Vénus à son miroir, également connue sous le nom de Vénus au miroir ou La Venus del espejo en espagnol, est une toile de Diego Vélasquez conservée à la National Gallery à Londres. Exécuté entre 1647 et 1651"The Rokeby Venus". National Gallery, Londres., et plus probablement peint pendant la visite de Vélasquez en Italie (1649-1651), le tableau représente la déesse Vénus de dos, dans une pose lascive, allongée sur un lit et se regardant dans un miroir tenu par son fils Cupidon.
De nombreuses œuvres, qui vont de l'art antique au baroque, ont été proposées comme source d'inspiration pour cette toile, et en particulier les nus de Vénus des peintres italiens, tels que la Vénus endormie de Giorgione (achevée en 1510) ou la Vénus d'Urbin du Titien (achevée en 1538) et la statue antique Hermaphrodite endormi. Vélasquez combine deux poses traditionnelles pour Vénus dans cette toile : étendue sur un lit et regardant son reflet dans un miroir.
Vénus à son Miroir est le seul nu féminin de Vélasquez qui nous est parvenu. À cause de l'influence très active de l'Inquisition, de tels tableaux étaient extrêmement rares dans l'art du espagnolMacLaren, 126. et Carr, 214.. Les nus d'artistes étrangers étaient cependant collectionnés par les membres de la cour espagnole. Ce tableau a orné les murs des demeures de courtisans espagnols jusqu'en 1813, année où il fut acheté par l'homme politique britannique , qui l'a accroché chez lui, à , dans le Yorkshire. En 1906, le roi Édouard VII a versé près d'un million de livres pour son acquisition. Depuis lors, la Vénus de Rokeby fait partie de la collection de la National Gallery de Londres. Elle a été restaurée après avoir été gravement endommagée par la suffragette Mary Richardson en 1914, puis à nouveau vandalisée par des militants de Just Stop Oil en 2023.
vignette|Hermaphrodite endormi, copie romaine d'une sculpture grecque exposée au Louvre. Lors de son voyage à Rome, Vélazquez a commandé une copie en bronze de cette sculpture pour la rapporter à MadridSelon Clark, Hermaphrodite endormi est la principale source d'inspiration de Vénus à son miroir Clark, 373, note depuis la page 3..
Description vignette|gauche|redresse|Pierre Paul Rubens, Vénus au miroir, env. 1614–1615, dépeignant la déesse et sa traditionnelle chevelure blondePrater, 40.. L'image de son visage reflété dans le miroir ne correspond pas à la portion de visage visible sur la toile comme dans la Vénus de VélazquezPrater, 51..
Vénus à son miroir dépeint la déesse romaine de l'amour et de la beauté langoureusement allongée sur un lit, le dos tourné au spectateur. Dans l'Antiquité, les portraits de Vénus de dos faisaient partie des canons de l'art et de la littérature érotique. Elle est dépeinte sans les symboles usuels de la représentation mythologique de Vénus et c'est principalement grâce à la présence de son fils Cupidon que la déesse peut être identifiée : il n'y a par exemple ni bijoux, ni rose, ni myrte et, au contraire des nombreuses représentations classiques, Vénus est brune et non blonde. Elle se regarde dans un miroir tenu par Cupidon qui est représenté sans son arc et ses flèches.
Le miroir ne révèle que le reflet estompé d'un visage féminin fardé, aux pommettes rougies. Elle semble regarder vers l'extérieur, vers l'observateur de la toile au travers du miroirCarr, 214, néanmoins Wallace remet en cause ce point.. D'après la critique Natasha Wallace, le visage non identifiable serait la clé de la compréhension de la toile et elle considère que Wallace, Natasha. "Venus at her Mirror". JSS Virtual Gallery, 2000.. Selon Wallace, Davies, Christie. "Velazquez in London". New Criterion, Volume 25, Issue 5, January 2007..
Deux rubans de soie rose pendent au bras de Cupidon et retombent devant le cadre du miroir. La fonction de ces rubans a été le sujet de nombreux débats parmi les historiens de l'art : il a entre autres été proposé que ces rubans seraient une allusion aux liens dont Cupidon se sert pour lier les amants, qu'ils auraient été utilisés pour accrocher le miroir ou encore qu'ils auraient servi à bander les yeux de Vénus quelques instants avant la scène représentée. Le critique Julián Gállego voit dans le visage de Cupidon de la mélancolie et pense que les rubans représenteraient des liens entre le dieu et l'image de la beauté, il a en conséquence proposé L'Amour conquis par la Beauté comme titre possible pour l'œuvreGallego, Julián. "Vision et symboles dans la peinture espagnole du siècle d'or". Paris, Klincksieck, 1968. 59f.. Cette interprétation est soutenue par l'attitude de Cupidon, qui semble totalement absorbé par la contemplation de la beauté absorbée par elle-même, sans pouvoir rien faireétude de la toile..
Les plis des draps font écho aux formes de la déesse et sont rendus de façon à faire ressortir la courbe formée par son corpsCarr, 214.. La composition utilise principalement des tons rouges (coloris du grand pan de rideau qui accentue la charge érotique du tableau), blancs et gris. Bien que de nombreux éloges aient été rendus à l'effet produit par l'usage de cette gamme de couleurs particulièrement simple, l'on sait désormais que le drap était à l'origine d'un mauve sombre qui a viré au gris avec le tempsCarr, 217.. Les tons lumineux de la peau de Vénus aux couleurs crème tout en dégradés contrastent avec le drap gris sombre sur lequel elle est allongée et le mur brun derrière elleKeith, Larry; in Carr, 83.. En 1914, A.P. Laurie, professeur de chimie à la Royal Academy, a eu l'occasion d'examiner l'œuvre de façon approfondie et a conclu :
vignette|gauche|redresse|Le Couronnement de la Vierge de Vélazquez, achevée entre 1641 et 1642. Il a été suggéré que le modèle qui pose pour la Vierge serait le même que celui de la Vénus.
