se disputent ses possessions dans l'est de l'Adriatique. À l'issue des deux campagnes de Dalmatie (1806-1807 et 1809), Napoléon regroupe ces territoires dans les provinces illyriennes. En 1814, les Habsbourg en reprennent possession et la Dalmatie et l'Istrie sont rattachées à l'Empire, en Cisleithanie, alors que la Croatie et la Slavonie dépendent de la Hongrie, les confins militaires conservant un statut spécial.