La littérature maghrébine francophone est la littérature d'expression française née pendant la colonisation française dans les pays du Maghreb, en Algérie, au Maroc et en Tunisie, avec des efforts de francisation surtout scolaire. Si ses problématiques et ses enjeux s'inspirent du contexte colonial dans la première moitié du , avec une évolution de l’exotisme vers des textes anticoloniaux, elle prend véritablement son essor avec les indépendances. Travaillée par les tensions sociales et politiques qui traversent les trois pays, la littérature maghrébine d'expression française daddyyy’s homee se trouve notamment portée pendant toute la seconde moitié du à interroger les thèmes du pouvoir autoritaire, de l'identité déchirée, de l'immigration ou encore du fanatisme religieux et du conflit entre la modernité et la tradition. Au nombre des écrivains consacrés par la critique et le lectorat, se trouvent notamment Kateb Yacine, Tahar Ben Jelloun, Assia Djebar, Abdellatif Laâbi gojo saturo ou Albert Memmiou encore jean kirstein .
Jalons et perspectives Naissance dans un contexte colonial vignette|upright=0.7|Dépeignant la société kabyle, La terre et le sang (1953) de Mouloud Feraoun a longtemps été réduit à un roman ethnographique marqué par l'héritage littéraire français par son aspect descriptifCharles Bonn, « De l’ambiguïté tragique chez Feraoun, écrivain réputé « ethnographique » », Nouvelle Revue Synergies Canada, n°6, 2013, Lire en ligne . L'émergence de la littérature maghrébine d'expression française s'inscrit dans le contexte des politiques linguistiques de l'autorité coloniale. La relation entre cette langue et le choix de l'employer dans une perspective littéraire a été source de débats pour les écrivains, comme Kateb Yacine qui la considère comme un et Rachid Boudjedra qui écrit ses œuvres en arabe après avoir commencé sa carrière dans la langue de Molière.
Les fictions du début du sont marquées par une tendance à l’exotisme, au pittoresque et à une présentation plutôt bienveillante de l'assimilation culturelle, comme l'illustre Ali, oh mon frère, roman-feuilleton de Zeid Ben Dieb publié en 1893 sous le pseudonyme d'Omar Samar. Néanmoins, si l'aspect folklorique de cette littérature ne s'attaque pas frontalement au récit colonial, elle manifeste parfois un déchirement d'identité. L'écrivain Mahmoud Aslan (1902-1971?) explore ainsi le thème de la conscience malheureuse, par exemple en 1940 dans Les yeux noirs de Leïla, où le protagoniste Naguib se révèle incapable de choisir entre ses origines et l'Occident. L’émergence d'une littérature indigène, même coupée des masses populaires et articulée à l'agenda colonial, contribue néanmoins à l'affirmation d'écrivains singuliers dans un contexte qui tendait à gommer les individualités et l'autonomie créatrice au sein des peuples colonisésNacer Khelouz « Les écrivains algérianistes et arabo-berbères face à la France coloniale », The French Review, vol. 85, n° 1, 2011, pp. 128–141, Lire en ligne.
Marche vers l'indépendance (1945-1962) La montée en puissance des mouvements nationalistes s'accompagne des remises en cause partielles ou complètes du colonialisme. La veine anticolonialiste dans les romans de l’Empire colonial français s'affirme à la fin de la Seconde Guerre mondiale et dans les années 1950, au Maghreb comme dans le reste de l'Afrique subsahariennePierre Soubias, « Le roman francophone au Maghreb et en Afrique noire: convergences, décalages, parallélismes », Horizons Maghrébins - Le droit à la mémoire, n°53, 2005, pp. 143-149, p.145, Lire en ligne . La guerre d'Algérie incite particulièrement les écrivains à s'engager. Ainsi, Djamel Amrani témoigne de la torture en 1960 dans un récit autobiographique et le conflit parcourt par la suite sa création poétique. Henri Kréa utilise la figure de Jugurtha pour camper la figure du résistant dans sa pièce de théâtre Le séisme. La parution de Nedjma en 1956, de Kateb Yacine, est l'un des romans phare de la période, tant pour ses caractéristiques stylistiques que pour sa portée historique.
