La panne de courant européenne du est une panne de courant de grande importance qui touche le réseau interconnecté européen de transport d'électricité, privant de courant environ de clients, le , vers . Le réseau est resynchronisé environ plus tard, à , et revient en fonctionnement normal en environ une heure, enfin l'ensemble des pays retourne à une situation normale en deux heures.
Chronologie de la coupure thumb|Le paquebot Norwegian Pearl à l'origine de la coupure de la ligne à haute tension. L'origine serait la mise hors-service programmée puis différée de deux lignes de qui enjambent le fleuve Ems"La panne électrique du 4 novembre 2006 : un plaidoyer pour une véritable politique européenne de l'énergie" sur le site de la fondation Schuman., dans le nord-ouest de l'Allemagne, pour permettre le passage du paquebot de croisière Norwegian Pearl qui quittait le chantier naval Meyer et rejoignait la mer du Nord sans risquer de court-circuit entre son mat et les lignes. Ces coupures des deux lignes reliant Conneforde à Diele sont intervenues à et .
: Un des gestionnaires allemands de transport d'électricité haute tension, RWE TSO (aujourd'hui ), informa un autre gestionnaire, E.ON Netz (filiale d'E.ON) de la valeur limite de sur la ligne Landesbergen-Wehrendorf (reliant E.ON Netz et RWE TSO), mais le réseau continuait à fonctionner conformément aux normes. Les deux entreprises furent en communication téléphonique à , et , et purent s'échanger des informations sur les valeurs limites de cette ligne qui n'étaient pas les mêmes pour les deux entreprises.. Entre et : la charge de la ligne de Landesbergen-Wehrendorf augmenta de dépassant la valeur limite de fixée par RWE TSO. : RWE TSO appela E.ON Netz pour demander une intervention urgente. Après des estimations empiriques, E.ON Netz décida d'intervenir à Landesbergen. : l'intervention eut lieu mais le résultat fut contraire à celui qu'on attendait : au lieu de baisser de , le courant augmenta de . La ligne fut déconnectée par les automatismes de sécurité à la sous-station de Wehrendorf (RWE TSO) pour surcharge. Par un effet domino de report de charge, de nombreuses autres lignes auraient décroché, entraînant pratiquement une scission du réseau de l'Union pour la coordination du transport de l'électricité (UCTE) en trois, suivant une ligne nord-sud, ainsi qu'une déconnexion du MarocA. Merlin et J.P. Desbrosses, European Incident of 4 th November 2006 The events and the first lessons drawn, revue Electra, février 2007J.M. Tesseron, Bilan 2006 de la sûreté du système électrique français, disponible en français et en anglais sur le site officiel www.rte-france.com de RTE. La séparation du réseau se produisit à et , et la séparation entre l'Espagne et le Maroc se produisit à .
Situation du réseau, lors de la coupure thumb|Fractionnement du réseau UCTE en trois sous-régions à 22:10:40
Durant la minute précédant la séparation, la puissance était d'environ dont éoliens (essentiellement en Europe du Nord, et en Espagne). Après la séparation, les puissances se répartissaient comme suit : zone ouest : dont éoliens, production inférieure à la consommation ; zone nord-est : dont éoliens, production supérieure à la consommation ; zone sud-est : , presque équilibrée, peu affectée.
La séparation du réseau a conduit au dépassement de seuil de fréquence électrique, qui a atteint à l'ouest et de à l'est (la fréquence européenne est de ). Ce franchissement de seuil a conduit à l'arrêt de centrales. Le rétablissement des fréquences normales a été fait en , dans les zones en sous-fréquence. Il a été compliqué dans les zones en sur-fréquence, en raison du manque de maîtrise sur les installations de production décentralisées.
L'Europe de l'ouest étant alors en déficit de production, des délestages ont été nécessaires pour éviter un écroulement total du réseau. 10 % des clients ont dû être déconnectés. En France, de la consommation (12 %) soit cinq millions de foyers ont dû être déconnectés. Les barrages hydro-électriques ont participé au rétablissement de la situation en étant mis en œuvre pour augmenter la production locale de .
Zone sud-est Cette zone comprenant alors les pays de l'ex-Yougoslavie (hors Slovénie), l'Albanie, la Grèce, la Bulgarie et la Roumanie, a été peu affectée.
Zone ouest thumb|Évolution de la fréquence dans la zone ouest.
Durant cet incident, la zone ouest se composait de l'Espagne, du Portugal, de la France, de l'Italie, de la Belgique, du Luxembourg, des Pays-Bas, d'une partie de l'Allemagne, de la Suisse, d'une partie de l'Autriche, de la Slovénie et d'une partie de la Croatie.
La production de cette zone était de , et manquaient pour satisfaire la demande. Ceci provoqua une baisse rapide (en ) de la fréquence vers au lieu de . Ceci déclencha le plan de défense, et donc le délestage en moins de , des pompes de stockage à (pour ), et de certains clients, vers (pour de consommation).
Beaucoup de petites centrales de production (éoliennes et installations de cogénération notamment) se sont aussi déconnectées du réseau à cause de la chute de fréquence, réduisant la production de .
Les centrales de réserve essentiellement hydrauliques furent alors démarrées, et permirent de fournir , sur du maximum théorique.
