Le musée des Explorations du monde, anciennement musée de la Castre, est un musée de Cannes installé dans les vestiges du château médiéval des moines de Lérins au Suquet. Labellisé « Musée de France », il présente des collections appartenant à la ville de Cannes : arts primitifs (ou premiers) d'Himalaya-Tibet, Arctique, Amérique pré-colombienne, Océanie, antiquités méditerranéennes, peinture de paysage du avec les petits maîtres de Provence.
Situation géographique Le musée des Explorations du monde est situé place de la Castre, au sommet du quartier du Suquet, à Cannes, dans le département des Alpes-Maritimes en région Provence-Alpes-Côte d'Azur (France).
Des bâtiments vignette|gauche|redresse|La « tour de l'abbé » et la chapelle Sainte-Anne, vestiges du château du Suquet. vignette|redresse|alt=Musée de la Castre|Le jardin du musée.
Construit au sommet de la colline du Suquet qui domine la baie, l’ensemble des bâtiments du musée forme l’un des rares témoins du Moyen Âge à Cannes. Il fut édifié à partir du à l’initiative des moines de Lérins, installés dans leur célèbre abbaye sur l’île Saint-Honorat depuis le . Édifice conventuel (monastère masculin), il est construit sur un plan quadrangulaire, comme celui d’un château avec donjon, et il intègre dans son enceinte défensive un corps de logis et une chapelle. Au milieu de la cour centrale se dresse une tour carrée dont la hauteur pouvait permettre le guet. Destiné aux princes de l’Église qu’étaient les abbés de Lérins, seigneurs d’une grande partie de la région, le château de Cannes marquait sa majesté architecturale qu’il imposait au paysage du littoral.
Endommagé dès la fin du , le château fut partiellement détruit au sur ordre de l’évêque de Grasse. Vendu comme bien national pendant la Révolution à la famille Hibert., il servit de demeure d’habitation jusqu’en 1878, date à laquelle il est loué à une manufacture de céramique « La faïencerie d’art du Mont-Chevalier ». En 1919, la commune de Cannes acquiert l’ensemble des bâtiments afin d’y loger son musée. La tour et la chapelle Sainte-Anne forment avec l'église Notre-Dame-de-l'Espérance un ensemble classé au titre des monuments historiques par arrêté du ..
Des jardins et un panorama Un premier jardin planté d’essences méditerranéennes, notamment de grands pins parasols, accueille le promeneur. Il est le prélude à l’entrée des visiteurs du musée. Après la visite des collections, le visiteur parvient dans la cour intérieure du musée au centre de laquelle est implantée la tour de guet de l’ancien château de Cannes. Du haut des 109 marches de cette tour médiévale, un point de vue à 360° s’offre au visiteur.
Les collections L’origine du premier musée de Cannes, situé alors dans l'hôtel de ville, remonte à 1877, avec l’importante donation faite à la ville par le baron Tinco Martinus Lycklama à Nijeholt, noble hollandais, voyageur cultivé qui s’attacha à la petite cité balnéaire. Le baron Lycklama a offert deux ensembles constitués de : sa propre collection : antiquités du bassin méditerranéen et objets ethnographiques achetés au Moyen-Orient et en Asie centrale et rapportés en Europe ; la collection du voyageur Edmond Ginoux de la Coche (réunie avant 1850, puis acquise en 1874 par Lycklama) : art primitif et ethnologie océanienne, et art précolombien.
