Le match de football France – Bulgarie est une rencontre qui s'est disputée le au Parc des Princes à Paris, comptant dans les éliminatoires du groupe 6 de la Coupe du monde 1994. Avant la rencontre, la France devance la Bulgarie d'un point et n'a besoin que d'un match nul pour se qualifier. Battue à la dernière minute sur le score de 2 buts à 1, la France termine troisième de son groupe et est devancée par la Bulgarie qui se qualifie pour la phase finale du Mondial. Cette défaite est considérée comme l'un des plus gros échecs sportifs de l'histoire du football français.
Contexte Parcours des Bleus lors des éliminatoires
Après l'élimination de la France au premier tour de l'Euro 1992, Michel Platini démissionne de ses fonctions de sélectionneur et est remplacé par son adjoint, Gérard HoullierFOOTBALL Gérard Houllier nouveau sélectionneur national, www.lemonde.fr, 10 juillet 1992.. Sa mission est de qualifier les Bleus pour la Coupe du monde 1994 qui se déroulera aux États-Unis. Le tirage au sort des éliminatoires, effectué le , place la France, tête de série, dans le groupe 6 en compagnie de l'Autriche (chapeau 2), de la Suède (chapeau 3), de la Bulgarie (chapeau 4), de la Finlande (chapeau 5) et d'Israël (chapeau 6)FOOTBALL : la Coupe du monde 1994 aux Etats-Unis. Un tirage au sort favorable à l'équipe de France, www.lemonde.fr, 10 décembre 1991..
Encore sélectionneur des Bleus au moment du tirage, Michel Platini se montre satisfait : .
Gérard Houllier dirige son premier match à la tête des Bleus le . En amical, au Parc des princes, la France s'incline 2-0 contre le BrésilFOOTBALL : le Brésil bat la France 2 à 0. L'entrée ratée de Gérard Houllier, www.lemonde.fr, 28 août 1992..
Le , pour son premier match des éliminatoires du Mondial 1994, la France s'incline 2-0 à Sofia, contre la BulgarieFOOTBALL : la Bulgarie bat la France, 2 à 0. Les leçons de Sofia, www.lemonde.fr, 11 septembre 1992..
Après cette défaite inaugurale, la France relève la tête et enchaîne cinq victoires consécutives : 2-0 contre l'Autriche le FOOTBALL : la France bat l'Autriche 2-0. Le retour d'Eric Cantona, www.lemonde.fr, 16 octobre 1992., 2-1 contre la Finlande le FOOTBALL : la France bat la Finlande, 2 à 1. Basile Boli ou le syndrome marseillais, www.lemonde.fr, 17 novembre 1992., 4-0 en Israël le SPORTS FOOTBALL : La France bat Israël 4-0. La leçon magistrale du professeur Houiller, www.lemonde.fr, 19 février 1993., 1-0 en Autriche le FOOTBALL : la France bat l'Autriche 1-0. La deuxième chance de Laurent Blanc, www.lemonde.fr, 30 mars 1993. et 2-1 contre la Suède le FOOTBALL : victorieuse de la Suède, 2-1, l'équipe de France en bonne voie pour une qualification au Mondial américain, www.lemonde.fr, 2 mai 1993..
La France fait ensuite match nul en Suède (1-1) le FOOTBALL : match nul (1-1) de la France en Suède. Un grand pas vers l'Amérique, www.lemonde.fr, 24 août 1993. puis s'impose 2-0 en Finlande le FOOTBALL : pratiquement qualifiée pour la Coupe du monde après sa victoire (2-0) en Finlande, l'équipe de France se met à l'abri, www.lemonde.fr, 10 septembre 1993..
Après ce match en Finlande, la France occupe la tête du groupe 6 avec 13 points (six victoires, un nul et une défaite) et il ne lui reste plus que deux matches à jouer, à domicile, le contre Israël et le contre la Bulgarie. Pour assurer mathématiquement sa qualification, la France doit prendre deux points (avec une victoire ou deux matches nuls).
Classement au matin du , juste avant France – Israël :
France-Israël La qualification s'annonce donc aisée puisque le premier adversaire est Israël. Cette équipe est alors considérée comme une des plus faibles d'Europe : elle n'a pas gagné le moindre match depuis un an et occupe la soixante-et-onzième place au classement FIFAPierre-Marie Descamps, Gérard Ejnès, « France-Israël et France-Bulgarie - Encore pire que Séville », in Le livre d'or du football 1994, Editions Solar, août 1994, pages 45 à 50.. Quant à la France, victorieuse du match aller 4-0 à Tel-Aviv, elle est invaincue depuis quatre ans et demi au Parc des princes en compétitions officielles et est classée à la septième place du classement FIFA.
