Théodore de Bry, né à Liège en 1530 et mort à Francfort-sur-le-Main le , est un orfèvre, dessinateur, graveur et éditeur protestant.

Il est célèbre pour l'illustration et la publication de la série des Grands et Petits Voyages, qui décrit les expéditions européennes de découverte de l'Amérique – auxquelles il n'a pas assisté personnellement.

Famille

Grand-père paternel

Son grand-père paternel, Thiry de Bry l'aîné, est orfèvre. Il a épousé Alide Renard, fille du prélocuteur (procureur en Belgique) N. Renard de Tilleur. Ils ont pour enfants Thiry le jeune et Alide de Bry. Alide (tante de Théodore de Bry) épouse en premières noces Noël de Fexhe en 1535 ; puis, 10 ans après le décès de Noël de Fexh vers 1560, Alide épouse en secondes noces Rigaut de Kemexhe en 1570.

Père

Son père, , est orfèvre et ciseleur renommé ; il a exécuté entre autres plusieurs calices et trois petites châsses en cuivre doré pour la cathédrale Saint-Lambert de Liège – ces trois châsses, destinées aux reliques de saint Hubert, saint Remacle et saint Hadelin, sont exécutées sous le règne du prince-évêque Georges d'Autriche, donc entre 1544 et 1557.

Thiry le jeune a une première union, dont naît un fils (le troisième Thiry) qui porte le même nom que lui. Puis il épouse le 24 mai 1521 Agnès Herve, fille de Johann de Herve, commissaire de la cité de Liège.

En 1536 il est nommé commissaire de la cité de Liège.

Année de naissance

A. Siret fait naître Théodore en 1528, sans indiquer d'où il tire cette date..

Abry donne 1530, date qu'il tire de Théodore de Bry lui-même - quoiqu'il nomme ce dernier « Jean Théodore » (mais les renseignement biographiques qu'il donne sont sans ambigüité : il parle bien de Théodore de Bry et non de son fils ou d'une autre personne). :

Lieu de naissance

Liège est à l'époque la capitale de la principauté de Liège, un État du Saint-Empire romain germanique régi par le prince-évêque de Liège.

Mariages, enfants

À Strasbourg, en 1560 il épouse Catherine ou Katharina Esslinger, elle-même Strasbourgeoise et fille de Johann Esslinger, le 20 novembre selon Gossieux et Fuchs, en octobre selon Groesen. De ce mariage sont issus : Ottilia (Odile) en 1562, Johan Théodore en 1563, Johan Israel en 1565 et Johan Jakob en 1566. Johan Jakob n'est plus mentionné ensuite, ce qui suggère qu'il est mort en enfance.

Katharina meurt selon certains, probablement peu avant 1570 selon Groesen. Plus tard, Johan Theodore et Johan Israel deviennent eux aussi graveurs sur cuivre.

En février 1570 il épouse Katharina Rölinger (1542(?)–1610), fille d'un orfèvre luthérien, née à Francfort-sur-le-Main.

Noms

Il est cité comme Dietrich Brij (son fils aîné est aussi appelé Hans Dietrich von Bry. Il signe au moins une gravure par le nom de Derick Theodor de Brij : une gravure de 1587 est signée “graven in Copper by Derick Theodor de Brij in the Cittye of London”.. le prénomment Thierry.

Biographie

Il se forme à l'orfèvrerie auprès de son père, l'orfèvre (1495–1590)...

Strasbourg (1558 – 1576), orfèvrerie

Il quitte Liège vers 1558 et rejoint Strasbourg, un déménagement probablement dû en partie aux restrictions imposées aux protestants à Liège : l'accession en 1557 de Robert de Berghes comme prince-évêque de Liège n'est pas favorable aux protestants, même si sa politique n'inclut pas de persécutions généralisées ni de confiscation des biens des réformés ; après la paix d'Augsbourg en 1555, Strasbourg reçoit de nombreux protestants, quoique les libertés religieuses des calvinistes diminuent rapidement à l'instigation de luthériens stricts. La religion mise à part, de Bry peut aussi bien avoir choisi Strasbourg parce que c'est une ville commerçante dynamique ; Abry note que « Jusqu'alors on n'avait pas considéré à Liège les artisans de curiosités, et c'est pour cela que quantité d'autres se sont expatriés pour chercher à vivre ». Groesen donne Anvers et Strasbourg comme les deux pôles commerciaux d'Europe du Nord à l'époque.

