Le MIM-23 Hawk est un missile antiaérien de moyenne portée qui a été développé aux États-Unis dans les années cinquante. Le Hawk avait été initialement conçu pour détruire des aéronefs puis modifié pour l’interception de missiles.

Le système d’armes Hawk est entré en service en 1962, et fut rapidement l'objet d'un vaste programme de mise à niveau pour son maintien en condition opérationnelle. Il a été remplacé par le MIM-104 Patriot aux États-Unis en 1994 et a finalement été retiré du service aux États-Unis en 2002. Son dernier utilisateur, l'US Marine Corps, l'a remplacé par le missile portatif FIM-92 Stinger. Le missile a également été fabriqué en Europe occidentale à . et au Japon. Environ ont été produits.

Les États-Unis ne l'ont jamais utilisé au combat, mais il a été employé dans ces situations à plusieurs reprises par d'autres nations avec succès. Dans les premières versions, le MIM-23 atteignait 56 % de coups au but, dans les dernières versions ce pourcentage est passé à 85 %.

Les Soviétiques avaient développé des armes similaires : les systèmes SA-3 et SA-6.

Historique

Origine Aux États-Unis, la firme Raytheon met au point un système complet capable de frapper des aéronefs supersoniques à moyenne et basse altitude et d'accompagner une armée en campagne. Ce système s'appellera Hawk, acronyme de Homing All the Way Killer (« tueur guidé tout au long de son vol ») ou, en traduction littéraire, « Buse », ou au sens large « Rapace ».

Le développement du système de missiles Hawk a débuté en 1952, au moment où l'armée américaine entama des études sur les missiles sol-air à radar semi-actif. En , les États-Unis retinrent le projet Raytheon-Northrop : la société Northrop, qui fabriquait des ailes volantes expérimentales produirait les lanceurs, les radars et les systèmes de contrôle de mise à feu, tandis que Raytheon produirait le missile. Il serait destiné à la lutte de moyenne portée contre tous types d'aéronefs.

Le prototype reçoit l'appellation XSAM-A-18 et son premier tir guidé est réalisé en . Ce sera un succès : un avion-cible OF-80 est détruit dans des circonstances proches des conditions réelles d'engagement.

Le développement est achevé en , date à laquelle la désignation est modifiée en « XM3 » et « XM3-E1 ». Très rapidement les moteurs du missile, des Aerojet M22E7, seront remplacés par des M22E8 pour cause de manque de fiabilité.

Le premier bataillon opérationnel américain doté du Hawk a été déployé en , après en avoir pris livraison en 1960. Depuis cette date, une vingtaine de pays se sont portés acquéreurs, et l'Europe ainsi que le Japon le construisent sous licence. Les Français l'appellent ainsi simplement « Hawk ». Dans le cadre du réseau de défense sol-air du système OTAN de défense aérienne intégrée mis en place dans les années 1960 et démantelé dans les années 1990, ils composaient le premier des deux rideaux défensifs de missiles sol‑air en avant des MIM-14 Nike-Hercules.

Le système Hawk d'origine utilisait quatre radars qui assuraient la détection (PAR et CWAR), le suivi (CWAR et IPH) et l'engagement (IPH et ROR) des objectifs.

Depuis sa mise en service, le MIM-23 a été constamment perfectionné pour faire face aux nouvelles menaces.

Développement vignette|Arbre généalogique de la famille du missile Hawk. Dès sa mise en service le missile et son dispositif de tir subirent de nombreuses modifications pour pallier les problèmes et inconvénients du système initial :

Les systèmes de contrôle et commande imaginés et développés par Northrop Corporation étaient d'une grande complexité. De plus, la quantité de câblage électrique engendrait des erreurs récurrentes dans le système, au point que chaque système devait effectuer un redémarrage toutes les . L'amélioration au MIM-23B Hawk permis d'augmenter significativement la fiabilité (redémarrage toutes les ). Les dernières versions du Hawk peuvent demeurer en fonction jusqu'à sans produire d'erreur.