Trois autres nus de Vélazquez sont répertoriés dans des inventaires du mais Vénus à son miroir est le seul nu de Vélazquez qui nous est parvenu. Deux sont mentionnés dans la collection royale d'Espagne et ont peut-être été détruits lors de l'incendie du palais de l'Alcazar de Madrid en 1734, le troisième est mentionné dans la collection de Domingo Guerra CoronelMacLaren, 125.. Ces inventaires les répertorient comme « une Vénus couchée », Vénus et Adonis, et un Psyché et CupidonPortús, 56..
La très grande majorité des critiques considèrent que le tableau a été peint d'après un modèle, bien que l'identité de celui-ci ne soit pas connue et ait donné lieu à de nombreuses spéculations. Dans l'Espagne du où le poids de l'Inquisition espagnole était très fort, seul était toléré l'usage de modèles nus masculinsPrater, –57. et il est probable que cette toile ait été réalisée pendant la deuxième visite de Vélazquez en Italie. Certains soutiennent qu'elle dépeint la maitresse de Vélazquez dans ce pays, avec qui il aurait eu un enfant. Auteur d'un Catalogue raisonné de l'œuvre du peintre, José López-Rey suggère que son modèle pourrait être le même que celui du Couronnement de la Vierge, des Fileuses et d'autres toilesParlant de la ressemblance du modèle, López-Rey propose : (López-Rey, vol. I, 156)..
Les visages de Vénus et de Cupidon ont été profondément retravaillés par rapport à l'esquisse initialeLópez-Rey soutient que le nettoyage de la toile en 1965 aurait été excessif et aurait par inadvertance laissé apparaître des contours préliminaires peints par Vélazquez, entrainant une perte de subtilité et contrariant l'intention de l'artiste. López-Rey, vol II, 260. La National Gallery de Londres répond dans son catalogue que la description faite par López-Rey de l'état de la toile est en grande partie trompeuse. MacLaren, 127.. D'autres repeints par Vélazquez peuvent être vus à l'infrarouge dans le bras droit de Vénus et la position de son épaule gauche. À l'origine, son buste était redressé et sa tête était tournée . Un morceau de la toile qui va du pied gauche de Vénus jusqu'à la jambe et au pied gauches de Cupidon apparait inachevé mais c'est peut-être intentionnel de la part du peintre, et l'on retrouve dans de nombreuses autres toiles de Vélazquez des zones qui semblent inachevéesCarr, 217, voir aussi MacLaren, 125 pour le point de vue opposé.. La peinture a été totalement restaurée et nettoyée en 1956-1966. Cette restauration a montré que la toile était plutôt dans un bon état de conservation et qu'il y a eu très peu de peinture ajoutée par d'autres artistes, contrairement à ce qui avait été affirmé avant cette restaurationEn particulier, il a été affirmé que le visage dans le miroir a été repeint, ce qui s'est révélé inexact. Le visage dans le miroir a toujours été intentionnellement flou. MacLaren, 125. Voir également deux notes au-dessus pour la critique du nettoyage de López-Rey..
Velasquez s'est, volontairement ou involontairement, écarté d'une représentation réaliste de la scène en disposant le reflet du visage de Vénus sur le miroir, ce qui ne saurait être en aucun cas. On observe des distorsions semblables de la réalité, moins flagrantes cependant, dans la Vénus au miroir de Rubens et la Vénus à sa toilette du Titien.
Sources d'inspiration vignette|Vénus endormie de Giorgione, achevée en 1510. Giorgione dépeint Vénus endormie sur des tissus en décor extérieurPrater, 20. Comme Vélazquez et à l'encontre de la tradition, Giorgione a peint Vénus en brune et non en blonde.
Les nus et les représentations de Vénus peints par les Italiens, et en particulier par les peintres vénitiens, ont certainement influencé Vélazquez mais, selon l'historien de l'art Andreas Prater, la version de Vélazquez est .
Parmi les précurseurs de cette toile, les plus marquants sont les nombreuses toiles de Le Titien représentant Vénus telles que la série Vénus et Cupidonen particulier lien vers Vénus avec faisan et Cupidon et Venus avec organiste et Cupidon. et surtout Vénus d'Urbin, le Nu allongé [?]Reclining Nude en anglais, logiquement Vénus allongée sur des tissus dans un décor extérieur. Peut-être Fitzwilliam Museum - OPAC Record mais le titre ne correspond pas, plus surement "Ruhende Venus", titre en allemand Vénus allongée. de Palma le Vieux et la Vénus endormie de GiorgioneLe paysage a probablement été peint, en partie, voire totalement, par Le Titien après la mort de Giorgione., montrant toutes la déesse allongée sur des tissus luxuriants. L'usage du miroir central est inspiré des peintres italiens de la haute Renaissance dont Le Titien, Girolamo Savoldo, et Lorenzo Lotto, chez lesquels le miroir était employé comme un protagoniste à part entière de l'espace pictural et non comme un simple accessoire. Le Titien et Rubens avaient déjà fait des tableaux de Vénus regardant dans un miroir et, comme tous deux avaient des liens étroits avec la cour espagnole, ces tableaux devaient être familiers à Vélazquez. Toutefois Langmuir, 253.. vignette|gauche|Nu allongé dans un paysage. Peinture du de l'école vénitienne qui était appariée avec Vénus à son miroir dans la collection de Haro au moins à partir de 1677. Il est possible que Vénus à son miroir ait été conçue à l'origine comme un pendant à cette toile.