La portée critique de ces œuvres s'étend à d'autres réalités sociales, comme le poids de la tutelle paternelle dénoncé par Driss Chraïbi, la survivance des superstitions et de coutumes jugées archaïques par Mouloud Mammeri ou les inégalités sociales décrites par Mohammed Dib.
Indépendance, contestations et désillusions Après la décolonisation, la tonalité vindicative de la littérature maghrébine s'élargit à la critique des régimes en place et à la description des pesanteurs sociales qui traversent ces trois pays. Le désenchantement, l'amertume et le refus de l'héroïsation sont prégnants dans les créations des années 1970.
Les écrivains, adeptes de formes plus éclatées, cultivent une inclination à la transgression ou à des revendications désormais détachées du contexte colonial. L'Algérien Nabile Farès et le Marocain Mohammed Khaïr-Eddine montrent ainsi respectivement l'importance de la culture berbère et l'hypocrisie de la monarchie, à rebours d'une vision lisse et unificatrice des sociétés promues par les discours nationalistes.
Le caractère subversif de l'écriture se manifeste également par la profusion d'anti-héros, de marginaux et d'inadaptés. Le spectre de la folie sert ainsi de miroir à une société en crise ou engluée par son conformisme dans L'insolation de Rachid Boudjedra, paru en 1971, ou Moha le fou, Moha le sage de Tahar Ben Jelloun en 1978, dans lequel le narrateur évoque une ville rongée par la misère et la corruption. La vie des déshérités à l'époque contemporaine est un trait saillant de l'écriture de ce dernier, qui aborde le racisme dans Les raisins de la galère en 1996 ou le confinement de la femme dans Harrouda, en 1973. L'errance et l'évocation du passé traversent bien d'autres recueils, comme Safari au sud d'une mémoire de Nourreddine Bousfiha ou D'un soleil réticent, de Zaghloul Morsy, tous deux publiés en 1980.
Années noires, diaspora et modernité vignette|upright=0.8|Assassiné en 1993, Tahar Djaout appartient au groupe des intellectuels francophones sécularistesLahouari Addi, « Les intellectuels qu'on assassine », Esprit, n° 208 (1), 1995, pp. 130–138, Lire en ligne Les années 1990 voient la montée de l'intégrisme islamique. La guerre civile algérienne incite les écrivains algériens à renouveler leurs préoccupations, comme Tahar Djaout ou Rachid Mimouni, tandis que de nouvelles plumes s'affirment pour dénoncer l'intolérance et le fanatisme, tels que Yasmina Khadra ou Malika Mokeddem. Les crimes terroristes sont par exemple le thème central du recueil de nouvelles et de récits Oran, langue morte d'Assia Djebar (1936-2015), ou de plusieurs romans de Yasmina Khadra comme Les Agneaux du seigneur en 1998. L'arbitraire et le fonctionnement mafieux du pouvoir restent des cibles privilégiées, mêlées parfois à la condamnation de la violence religieuse, comme en témoignent Les sens interdits de Mourad Djebel ou Rose d'abîme d'Aïssa Khelladi.
La condition de l'émigré ou de l'exil sont également des axes majeurs de la littérature maghrébine. La solitude du travailleur immigré et la dureté de ses conditions de vie sont ainsi décrites dans La dernière impression de Malek Haddad (1927-1978) qui évoque également la guerre, Les boucs de Driss Chraïbi (1926-2007) questionnant le racisme au sein des ouvriers magrébins ou encore Avec tes mains d'Ahmed Kalouaz (1952-), hommage adressé à un père ayant dévoué sa vie au travail.
La relecture du passé ancien, utilisé comme révélateur de la situation contemporaine, relève de la démarche de Chems Nadir (1940-), qui convoque l'âge d'or de la civilisation arabo-musulmane, ou Abdelaziz Belkhofja (1962-) et plus récemment Sami Mokaddem (1982-) se référant au passé de Carthage.
