Édith ou Eadgyth est une noble anglaise morte le à Winchester. Fille de l'earl Godwin de Wessex, elle épouse le roi Édouard le Confesseur en 1045 et devient ainsi reine d'Angleterre jusqu'à la mort de son mari, en 1066. Leur mariage ne donne naissance à aucun enfant, ce qui est l'une des causes de la conquête normande de l'Angleterre.
La vie d'Édith est principalement connue grâce à la Vita Ædwardi regis, une biographie de son mari écrite à son instigation.
Biographie
Origines
Édith (Eadgyth en vieil anglais) est la fille de l'earl anglais Godwin et de son épouse d'origine danoise Gytha Thorkelsdóttir. Elle a six frères (Sven, Harold, Tostig, Gyrth, Leofwine et Wulfnoth) et deux sœurs (Gunnhild et Ælfgifu). Les dates de naissance de ces neuf enfants sont incertaines, de même que leur ordre exact, celui des garçons étant un peu plus assuré que celui des filles. Un passage ambigu de la Vita Ædwardi regis cite Édith comme étant la première des quatre enfants de Godwin, mais elle doit peut-être ce positionnement à son statut de commanditaire de l'œuvre. L'onomastique suggère qu'elle pourrait être plus jeune : son nom anglais la rapproche des plus jeunes fils de Godwin (Leofwine et Wulfnoth), là où leurs frères aînés (Sven, Harold et Tostig) portent des noms d'origine norroise. Il reste cependant possible qu'elle ait d'abord reçu un nom scandinave avant d'adopter un nom anglais, ou que ses parents aient d'emblée puisé dans les deux répertoires pour nommer leur progéniture.
La date du mariage de Godwin et Gytha n'est pas non plus établie avec certitude. D'après le chroniqueur Henri de Huntingdon, il prend place après la participation de Godwin à une campagne militaire au Danemark qu'il date de 1019, mais elle pourrait avoir eu lieu quelques années plus tard, en 1022-1023. L'historienne Pauline Stafford conclut qu'il est impossible de dater la naissance d'Édith plus précisément que la fourchette 1020-1033, tout en jugeant qu'elle est plus vraisemblablement née vers le début que vers la fin de cet intervalle. Tom Licence estime quant à lui plus plausible qu'elle se soit mariée vers ses quinze ans que vers ses vingt-cinq ans, et qu’elle serait donc plutôt née vers 1030. Godwin est durant cette période le plus puissant seigneur d'Angleterre : la Vita le décrit comme et les chartes du roi Cnut le Grand confirment sa prééminence à la cour jusqu'à la mort de celui-ci, en 1035.
Édith est éduquée à l'abbaye de Wilton, dans le Wiltshire. Ce couvent bénédictin est alors l'un des monastères les plus riches d'Angleterre, qui bénéficie de liens anciens avec la famille royale. Deux des filles du roi Édouard l'Ancien, Æthelhild et Eadflæd, y sont inhumées, de même que sa deuxième épouse Ælfflæd. La deuxième épouse du roi Edgar, Wulfthryth, en devient l'abbesse à la fin du et leur fille Édith y est religieuse. Cette dernière devient après sa mort la sainte patronne de l'abbaye et si la fille de Godwin ne s'appelait pas Édith à l'origine, le choix de ce prénom est sans doute lié à la sainte. Édith reçoit une éducation approfondie à Wilton : la Vita Ædwardi regis, la Vita Kenelmi de Goscelin et l'épigramme que lui dédie Geoffroy de Winchester soulignent toutes la grande érudition de la reine, le dernier précisant qu'elle est versée dans les sept arts libéraux (grammaire, dialectique, rhétorique, arithmétique, musique, géométrie et astronomie). Richard de Cirencester rapporte qu'elle parle non seulement anglais, mais aussi danois (la langue de sa mère), français et irlandais.
Reine d'Angleterre
vignette|Édouard accueille Édith (à gauche), qui est sacrée reine (à droite). Enluminure de la Vie de seint Aedward le Rei par Matthieu Paris (vers 1255).|alt=Un dessin à l'encre noire, partiellement colorié en vert, rouge et bleu, qui représente deux scènes de foule séparées par un pilier. À gauche, une femme à la tête voilée s'agenouille devant un homme barbu portant une couronne. À droite, la même femme, debout, est couronnée par un évêque et reçoit un sceptre d'un homme agenouillé devant elle.