Le Hawk originel avait des problèmes d’engagement d’objectifs évoluant à basse altitude : le système ne parvenait pas à discriminer une cible sur un terrain accidenté. En 1964, l'armée américaine a donc commencé un programme destiné à remédier à cette limitation ; il s'agira d'une succession de mises à niveau du système qui aboutirent au MIM-23B. On commença par lui adapter un système numérique intégré de traitement des données, permettant l'évaluation des cibles de manière plus précise, la définition de l'ordre de priorité de ces menaces ainsi que de leur interception. Avec la version MIM-23B, on pourvut le missile d'une plus grosse ogive, d'un moteur M112 plus petit et plus puissant, et on améliora ses capacités de manœuvre en vol. Les systèmes radar PAR, CWAR, HPI, et ROR ont été remplacés par des variantes améliorées (voir radars).

Le système amélioré entre en service au cours de l'année 1972 et la première unité est déclarée opérationnelle en octobre de la même année. Toutes les unités des forces armées américaines sont mises à niveau avant 1978.

En parallèle, les États-Unis lancent un plan d'amélioration du système à partir de , essentiellement destiné à améliorer et moderniser les équipements au sol.

Phase I remplacement du radar de détection et acquisition basse altitude CWAR (AN/MPQ-34 ou 48 par AN/MPQ-55) ; installation du nouveau radar de détection et acquisition haute altitude PAR (AN/MPQ-50 avec affichage numérique, MTI - Moving Target Indicator). Les premiers systèmes issus de la Phase I ont été rendus opérationnels entre 1979 et 1981.

thumb|Tir d'un MIM-23 Hawk. Phase II remplacement du radar d'illumination de la cible, poursuite et guidage HPI (AN/MPQ-46 par AN/MPQ-57) ; ajout d'une optique TAS (système de suivi asservi). Il s'agissait d'un système de suivi électro-optique (TV) qui permettait au Hawk de fonctionner et de survivre dans un environnement sévère de contre-mesures électromagnétiques (ECM) en restant opérationnel malgré des capacités radar amoindries. Cette phase a été développée à partir de 1978 et incorporée sur le terrain entre 1983 et 1986.

Phase III nouveau radar de détection et acquisition basse altitude CWAR (AN/MPQ-62) ; ajout d'une détection à balayage ; mise en place du nouveau radar d'illumination, poursuite et guidage HPI (AN/MPQ-61 avec addition d'un système d'engagement simultané pour les vols à basse altitude (LASHE) permettant de contrer les attaques par saturation et d'intercepter simultanément plusieurs objectifs à basse altitude) ; suppression du radar de substitution bande K ROR ; augmentation de la fiabilité des missiles (MRR). En effet, les systèmes embarqués de contre-mesures devenaient de plus en plus performants. Ainsi, le système se serait-il révélé moins efficace contre des avions soviétiques disposant d'ECM moderne comme le Su-22. Les missiles MIM-23C et E embarquent ces correctifs ; diminution de l'encombrement du système ; amélioration de la létalité de l'ogive du missile contre les missiles balistiques, l'ogive a été remaniée pour produire davantage de gros fragments, généralement chacun, une masse comparable à un projectile de calibre de 12,7mm.

Le développement de la phase III a débuté en 1983, et les modifications ont été déployées sur le terrain par les forces américaines en 1989. La phase III a été une mise à jour majeure qui a sensiblement amélioré le matériel informatique et les logiciels de la plupart des composants du système. La mise à jour phase III donne la version MIM-23G qui permet au Hawk de faire face à des cibles volant à basse altitude dans un environnement hautement encombré

Phase IV amélioration de la mobilité du véhicule porteur à la suite de l'expérience de la guerre du Golfe dans les années 1990. L'objectif de ce programme était de réduire le nombre de véhicules de soutien par batterie et d'augmenter les chances de survie. Les mises à niveau du lanceur de missiles permettent à ce dernier de transporter lui-même les armes. Enfin, les tubes sous vide sont supprimés et remplacés par un simple ordinateur portable (?) ; ajout d'un système de recherche, d'orientation et d'alignement du lanceur ; remplacement des lourds câbles reliant les batteries par des fils plus standard. Cela permet une plus grande dispersion des véhicules composant la batterie en passant de à . Le développement a débuté en 1990.