À ce noyau s’ajoutèrent très tôt diverses donations de peintures, en particulier celle d’Alphonse de Rothschild. Depuis plus d’un siècle, ces collections ont été régulièrement enrichies par des acquisitions et des dépôts importants, dont celui du musée du Louvre. Longtemps installé dans l’ancien hôtel de ville, le musée fut transféré progressivement, à partir de 1920, au château de la Castre. La présentation actuelle s’articule autour de quatre ensembles : les arts primitifs (ou arts premiers) et ethnologie à travers l’Himalaya, l’Arctique, l’Amérique précolombienne et l’Océanie ; les antiquités méditerranéennes à travers l'Égypte, le Proche-Orient, Chypre, la Grèce et Rome ; La peinture de paysage depuis 1830 jusqu'au postimpressionnisme par les petits maîtres de la Provence
Voyage ethnographique Himalaya-Tibet vignette|redresse|alt=Salle Himalaya-Tibet|Masques, Himalaya-Tibet. Cette collection unique en France témoigne de la richesse d’un art populaire exceptionnel, né d’inspirations tantôt « classiques » (essentiellement liées au bouddhisme tibétain), tantôt « tribales » (chamanisme, fêtes villageoises). Les pièces présentées (masques, coiffes de femme, statues votives…) proviennent des principales régions de l’Himalaya : Inde (Ladakh, Arunachal Pradesh), Népal, Tibet et Bhoutan.
Arctique Une soixantaine d’objets inuits présentent la production des populations primitives du Canada, de l’Alaska et du Groenland. Des objets de la vie quotidienne, ustensiles de pêche et de chasse sont exposés de part et d’autre d’une vitrine centrale. Hameçons, lunettes de banquise. De petites figurines, sculptées pour la plupart dans l’ivoire (dents de morse ou de phoque ?), sont rassemblées dans trois vitrines et évoquent leur univers quotidien et religieux. Le musée a acquis, en 1973, qui avaient été ramenés de l'expédition menée chez les Inuits Netsilik par Gontran de Poncins en 1938.
Amérique précolombienne
Trois vitrines murales regroupent une cinquantaine de céramiques et de sculptures en pierre de la section précolombienne. L'une d'elles est consacrée aux civilisations du Mexique et de l’Amérique centrale et l'autre aux civilisations des Andes et plus particulièrement du Pérou. Quelques pièces sont remarquables comme la meule à grains en forme de jaguar du Costa Rica ou certaines céramiques péruviennes (statuette féminine imposante de la culture Chancay ; vase portrait de la culture Mochica ou vase siffleur (pour émettre des sons musicaux) de la culture Chimú-Lambayeque.
Océanie vignette|redresse|alt=Salle Océanie|Proue de pirogue, Océanie. L’ancienneté de certaines pièces, leur qualité et leur rareté font de cette section l’un des joyaux du musée. Une grande partie des 124 objets présentés ont été collectés par Edmond Ginoux de la Coche lors de deux séjours à Tahiti et aux îles Marquises (1843-45 et 1848). Des points forts jalonnent la mise en scène : la présentation en panoplie des armes de Polynésie et de Mélanésie ; l’espace clos dans lequel se tiennent un mannequin et des effigies funéraires du Vanuatu ; un nez de pirogue des îles Trobriand (Nouvelle-Guinée) occupant l’espace central de la deuxième salle consacrée aux peuples du Pacifique.
Voyage historique Les antiquités méditerranéennes prennent place dans la pièce inférieure de la « tour de l’Abbé », construction du qui fut arasée en partie, mais dont on peut deviner encore le profil dans le jardin du musée. Cette tour ponctuait l’angle d’un des bâtiments d’habitation du château de Cannes. La salle présente une riche collection d’objets antiques de Méditerranée : depuis les tablettes d’argile sumériennes écrites en cunéiforme jusqu’aux sarcophages chrétiens de plomb du . Ainsi se déploient dans les vitrines, ajustées comme des armoires de collectionneurs et à la manière d’un cabinet d’antiques, près de d’art.
Les objets proviennent en partie de la collection du baron Lycklama, qu’il acheta au cours de ses voyages au Proche-Orient : la Perse et sa capitale Téhéran, les ruines sur le Tigre de l’actuel Irak ; la Turquie et Constantinople, la Syrie avec Damas et Palmyre, la Palestine avec Jérusalem et Bethléem ; l’île de Chypre. Il parle dans ses mémoires « d’une abondante moisson d’objets antiques les plus variés ».