À la mort de Cnut le Grand, en 1035, ses deux fils Harold Pied-de-Lièvre et Harthacnut se disputent le trône d'Angleterre. Le premier meurt en 1040, ce qui permet au second d'être reconnu roi par toute la noblesse anglaise. L'année suivante, il invite son demi-frère maternel Édouard le Confesseur, alors en exil en Normandie, à le rejoindre pour régner à ses côtés. Sa propre disparition, en 1042, marque l'extinction de la descendance masculine de Cnut et ouvre à Édouard, dernier fils survivant d'Æthelred le Malavisé, le chemin du trône.
Bien qu'il soit âgé d'une quarantaine d'années à son avènement, Édouard est encore célibataire. Il se marie avec Édith le . En épousant la fille de Godwin, il offre à ce dernier la perspective de devenir le grand-père du prochain roi d'Angleterre et s'assure la loyauté du plus puissant des barons du royaume. Leur mariage ne donne naissance à aucun enfant.
En 1051, Godwin se brouille avec le roi, qui l'exile du royaume et répudie Édith. Il est possible que la stérilité de leur union ait pesé dans cette décision. La Chronique anglo-saxonne rapporte qu'il la confie à la garde de sa sœur, qui dirige l'abbaye de Wherwell, dans le Hampshire, tandis que la Vita affirme qu'il la renvoie à Wilton. Cette séparation n'est que de courte durée : Godwin retrouve les faveurs du roi dès l'année suivante et Édith, sa position de reine.
Dans les dernières années du règne d'Édouard, elle intercède en vain en faveur de son frère Tostig, chassé de son comté de Northumbrie en 1065 par une révolte de ses sujets. Son autre frère Harold préfère négocier avec les rebelles, qui ont gain de cause : Tostig est remplacé par Morcar, le beau-frère de Harold.
Veuvage et mort
vignette|Agonie et mort du roi Édouard sur la tapisserie de Bayeux. La femme voilée à ses pieds est généralement identifiée avec la reine Édith.|alt=Scène brodée montrant un bâtiment en coupe sur deux étages. En haut, un homme barbu couronné est allongé, entouré de plusieurs hommes, avec une femme voilée agenouillée au pied de son lit. En bas, un homme barbu est allongé, mort. Des phrases en latin écrites en majuscules dans les espaces vierges de la scène indiquent qu'il s'agit des derniers instants de la vie d'Édouard.
Édouard le Confesseur meurt le . La Vita Ædwardi regis rapporte qu'il est entouré sur son lit de mort de quelques fidèles, parmi lesquels elle cite nommément l'earl Harold, l'archevêque de Cantorbéry Stigand, le Normand Robert FitzWimarc et la reine Édith, assise à terre pour réchauffer les pieds du roi dans ses mains. Celui-ci remet le royaume d'Angleterre entre les mains de Harold et lui confie également Édith en lui demandant de ne la dépouiller d'aucun des honneurs qu'elle a reçu de son vivant.
La position d'Édith durant le bref règne de son frère est impossible à établir avec certitude. Rien ne permet d'affirmer qu'elle ait accueilli sans arrière-pensées son avènement, surtout après les événements de 1065-1066 et la rupture entre Tostig et Harold. Il est possible qu'elle ait craint de perdre en richesse et en influence au profit d'Ealdgyth, l'épouse d'Harold, qui la remplace comme reine consort. Les sources normandes (Guillaume de Poitiers et le Carmen de Hastingae Proelio) la présentent comme favorable à l'avènement de Guillaume le Conquérant. Elle aurait aussi pu voir d'un bon œil les prétentions du Danois Sven Estridsen, qui ne se matérialisent en fin de compte jamais.
Édith s'accommode apparemment sans mal de la conquête normande de l'Angleterre : elle conserve ses biens et bénéficie de certains égards en tant que veuve d'Édouard, dont Guillaume cherche à se présenter comme l'héritier direct et naturel. Elle est ponctuellement présente à la cour et ne joue aucun rôle dans les rébellions contre le pouvoir normand qui prennent place après 1066. Elle semble avoir vécu ses dernières années à Wilton et à Winchester, où elle meurt le . Guillaume la fait inhumer auprès de son mari en l'abbaye de Westminster. Avant sa mort, elle commande l'écriture de la Vita Ædwardi regis à un auteur inconnu. Ce texte retrace dans sa première partie l'histoire de sa famille, avant de devenir une biographie de son défunt mari.
Références
Bibliographie
Sources primaires
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Sources secondaires
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Liens externes
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