Lazar Drljača (La date de naissance de Drljača est incertaine : 1881, 1883, ou 1882 comme cela figure sur l'inscription tombale devant la Villa de Šantić - ) est un peintre de Bosnie-Herzégovine, lié au mouvement expressionniste.

Biographie

Le dans la famille du laboureur Mihajlo Drljača à Blatna, en Bosnie, est né le premier fils à qui on donne le nom de son grand-père, Lazar. Malgré la pauvreté, les parents de Lazar décidèrent, après l'école primaire, de l'envoyer poursuivre les études à Sarajevo. Aidé en partie avec les bourses, il termine en 1906 le lycée technique au département de l'urbanisme où l'on remarque son talent. Il est auteur du projet de l'église orthodoxe à Pale près de Sarajevo.

Drljača a passé son examen pour les Beaux-Arts de Vienne en . Il a été reçu chez le professeur Christian Griepenkerl.

En 1911 il est invité à participer à l'Exposition internationale de Rome.

En automne 1911, Drljača s'installe à Paris d'abord 11, rue Descartes, ensuite à la cité Falguière. Il fréquente les Beaux-Arts et passe souvent son temps dans les galeries et les musées. Il copie au Louvre les œuvres des anciens maîtres, Titien et Léonard de Vinci, parfois sur la commande. De temps à autre il essaye de se faire acheter les tableaux - comme c'est le cas des "Trois cavaliers" - par "le gouvernement de Bosnie". Il rencontre les peintres : Branko Radulovic, Todor Svrakic, Jovan Bijelić.

À partir du , la date où il s'adresse au Ministère de finances de la Bosnie-Herzégovine avec la demande pour une aide pour rentrer en Bosnie car il a "fini ses études ... ici à Paris avec succès" jusqu'au 1919, on ne sait rien sur sa vie. Au dos d'un croquis "La Romana" il écrit "III Pittore Esilato per Sardegna 1916-1921". D'où l'on peut conclure qu'au moins pendant une partie de cette période il a été interné dans un camp en Sardaigne (Italie).

À son retour chez lui Lazar Drljača apprend le décès de son père. Cela aggrave sa santé déjà affaiblie. Un moment il trouve le refuge chez son demi-frère Nikola. La plupart du temps il passe en errant sur les monts dans les alentours et en naviguant su la rivière Una dans un petit bateau qu'il avait construit "d'après les navires phéniciens".

Drljača a mis plusieurs années pour se remettre à la peinture. Il est surtout aidé par Petar Tijesic autant par la parole que par le matériel artistique. On suppose que la cabane, construite par Drljača et ses amis, ainsi que la majorité de ses tableaux de cette période ont disparu dans un incendie.

Lazar construit lui-même une carrosse à deux roues avec laquelle il entreprend de plus en plus souvent des voyages. Il recherche aussi bien les nouveaux motifs pour ses tableaux qu'un endroit où il pourrait s'installer définitivement.

Il est difficile de déterminer la date exacte de son installation définitive au village de Borci, près de Konjic, en Herzégovine, car Drljača entreprend souvent des voyages dans sa carrosse pour y revenir "...ici on est à mi-chemin entre Sarajevo et Mostar, deux centres culturels." Plusieurs témoignages nous rapprochent de l'année 1931. La montagne, le lac, la rivière Neretva - les beautés de la nature ont été une des raisons de la décision de Drljača de s'installer à Borci.

Drljača revient souvent sur la montagne Durmitor, Monténégro (1933, 1934, 1935) et ne trahit jamais son inspiration. Il expose à Cetinje, en 1933, alors la capitale de Monténégro. Il peint également sur la côte adriatique. Il expose à Herceg-Novi et à Kotor en 1933. Il arrive même jusqu'à la Slovénie.

Drljača séjourne aussi à Mostar où il expose en 1934, 1936, 1937 et en 1938.

Dans l'incendie de sa cabaneDrljaca a occupé deux cabane à Borci, d'abord celle à Kotaradže, ensuite après l'incendie ce celle-ci, il s'installe dans une autre cabane abandonnée, celle à Jažve. Plus tard, la mairie de Konjic lui donne à l'utilisation une partie de la Villa de Šantić. Il y restera jusqu'à sa mort à Kotaradža en 1943Selon certaines sources l'incendie a eu lieu en 1946, une grande quantité des œuvres de Drljača est perdue. En tant qu'artiste il ne s'en est presque jamais remis.

