vignette|droite|Traite musulmane médiévale en Afrique. vignette|droite|Principales villes impliquées dans le commerce au XVI siècle. La traite négrière connut dans le sud-ouest de l'océan Indien des développements particulièrement importants à compter du milieu du . Si l'établissement de colonies françaises dans les Mascareignes par la Compagnie des Indes orientales constitue l'un des moteurs de cette traite, celle-ci s'inscrit dans un système bien plus ancien et multipolaire, impliquant des acteurs arabes, omanais, indiens, swahilis et africains, bien antérieurs à l'arrivée des Européens dans la région.

La traite dans la zone swahilie (VII-XVIII siècles) La culture swahili, partagée par les populations de la côte de l'Afrique de l'Est, concerne des populations d'origine bantoue avec des apports arabes et, dans une moindre mesure, persans. Les cités-États côtières comme Mombasa, Gede, Malindi et les archipels de Zanzibar, des Comores, de Kilwa et de Lamu forment une unité de culture swahilie prospère, vivant du commerce de marchandises africaines destinées aux marchés locaux et orientaux. Les arabes nommaient al-Zanj (« les noirs ») les territoires sous la domination de ces cités, d'où le nom souvent donné à la région de et le nom de Mer de Zanj attribué à cette zone de l'océan Indien.

Les populations bantoues propagent la culture swahilie : . L'aire swahilie s'étage du sud de la Somalie au nord du Mozambique.

Le commerce des esclaves dans cette zone est attesté dès le : l'auteur perse Buzurg ibn Shahriyar signale vers 950 que des esclaves sont capturés ou achetés sur la côte continentale entre Zanzibar et Sofala.. Entre le et le , une immigration perse menée par des marchands de Chiraz s'installe à Zanzibar : cet afflux profite au commerce de l'ivoire, de l'or et des esclaves envoyés vers le Moyen-Orient, le sous-continent indien et la Chine..

Au , Kilwa Kisiwani devient un centre florissant de commerce d'esclaves et d'or à destination du monde musulman. Les marchands gujaratis de l'Inde participent à cette économie dès cette époque, échangeant des textiles contre de l'ivoire et des esclaves.. Au , Zanzibar constitue un sultanat prospère à côté des cités de Mombasa, Lamu et Malindi, plaques tournantes africaines du commerce entre ce continent et les Arabes, Perses et Indiens.

La traite à dominante européenne dans les Mascareignes (XVIIe–XVIIIe siècles) La traite prend dans la région une dimension supplémentaire avec l'établissement d'une colonie française à Bourbon. Dans un premier temps, elle pourvoit à cette colonie des esclaves achetés principalement à Madagascar, la côte orientale de cette grande île étant la zone la plus prisée : de 1720 à 1735, elle s'effectue essentiellement dans la baie d'AntongilLes Esclaves de Bourbon : La Mer et la montagne, Prosper Ève, Karthala, Paris, 2003 – ..

La surexploitation de ce premier centre de traite conduit à une raréfaction des esclaves qui amène les traitants à abandonner ce poste petit à petit, phénomène qui devient manifeste lorsque l'on considère les navires ayant assuré la navette entre Madagascar et les Mascareignes entre 1746 et 1749 : ils ne rapportent que du riz et de la viande. C'est Foulpointe qui devient le nouveau centre de la traite : en 1758, le poste devient officiellement le principal et dispose à ce titre, selon l'historien Prosper Ève, « de magasins, de cases, de hangars et d'une négrerie ».

Lorsque le roi Yavi décède en 1791, Foulpointe connaît à son tour le déclin. Tamatave prend le relais. Les traitants développent aussi de nouvelles routes le long des côtes de l'Afrique de l'Est, réduisant la prééminence des esclaves venus de Madagascar à Bourbon dès le milieu du .

L'essor de la traite omanaise et indienne (XIX siècle) vignette|Importance relative de la traite est-africaine, la la largeur des flèches est fonction du nombre d'esclaves déportés. vignette|Le marché aux esclaves à Zanzibar vers 1860. L'arrivée au pouvoir de Saïd bin Sultan, sultan d'Oman, marque un tournant décisif. En 1840, il déplace sa capitale de Mascate à Stone Town (Zanzibar), transformant l'archipel en principal hub mondial de la traite dans l'océan Indien. Il développe les plantations de clous de girofle et étend les routes caravanières jusqu'au-delà du lac Tanganyika pour approvisionner les marchés en esclaves et en ivoire.. En 1842, l'importation annuelle d'esclaves à Zanzibar est estimée à environ 15 000 personnes. Entre 1830 et 1873, quelque 600 000 esclaves sont vendus sur les marchés de Zanzibar..