Ce match ne devant être qu'une simple formalité, Gérard Houllier déclare vouloir rester sélectionneur des Bleus jusqu'en 1998. Le stage de préparation à Clairefontaine se déroule ainsi dans une ambiance bon enfant et à deux jours du match, les joueurs sont invités à dîner dans les locaux de Canal + et assistent à un spectacle des Guignols de l'info spécialement préparé pour eux. Une boîte de nuit est également retenue pour fêter la future qualification et le programme officiel du match est intitulé : « Que la fête commence ».
Avant le match, la sono du Parc des Princes diffuse plusieurs chansons évoquant les États-Unis : L'Amérique de Joe Dassin, Born in the U.S.A. de Bruce Springsteen et un air de West Side Story.
Sous une pluie battante, le coup d'envoi fictif est donné par Pelé. À la vingtième minute de jeu, Rosenthal déborde et centre pour Atar. Ce dernier remise pour Harazi qui trompe Lama. Quatre minutes plus tard, Alain Roche se blesse et cède sa place à Bixente Lizarazu.
Les Bleus relèvent la tête rapidement puisque Franck Sauzée égalise à la vingt-huitième minute sur une passe décisive de Ginola. Et à la trente-neuvième minute, Ginola inscrit son premier but en équipe de France et donne l'avantage aux Bleus qui mènent 2-1 à la mi-temps.
A la soixante-quatrième minute, Jean-Pierre Papin manque le but du break et est sifflé par le public du Parc des princes.
A huit minutes de la fin, Israël se procure une occasion : Bernard Lama repousse le ballon mais Eyal Berkovic le récupère et marque. Dans le temps additionnel, Rosenthal remonte le terrain et centre pour Atar qui tire en pleine course et trompe Bernard Lama.
La France s'incline trois buts à deux et cette défaite constitue une énorme surprise. reconnaît David Ginola. Gérard Houllier partage cet avis : .
Présent dans les tribunes du Parc des Princes, Pelé fustige le comportement des Français : .
Plusieurs joueurs se montrent également déçus par le comportement du public du Parc des princes. Eric Cantona déclare ne plus vouloir jouer au Parc des princes tandis que Jean-Pierre Papin annonce déjà ne pas vouloir célébrer la future qualification : Papin : « Il y a quelque chose de cassé en moi », www.humanite.fr, 26 octobre 1993..
Avant match de France-Bulgarie
Classement du groupe au matin du :
Tous les matchs ont été joués, à l'exception de France – Bulgarie.
Pour se qualifier, l'équation reste la même : le point du match nul étant suffisant aux Tricolores, ils ne doivent donc simplement pas perdre face à la Bulgarie. Cette dernière s'était imposée à l'aller 2-0 lors d'un match houleux, ponctué de mauvais coups en tous genres.
Le football français, mal loti depuis plusieurs mois (affaire VA-OM, rivalités chez les Bleus entre joueurs du Paris Saint-Germain et de l'Olympique de Marseille, fond de jeu et tactique de Houiller très décriés, etc.), espère une qualification, qui ferait le plus grand bien. L'équipe de France, ayant raté l'Euro 88, puis le mondial précédent en 1990, et ayant été éliminée au premier tour de l'Euro 1992, est à la recherche de son football depuis les années Platini et a perdu sa place parmi les meilleures nations européennes. Mais l'avant-match est caractérisé par un contexte tendu au sein de l'équipe..
Sélection des joueurs Le , au siège de la Fédération française de football, le sélectionneur Gérard Houllier dévoile une liste de dix-sept joueurs pour affronter la BulgarieFrance-Bulgarie: avec Boli mais sans Martins, www.humanite.fr, 10 novembre 1993.. Blessé en championnat le , Basile Boli, qui a effectué son retour à la compétition deux semaines plus tôt, est de retour en sélection pour la première fois depuis le match face à la Suède (joué le ).
Deux autres joueurs font également leur retour au sein des Bleus : Vincent Guérin, dont la dernière sélection remonte au en Finlande et Reynald Pedros, laissé à la disposition de l'équipe de France Espoirs lors du match précédent contre Israël.
