Tréfileries et laminoirs du Havre, abrégé TLH, est un groupe industriel métallurgique français fondé à Angoulême en 1883 sous le nom de Société des Établissements Lazare Weiller et Compagnie. Elle devient les Établissement Lazare Weiller et Société coopérative de Rugles réunis, puis, en 1901, le groupe dont le siège est à Paris, est nommé la Compagnie des Tréfileries du Havre, et en 1907, adopte le nom définitif de Tréfileries et Laminoirs du Havre. Contrôlant au fil des années de nombreuses usines et filiales tant en France qu'à l'étranger, le groupe fusionne en 1962 avec la Compagnie française des métaux pour donner naissance à la société Tréfimétaux.

Parmi les nombreuses branches du groupe TLH, le site industriel situé au Havre et dont la construction remonte aux années 1890, est couramment appelé « Les Tréfileries » ou « les Tréfils ». Son histoire marque durablement le paysage social de cette ville.

Les origines du groupe TLH : d'Angoulême au Havre vignette|gauche| Ouvriers des ateliers de la Société Lazare Weiller (Angoulême, avant 1892)Document publié dans : Lazare Weiller, Traité général des lignes et transmissions électriques, Paris, G. Masson, 1892.. Au départ, on trouve la « Société Lazare Weiller et Cie », créée en 1883 par l'ingénieur Lazare Weiller avec son oncle. Ce dernier créa, à Angoulême, une usine de fonderie, de laminage et de tréfilage que Lazare Weiller va développer cette année-là en déposant plusieurs brevets de façon à produire du fil en composite de cuivre plus souple : les débouchés sont énormes (lampe, téléphonie, câblage divers, etc.)La Petite Gironde, 17 mai 1883, — sur Retronews..

Au milieu des années 1890, cette société opère un transfert de son activité vers Le Havre présentant l'intérêt d'être le premier port d'importation des cuivres d'Amérique du Nord. Le choix de l'implantation se porte sur la commune de Graville ; d'après les registres de délibérations de la municipalité, Lazare Weiller, fondateur et principal actionnaire, acquiert au début de 1895 les terrains situés entre la ligne de chemin de fer Le Havre-Paris et le nouveau canal de Tancarville. Cette nouvelle usine des tréfileries est construite sur ce site en 1896, les premiers ateliers se situent boulevard Sadi-Carnot, à proximité du port, ce qui doit aussi faciliter les exportations. L'usine d'Angoulême est confiée à la direction de Maurice Waldmann (1853-1928), ingénieur centralien, qui avait vendu son usine à Weiller et qui prend ensuite la direction du site havrais « Maurice Waldmann », ISH Lyon - CNRS..

Les statuts de l'entreprise, en 1897, décrivent ainsi l'activité : « la fabrication des alliages connus sous le nom de bronze phosphoreux, bronze siliceux et tous autres métaux et alliages ; celle des cuivres purs de toute nature… la transformation de ces matières en lingots, pièces mécaniques, moulures, barres, plaques, fils »

L'histoire du groupe industriel TLH L'extension en France et à l'étranger En 1901, c'est la création d'une société anonyme appelée « Compagnie des Tréfileries et Laminoirs du Havre », à la suite de l'association de Lazare Weiller avec des banques françaises et suisses, dont la Banque française pour le commerce et l'industrie (BFCI) qui deviendra l'un de ses principaux actionnaires. Le groupe est désormais dirigé par un conseil d'administration et dispose de capitaux grâce à une entrée en bourse. Cette société va exercer son activité dans deux secteurs clefs de l'économie française en ce début de siècle : la métallurgie et l'industrie électriqueMarc Lagana, « À propos de l'interdépendance des milieux d'affaires et des milieux politiques : le cas des Tréfileries et laminoirs du Havre de 1901 à 1918 », Outre-Mers. Revue d'histoire, 1979, 242-243, — sur Persée..

La principale usine dite du Havre emploie 900 personnes en 1897. Il passe à employés en 1911, puis en 1916.