Ce système implique plusieurs acteurs distincts :

Les sultans omanais organisent et taxent la traite : Saïd bin Sultan (r. 1804-1856), qui déplace sa capitale à Zanzibar en 1840, puis ses fils Majid (r. 1856-1870) et Barghash (r. 1870-1888) en sont les principaux organisateurs. L'État perçoit environ un quarantième de la valeur de chaque transaction d'esclaves et contrôle les routes commerciales côtières..

Les marchands indiens (principalement gujaratis des communautés vaniya, bhatia, khoja et bohra) jouent un rôle de financiers indispensables : ils gèrent les douanes, accordent des prêts aux caravaniers et possèdent des plantations. Le gouverneur britannique de Bombay, sir Henry Bartle Frere, note en 1873 que « l'ensemble des opérations bancaires et hypothécaires de la côte zanzibarite passe par des mains indiennes ».. Par les années 1860, les exportations d'esclaves depuis Zanzibar approchent 30 000 par an, soutenues par ce capital indien..

Les marchands afro-omanais et swahilis conduisent les expéditions en Afrique centrale. Tippo Tip (1837-1905), figure emblématique de ce groupe, constitue un empire commercial fondé sur la capture et la vente d'esclaves depuis le bassin du Congo jusqu'à la côte, sous le patronage des sultans de Zanzibar..

Les royaumes africains de l'intérieur constituent une source majeure de captifs. La chasse aux esclaves s'effectue de plusieurs façons : lors de guerres internes entre royaumes rivaux, dont les prisonniers sont revendus aux caravaniers côtiers, mais aussi par des raids directs contre des villages, impliquant l'enlèvement d'hommes, de femmes et d'enfants travaillant aux champs.. Des royaumes comme celui du Kanem-Bornou au bassin du lac Tchad, ou l'empire Lunda en Afrique centrale, développent ainsi des réseaux commerciaux d'approvisionnement en captifs atteignant les deux côtes, atlantique et indianocéanique.. Ces royaumes participent donc activement au système dont leurs propres populations sont par ailleurs les premières victimes, notamment lorsque la déstabilisation engendrée par la demande extérieure retourne contre eux les mécanismes qu'ils avaient contribué à mettre en place..

Les acheteurs arabes, perses et indiens constituent les marchés de destination : esclaves domestiques, concubines, soldats et travailleurs de plantation au Moyen-Orient, en Perse et dans le sous-continent indien..

Personnalités

vignette|Said bin Sultan.Saïd bin Sultan, sultan d'Oman et de Zanzibar (1804-1856), organisateur de l'empire commercial esclavagiste de Zanzibar. ; Barghash bin Said, sultan de Zanzibar (1870-1888), défenseur du système esclavagiste jusqu'à la contrainte britannique de 1873 ; Tippo Tip, marchand d'esclaves afro-omanais (1837-1905), principal pourvoyeur de captifs depuis l'Afrique centrale vers Zanzibar ; Marion-Dufresne, armateur négrier français..

Références

Voir aussi Bibliographie Jean-Marie Filliot, La traite des esclaves vers les Mascareignes au , Tananarive, ORSTOM, 1974. Hubert Gerbeau, « Quelques aspects de la traite illégale des esclaves à Bourbon au », in Mouvements de population dans l'océan Indien, Champion, Paris, 1979. Hubert Gerbeau, « La traite esclavagiste dans l'océan Indien : problèmes posés à l'historien, recherches à entreprendre », in La traite négrière du , Histoire générale de l'Afrique, Paris, UNESCO, 1979. Laurent Forcari, Nantes et l'océan Indien, 1783-1810, mémoire de maîtrise, Université de Nantes, 1995. Nathalie Sannier, Le négoce nantais et l'océan Indien de 1769 à 1782, mémoire de maîtrise, Université de Nantes, 1995. Didier Langlaney, La traite et ses navires négriers, Sainte-Marie, Azalées Éditions, 1999.

Alain Roman, Saint-Malo au temps des négriers, Paris, Karthala, 2001.

Pedro Machado, Ocean of Trade: South Asian Merchants, Africa and the Indian Ocean, c. 1750-1850, Cambridge University Press, 2014.

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