Présents dans le groupe pour affronter Israël, Corentin Martins, Franck Silvestre, Pascal Vahirua et Jean-Michel Ferri ne sont pas retenus.
Joueur Club Date de naissance Gardiens de but Bernard Lama Paris Saint-Germain 07.04.1963 Bruno Martini AJ Auxerre 25.01.1962 Défenseurs Laurent Blanc AS Saint-Étienne 19.11.1965 Basile Boli Olympique de Marseille 02.01.1967 Bixente Lizarazu Girondins de Bordeaux 09.12.1969 Marcel Desailly Olympique de Marseille 07.09.1968 Emmanuel Petit AS Monaco 22.09.1970 Alain Roche Paris Saint-Germain 14.10.1967 Milieux de terrain Didier Deschamps Olympique de Marseille 15.10.1968 Vincent Guérin Paris Saint-Germain 22.11.1965 Paul Le Guen Paris Saint-Germain 01.03.1964 Reynald Pedros FC Nantes 10.10.1971 Franck Sauzée Atalanta Bergame 28.10.1965 Attaquants Éric Cantona Manchester United 24.05.1966 Youri Djorkaeff AS Monaco 09.03.1968 David Ginola Paris Saint-Germain 25.01.1967 Jean-Pierre Papin Milan AC 05.11.1963
Du côté bulgare, deux des joueurs sélectionnés dont le rôle sera déterminant, Emil Kostadinov et Liouboslav Penev, ont failli être absents en raison d'un problème de visa. Les deux joueurs ont finalement réussi à honorer leur sélection en s'introduisant clandestinement en France quelques heures avant le match.
Critiques de David Ginola envers Gérard Houllier Le samedi , comprenant qu'il ne sera pas titulaire, David Ginola critique ouvertement le sélectionneur national : Chez les Bleus, Ginola devient rouge de colère, puis blanc de confusion, www.humanite.fr, 15 novembre 1993..
Le joueur publie ensuite un communiqué dans lequel il présente ses excuses : .
Le sélectionneur n'apprécie pas le comportement de David Ginola mais préfère positiver : .
Le match
FRANCE : 1 Bernard Lama 2 Marcel Desailly 4 Alain Roche 5 Laurent Blanc 3 Emmanuel Petit 6 Paul Le Guen 7 Didier Deschamps 8 Franck Sauzée 10 Reynald Pedros 9 Jean-Pierre Papin 11 Éric CantonaRemplaçants : 15 David Ginola 13 Vincent Guérin Sélectionneur : Gérard Houllier BULGARIE : 1 Borislav Mikhailov 2 Emil Kremenliev 3 Trifon Ivanov 5 Petar Houbtchev 4 Tsanko Tsvetanov 6 Zlatko Yankov 11 Yordan Letchkov 10 Krasimir Balakov 7 Emil Kostadinov 9 Liouboslav Penev 8 Hristo StoitchkovRemplaçants : 15 Petar Aleksandrov 14 Daniel Borimirov Sélectionneur : Dimitar Penev
Comme l'avait prévu le sélectionneur français, le match est fermé, tendu, haché. En ce début de match, la France hésite à prendre le jeu à son compte et ne joue pas vraiment pour gagner, mais plutôt pour ne pas perdre. Les Bulgares, quant à eux, tentent vainement d'ouvrir le score.
À la , c'est la délivrance pour le public français : Deschamps récupère le ballon dans les pieds de Tsvetanov sur le côté droit et effectue une transversale vers Papin, qui remet de la tête pour Cantona qui marque en force du droit à bout portant.
Le plus dur semble fait, mais l'avantage ne dure que cinq minutes. À la de jeu, Blanc rate sa relance, se fait prendre le ballon par Tsvetanov et concède un corner. Sur ce dernier, tiré par Balakov, Kostadinov place une tête croisée au premier poteau qui finit sa course dans les buts, malgré Pedros.
Étrangement, la France, au lieu d'essayer de marquer à nouveau, se crispe complètement et retombe dans ses travers en essayant avant tout de défendre, proposant un jeu médiocre techniquement. Papin est totalement mis sous silence par la défense adverse, notamment par Ivanov et, prétextant des crampes, est remplacé à la par Ginola. La Bulgarie, quant à elle, tente le tout pour le tout.