Elle s'engage dans une politique de modernisation constante de l'appareil de production et, à partir de 1907, d'acquisition d'établissements ou de firmes comme la Société coopérative des Fonderies, laminoirs et tréfileries de Rugles : le groupe prend alors le nom de Tréfileries et Laminoirs du Havre (TLH)Rapport du conseil d'administration, in: L'Information financière, 8 novembre 1907, — sur Retronews.. En 1911, elle augmente encore sa capacité de production de fils électriques, avec l'acquisition de la Société Canalisation électrique, orchestrée par Eugène Étienne, qui devient président du groupe, et cherche à éliminer tous ses concurrents en les absorbant. Par de telles manœuvres mais aussi un tissu de réseaux et d'interconnexions, Eugène Étienne parvient à capter le marché des câbles pour la Compagnie générale des omnibus, société qu'Eugène Étienne préside également. Par la suite, TLH se lance dans la production d'un métal plein d'avenir, l'aluminium ; dès 1918, TLH est en lien avec les différentes usines françaises d'aluminium qui formeront le groupe Péchiney.

Par de telles initiatives, TLH devient progressivement le centre d'un vaste ensemble industriel qui contrôle une douzaine d'usines en FranceSource : CNRS/Université Lyon-II : .. Chacun de ces sites possède une histoire particulière, à la fois culturelle, économique et humaine :

Angoulême : usine transférée au Havre en 1892« Tréfilerie, laminoir, société des tréfileries et laminoirs du Havre, puis Tréfimetaux, puis Chiers-Châtillon, puis Tecnor », base POP - Ministère de la Culture.. Le Havre et ses environs (1895-1962) : voir dessous. Charleval et Rugles (Eure) : en 1907, fusion avec la Fonderie Laminoirs et Câbleries de Rugles. Saint-Maurice (Val-de-Marne) - 15 rue des Usines et île Brise-PainProjet d’acquisition d’un terrain, dit stade Rousseau, « à usage de stade nautique appartenant à la société des Tréfileries et laminoirs du Havre (Ile Brise pain) à l’usage de son usine de Saint-Maurice d’une superficie de 7 156 m² » - 25 février 1953, Chronologie / économie : de 1950 à 1959 - Ville de Créteil.. Grenoble (Isère) la Praz (Savoie) Dijon (Côte-d'Or) Montreuil-Belfroy (Maine-et-Loire) Darnétal (Seine-Maritime) : ancien Tissage Dreyfus, acquise en 1923, usine détruite en , reconstruite en 1947, employait 230 salariés à cette époque ; usine vendue en 1980 à Thomson Cuivre« TLH site Darnétal », ministère de la Culture.. La Plaine Saint-Denis (Seine-Saint-Denis) - Établissements Mouton (fusion en 1931) La Courneuve (Seine-Saint-Denis) Poissy (Yvelines) Pont-de-Chéruy (Isère), racheté en 1943 au groupe Grammont. et plusieurs filiales à l'étranger comme : en Italie, avant 1916 : Trafilerie e Laminatoi du Metalli (4 usines, dont Turin)

Durant la Première Guerre mondiale, TLH se rapproche du Groupe Giros-Loucheur, de la Compagne générale d'électricité, de Schneider, établissant des synergies au service de la production de guerre.

Dès l'entre-deux-guerres, le complexe industriel est organisé avec des spécialisations d'usines, surtout à partir de 1930, à l'initiative de l'ingénieur-physicien Louis Engelmann (1890-1957) : en 1939, le groupe compte plus de employés« Engelmann, Jules Louis », notice, base Léonore..

Durant l'Occupation, le groupe TLH, pour pallier le manque de cuivre, reporte ses efforts dans l'aluminium et ses alliagesPierre Lanthier, « La construction électrique entre Vichy et l'Occupation », Histoire, économie & société, 1992, 11-3, — sur Persée.. De nombreux ouvriers sont alors déportés dans des camps de travail, dont le Stalag 325Annuaire des résistant(e)s du Havre, site officiel., d'autres entrent en résistance, comme Jean Villeret« Jean Villeret », nécrologie, site officiel du Palais de l'Élysée..

