Un nuits-saint-georges est un vin rouge ou blanc français d'appellation d'origine contrôlée produit sur les communes de Nuits-Saint-Georges et de Premeaux-Prissey, en Côte-d'Or. Il s'agit d'une des appellations communales du vignoble de la côte de Nuits, située entre l'aire de production du vosne-romanée plus au nord et celle du côte-de-nuits-villages au sud.
Cette appellation comprend 41 premiers crus (dont notamment le Saint-Georges) et est produite essentiellement en rouge (plus de 95 % de la production, dont un peu moins de la moitié en ).
Histoire Naissance du vignoble Le début de la culture de la vigne le long de la côte d'Or est difficile à dater, faute de preuves. Selon les auteurs, cela remonterait à la période romaine (la thèse la plus tardive mentionne le de notre ère). ou à celle des Gaulois (au avant notre ère., voire dès le .). Les seules certitudes concernent d'une part la consommation de vin par l'élite celte (de grandes quantités de débris d'amphores ayant été retrouvés) et d'autre part l'existence de la viticulture à partir de la fin du (fouilles de Gevrey-Chambertin en 2008-2009, en plaine)..
À partir du , l'implantation du christianisme favorise l'extension de la vigne par la création de domaines viticoles par les institutions ecclésiastiques.. En l'an 1395, Philippe le Hardi décida d'améliorer la qualité des vins et interdit la culture du gamay au profit du pinot noir sur ses terres. Cet ordre, renouvelé plusieurs fois ce qui fait douter de son efficacité, n'empêche pas le gamay et d'autres cépages d'être massivement cultivés, notamment en-dehors des meilleures parcelles du coteau, produisant des vins de consommation courante. En 1422, d'après les archives, les vendanges eurent lieu en côte de Nuits au mois d'août.. À la mort de Charles le Téméraire, le vignoble de Bourgogne fut rattaché au royaume de France, sous le règne de Louis XI.
Période moderne À la fin du et au , la façon de faire le vin rouge évolue vers des cuvaisons plus longues, des vins plus colorés et corpulents, les élevages s'allongent, d'où des mises en vente qui se décalent de novembre jusqu'à février. En 1700, l'intendant Ferrand rédigea un Mémoire de la Bourgogne pour l'instruction du dauphin Louis (qui avait le titre de duc de Bourgogne ; c'est le petit-fils de Louis XIV et le père de Louis XV), indiquant que dans le duché les vins les meilleurs provenaient des , et . Six exemplaires sont conservés à la bibliothèque municipale de Dijon, sous les cotes ms 724, 725, 726, 792, 1051 et 1064 ; il a été réédité et analysé : ..
En 1728, Claude Arnoux décrit les vins de Nuits comme des vins de garde (alors que les vins de la côte de Beaune sont alors présentés comme des vins de primeur) :
La feuille de Dole-Auxonne (publiée en 1762) de la carte de Cassini indique que le vignoble de Nuys, de Premeaux et de Prissey est alors limité au seul coteau, découpé par les vallons de la Bornüe, du Meuzin et de la Courtavaux. En 1778, Claude Courtépée et Edme Beguillet indiquent que , (tome III)..
En 1816, André Jullien cite le Saint-George et le clos de Prémeau parmi les vignobles de sa : , .. Quant aux autres vins de Nuits et de Prémeau, il les met dans sa (après le Corton et les vosne ; avant les volnay, pomard, chambolle et morey) : .
En 1831, Denis Morelot indique que la commune de Nuits a et plantés en noiriens (le pinot noir), complétés par et de gamays (produisant du vin ordinaire en plaine, à l'est de la route) ; Premeaux a de son côté et de noiriens, ainsi que et de gamays, ..
