Qu'est-ce que la propriété ? ou Recherches sur le principe du Droit et du Gouvernement, publié le , est le premier ouvrage majeur de l'anarchiste français Pierre-Joseph Proudhon. Il traite du concept de propriété et de sa relation avec l’État, les ouvriers et l’anarchisme. Ce livre contient la citation célèbre :
Proudhon déclare : Pierre-Joseph Proudhon, Qu'est-ce que la propriété ?. Il adopte le mot mutuellisme pour décrire sa vision d'une économie composée d'individus et de syndicats démocratiques qui échangeraient leurs produits sous la contrainte de l'égalité.
Bien que Karl Marx ait plus tard sévèrement critiqué Proudhon, il crédita néanmoins ce livre d'être le « manifeste du prolétariat français » et de l'avoir convaincu de la nécessité d'abolir la propriété privéeMichel Le Séac'h, La petite phrase : d'où vient-elle ? Comment se propage-t-elle ? Quelle est sa portée réelle ?, éditions Eyrolles, 2015, page 46..
Résumé Le livre est résumé chapitre par chapitre et partie par partie.
Chapitre premier Méthode suivie dans cet ouvrage - idée d'une révolution.
L’œuvre commence par cette réponse célèbre :
Proudhon démontre la relativité de l'idée de justice, toutes les justices, tous les régimes se proclamèrent tour à tour légitimes, justes et formidables - sinon parfaits - tous sont en vérité semblables.
Qu'est-ce que la révolution française a changé ? Les hommes ont simplement changé de maîtres. Certes elle constitue un progrès, parce que les décisionnaires sont plus nombreux (peuple), mais seulement un progrès, non une révolution. « Le peuple avait vu les rois motiver leurs ordonnances par la formule : car tel est notre plaisir, il voulut à son tour goûter le plaisir des lois. Depuis 50 ans il en a enfanté des myriades, toujours, bien entendu, par l'opération des représentants. Le divertissement n'est pas près de finir. »Qu'est-ce que la propriété, Proudhon, édition du livre de Poche (classiques de la philosophie), p153
Proudhon pose trois questions : « l'autorité de l'homme sur l'homme est-elle juste ?»Proudhon, p. 157 « Tout le monde répond : Non ; l'autorité de l'homme n'est que l'autorité de la loi, laquelle doit être justice et vérité. » Pourtant chacun, qu'importe l'époque ou le lieu, pense ou pensait la loi juste et l'État légitime, pourtant ceux-ci évoluent et sont voués à évoluer encore. « l'inégalité politique et civile est-elle juste ? »
Les Gens répondent que l'inégalité est inhérente à la propriété et que la propriété est la condition sine qua non de toute vie en société. « la propriété est-elle juste ? »Proudhon, p. 159 Personne ne se pose justement la question et c'est tout l'objet du livre.
Chapitre second De la propriété considérée comme droit naturel - de l'occupation et de la loi civile, comme causes efficientes du domaine de propriété.
Définitions Distinction est faite entre les deux composantes de la propriété :
la propriété de droit, en tant que domaine, (il donne l'exemple du mari sur sa femme...), le jus in re, le droit dans la chose, à savoir ce qui regroupe la propriété + la possession ; le pétitoire + le possessoire. la possession, soit la propriété de fait (ex : l'amant, le vélo), le jus ad rem, le droit à la chose, à savoir le possessoire, la possession seule.
Paragraphe premier - de la propriété comme droit naturel
La propriété est posée par la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789 comme un droit naturel et inaliénable de l'Homme, pourtant, aux côtés de la liberté, de l'égalité et de la sûreté, la propriété apparaît comme l'intrus. Beaucoup de gens en sont effectivement privés, (non-universelle) elle peut s'échanger, s'acquérir, disparaître (non naturelle).
La propriété comme droit absolu est par ailleurs impossible en société, elle est violée tôt ou tard par la force des choses.
