, née ‘Aimata, le à Tahiti et morte le à Papeete (Tahiti), est reine de Tahiti, de Moorea et dépendances de 1827 à 1877, d'abord sous l'influence des missionnaires britanniques, puis sous le protectorat français. Seule reine régnante de Tahiti, elle appartenait à la dynastie tahitienne des Pōmare et régna pendant cinquante ans, le plus long règne de toute l'histoire de l'île.

Elle lutta en vain contre l'intervention française, écrivant au roi Louis-Philippe de France et à la reine Victoria, demandant en vain une intervention britannique et s'exilant à Raʻiatea en signe de protestation. Ce qui suivit fut la sanglante guerre franco-tahitienne qui dura de 1843 à 1847, impliquant tous les autres royaumes voisins de Tahiti.. Les Tahitiens ont subi de nombreuses pertes, mais les pertes françaises ont également été importantes. Bien que les Britanniques n'aient jamais assisté les Tahitiens, ils ont activement condamné la France et la guerre a presque éclaté entre les deux puissances du Pacifique. Ces conflits se sont soldés par la défaite des forces tahitiennes au fort de Fatahua. Les Français ont été victorieux, mais ils n'ont pas pu annexer l'île à cause de la pression diplomatique de la Grande-Bretagne. Tahiti et Moorea ont donc continué à être dirigés par les Pōmare sous le protectorat français. Une clause du règlement de guerre stipulait que les alliés de la reine Pōmare, c'est-à-dire les royaumes de Huahine, Raʻiatea et de Bora-Bora, seraient autorisés à rester indépendants. Le protectorat français est confirmé en 1847 par la convention franco-anglaise de Jarnac.

finit par céder et gouverne sous l’administration française de 1847 jusqu'à sa mort. La reine est enterrée dans le mausolée royal, Papa’oa, Arue. Son fils, Pōmare V, lui succède comme roi de Tahiti en 1877.

Nom et dynastie Son nom de naissance, ‘Aimata (‘ai, « manger » et mata, « œil ») vient selon Teuira Henry, repris par Alexandre Juster, ..

Le nom de Pōmare n'est quant à lui pas un prénom, ni un patronyme, mais un titre de la dynastie Pōmare.

Biographie

Jeunesse et accession au trône gauche|vignette|redresse|Gravure de la jeune princesse Aimata avant son accession au trône. Nommée ‘Aimata à la naissance, elle est officiellement la fille de Pōmare II, roi de Tahiti et de la princesse Teremoemoe Tamatoa, fille de Tamatoa III, roi de Raiatea. Cependant, son père rejette cette version de son vivant, la qualifiant avec les missionnaires comme étant la fille issue d'un adultère, ou la fille d'une concubine.

Sa naissance se déroule dans une société en pleine transition qui accueille de nouvelles conceptions religieuses. Pōmare II est un roi autoritaire et despotique qui convoite les intérêts d'un rapprochement avec les Britanniques. Il entame cette politique par l'intermédiaire des missionnaires qui le baptisent en 1812. Il fait instruire 'Aimata dès ses deux ans en anglais. En 1819, il édicte un code de loi sur les indications des missionnaires. Ces derniers accordent peu d'importance à l'éducation d'Aimata et se concentrent sur celle de Pōmare III. Ces changements mettent fin à de nombreuses traditions, provoque la levée du tapu des cultes polynésiens.

À l'âge de neuf ans, un mariage est arrangé avec Tapoa, chef de Bora-Bora âgé de seize ans, leur mariage a lieu en 1822.

Lorsque le Bernard Gille et Antoine Leca, Histoire des institutions de l'Océanie française : Polynésie, Nouvelle-Calédonie, Wallis et Futuna L'Harmattan, 2009, . Pōmare II meurt, son fils Pōmare III n’a qu’un an. Sa tante Teriitaria, son oncle et les religieux assurent alors la régence, jusqu’au , date à laquelle les missionnaires procèdent à son couronnement, cérémonie inédite à Tahiti. Profitant de la faiblesse des Pōmare, les chefs locaux récupèrent une partie de leur pouvoir et prennent le titre héréditaire de Tavana (issu de l’anglais ). Les missionnaires en profitent aussi pour modifier l’organisation des pouvoirs, et rapprocher la monarchie royale tahitienne d’une monarchie constitutionnelle plus proche du modèle anglais. Ils créent ainsi l’assemblée législative tahitienne, qui siège pour la première fois le .

