René Félix Martial, né le à Paris 5 et mort le à VendômeArchives numérisées de l'état civil de Paris, acte de naissance , avec mention marginale du décès (consulté le 23 juin 2012), est un médecin français, hygiéniste et raciologue.

Dans l'entre-deux-guerres, il est un promoteur d'un colbertisme biologique, de nature eugéniste et est désigné comme un spécialiste officiel de l'immigration. Il est « l'un des principaux experts en matière de sélection raciale sous le régime de Vichy »Gérard Noiriel, Immigration, antisémitisme et racisme en France; , 700p, publié en 2007, . Le cas de René Martial est évoqué, notamment, aux pages 328 et 330..

Il apparaît dans certains travaux sur l’histoire de Vichy ou sur l’antisémitisme comme un jalon « essentiel » du racisme scientifique « à la française »William H. Schneider, Hérédité, sang et opposition à l’immigration dans la France des années trente, Ethnologie française, 1994, , . Pour Gérard Noiriel cependant, lui et le courant auquel il appartient avec son rival George Montandon, demeurent peu influents dans le monde intellectuel françaisNoiriel (Gérard) , : «des universitaires se rassemblent à partir de 1937 autour de la revue Race et racisme [… qui] va jouer un rôle très important pour imposer l'équivalence entre nazisme, fascisme et racisme»., même sous Vichy, alors que pour Claude Liauzu, l'influence de René Martial fut beaucoup plus importante. Pour Frederick Cooper, Ann Laura Stoler ou William H. SchneiderWilliam H. Schneider, Quality and Quantity. The Quest for Biological Regeneration in Twentieth-Century France, Cambridge University Press, 1990, 352 : « The views on immigration stated by French politician Jean-Marie Le Pen fit well with Martial's earlier ideas »., sa pensée se retrouve dans la définition de l'identité culturelle et la vision de l'immigration de Jean-Marie Le Pen.

Biographie René Martial obtient son diplôme de médecine en 1900. Il se spécialise en santé publique, et participe au premier congrès d'hygiène des travailleurs en 1904. Il est nommé directeur du bureau de l’hygiène de Douai en 1908. Lors de la Première Guerre mondiale, il met en place un bureau de contrôle sanitaire des immigrants espagnols en France. En tant qu’inspecteur des conditions sanitaires, Martial contribue après-guerre à l’amélioration du cadre de vie des nombreuses populations d’étrangers venus travailler en France, notamment dans les mines du Nord, Gwen Terrenoire, « L’eugénisme en France avant 1939 », Revue d’Histoire de la Shoah, vol. 183, no. 2, 2005, en ligne pp. 49-67. En 1932, il devient directeur des services de santé publique à Fès, au Maroc.

Alors qu'en 1930, son Traité de l’immigration et de la greffe inter-raciale ne trouve qu'un petit éditeur, Larose, en 1934 La race française est «favorablement commenté dans les revues médicales»Noiriel (Gérard) , p. 421. et récompensé par l'Institut de France. Il établit des critères de sélection des immigrants fondés sur les groupes sanguins et ses thèses seront réutilisées lors de l’occupation allemande dans un ouvrage intitulé La Grande Découverte – Les Juifs et le sang B.. Selon Hervé Guillemain, les livres de René Martial sont racialistesHervé Guillemain, Schizophrènes au . Des effets secondaires de l'histoire. Alma éditeur · Paris, 2018. Prix de L’Évolution psychiatrique, Prix de la revue Prescrire..

René Martial donne un cours sur l’immigration à l’Institut hygiénique de la Faculté de médecine de Paris à partir de 1938Noiriel (Gérard) , p. 444..

Durant l'occupation allemande Sous le régime de Vichy, René Martial devient professeur d'« anthropologie des races » à la Faculté de médecine de Paris, puis accède en 1942 à la codirection de l’Institut d’anthroposociologie (discipline raciste fondée par Otto Ammon et Vacher de LapougeP.-A. Taguieff: Catégoriser les inassimilables : immigrés, métis, juifs. La sélection ethnoraciale selon le docteur Martial dans la revue Recherches sociologiques, 1997/2, pp57-83 puis dans Intégration, lien social et citoyenneté, (sous la direction de Gilles Ferréol), Villeneuve-d’Ascq, Presses universitaires du Septentrion, 1998, pp. 101-134.) dont le comité de direction, composé de membres de l’Institut Pasteur et de l’Académie de médecine, lui confère l’autorité des élites et des sommets de la médecine.