À Strasbourg il s'intéresse à la gravure sur cuivre ; et il y épouse Katharina Esslinger en 1560 (registre de mariage à l'appui). Noter qu'en 1560 il est déjà enregistré dans la liste de la guilde des orfèvres de la ville, ce pour quoi il faut d'abord avoir acquis la citoyenneté de la ville. Or il ne figure pas dans la liste des gens qui ont acquis cette citoyenneté par mariage ; il l'a donc acquise avant son mariage. De plus, les registres listant les personnes qui ont acquis la citoyenneté par leurs propres mérites ne commencent qu'en 1559, et son nom ne s'y trouve pas : il est donc arrivé à Strasbourg avant 1559.

En janvier 1569 il héberge dans sa maison de la Kesselgasse toute une famille de huguenots ayant fui les persécutions (véritables, celles-là) de Champagne. C'est la famille de Claude Pioche, intendant des finances de Charles IX pour la Champagne. Noter qu'à peine 10 ans après son arrivée dans la ville il a une maison assez grande pour abriter un nombre conséquent de personnes en sus de sa famille – ce qui suggère qu'il n'est pas arrivé les mains vides dans la ville, contrairement à ce que lui-même affirme avec ses histoires de confiscations de biens à Liège et de rencontres avec des voleurs de grands chemins.

Son mariage en février 1570 avec Katharina Rölinger, native de Francfort-sur-le-Main, est le premier acte de sa vie mentionné dans les archives de la ville de Francfort ; il habite encore à Strasbourg mais il visite régulièrement les foires de cette ville dans le début des années 1570 sinon déjà avant, et y fait du commerce.

Il se lie avec le graveur parisien et huguenot Étienne Delaune, fuyant les persécutions et arrivé à Strasbourg en 1573. Les oeuvres artistiques de de Bry, et même les premiers travaux de ses jeunes fils, semblent avoir été influencés par Delaune à partir de cette époque. Puis le Magistrat de Strasbourg durcit encore sa position en regard de la religion protestante, et en 1576 Delaune quitte Strasbourg pour Augsburg. De Bry se décide à quitter Strasbourg lui aussi.

Anvers (1577/1578 – 1584/1585 ou début 1586), gravure sur cuivre

La pacification de Gand de 1776 a quelque peu diminué les tensions religieuses aux Pays-Bas. Fin 1577 ou en 1778, il s'installe à Anvers. Sans en avoir la citoyenneté, il entre quand même dans la guilde des orfèvres d'Anvers et dans la guilde de Saint-Luc ; pour cette dernière il se désigne comme « Dierick le graveur sur cuivre et orfèvre ». Sa femme et ses enfants le rejoignent en 1581, après avoir vécu à Francfort dans l'intervalle. De Bry loue alors une grande maison dans la Huydevetterstraat (son loyer est parmi les plus élevés de cette rue). Dès 1581 Johan Theodore devient membre de la guilde des orfèvres d'Anvers, en tant qu'apprenti de son père. En 1582 Johan Israel rejoint aussi l'atelier paternel, suivi de trois autres apprentis. À Anvers, de Bry se rapproche du relieur et imprimeur français Christophe Plantin, qui connaît son plus grand développement dans les années 1570.

Les gravures donnant des sujets susceptibles de servir de décorations pour l'orfèvrerie (joyaux, petit mobilier, manches de couverts de table ornés…) sont très demandées par les orfèvres du nord de l'Europe ; le dessin d'ornementations pour d'autres artisans est une activité courante pour les orfèvres abordant la gravure à la fin du . Inspiré par les Gerard de Jode, Maarten de Vos, Philippe Galle et autres membres célèbres de la guilde de Saint-Luc, son style ornemental discret inspiré par Delaune devient plus figuratif et plus grand, plus chargé aussi : les sujets principaux, au centre, sont entourés de scènes plus petites voire miniatures dans les coins supérieurs droit et gauche. Ces planches imprimées d'ornementation élaborée sont à la mode jusqu'en Angleterre, et ont pu graduellement devenir sa source principale de revenus.

