Le vate ou ovate, dans la société celtique protohistorique, est un membre de la classe sacerdotale au même titre que les druides et les bardes. Le vate étant un devin, il s’occupe plus particulièrement du culte, de la divination et de la médecine. Les femmes participent à cette fonction de prophétie (telles les Gallisenae de l’Île-de-Sein). Les devins celtes ont été nommés différemment selon les sources et l'expression vate est aussi employée hors contexte celtique.

Étymologie Leur nom uati-Xavier Delamarre, Dictionnaire de la Langue gauloise, page 307, éditions Errance, Paris, 2003, . (latin vatis, grec ouateis) est un mot d’origine gauloise, qui désigne un devin, un prophète, un oracle. Il correspond au gallois gwawd, et à l’irlandais fàith. La racine *uat- a également donné le germanique Wotan (Odin chez les Scandinaves). Le verbe vaticiner (du latin vaticinari) est de la même famille.

Sources antiques Le terme de « vate » est présent chez différents auteurs grecs et romains, dans des contextes variésPhilippe Jouët, Dictionnaire de la Mythologie et de la Religion Celtiques, 2024, p. 1035.. D'autres sources parlent de devin gaulois, mais sans employer ce mot.

Timagène Le terme a été employé par Timagène.

Strabon, Géographie Strabon, dans sa GéographieStrabon, dans sa Géographie, IV, 4, 4 (lire en ligne)., présente les vates (qu'il appelle « ») avec les bardes et les druides :

Pline, Histoire naturelle Pline emploie les termes « » et « » dans plusieurs passages de son Histoire naturelle, mais dans son sens latin courant et ne témoigne pas du mot gaulois, il l'utilise par exemple pour désigner les devins et les guérisseurs associés aux druidesAndreas Hofeneder (2005). Die Religion der Kelten in den antiken literarischen Zeugnissen. Band I: Von den Anfängen bis Caesar. Mitteilungen der Prähistorischen Kommission (in German). Vol. 59. Vienna: Verlag der Österreichischen Akademie der Wissenschaften, p. 226. ISBN 3-7001-3471-1.. Certaines éditions du texte latin du neuvième livrePline, Histoire naturelle, IX, XXII (lire en ligne la version en latin avec « », celle en latin sans et en français). proposent un passage où il est question de vate :

Mais il est absent dans d'autres :

Émile Littré le traduit ici par « devins » :

Il est aussi question de vates dans le trentième livrePline, Histoire naturelle, XXX, IV (lire en ligne en latin et en français). ; Émile Littré le traduit ici par « prophètes » :

Lucain, Pharsale Lucain, dans sa PharsaleLucain, Pharsale, I, lignes, 63, 448 et 585 (lire en ligne en latin et en français, traduction de Marmontel, complétée par M. H. Durand, qui choisit d'employer le terme de « poète »., utilise à plusieurs reprises le mot « », de la même manière que Pline, comme l'indique cette traduction de Marmontel, complétée par M. H. Durand, qui choisit d'employer les termes de « poète », de « barde » ou d'« oracle » :

Diodore de Sicile, Bibliothèque historique Diodore de Sicile, dans sa Bibliothèque historiqueDiodore de Sicile, dans sa Bibliothèque historique, Livre V, XXXI (lire en ligne)., décrit les Gaulois, dont les devins (qu'il appelle « ») :

Ammien Marcellin, Res gestae Ammien Marcellin, dans sa Res gestaeAmmien Marcellin, Res gestae, livre XIV, chapitre 6, 8 (lire en ligne), XV, chapitre 9, 1 (lire en ligne), livre XXII, chapitre 8, 14 (lire en ligne), livre XXXI, chapitre 1, 2 (lire en ligne) chapitre 4, 6 (lire en ligne)., utilise le terme « » dans plusieurs passages. Dans le livre XIV (le mot a été traduit ici par « poète ») :Dans le livre XV (le mot a été traduit ici par « chantre ») :Dans le livre XXII (le mot a été traduit ici par « devin ») :Dans le livre XXXI (le mot a été traduit ici par « devin » et « poète ») :En outre, dans le livre XV, parlant des gaulois, il utilise les termes « » et « » pour désigner ce qui correspond aux vates (le mot a été traduit ici par « eubages ») :