Zone nord-est
Au moment de la séparation, la zone nord-est surproduisait , ce qui est habituel, bien que l'Allemagne du nord produisait plus en raison de vents importants. Cette surproduction fit monter la fréquence vers . La fréquence fut réduite à par des automatismes, ainsi que la déconnexion de certaines centrales, notamment des éoliennes. La fréquence de restait toutefois au-delà du seuil de correspondant à une fréquence normale.
Cependant, les centrales éoliennes se sont automatiquement reconnectées au réseau, entraînant une nouvelle hausse de fréquence. Cette nouvelle hausse a dû être compensée par une baisse de production thermique. Toutefois, certaines centrales ne pouvaient baisser leur production, qui était déjà minimale. En raison de vents important la fréquence monta jusqu'à , à .
L'arrêt des centrales thermiques, et le fonctionnement important des éoliennes conduisirent à un déséquilibre à l'intérieur de la zone nord-est. Le nord-ouest de cette zone produisant plus, et le sud-est de cette zone produisant moins, les échanges transfrontaliers furent importants au point de dépasser les niveaux acceptables, y compris lors de situations d'urgence. En particulier, les lignes internes dans le sud de la zone contrôlée par VE-T control area (la ligne en double circuit de Bärwalde-Schmölln utilisaient 100 % de leur capacité de transport), au sud-ouest de la Pologne (la ligne Mikułowa - Czarna la charge était de 120 % ; les deux transformateurs du poste de Mikulowa étaient chargés à plus de 120 %) et l'ouest de la République Tchèque (la ligne Hradec-Reporyje était chargée à 140 %).
Cette surcharge présentait un risque de nouvelle séparation sur le réseau électrique. Toutefois, grâce à la resynchronisation de l'ensemble du réseau, la charge a pu être réduite.
Rôle négatif de la production décentralisée
Selon le rapport de l'UCTE, les installations de production décentralisées, c'est-à-dire raccordées aux réseaux de distribution, ont joué un rôle négatif dans ce qui s'est produit, sans être toutefois à l'origine de la panne. En particulier : dans la zone ouest, une grande partie de cette production décentralisée, soit dont d'éolien, s'est automatiquement déconnectée du réseau dès que la fréquence est descendue sous les , aggravant le déficit de production ; dans le même temps, parmi les installations de production non décentralisées (raccordées aux réseaux de transport, en haute ou très haute tension), seule une centrale (gaz) de s'est déconnectée ; dans la zone nord-est, le comportement d'une partie du parc éolien a complexifié et un peu retardé le processus de resynchronisation, et ce comportement aurait pu être à l'origine d'une séparation ultérieure de cette zone nord-est en plusieurs sous-zones, bien que cela ne se soit pas produit.
Ce rapport de l'UCTE ne met pas en cause les caractéristiques intrinsèques de la production décentralisée, mais la manière dont cette production décentralisée a été déployée les années qui ont précédé cette panne du . Sont notamment mis en causes le peu de visibilité des gestionnaires de réseaux de transport sur ces installations de production décentralisées, ainsi que les réglages des protections de découplage de ces installations, protections qui dictent quand les installations se déconnectent du réseau, sachant que ces réglages ont généralement été définis par les gestionnaires de réseaux de distribution.
Effets collatéraux : autres zones
Au nord, la fourniture d'électricité à Nordel, l'organisme qui gère les pays nordiques, put continuer.
À l'ouest, étaient exportés de l'Espagne au Maroc, et du Maroc à l'Algérie. À , une protection de fréquence à Melloussa (Maroc) coupa la connexion Espagne-Maroc. Le manque de puissance marocain fut compensé par l'Algérie et la Tunisie. La connexion entre l'Algérie et le Maroc fut coupée en raison d'une protection de puissance (). Le Maroc manqua donc d'électricité, alors que le surplus d'électricité en Algérie et en Tunisie fit monter la fréquence à .
Une surcharge de la ligne Tajerouine-Aouinet () conduisit à un délestage de en Tunisie.
La relation entre la France et l'Angleterre continua à fonctionner normalement.
Chronologie de retour à la normale
L'ensemble du réseau européen a pu être resynchronisé en . L'ensemble du réseau a pu être rétabli en environ une heure. L'ensemble des pays est revenu à une situation normale en deux heures.
Resynchronisation
Cinq essais infructueux de resynchronisation furent tentés entre et , mais échouèrent à cause de différences de fréquence.
Deux essais de reconnexions simultanés échouèrent au bout de quelques secondes, vers et vers . Finalement, la reconnexion fonctionna, à , la différence de fréquence étant alors réduite à , et le déphasage à 10°. Ensuite, en , étaient reconnectées. La troisième zone de l'UCTE fut reconnectée peu après.
Conclusions
À la suite de cette coupure, des investigations ont été menées par l'UCTE, qui ont conduit à un rapport final sur cette System Disturbance du , lequel couvre notamment : la chronologie de l'événement, les flux entre chaque pays, le fonctionnement des différentes zones séparées, l'évolution des fréquences, le système de resynchronisation, les causes premières, les facteurs critiques, cinq recommandations.
Notes et références
http://www.rte-france.com/htm/fr/accueil/coupure.jsp
Voir aussi Panne d'électricité du 19 décembre 1978 en France Panne de courant de 2025 dans la péninsule Ibérique Liste de pannes de courant importantes
Articles connexes Panne de courant Réseau électrique
Europe Catégorie:2006 en Europe Catégorie:Novembre 2006 Catégorie:Électricité en Europe