En 1943 il publie un fascicule du secrétariat général à la jeunesse de Vichy intitulé Notre race et ses aïeux. Ses ouvrages La Race française et Français qui es-tu ? appartiennent en 1943 aux dix livres de référence conseillés aux candidats au concours des inspecteurs de la Section d’enquête et de contrôle du Commissariat général aux questions juivesPierre-André Taguieff, « La science du René Martial ou l’antisémitisme saisi par l’anthropo-biologie des races », in L’antisémitisme de plume, 1940-1944, études et documents, Berg international, 1999.

Théories Sur l'immigration C'est dans les années trente, marquées par la crise économique et le chômage, que René Martial développe des propositions visant à sélectionner les immigrants en fonction de leur aptitude à s’assimiler.

Dès leur parution ses ouvrages, Traité de l’immigration et de la greffe inter-raciale (1931) et La Race française (1934), deviennent des références accréditées et diffusées par les revues médicales«Puisse cet ouvrage, écrit en bon français, accessible à tout honnête homme curieux de son destin, connaître la diffusion qu’il mérite, de par ses qualités propres non moins que par la grandeur de son objet. » A.Brousseau (), « Analyses », L’hygiène mentale, 1935, , « [...] c’est le travail d’une documentation considérable mais [...] qui se lit avec la plus grande facilité et le plus grand intérêt », cet ouvrage est qualifié d’« œuvre de novateur.», Morat (), « Les idées et les hommes», L’hygiène sociale, 1935, « [...] nous Français savons bien comme le dit notre confrère René Martial dans son beau livre sur la race française, que la vieille souche est encore bonne. » Paul Desfosses, « Le destin de la race blanche », Presse médicale, 1935, , . Il devient rapidement l'un des spécialistes de l'immigration les plus réputés et consacre plus de quarante livres et articles à l'immigration. Il multiplie aussi les conférences et les communications aux colloques scientifiques, ce qui lui assure une relative notoriété.

Selon lui, le déclin démographique de la France ne pouvait être enrayé que par l'immigration. Cependant, il convenait de sélectionner les individus autorisés à s'installer en France selon des « critères infaillibles », dont le principal était selon lui le groupe sanguin et notamment la proximité de leur « indice biochimique du sang » avec l’indice moyen des Français. Dans les années 1930, il prône que seules les populations au groupe sanguin O soient acceptées en France. Selon lui, ces peuples sont les seuls à avoir pu par le passé et à pouvoir encore s'intégrer harmonieusement parmi les Français. Ainsi cette immigration sélective serait constituée de Belges, de Suisses, de Hollandais, de Tchécoslovaques, de Polonais, d'Italiens et de Berbères. Toutefois, pour lui, le mélange idéal serait franco-allemand.

L'antisémitisme Alors que ses premiers ouvrages n'évoquaient pas les Juifs (il avait épousé en 1903 Anna Elise Meyer, dont le grand-père maternel, Moritz Unger, était marchand de diamants), à la fin des années 1930 il leur applique aussi ses théories pour expliquer «la place qu'ils ont prise en France»Noiriel (Gérard) , ..

L'immigration nord-africaine Concernant l'immigration nord-africaine, Martial . Ainsi selon Gérard Noiriel, d'un côté Martial . Ainsi, Martial pense que les Africains du Nord sont devenus « la proie de logeurs, alors qu'ils ont donné leur sang pour la France en 1870 et en 1914 »René Martial, La Race française (1934), éd. Mercure de France, 1934, p. 258. Concernant les Berbères, il estime qu'ils font partie des peuples à avoir pu par le passé et à pouvoir encore s'intégrer harmonieusement parmi les Français. Quant aux Arabes, il ne voit pas d'obstacle biologique au métissage avec eux, mais les recommande « sous réserve d'une sélection raciale et individuelle sévère, basée sur les groupements sanguins, d'une part, et sur l'étude des réactions humorales, de l'autre »Carole Reynaud Paligot, Races, racisme et antiracisme dans les années 1930, Puf, 2007. René Martial, La Race française (1934), Mercure de France, 1934, .