En 1827, le jeune Pōmare III meurt subitement.. Sa demi-sœur, 'Aimata, âgée de , unique enfant survivant du roi Pōmare II, lui succède et prend le titre de Pōmare IVBernard Gille et Antoine Leca, Histoire des institutions de l'Océanie française : Polynésie, Nouvelle-Calédonie, Wallis et Futuna, L'Harmattan, 2009, .. Cependant, sa légitimité pose question puisque, de son vivant, Pōmare II assure qu'Aimata est la fille d'un autre homme. À cause de cela, le couronnement de Pōmare IV se fait en toute discretion. Son nom polynésien complet, en tant que reine, est ʻAimata Pōmare IV Vahine-o-Punuateraʻitua.

Début de règne : l'influence des missionnaires

Confirmation du pouvoir gauche|vignette|redresse|Portrait de la reine de Tahiti par Sébastien Charles Giraud. Dans les premières années, elle semble avoir voulu s'écarter de la religion protestante, devenue officielle sous le règne de son père, en favorisant un culte local, la secte des MamaiaSecte des Mamaia : voir .. Jacques-Antoine Moerenhout indique qu'elle . Elle participe activement aux différentes pratiques, ainsi qu'à la promiscuité sexuelle de ces rites, si bien que les missionnaires pensent qu'elle contracte la syphilis.

Dès son début de règne, elle se montre également hostile aux nouvelles lois établies par son père en 1819, se retrouvant parfois proche de provoquer un conflit avec les chefs prompts à renforcer leur pouvoir au travers du To'ohitu. Sa participation à des danses proscrites provoque la colère de deux membres de la cour judiciaire, qui invoquent la menacent d'engager un procès public.

En 1830, lors d'une visite à Raiatea, elle exige la tenue d'une cérémonie traditionnelle interrompue en 1819 par Pōmare II. Les missionnaires suggèrent à Pōmare IV d'exiger une taxe annuelle au lieu d'effectuer cette cérémonie, mais elle refuse. L'influence des missionnaires installés dans la baie de Papeete depuis 1818 s'est suffisamment développée pour que plusieurs chefs s'opposent à la décision de la reine et la menacent de destitution. Invoquant une rébellion, Pōmare IV envisage une répression militaire mais les missionnaires parviennent à l'en dissuader et trouver un compromis entre les chefs, acceptant la tenue de la cérémonie traditionnelle.

En 1832, la situation conflictuelle interne pousse son mari Tapoa à diriger les chefs de Bora-Bora dans une attaque malavisée contre Tamatoa IV de Raiatea. Perçu comme une trahison, Pōmare IV demande le divorce et épouse Ariifaaite Tenani'a, le frère aîné de Tamatoa IV. Cette union lui permet de renforcer les connexions sur les Îles Sous-le-Vent. Cependant, les différents chefs qui s'opposent au pouvoir politique de Pōmare IV invoquent les missionnaires et les lois relatives aux mariages afin de l'invalider ; cependant ces derniers ne sont pas unanimes. En parallèle, les adeptes du culte de Mamaia saisissent l'opportunité pour gonfler le conflit en demandant que le code de loi de 1819 soit supprimé. Les forces de Pōmare IV l'emportent et les chefs hostiles à la reine sont bannis de Tahiti.

