L’État profond (calque de l’anglais , lui-même un calque du turc Voir sur merriam-webster.com., aussi appelé État souterrain.) fait référence à l'idée qu'il existerait au sein d'un État une hiérarchie parallèle ou une entité informelle détenant secrètement le pouvoir décisionnel sur la société et toutes les décisions politiques d'une démocratie..

Origine et usages L'expression est une formule politique originellement employée par des hommes politiques turcs kémalistes, avant de subir un glissement sémantique, et de se voir mobilisée par des mouvements conspirationnistes, d'extrême droite et populistes, des hommes politiques comme Donald Trump., mais aussi des hommes politiques plus centristes comme Emmanuel Macron.. Selon les tenants de l'expression,

Cet État souterrain serait supposément constitué soit par un noyau de la classe dominante, soit par des représentants d'intérêts et serait la composante la plus agissante et la plus secrète de l'establishment.

Histoire Une origine turque Selon Jean-Paul Burdy et Jean Marcou, le terme est utilisé en Turquie pour désigner . Il est censé reposer .

Il est aussi utilisé par les islamistes pour désigner les forces au sein de l’État .

Le terme est notamment réutilisé en lien avec l'affaire de Susurluk pour désigner cette fois les services secretsProbablement il s'agit d'une traduction du turc (le terme a été d'abord utilisé en référence à la Turquie). Voir English Oxford Dictionaries: deep state... Quand le Parti de la justice et du développement de Recep Tayyip Erdoğan parvient au pouvoir en 2002, le Service de renseignement national (MIT) reste loyal au nouveau pouvoir., l'armée turque n'incarnant plus « l’État profond »..

Le terme apparaît à nouveau à partir de dans des interviews, toujours dans le cadre de la Turquie. Demirel, ancien Président de Turquie, déclare ainsi qu'.

Le terme est repris par le président Recep Tayyip Erdoğan, qui déclare en 2012 que .

Des utilisations ultérieures Le terme essaime par la suite pour désigner tout type de réseaux occultes. Le terme est notamment utilisé pour désigner, dans l’Italie des années 1970, la « loge P2 », puis en Algérie, la prépondérance du pouvoir des militaires, ou enfin le noyau sécuritaire de l’État d’Israël..

Le concept est très utilisé dans les sphères complotistes américaines. Il connait un regain de popularité avec l'élection présidentielle américaine de 2016 puis avec la présidence de Donald Trump dont certains sympathisants, notamment de l'alt-right, ainsi que le gouvernement lui-même, laissent entendre l'idée qu'un entrave son pouvoirEnquête « russe » : Trump veut rendre public un rapport qui met en cause le travail du FBI. Le Monde, le 2 février 2018 .

En 2019, c'est le président français Emmanuel Macron qui utilise cette expression. Il met en cause le corps diplomatique français, qu'il estime receler un , dans le cadre d'une tentative de rapprochement avec la Russie. L'expression mécontente les diplomates, qui n'apprécient pas de voir leur loyauté remise en question.

Définitions Un outil du complot Une désignation de boucs-émissaires Le terme est très utilisé dans les années 2010 par les médias d'extrême-droite à des fins polémiques. L'homme politique Newt Gingrich, partisan du président Donald Trump, prétend ainsi que a pour objectif . Le présentateur télévisé Sean Hannity laisse entendre que , et attaque les adversaires politiques de Trump de l'époque, à savoir Hillary Clinton, James Comey et Robert Mueller.

Le terme, utilisé par des militants ou par le personnel politique afin d'acculer ses adversaires politiques, est proche de l'idée de cabinet noir ou de bouc émissaire.

Une désignation des influences politiques exercées sur le décideur politique L'expression « politique profonde » () a été forgée par le Peter Dale Scott, professeur émérite de littérature anglaise à l'Université de Berkeley. La première mention dans un ouvrage remonte à l’année 1993. Dans ce livre figurent aussi l'expression () et celle qui désigne son étude ().

Dans un entretien accordé en au magazine Diplomatie, Peter Dale Scott prétend que l'influence du « supramonde » s'exerce sur le gouvernement des États-Unis grâce à un groupe confidentiel et restreint qu'il désigne en reprenant l'expression . Il précise : L’État profond américain - La finance, le pétrole, et la guerre perpétuelle. Traduit de l’américain par Maxime Chaix. Éditions Demi-Lune. Collection Résistances, ..

L'État profond en démocratie Un outil inapproprié dans les États de droit Pour Gérald Bronner, le terme d’État profond n'est pas approprié dans les États démocratiques. Il remarque que, s'il y a bien , .