Cette répartition à Nuits évolue au profit du gamay selon Jules Lavalle en 1855 : .. Les sont Saint-Georges (), Vaucrains (6), Cailles (4), Porrets (7), Pruliers (12), Boudots (7), Cras (3), Murgers (4) et Thorey (6) ; les sont Argillas (3), Rousselots (4,5), Chabiots (3), Chaignots (3), Chaînes-Carteaux (2,5), Champs-Perdrix (2), Charmottes (10), Crots (8,5), Perrières (2,5), Poulettes (2), Procès (2), Richemonnes (2), Roncières (2,5) et Vignes-Rondes (5,5).
vignette|redresse=2|Le vignoble de Premeaux selon le classement de 1861 : la première classe de vins est en rose, la deuxième classe en jaune, la troisième classe en vert. vignette|redresse=2|Carte du vignoble de Nuits selon le classement de 1861. En 1861, le Comité d'agriculture de l'arrondissement de Beaune, préparant l'Exposition universelle de 1862, propose le classement suivant : à Premeaux : : les Forêts, les Didiers, Aux Perdrix, Aux Corvées, les Argillières, Clos Arlots et clos des Fourches (en partie) ; : Plantes-au-Baron, les Petits-Plets, clos des Fourches (en partie), les Grandes-Vignes, les Charbonnières et les Topons ; : clos des Fourches (en partie) ; à Nuits : : Aux Boudots, Aux Cras, la Richemone, Aux Chaignots (en partie), Aux Murgers, les Procès, Rue de Chaux (en partie), les Pruliers, Roncière, les Saint-Georges, Les Cailles, les Poirets, la Perrière, les Poulettes, les Chabœufs et les Vaucrains ; : Aux Damodes (en partie), Aux Chaignots (partie), En la Perrière-Noblet (partie), Aux Champs-Perdrix (partie), Aux Torey (partie), Aux Argillats, Aux Bousselots, Aux Allots, Aux Vignerondes, Aux Lavières, Aux Barrières, Au Bas-de-Combe, Aux Crots, Rue de Chaux (partie), Tribourg (partie), Belle-Croix (partie), les Fleurières (partie), les Hauts-Pruliers (partie), la Maladière (partie), les Brulées (partie), les Chaliots (partie), les Poisets (partie), les Longecourts (partie), Chaines Carteaux, les Vallerots, les Charmois (partie) et les Argillats, ..
Dans les décennies 1830 et 1840, la pyrale se multiplie et ses chenilles dévorent les feuilles de la vigne. Elle est suivie à partir de 1850 d'une maladie cryptogamique, l'oïdium., un champignon qui se développe sur les feuilles : les viticulteurs luttent contre lui depuis 1854 en aspergeant les vignes de soufre utilisé contre fongicide (soufrage). Le millésime 1865 donne des vins aux teneurs naturelles en sucres très élevées et des vendanges assez précoces. En 1869, est publié le roman de Jules Verne Autour de la Lune (la suite de son roman De la Terre à la Lune, sorti en 1865), dans lequel les trois passagers en orbite lunaire prennent leur premier déjeuner :
Durant la guerre franco-allemande de 1870, la petite ville est le théâtre de la bataille de Nuits le , avec des combats entre soldats français et badois en plaine autour du pont sur la voie ferrée, ainsi que dans l'arrière-côte (venant par Concœur), .. Puis arrive le phylloxéra, un puceron venu d'Amérique du Nord, qui touche la Côte-d'Or à partir de 1878 (repéré à Meursault, puis la même année au jardin botanique de Dijon et à Norges-la-Ville), se répandant ensuite, entraînant à terme la mort de la totalité des vignes. La seule parade trouvée fut de replanter avec greffage sur des pieds américains, autorisé en Bourgogne à partir de 1887.. En 1878, une nouvelle maladie cryptogamique, le mildiou, est identifiée dans le Bordelais, venant elle-aussi d'Amérique du Nord et contaminant rapidement tous les vignobles européens ; le traitement avec du sulfate de cuivre (la bouillie bordelaise) est proposé en 1885. Enfin, en 1886, c'est au tour du black rot (la pourriture noire) d'arriver ( de la Société française de phytopathologie, « Les Vendanges du Savoir » le 20 mai 2025 à Talence)., traité au fongicide. La crise phylloxérique transforme le vignoble : le provignage est abandonné, les plantations sont faites en rangs avec désormais un palissage sur fils de fer, et non plus en foule sur piquets., d'où une densité plus faible, et la possibilité d'y faire passer un cheval (pour traiter et labourer). En 1892, la commune de Nuits-sous-Beaune est autorisée à changer son nom pour y mettre celui de son principal cru, devenant Nuits-Saint-GeorgesDécret du , publié au JORF du , ..