Ces mises à niveau ont été déployées par l'US Marine Corps entre le début 1995 et . Mais la phase IV ne fut jamais appliquée dans l'US army avec le passage au Patriot. Il était notamment prévu : une plus grande mobilité ; l'amélioration de la détection des petits drones ; un nouveau radar CW d'engagement ; un système antiradiations ; l'amélioration du moteur du missile ; l'installation d'une version mise à jour du système électro-optique de suivi ; l'amélioration du Contrôle-Commande ; une mise à niveau de l'ATBM.

La Suède développa une dernière version qui fut effective en 1995 : le MIM-23 XXI

Caractéristiques

Le Hawk et ses versions vignette|Batterie de MIM-23 Hawk déployée en Arabie Saoudite durant la guerre du Golfe de 1991. L'allure générale du Hawk en fait un missile facilement reconnaissable : son fuselage est particulièrement élancé et pointu et ses ailerons de contrôle partent du tiers avant de l'engin jusqu'à l'arrière en prenant des proportions importantes par rapport au diamètre du fuselage du missile ; ces ailerons lui assurant une très grande stabilité en vol.

On peut le considérer comme un missile lourd, avec près de ; il s'agit par exemple du missile antiaérien le plus lourd en possession de l'armée de terre française.

De la même manière que les missiles en développement dans les années 1955-1965 aux États-Unis, il possède deux étages de combustion à carburant solide.

Le MIM-23 A avait une portée d'engagement minimum de , une portée maximale de , et possédait un volume d'interception de jusqu'à . Le Hawk de base transportait une ogive de d'explosif à fragmentation. Lors de l'explosion environ projectiles de qui se déplacent à environ sont émis dans un cône de 18 degrés d'arc. Il était propulsé par un moteur à double orientation, avec une phase d'accélération et une phase de sustentation. Les MIM-23A avaient été équipés d'un moteur M22E8 qui brûlait pendant 25 s en accélération et en sustentation. Les versions MIM-23B à M mesurent de long, ont un corps de diamètre . Ces armes pèsent au lancement. L'amélioration du moteur (passage du M22E8 au M112), avec un poids total de dont de propergol, augmente la portée maximale des versions la MIM-23B à M à . L'altitude maximale d'engagement atteint . La fourchette minimale de tir est réduite à . Le MIM-23B a une vitesse de pointe d'environ . Le missile est équipé de deux fréquences radio de proximité et de fusées d'impact. Le nouveau système de guidage utilise la bande X CW d'un radar semi-actif. Le missile peut manœuvrer à alors que le meilleur avion ne peut pas supporter plus de . La nouvelle charge, plus lourde de , produit environ dans un cône de 70 degrés d'arc. Ce deuxième missile est également plus performant à basse altitude : son enveloppe d'engagement est étendue par rapport à la première version et atteint un volume compris entre à avec une altitude minimale d'engagement de . Le carburant a également été perfectionné et de nombreux changements mineurs ont été apportés au dispositif de contrôle de tir. Sa maintenance a été facilitée grâce à la miniaturisation de l'électronique, qui est bien plus fiable qu'en 1960. Le missile est opérationnel à partir de 1971 et toutes les unités américaines en seront équipées avant 1978. La version MIM-23 C possède des capacités ECCM améliorées. la version MIM-23 D ne possède pas, officiellement, d'amélioration. Il semble juste probable que la famille D soit équipée d'un autre système de guidage, peut-être une recette maison développée en réponse aux nouvelles techniques ECM soviétiques découvertes par l'Occident lors de la guerre Iran-Irak.