Certains objets les plus précieux proviennent de la donation de Jacqueline Damien (1922-2000), présidente des Amis des musées de Cannes de 1878 jusqu'à sa mort. Fille de René Damien (1891-1971), grand industriel, président-directeur-général d'Usinor, elle offrit à l’État français en 1992, la collection de son père avec l’obligation de la déposer au musée des Explorations du monde. Des dépôts importants du musée du Louvre valorisent les collections antiques du musée des Explorations du monde. Parmi les œuvres les plus remarquables, cinq sarcophages (trois paléochrétiens, un égyptien et un étrusque) forment un ensemble évoquant les pratiques funéraires de l’Antiquité. Au cœur de la collection, on remarque particulièrement les têtes sculptées chypriotes, la table d’offrandes égyptienne, les sarcophages paléochrétiens en plomb et le masque funéraire en or de Sidon (Liban).
La peinture de paysage de 1830 au post-impressionnisme à travers les petits maîtres vignette|redresse|alt=Musée de la castre|Salle peinture. vignette|redresse|Félix Pille, Le Suquet vu de la Croisette, 1906.
Le paysage peint au - Les motifs pittoresques La représentation de la nature, mise en scène dans la peinture de paysage a suivi des codes différents selon les époques et les civilisations : notations d’éléments paysagers sur les fresques romaines de l’Antiquité, paysages symboliques des enluminures du Moyen Âge, paysage urbain de la Renaissance italienne, et décors de fond des scènes historiques ou religieuses des périodes classiques. Au , on voit apparaître une grande diversité de sujets : plaines et forêts, terrains vallonnés, mers et rivières mais relégués à un rôle secondaire. C’est à la fin du que l’art du paysage devient un genre à part entière, inspiré par les maîtres hollandais et flamands.
Une étape décisive en France est franchie par la création d’un prix de Rome du paysage historique en 1817 qui reconnaît le genre. À cette époque, l’ouvrage de référence des peintres paysagistes Les Éléments de perspective pratique à l’usage des artistes favorisait le travail de plein air, préconisait l’étude des fragments de paysage comme les rochers, les arbres ou les nuages. À partir d’une esquisse au crayon dans la nature, couverte d’annotations sur les couleurs, le paysagiste retravaillait dans son atelier à leur traduction en peinture. Il reconstruisait des paysages, parfois idéaux, parfois avec une volonté de vérité géographique ou atmosphérique, mais de mémoire, mêlant des détails véridiques à des sites imaginaires. Le paysagiste disposait sa composition en point de vue, c’est-à-dire qu’il révélait un motif (village, falaise…), encadré d’éléments de nature. Cet usage en peinture rejoint le goût de l’époque pour la recherche d’un point de vue pendant une excursion.
Au , le promeneur, à pied ou à cheval, suivait les prescriptions des nouveaux guides de voyage dans le cadre d’un tourisme naissant et cherchait pendant sa promenade une vue du paysage en hauteur, qui l’émerveillerait et exalterait le sentiment de beauté d’un territoire. Nos guides de voyage actuels font perdurer cet usage. Le paysagiste du , proposait aussi des panoramas, c’est-à-dire la vue élargie d’un paysage ouvert dans un grand angle, à la manière des paysages immenses qui défilent par la fenêtre du train. Le chemin de fer a permis aux premiers voyageurs du de se familiariser à cette vision du paysage, qui défile encadré par la fenêtre, comme un panorama en peinture…
Les tableaux présentés dans cette salle montrent les petits maîtres cannois du , virtuoses des motifs pittoresques du littoral. La génération de Joseph Contini (1827-1892) et d’Adolphe Fioupou (1824-1899) nous invite à l’observation minutieuse des arbres ou des rochers, motifs isolés ou intégrés dans une composition élaborée.
Vedute de Cannes vignette|redresse|alt=Musée de la castre|Adolphe Fioupou, Vue de Cannes, 1860. Les peintres de Venise au , comme Canaletto ou Guardi, magnifièrent un genre, la vue topographique ou veduta, qu’ils exportaient dans toute l’Europe. C’était un souvenir peint de grande qualité qui donnait aux riches visiteurs un souvenir de la beauté architecturale de la cité. Exactitude des paysages urbains, précision et minutie des détails architecturaux ou des scènes pittoresques représentées, dominaient cette peinture.