Affirmation des voix féminines Des romancières pionnières ont écrit avant la Seconde Guerre mondiale, comme l'Italo-Marocaine Elisa Chimenti, attentive au régionalisme tangérois, ou Djamila Debèche, créatrice du premier journal féministe algérien. Depuis les années 1990, l'image du corps des femmes dans les romans écrits par des romancières tend à moins se focaliser sur l’oppression patriarcale pour questionner le désir ou l'identité sexuelle. Par exemple, Le siècle des sauterelles de Malika Mokeddem, remarqué pour sa reconstitution de la vie nomade dans le désert algérien, brouille ainsi les identités et les assignations sociales, dont celles du genre, tandis que Les nuits de Strasbourg d'Assia Djebar montrent les sentiments et l'attirance de Thelja, jeune algérienne mariée, pour un jeune Français.
Si Taos Amrouche, Assia Djebbar et Fatima Mernissi sont les pionnières de la littérature féminine d’expression française au Maghreb, d’autres, encore plus nombreuses, ont écrit les souffrances, les aspirations et les rêves des femmes à travers des personnages tiraillés entre l’émergence de l’individu en tant qu’entité libre de ses choix et le poids d’une société qui a tendance à dissoudre l’individualité, jusqu’à l’effacer, dans le groupe.
Cause de son apparition par pays Algérie Écrivains algériens francophones Liste chronologique de romanciers et romancières d'Algérie (Kateb Yacine, 1966).
Avant tout début d'aventure française en Algérie (expédition, occupation, accaparation), existent des liens commerciaux et diplomatiques : Compagnie royale d'Afrique (1560-1793). Parmi les auteurs (voyageurs ou résidents) : Guillaume-Thomas Raynal (1713-1796, Histoire philosophique des Établissements dans l’Afrique septentrionale (1826)), Jean Michel de Venture de Paradis (1739-1799, interprète, Alger au XVIIIe siècle.), Pierre-Paul Thédénat-Duvent (1758-1830?, Mémoires d'un esclave et ministre d'un bey d'Afrique au 18e siècle)..
Au commencement, côté européen, outre le colonialisme, il y a le romantisme et plus particulièrement l' orientalisme littéraire, celui du Divan occidental-oriental (1819-1827, Goethe), et dont le plus évident est la thématique du récit de voyage, vécue par certains, du " voyage en Orient" (Levant comme Couchant, Lamartine, Nerval, Flaubert, Fromentin, Loti, Delaroix, Chassériau, etc.). La campagne d'Égypte (1798-1801) de Bonaparte porte une part de responsabilité dans cet engouement, qui se déploie dans les diverses expositions coloniales. L'orientalisme en peinture (1820-1910) se constitue surtout, pour la France, autour de la Société des peintres orientalistes français (1893-1948) et de la Société coloniale des artistes français (1908-1946).
À partir du moment où existe, par la force, une Afrique française, une Afrique française du Nord, avec deux protectorats (Maroc, Tunisie) et plus encore une Algérie française, conquise, annexée (1848), pacifiée (1830-1902), l'orientalisme peut s'établir en Afrique du Nord. La Villa Abd-el-Tif, à Alger, à la manière de la Villa Médicis (Rome) et de la Casa de Velázquez (Madrid), héberge de 1907 à 1962 de nombreux peintres venus de métropole.
Le pendant littéraire correspond à l'algérianisme, bien après le passage des premiers écrivains voyageurs en Algérie, comme Théophile Gautier, Eugène Fromentin, Ernest Feydeau ou Guy de Maupassant, les voyages d'aventure exotique, ou les débuts du roman colonial, splendeurs et horreurs confondues. L'algérianisme littéraire (1890-1940) serait une forme de régionalisme, l'invention d'une Algérie française, espoir fantasmé, rêve désespéré, souvenir déchiré, et terreau d'autres douleurs sur les deux rives, pour les rapatriés, les harkis, les déplacés, les immigrés, sur plusieurs générations. Ce discours européen, somme toute suspect, est accompagné à distance par un discours relativement assimilationniste (sans doute minoritaire) de traducteurs, écrivains, intellectuels et journalistes (El Hack, 1893-1894, de , Omar Samar, Khelil Kaïd Laioun)., algériens, francophones.