Le mildiou provoque un désastre considérable en 1910. La confrérie des chevaliers du Tastevin est fondée en 1934 . Pendant ce temps, Henri Gouges a rejoint, au niveau national, le combat mené par le sénateur Joseph Capus et le baron Pierre Le Roy de Boiseaumarié qui aboutit à la création des appellations d'origine contrôlée. Il devient le bras droit du baron à l'INAOConstant Bourquin, , .. Ainsi, l'AOC est créée par un des décrets du , publié au JORF du ..
En 1971, pour la mission Apollo 15, un cratère lunaire de de diamètre situé au sud du site d'alunissage a été nommé par les astronautes le cratère St. George., en référence au roman de Jules Verne. Les deux Moonwalkers Scott et Irwin s'en sont rapprochés à bord de leur voiture électrique lors de leur première EVA. En 1972, les communes de Premeaux et de Prissey fusionnent pour devenir Premeaux-PrisseyArrêté du 29 décembre 1972, publié au JORF du , ..
Les techniques en viticulture et en œnologie évoluent depuis 50 ans (enjambeur remplaçant le cheval à partir des décennies 1960-1970, vendange en vert, table de triage, cuve en inox, pressoir électrique puis pneumatique, etc.). La définition de l'appellation est modifiée par le décret du (délimitation de l'aire d'appellation et des premiers crus), publié au JORF du ., avec extension de l'aire en 1989, publié au JORF du ..
Avec la canicule de 2003, les vendanges débutent pour certains domaines à la mi-août, soit avec un mois d'avance, des vendanges très précoces qui ne se sont pas vues depuis 1422 et 1865 d'après les archives. Le cahier des charges a été modifié en octobre 2009, publié au JORF du ., puis en décembre 2011Décret n° 2011-1762 du 2 décembre 2011 relatif à l'appellation d'origine contrôlée « Nuits-Saint-Georges », publié au JORF du . et en décembre 2024, homologué par l'arrêté du publié au JORF du ..
Étymologie Le nom de la ville a beaucoup varié au Moyen Âge et à l'époque moderne : en 1144 c'était Nuy, en 1173 Nui (dans les titres de l'abbaye Saint-Vivant de Vergy, H 697), en 1216 Nuie (Cîteaux, H 441), en 1228 Nuit (La Bussière, H 531), en 1234 Nuyz (Lieu-Dieu, H 1064), en 1256 Nuid, en 1296 « Nuits », en 1379 « Nuiz », en 1393 « Nuix », en 1623 « Nuids », en 1635 « Nuietz » et en 1658 « Nuitz », .. Ce nom viendrait du latin médiéval nauda désignant un terrain marécageux, devenant en ancien français Noe ou Noue ; cela fait référence aux débordements chroniques du Meuzin, rivière canalisée vers 1760, qui inondait Nuits..
Durant la seconde moitié du , la ville s'appelle « Nuits-sous-Beaune » (à cause de la PLM, qui desservait aussi la gare de Nuits-sous-Ravières). C'est le décret du qui autorise à remplacer le nom de la ville concurrente de Beaune par celui du principal cru de la commune, devenant ainsi Nuits-Saint-Georges. « Les Saint-Georges » (climat classé parmi les premiers crus de l'appellation) doit peut-être son nom à l'ancienne confrérie des vignerons nuitons dédiée à saint Georges.
Vignoble Aire d'appellation
Le vignoble produisant le nuits-saint-georges est situé sur les communes de Nuits-Saint-Georges et de Premeaux-Prissey.
L'aire d'appellation couvre un total de et , dont & sont classés comme premiers crus ; Cette aire est répartie sur deux communes, avec d'une part & (dont & en ) sur celle de Nuits-Saint-Georges et d'autre part & (dont & en ) sur celle de Premeaux-Prissey.. La surface déclarée en production était de en 2023, produisant presque exclusivement des vins rouges. Avec en répartition : vins rouges : 295,68 hectares, dont 134,59 hectares de premier cru ; vins blancs : 10,75 hectares, dont 6,89 hectares de premier cru.