Après la Deuxième Guerre mondiale, malgré sa faible santé, Drljača, est obligé un certain temps de travailler comme main d'œuvre pour gagner sa vie. Impressionné par la force et l'habileté de ces ouvriers il aime se voir parmi eux. La vie de Drljača, limitée à Borci, est de plus en plus déterminée par le quotidien, et moins par la peinture.

Après presque vingt ans sans quitter la montagne, en 1959. Drljača descend pour la première fois dans la ville pour se faire opérer d'un carcinome sur la lèvre. La santé affaiblie, il demande de s'installer dans "la Villa de Šantić".

En 1962. on organise à Mostar une exposition de Drljača pour fêter son , la première depuis 1939. Conscient de la modestie des œuvres dont il dispose, il s'y oppose. Dans son journal du 8. . il écrit : "Je pars à Mostar pour empêcher l'exposition. Le désespoir et la douleur".

Drljača se sent de plus en plus fatigué de la vie et souhaite la mort. Dans son journal il note : "La nuit, lourde et douloureuse, les larmes et les noirs pressentiments. Aujourd'hui, le cela fait deux mois du . quand j'ai supplié un homme de mettre fin à ma vie, et à mes souffrances"

Expositions

1930. Sarajevo, Bosnie-Herzégovine 1932. Sarajevo, Bosnie-Herzégovine 1933. Cetinje, Kotor, Monténégro 1934. Mostar, Bosnie-Herzégovine 1935. Sarajevo, Bosnie-Herzégovine 1936. Mostar, Bosnie-Herzégovine 1937. Mostar, Bosnie-Herzégovine 1938. Mostar, Sarajevo, Bosnie-Herzégovine 1939. Sarajevo, Bosnie-Herzégovine 1962. Mostar, Bosnie-Herzégovine 1971. Sarajevo, Mostar, Bosnie-Herzégovine

Anecdotes

La vie de Lazar Drljača, Lazo, comme l'appelaient les montagnards avec lesquels il partageait le quotidien, est devenu légendaire bien avant sa mort. Méprisant les habitants des villes, il ne contactait pratiquement que les montagnard et les anecdotes citées sont recueilliesLe recueil des témoignages et des anecdotes est réalisé en vidéo par Petar Magazin et Dino Kasalo. de la bouche de rares parmi eux avec lesquels il a établi une relation d'amitié et de confiance.

Le caractère de Lazar

"Il ne voulait s'approcher de personne si on lui disait autrement que "monsieur Lazo".

Si tu lui disais "camarade", c'était fini... Tu étais obligé de dire "monsieur", autrement cela n'allait pas.

J'étais obligé de faire attention au caractère de Lazo, car, à une occasion je lui ai dit "camarade" - trois jours il ne m'a pas dit "bonjour". J'étais toujours obligé de m'adresser à lui avec un "monsieur".

...À cette époque, il était peut être le seul homme dans le pays à qui tout le monde s'adressait avec un "monsieur", même les plus grands "camarades".

Lazo Bogomile

En 1953. lors du recensement de la population dans la rubrique "profession" Drljača écrit : " peintre académique, architecte, technicien, serrurier, poseur de pièges, faiseur d'eau-de-vie, faucheur, ouvrier sur les routes, ouvrier dans la forêt,... cuisinier, laboureur..." Il se déclarait comme bogomile (patarin) - une manière de plus pour exprimer sa révolte et pour préserver sa liberté.

Pourquoi Lazo est-il devenu bogoumile ou la mésaventure avec la fille du pope

"J'avais, une fois, fait l'eau-de-vie. Et il était venu et il est resté avec moi jusqu'à l'aube tout en discutant. À un moment, je lui demande - car un cheval m'avait autrefois cassé mes deux dents de devant, et lui aussi il ne les a pas - je lui demande : - Lazo, qu'est-ce qu'il t'es arrivé à tes dents? - Ah, ne me demandes pas ça! - Bien, comme tu veux. Mais, quand-même, il s'est mis à me raconter qu'il se voyait avec la fille du pope et qu'elle lui avait ouvert la fenêtre de sa chambre et qu'il était entré dans sa chambre - C'était le premier problème dans sa vie - Et quand il est y entré, le pope l'a entendu et il a appelé les gendarmes. Les gendarmes l'attachèrent à un pilier, et le frappèrent... Et ainsi lui ont cassé deux dents... C'est alors qu'il a eu une crise de nerfs et, depuis, il s'est mis à détester les popes et il est devenu bogoumile (le patarin)."