La « race française » Martial n'a jamais adhéré au mythe de la « race aryenne pure »William H. Schneider, Quality and Quantity. The Quest for Biological Regeneration in Twentieth-Century France, Cambridge University Press, 1990, . Selon lui, la « race française » était une « race résultat » issue d'une souche formée de Ligures, de Celtes et de Romains sur laquelle étaient venus se greffer au cours des siècles suivants des Germains, des Normands, etcRené Martial, La Race française, Mercure de France, 1934, .

Le métissage Dans son livre Les Métis, il tente de prouver que le choc des hérédités du métissage avec des groupes très différents, c'est-à-dire selon lui, présentant un « indice biochimique »René Martial définit l'indice biochimique comme le rapport de tous les groupes A et AB à tous les B et AB trop faible comme les Noirs d'Afrique et les Asiatiques, crée une instabilité psychique faisant du métis un être torturé et ingouvernableRéfléchir et agir, , printemps 2003, Arthur, Georges, René, Jacques... et les autres "théoriciens du racisme", par Eugène Krampon, .. Pour lui « le bon métis est celui dont la psychologie personnelle s'encadre exactement dans le cadre de la psychologie de la race française »René Martial, La Race française (1934), Mercure de France, 1934, . En 1942, il émet un avis très négatif sur le métis, , et conclut : René Martial, Les Métis, Paris, Flammarion, 1942, cité par Pierre Guillaume, Les métis en Indochine, in: Annales de démographie historique, 1995. Les réseaux de parenté. pp. 185-195 .

Deux portraits de Martial sont conservés, au Musée de Vendôme et à la Bibliothèque Saint-Geneviève, qui détient un "Fonds René Martial" (Mss 3990-4004 et Delta 70487 RES).

Publications De l'hémiplégie traumatique. Thèse. P., Masson. 1900. Hygiène individuelle du travailleur. P., Giard et Brière. 1907. Hygiène féminine populaire. P., A. Colin. 1923. La Pologne jadis et de nos jours. Préface Louis Marin. P., Gebethner et Wollf. 1928. La vie sexuelle dans le mariage. P., Aubier Montaigne. 1930. Peau et syphilis. P., Albin Michel. 1930. Traits de l'immigration et de la greffe inter-raciale. P., Larose, 1931, ouvrage couronné par l'Institut de France Appareil respiratoire (sangs et humeurs). P., Albin Michel. 1932. L'immigration continentale et transcontinentale. P., Baillière. 1933. La Race française, Mercure de France, 1934, réédité en 1943, ouvrage couronné par l'Institut de France (Académie des sciences morales et politiques et Académie française) Estomac, intestin, intoxications. P., Albin Michel. 1934. Race, hérédité, folie. Étude d’anthropo-sociologie appliquée à l’immigration, Paris, Mercure de France, 1938 Vie et constance des races, Mercure de France, 1939. Origine des Basques. Toulouse, Privat. 1941. Français qui es-tu ? Mercure de France, 1942. Les Métis - Nouvelle étude sur les migrations, le mélange des races, le métissage, la retrempe de la race française et la révision du code de la famille, Flammarion, Bibliothèque de philosophie scientifique, 1942. Notre race et ses aïeux. P., éd. Perceval / Secrétariat général à la jeunesse, 1943. Les races humaines. P., Hachette (Encyclopédie par l'image), 1955.

Notes et références

Annexes

Bibliographie Benoit Larbiou, René Martial, De l'hygiénisme à la raciologie, une trajectoire possible, Genèses , , . Accès à l'article : http://www.cairn.info/revue-geneses-2005-3-page-98.htm Caroline Moriceau, Les douleurs de l’industrie. L’hygiénisme industriel en France 1860-1914, Paris, Editions de l’EHESS, 2009, chap. 7