Jules César, Commentaires sur la guerre des Gaules Jules César, qui connaissait la Gaule de première main et s'est également inspiré du voyageur grec Posidonios, ne nomme que les druides dans ses Commentaires sur la guerre des GaulesJules César, Commentaires sur la guerre des Gaules, livre VI, XIII (lire en ligne). lorsqu'il présente la société gauloise : . Cependant, son silence sur un ordre distinct de devins n'est pas considéré par les érudits comme une preuve de l'absence d'une telle classe. Françoise Le Roux, Christian-Joseph Guyonvarc'h et soutiennent que César rassemblait les différents fonctionnaires du culte sous le seul terme de druideAndreas Hofeneder (2005). Die Religion der Kelten in den antiken literarischen Zeugnissen. Band I: Von den Anfängen bis Caesar. Mitteilungen der Prähistorischen Kommission (in German). Vol. 59. Vienna: Verlag der Österreichischen Akademie der Wissenschaften, p. 148. ISBN 3-7001-3471-1.Giuseppe Zecchini (1984). I Druidi e l'opposizione dei Celti a Roma, pp. 42–43. Milan: Jaca Book.Françoise Le Roux, Christian-Joseph Guyonvarc'h (1986). Les Druides, pp. 32–33. Rennes : Ouest-France..

La société celtique Les sources grecques et romaines, complétées et enrichies par les récits mythologiques irlandais du Moyen Âge, nous ont révélé la structure de la société celtique. Conformément au schéma de l’idéologie tripartite des Indo-Européens, telle qu’elle a été développée par Georges Dumézil, celle-ci se compose de trois classes aux fonctions bien définies : La classe sacerdotale qui possède le savoir et fait la loi ; elle administre le sacré et le religieux La classe guerrière qui gère les affaires militaires sous le commandement du roi La classe des producteurs (artisans, agriculteurs, éleveurs, etc.) qui doit subvenir aux besoins de l’ensemble de la société et en priorité ceux des deux autres classes.

La classe sacerdotale le mot druide est un terme générique qui s’applique à tous les membres de la classe sacerdotale, dont les domaines d’attribution sont la religion, le sacrifice, la justice, l’enseignement, la poésie, la divination, etc. Une première catégorie s’occupe plus particulièrement de la « théologie ». le barde est spécialisé dans la poésie orale et chantée, son rôle est de faire la louange, la satire ou le blâme (voir geis et glam dicinn). le vate est un devin, il s’occupe plus particulièrement du culte, de la divination et de la médecine. Les femmes participent à cette fonction de prophétie (telles les Gallisenae de l’Île-de-Sein).

Le rôle du vate Appartenant à la classe sacerdotale, le vate est un druide (de « dru-wid-es » qui signifie « très savants »Christian-J. Guyonvarc'h et Françoise Le Roux, Les Druides, pages 31, 425 et suivantes, Ouest-France Université, coll. « De mémoire d’homme : l’histoire », Rennes, 1986, ) qui, dans la hiérarchie, appartient à la troisième spécialité, aux côtés des « théologiens » et des bardes. Ses fonctions sont donc obligatoirement religieuses pour des domaines qui de nos jours relèvent du profane. Le vate était chargé des domaines de la divination, de la voyance et de la médecine (magique, sanglante et végétale). Ses pratiques divinatoires et prophétiques s’apparentent à une forme poétique (récitations, incantations).

Là où les druides jouent le rôle de théologiens de la religion celtique, eux sont plutôt les exécutants du culte. Si les druides autorisent le sacrifice, les vates sont ceux qui gèrent ses aspects pratiques, sélection et abattage de la bête, exécution du condamné dans le cas rare d'un sacrifice humain, décapitation symbolique des amphores de vins, bris rituels des armes offertes à la divinité. Ils sont apparemment les héritiers des prêtres celtiques du premier âge du ferJean-Louis Brunaux, Les Gaulois, Guide Belles lettres de civilisations, Éditions Belles Lettres, 2008.

Le Néo-druidisme contemporain, créé au , reprenant les trois spécialités de l’Antiquité, a transformé le mot vate en ovate (irlandais oibid, gallois ofydd, breton oviz), à la suite d'une erreur de compréhension du nom grec d’Ovide.

Utilisation du terme en grec

Ovate est le mot grec pour vate.

Notes et références

Voir aussi Bibliographie Gwenc'hlan Le Scouëzec, Les Druides, – volume 1 : Des origines à l'Empire romain, Éditions Beltan, 2001 Anonyme, Le Dialogue des deux Sages présenté et annoté par Christian-Joseph Guyonvarc'h, Bibliothèque scientifique Payot, Paris, 1999

Articles connexes Celtes Mythologie celtique Religion des Celtes

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