Lazo et les armées

"Pendant la guerre il n'était pas peureux. Il encourageait les gens... Et alors, il détestait chaque armée. Il n'aimait du tout les armées... se gardait de chaque armée, excepté les partisans. Mais, à la fin des fins, il ne sympathisait aussi plus avec eux. Dès que le pays fut libéré, ils lui sont aussi devenus désagréables, il ne s'entendaient ni avec eux. Il n'aimait aucun pouvoir, et pendant la guerre il sympathisait avec eux et les adorait."

Lazo et la ville

" ...Il n'aimait pas la ville. Il détestait la ville, car il a beaucoup souffert dans la ville, à Vienne, et ensuite à Paris, parce qu'il n'avait pas de bourses suffisantes... Il avait quelque chose, mais tout cela était peu."

Les souvenirs de Lazo

"Quand il était de bonne humeur, si tu lui étais sympathique, alors il pouvait parler, comment dire, de toute l'Europe... par où il était passé, où et comment il se débrouillait... comment sont les gens. Il racontait sa vie... et les écoles qu'il avait finies en France, en Allemagne... il dit que pendant la guerre, la Première Guerre mondiale, il a été sur un navire français, comme interprète, traducteur des langues étrangères. Et il riait beaucoup de son histoire, comme un petit garçon, lorsqu'il se souvenait de tout ce qu'il avait fait et vécu...

Lazo et Paris (souvenir de l'auteur)

" ...Dans l'ombre d'énormes saules à Borci, j'attendais, en compagnies des copains, un quelconque moyen de transport pour me rendre à Konjic. Soudain, surgit de quelque part Lazo et se mit à parler avec nous. Il nous demanda qui sont nos parents, que faisons-nous. Il se rappela de mes parents et me demanda où étaient-ils. Je lui répondit qu'ils se trouvaient à Paris et que j'avais l'intention d'y poursuive mes études.

À ces mots il eut une réaction vive et me dit :

- Tu ferais mieux d'aller en Albanie, tu y apprendrais davantage".

Lazo et le roi Alexandre

"Lazo m'a raconté encore, lorsqu'il a été à Mostar [...] on avait construit un pont, en béton, et le roi Alexandre arrive pour l'inauguration du pont. Et le maire de Mostar lui dit, au roi:

- Il y a un bon peintre, que pensez-vous de l'idée qu'il fasse un portrait de vous sur ce pont?

- D'accord.

Et le roi envoie ses aides de camp le chercher et ils arrivent chez Lazo pour qu'il aille avec eux. Lazo dit:

- Je ne peux pas venir. Mais je peux vous recevoir dans environ deux heures.

Et ceux-ci se fâchèrent et ne voulurent pas venir chez lui, et lui, de sa part ne voulait pas aller sur le pont pour faire son portrait.

... Tu t'imagines? Il tenait à son moi... C'est grand. Il ne craignait personne. Même un roi."

Lazo et les paysans

"Mais, il aimait le paysannat... Autant les paysans travaillaient et labouraient mieux, autant il adorait ça et s'en réjouissait... Et, une fois, Lazo, - ma foi, c'est vrai - il a fauché un pré de la coopérative agricole... il a fauché le foin. Il en a fait une meule. Je ne sais pas ce qu'il en a fait. Il a dû le donner à quelqu'un probablement - il en avait pas besoin"

"Moi et la guerre" (Extrait de La lettre de Drljača adressée à son ami, docteur Dojmiju)

"On pourrait écrire de longs livres et on ne dirait pas tout sur ce que la guerre avait fait... J'ai choisi une vie sage. Je me suis réfugié dans la cabane sur les coteaux de la montagne et je vivais dans la montagne - entièrement dans la chasse, entièrement consacré à une vie meilleure.

J'ai appris beaucoup de plantes médicinales et des fleurs... Les bandes m'ont volé les tableaux. Je suis resté nu et déchaussé. Heureusement que j'avais deux toiles avec des tableaux en huile dessus. J'ai enlevé la peinture et de la toile et je me suis fait les habits."

Comment les tableaux de Lazo ont brûlé