Ingérences internationales Durant ce conflit, Pōmare IV se rapproche de certains missionnaires qui lui sont favorables, afin de légitimer ses actions et renforcer son statut d'Ari'i Ahi (monarque de Tahiti). Cependant, elle se retrouve confrontée à une ingérence croissante des différents européens qui transitent par l'île et ne parvient pas à imposer les lois sur les marins. William Ellis indique que les navires américains pervertissent les habitants en vendant du rhum à bas prix. Sous les conseils des missionnaires et avec l'accord des juges du droit polynésien, Pōmare IV fait interdire la vente d'alcool en 1834. Cependant, malgré cela, de nombreux marchands bravent l'interdit sans être poursuivi. La situation est telle qu'elle est considérée comme une forme d’agression étrangère. vignette|Maison de George Pritchard à Papeete, 1846. Après un début de règne hostile au christianisme, Pōmare IV décide de se convertir en 1836 dans un espoir de rapprochement avec l'Empire britannique. Dans les années 1830, un rôle essentiel est joué par le pasteur George Pritchard, son principal conseiller, qui suggère à la reine d'effectuer cette démarche dans le cadre d'engager des relations bénéfiques. En réalité, l'arrivée du prêtre belge Jacques-Antoine Moerenhout, engagé par les Américains, motive ses intentions à accélérer cette conversion quitte à ce qu'elle ne soit que de façade. Le choix du protestantisme se fait dès lors en opposition aux ingérences des missions catholiques françaises nouvellement arrivées. Le pouvoir des Pōmare est devenu plus symbolique que réel, et à plusieurs reprises la reine Pōmare demande en vain le protectorat de l’Angleterre. Pritchard suggère en 1839 à Palmerston de faire de Tahiti un protectorat britannique, mais celui-ci refuseChassaigne (2009), ..

En , Charles Darwin visite Tahiti, à bord du (capitaine Robert FitzRoy). En 1842, l'Expédition Wilkes, United States Exploring Expedition visite la Polynésie ; Charles Wilkes, James Dwight Dana et fournissent des informations précieuses avec leurs observations.

En 1834, une mission catholique française (ordre des Pères de Picpus) s'implante aux îles Gambier. En 1836, la mission atteint Tahiti et Pōmare IV exige leur retrait en vertu des lois tahitiennes qui doivent encore statuer sur l'approbation du prêche du catholicisme. En parallèle, George Pritchard convainc le gouvernement américain de retirer Jacques-Antoine Moerenhout de sa mission. Celui-ci est invité à servir au consulat des Français. À cette époque se développe une politique française dans le Pacifique, dans le but de limiter l'extension de la domination britannique, installée en Australie et qui prend le contrôle de la Nouvelle-Zélande en 1840. alt=Dupetit-Thouars prenant possession de Tahiti le 9 septembre 1842.|vignette|Dupetit-Thouars prenant possession de Tahiti le 9 septembre 1842. En réaction, la France envoie en 1838 l’amiral Abel Aubert du Petit-Thouars pour enquêter sur le traitement et les raisons de l'expulsion des prêtres français et s'assurer de la sécurité des résidents français sur l'île. Jacques-Antoine Moerenhout relève une série d'abus à l'encontre des Français, sur laquelle l'amiral s'appuie pour exiger réparation. Pōmare IV accepte de payer l'indemnité et de signer un traité de protection des citoyens français sous la menace de bombardement naval par l'amiral..

En 1841, Cyrille Pierre Théodore Laplace arrive sur l'île et organise avec Jacques-Antoine Moerenhout la signature d'un traité abrogeant les lois d'interdiction de pratique du catholicisme. Ils profitent de l'absence de Pōmare IV, en train de donner naissance sur l'île de Moorea, et de George Pritchard pour convaincre les chefs et juges du droit polynésien. Ces derniers acceptent de signer un document de protectorat français. Lorsqu'elle en prend connaissance, Pōmare IV dénonce l'irrecevabilité du document, provoquant le retour en 1842 de l'amiral Petit-Thouars, qui la force à signer sous la menace d'un bombardement naval.

Guerre franco-tahitienne redresse|gauche|vignette|La reine lors de l'arrivée des français (George Baxter, 1845). Dans le cadre de ce traité, la France reconnaît la souveraineté de l’État tahitien. La reine est responsable des affaires intérieures, tandis que la France dirige les relations extérieures, et assure la défense et le maintien de l’ordre. Avec la signature du traité de protectorat débute une lutte d’influence entre les protestants anglais et les représentants français, qui déclenche une crise diplomatique franco-anglaise, dite « affaire Pritchard ».