Paragraphe second - de l'occupation, comme fondement de la propriété Cicéron utilise la métaphore du théâtre dans lequel chacun possède une place. On occupe ainsi une part de la nature. Dans cette optique, l'égalité devrait être de mise, nul n'a droit qu'à ce qui lui suffit.
« Donc, si l'inégalité des conditions est un mal nécessaire, c'est dans l'étrangeté, puisque société et inégalité impliquent contradiction ; donc si l'homme est fait pour la société, il est fait pour l'égalité : la rigueur de cette conséquence est invincible. »Proudhon, p. 184
Le terme propriété implique : la faculté le droit dominal
« La possession des choses fut assimilée à la propriété des avantages du corps et de l'esprit »Proudhon, p. 186
Destutt de Tracy fait la distinction entre propriétés innées et acquises. Victor Cousin estime que pour devenir propriétaire il faut prendre possession par le travail et la production. Proudhon ajoute qu'il faut venir à temps (se rendre maître "de facto"), les premiers occupants ont tout occupé (la question de la possession des moyens de production dans l'histoire à sûrement influencé la théorie marxiste de l'accumulation primitive du capital).
Paragraphe troisième - de la loi civile, comme fondement et sanction de la propriété La possession existait avant la propriété. Afin d'éviter de continuels partages et dans le but de sanctifier l'égalité, on créa la propriété, les légistes ne se doutaient alors pas que cette propriété et les notions d'héritage et de transmission qui lui étaient liées, provoqueraient les pires inégalités et seraient à l'origine d'un système reposant sur l'inégalité. Ainsi que le dit l'auteur : « Le fait ne produit pas le droit »Proudhon, p. 208 Quant à la religion, elle ne fit que servir le pouvoir en place : « dans tous les temps le prêtre s'est mis au service du prince » ; « les dieux ont toujours parlé comme les politiques l'ont voulu. »
La propriété entre en contradiction avec l'égalité :
« Le droit d'occupation est égal pour tous. La mesure de l'occupation n'étant pas dans la volonté, mais dans les conditions variables de l'espace et du nombre, la propriété ne peut se former. »Proudhon, p. 210 Du fait de son caractère définitif, elle apparaît immuable dans un monde en mouvement. Si l'on souhaite rester dans le cadre de l'égalité, il apparaît que : « la possession, en droit, ne pouvant jamais demeurer fixe, il est impossible, en fait, qu'elle devienne propriété. »
Chapitre troisième Du travail comme cause efficiente du domaine de propriété.
L'occupation comme justification de la propriété est donc abandonnée.
Thèse critiquée par Proudhon : « la propriété est fille du travail ! »
Paragraphe premier - la terre ne peut être appropriée La nature offrit la Terre aux hommes, de quel droit et pour quelle raison ceux-ci se la partagèrent-ils ? Deux arguments justifiant la propriété privée de la Terre : Say explique : La terre, contrairement à l'eau et à l'air, n'est pas de nature fugitive, la propriété en est bien plus aisée. Or il ne s'agit pas là d'un véritable argument qu'avance Say mais simplement d'un constat. La Terre ensuite, explique Comte, contrairement à l'air et à la mer, est limitée. En conséquence elle doit être partagée et soumise à la propriété privée. Or, nous dit Proudhon, c'est précisément parce qu'elle est ressource limitée qu'elle ne doit pas connaître la propriété privée. Chaque homme a, en théorie, un droit égal aux ressources, la propriété étant privée et donc forcément exclusive, elle entraîne des inégalités.
« L'égalité des droits est prouvée par l'égalité des besoins ; or, l'égalité des droits, si la chose est limitée, ne peut être réalisée que par l'égalité de possession »Proudhon, p. 221
Paragraphe second - le consentement universel ne justifie pas la propriété Une hypothétique acceptation de la propriété privée par l'Humanité tout entière se verrait opposer une fin de non recevoir par Proudhon; car ce que promet cette égalité des besoins doit demeurer naturelle par essence. En effet pareille idée est injuste par nature, elle a pour but l'égalité mais la romprait forcément. De plus : « L'Homme ne peut pas plus renoncer au travail qu'à la liberté ; or reconnaître le droit de propriété territoriale, c'est renoncer au travail, puisque c'est en abdiquer le moyen, c'est transiger sur un droit naturel et se dépouiller de la qualité d'Homme. »Proudhon, p. 223
Paragraphe troisième - la prescription ne peut jamais être acquise à la propriété Prescription : Acquisition de la propriété d’une chose, par une possession non interrompue pendant un temps que la loi détermine.