Cette époque marque aussi un tournant majeur de l'imprimerie : jusqu'à la fin des années 1560, les planches des livres imprimés sont toutes gravées sur bois, par le procédé de taille d'épargne. La gravure sur cuivre pour les livres est introduite vers 1565, utilisant un procédé à deux étapes : une première passe avec des planches en taille d'épargne, et une deuxième passe avec des planches de cuivre gravé utilisant des presses à taille-douce. Le produit fini est plus cher puisqu'il demande plus de manipulations et une fouble grabure, mais la taille-douce donne des imprimés (textes et images) nettement plus précis. Plusieurs livres de cette époque sont imprimés en deux séries, une version bon marché imprimée sur bois et une version chère utilisant aussi les planches sur cuivre. Quand de Bry arrive à Anvers, l'imprimeur Christophe Plantin est célèbre pour son utilisation des planches gravées sur cuivre.

Le séjour à Anvers apporte à de Bry une évolution importante de son style et le développement de son savoir-faire pour la gravure d'imprimerie ; mais l'élément indispensable pour son futur succès reste les alliances qu'il y établit. Les relations qui l'aideront à intégrer et s'imposer dans la société de Francfort de 1588 marquée par la ségrégation religieuse, ne sont pas ses amis de Liège ou ses frères de guilde de Strasbourg ; ce sont les Philippe Galle, Franciscus I Raphelengius (gendre de C. Plantin), Quentin Metsys le Jeune, et les familles Hoefnagel et Van der Heijden, dont il fait connaissance à Anvers.

La famille reste dans la Huydevetterstraat au moins jusqu'en 1584. La date de départ est incertaine. Un document indique que la famille a quitté Anvers probablement peu avant l'exode en masse des protestants subséquent à la reprise de la ville par les Espagnols en août 1585. En août 1584 l'orfèvre Hans van Balen informe les magistrats d'Anvers qu'« il a entendu dire quelques jours auparavant que Diricken de Brey, qui travaillait pour lui, s'apprêtait à quitter Anvers sous peu et que lui, Van Balen, ne lui assignerait donc plus de travaux ». Dans les registres pour 1586, son nom est inscrit puis barré plus tard, ce qui indique que les De Bry ont quitté Anvers au plus tard courant 1586.

Londres (1585/1586 – 1588), gravure sur cuivre

La famille séjourne à Londres de 1585 ou 1586 à 1588.

Il est possible qu'il ait mis à profit ce séjour pour trouver ou retrouver des membres de sa famille. Il y a à l'époque un peintre du nom de Jacques ou James de Br(a)y installé à Londres, et le nom de James (Jacques, Jacob) est courant dans la famille de Théodore de Bry ; mais leur degré de parenté, s'il y en a un, est inconnu. Il y a aussi à Canterbury une famille en vue du nom de ‘Du Bry’ dans le milieu des réfugiés religieux, mais là aussi le lien avec T. de Bry est inconnu ; De Bry n'a pas laissé de mention écrite de Canterbury, et les registres de l'église wallone à Canterbury manquent pour les années 1584-1590.

Le réel motif de ce séjour à Londres est la publication de la traduction en anglais du livre de Lucas Janszoon Waghenaer sur la navigation, Spiegel der zeevaert ("The Mariners Mirrour, en français "Mirroir du Marin"), publié en néerlandais en 1584 par Christophe Plantin. – ce livre est un atlas de cartes nautiques et donne de nombreux conseils pour la navigation sur les côtes d'Europe de l'ouest et du nord-ouest (sans l'Irlande, que Waghenaer inclut dans son Thresoor der Zeevaert publié à Leyde en 1592.). Il est traduit et publié en latin (sous le titre Speculum nauticum super navigatione maris occidentalis confectum) en 1586.. (1551–1627), , le traduit en anglais et le fait publier en 1588. Nous ne savons pas si Ashley a été chargé de cette traduction en 1586 ou 1587, ni s'il a traduit directement de l'original en néerlandais ou de la version en latin. Toujours est-il que, souhaitant obtenir la même qualité d'imprimerie que l'édition originale, il fait appel à des artisans d'Anvers, qui bénéficient d'une avance technique réputée pour l'imprimerie avec la gravure sur cuivre. De Bry est l'illustrateur principal pour ce projet ; les autres illustrateurs sont