À partir de juin 1944, le site du Havre et ses environs sont durement frappés par les bombardements alliés. Fin 1946, durant la Reconstruction, le principal administrateur est Albert Guérin et le groupe annonce un capital de 522 millions de francs pour un chiffre d'affaires consolidé de près de 2 milliards. Le groupe TLH, échappant à la nationalisation, bénéficie de l'aide du plan MarshallL'Évènement, 28 décembre 1946, — sur Retronews..

Avec la rationalisation du marché national du cuivre et de l'aluminium, à la veille de la signature du traité de Rome en 1957, est signée l'entente dite « C III » qui organise la transformation du cuivre entre la Cégédur (Compagnie générale du duralumin et du cuivre), TLH et la Compagnie française des métaux.

La création de Tréfimétaux

En 1962, l'entreprise fusionne avec la Compagnie française des métaux ; la nouvelle entité reçoit le nom de Tréfimétaux.

L'histoire du site « Les Tréfileries » au Havre Les grands travaux sur le futur site commencent en 1895 (usine 01), après le transfert depuis Angoulême du premier établissement. Ils sont achevés en 1897. La société des Tréfileries et Laminoirs du Havre acquiert le site en 1901 et agrandit l'usine.

L'établissement de Graville Pendant la Première Guerre mondiale, à l'instar de Schneider, les TLH font le choix de la participation à l'effort de guerre et les ouvriers fabriquent obus, douilles, cartouches et balles. En 1916, débute dans le quartier de Graville, la construction de nouveaux ateliers, l'usine numéro 2, pour une surface de 20 hectares.

L'usine comporte des installations mécaniques nouvelles et est de grande capacité : fours, laminoirs automatiques, centrales vapeur et électrique de haute puissance, ateliers de transformation, le tout destiné à employer mille salariés et traiter au moins trente mille tonnes d'alliage par an.

Dans le cadre de l'organisation du groupe, l'usine-mère du Havre est spécialisée dans trois secteurs : affinage et transformation des cuivres et laitons, préparations des alliages de seconde fusion, et fabrication des petits produits courants (vis, pointes) et des produits intermédiaires destinés aux autres usines du groupe et à quelques clients privilégiés (gaines de câbles, contacteurs, carters pour générateurs).

En 1922, elle absorbe les Corderies de la Seine. vignette| Vue du site au Havre, vers 1950. Après la Seconde Guerre mondiale, elle s'étend sur 47 hectares, possède sa propre centrale électrique et emploie salariés. Elle comprend en fait quatre sous-ensembles : dans l'usine 1, on travaille uniquement le cuivre, le laiton, l'aluminium, pour fabriquer du fil ; l'usine 2 est utilisée pour le travail de l'acier et produit entre autres des câbles de frein de bicyclettes, des câbles qui servent à haler les péniches ; un atelier unique en France fabrique des aiguilles de peignage pour les usines de textile ; un atelier de câblerie métallique est composé de 200 machines qui torsadent les fils d'acier petits et gros.

Au début des années 1980, l'établissement du Havre subit le contrecoup des restructurations de Pechiney et de sa filiale Tréfimétaux (qui absorba TLH en 1962) ; en 1983, ses structures de productions sont réparties entre trois sociétés : Tréfileries et câbleries Chiers-Chatillon-Gorcy (400 employés), Cuivres et Alliages (260 employés), Thomson-Câbles (180 employés).

La politique paternaliste (citations) Emmanuel Chadeau, Produire pour les électriciens, Les Tréfileries et Laminoirs du Havre de 1897 à 1930 (Cahiers histoire de l'aluminium, 1989 )

Claude Malon, Travailleurs étrangers et coloniaux au Havre, Migrants dans une ville portuaire : Le Havre (), sous la direction de John Barzman et Éric Saunier, publication des Universités de Rouen et du Havre, 2005

Sylvie Barot, Des lieux de prédilections, Migrants dans une ville portuaire : Le Havre (), sous la direction de John Barzman et Éric Saunier, publication des Universités de Rouen et du Havre, 2005

John Barzman, Dockers, métallo, ménagères - mouvements sociaux et cultures ouvrières au Havre 1912-1923, Presses universitaires de Rouen et du Havre, 1997

Jean Legoy, Cultures havraises : 1895-1961

Le quartier des tréfileries