Il ne s'agit pas là d'un critère légitime, pourquoi le temps serait-il une origine de la propriété avec le travail et l'occupation ?
Paragraphe quatrième - du travail - que le travail n'a par lui-même, sur les choses de la nature aucune puissance d'appropriation L'appropriation des terres et des moyens de production est donc illégitime parce qu'exclusive : « tous seront […] propriétaires de leurs produits ; aucun n'est propriétaire de ses instruments. Le droit au produit est exclusif, jus in re ; le droit à l'instrument est commun, jus ad rem. »Proudhon, p. 240
Paragraphe cinquième - que le travail conduit à l'égalité des conditions « Le travail confère un droit de propriété sur la matière : pourquoi ce principe n'est-il pas universel ? Pourquoi le bénéfice de cette prétendue loi, restreint au petit nombre, est-il dénié à la foule des travailleurs ? »Proudhon, p. 241 « Le travail autrefois si fécond serait-il devenu […] stérile ? Pourquoi le fermier, n'acquiert-il plus par le travail, cette terre que le travail acquit jadis au propriétaire ? »
« Si nos efforts n'aboutissaient qu'à étendre le privilège du sol et le monopole de l'industrie, en affranchissant seulement quelques centaines de travailleurs sur des millions de prolétaires ; mais ce serait aussi comprendre bien mal notre propre pensée et faire preuve de peu d'intelligence et de logique. »Proudhon, p. 242
« Quiconque travaille devient propriétaire […] je veux dire propriétaire de la valeur qu'il créé, et dont le maître seul tire le bénéfice. »Proudhon, p. 243
« Car cette force immense qui résulte de l'union et de l'harmonie des travailleurs, de la convergence et de la simultanéité de leurs efforts, il ne l'a point payée. 200 grenadiers ont en quelques heures dressé l'obélisque de Louxor sur sa base ; suppose-t-on qu'un seul homme, en 200 jours, en serait venu à bout ? »Proudhon, p. 247
Marx fut sûrement influencé par cette idée que le travail collectif est supérieur à la somme des efforts individuels dans la mesure où il l'a reprise dans le Capital. Il a également emprunté à Proudhon le concept de reproduction de la force de travail du prolétaire. « Il faut que le travail à faire renaisse perpétuellement du travail accompli »Proudhon, p. 248 « C'est cette dénégation frauduleuse qui fait l'indigence du travailleur, le luxe de l'oisif et l'inégalité des conditions. C'est en cela surtout que consiste ce que l'on a si bien nommé l'exploitation de l'homme par l'homme. » « Tout capital accumulé étant une propriété sociale nul n'en peut avoir la propriété exclusive. »Proudhon, p. 252
Pour résumer, le travailleur est dépossédé du produit de son travail par le propriétaire des moyens de production, quand bien même celui-ci devrait profiter de son bien dans une société juste.
Paragraphe sixième - que dans la société tous les salaires sont égaux Proudhon se pose ici la question de l'égalité des salaires. Il fait la critique des thèses de Saint-Simon et de Fourrier qui prétendent respectivement : « à chacun selon sa capacité, à chaque capacité selon ses œuvres » et « à chacun selon son capital, son travail et son talent ».
L'auteur se fait quant à lui l'avocat de la répartition du travail entre tous les travailleurs. Une inégalité naturelle ne devant être selon lui en aucun cas sanctionnée d'une inégalité sociale, les tâches doivent être réparties également et le salaire de même.
Paragraphe septième - que l'inégalité des facultés est la condition nécessaire de l'égalité des fortunes