Pour Rudy Reichstadt, si le concept peut être valable pour , il serait plus difficilement applicable pour les démocraties libérales, . Si l'on s'en tient à cette opinion, le concept relève alors d'une théorie du complotRudy Reichstadt, Voici la dernière théorie du complot des pro-Trump qui fait du chemin aux États-Unis, Huffington Post blogs, le 26 août 2017.. On peut néanmoins établir des différences entre la recherche sur les crimes d’État contre la démocratie et la théorie du complot.

Lors de la première procédure de destitution visant Donald Trump, le terme d'État profond est utilisé par l'extrême droite américaine pour le défendre. James Comey, ancien directeur du FBI, renvoyé par Donald Trump alors qu'il menait une enquête sur les liens éventuels entre l'équipe de campagne de l'ex-candidat républicain et la Russie« États-Unis : Donald Trump a limogé le patron du FBI James Comey », francetvinfo.fr, 10 mai 2017., considère que le concept relève du fantasme, et que l'adhésion des fonctionnaires américains aux valeurs républicaines régies par la Constitution bloquerait toute tentative d'ingérence d'un petit groupe dans les décisions politiques.

Une mutation du concept pour désigner l'inertie bureaucratique Pour Jon D. Michaels (UCLA), le terme d'État profond peut désigner la fonction publique dans son ensemble, avec ses inerties et, parfois, ses blocages. Le terme d'État profond dans son acception complotiste peut être approprié dans les pays dont les institutions sont capturées par une élite non-contrôlée, comme le Pakistan ou l'Égypte, , plutôt qu'aux États-Unis, où le pouvoir et ses administrations sont connues et presque entièrement transparentes. Steve Bannon, une des figures de proue du complotisme américain, a pu estimer que , et que la fonction publique bureaucratisée peut parfois créer des blocages dans l'appareil d’État, mais que .

Le concept d'État profond est également utilisé en France par certains hommes politiques. En , Emmanuel Macron y recourt à deux reprises à propos des obstacles que rencontre sa politique de rapprochement avec la Russie, et la rédaction de communiqués du sommet du G7, ajoutant qu’il ne voulait pas être « l’otage de gens qui négocient pour moi ». De même, l'ancien ministre des Affaires étrangères Hubert Védrine emploie le concept tout en l'émoussant, affirmant que .

Maryvonne Le Brignonen, ancienne directrice de Tracfin, utilise le terme d’État profond pour désigner les activités confidentielles de l'État, telles que la lutte contre le blanchiment d'argent et la lutte contre le financement du terrorisme, qui ne peuvent être opérées que de manière souterraine.

Une notion utilisée en référence aux services de renseignements pour les États-Unis

Aux États-Unis, plusieurs personnalités ou chercheurs ont repris la notion dans la presse, en la liant à une partie de l’activité des services secrets et de renseignements qui se maintiendrait hors de l’autorité de l’exécutif. En 2017, le géopoliticien et politiste George Friedman considère que la restriction des pouvoirs du président sur les employés fédéraux en 1871 a permis l'émergence d'un État profond. Il attribue le phénomène, non pas à une conspiration mais au désir de protéger le gouvernement de la politique.. L’historien Alfred W. McCoy estime en 2017 que le pouvoir accru des services de renseignements après l’attentat du constitue un quatrième pouvoir, déjà décrit par le Washington Post en 2010, de plus en plus autonome et qui souhaite exercer une perspective plus longue que les quatre ans d'un mandat présidentiel.. Le professeur Michael J. Glennon, de l’université , mentionne en 2013 comme exemple de ce pouvoir l’échec d’Obama à fermer le camp de Guantánamo..

Dans la culture populaire Dans la fiction, la présence de petits groupes d'individus tirant les ficelles derrière les décideurs politiques est un ressort scénaristique courant. L'utilisation du terme de deep state aux États-Unis après l'élection de Donald Trump connaît une augmentation, et le terme fait l'objet de romans et de séries télévisées. Une série télévisée britannique intitulée est lancée en 2018, elle est consacrée au monde du renseignement.

Notes et références

Voir aussi

Bibliographie Peter Dale Scott, L'État profond américain : la finance, le pétrole et la guerre perpétuelle, édition Demi-Lune, 2015 . The American Deep State: Big Money, Big Oil, and the Struggle for U.S. Democracy. Rowman & Littlefield, 2017. Mehtap Söyler, The Turkish Deep State: State Consolidation, Civil-Military Relations and Democracy, Routledge, 2015. Mike Lofgren, The Deep State: The Fall of the Constitution and the Rise of a Shadow Government. Penguin, 2016.

Articles connexes

Catégorie:Stay-behind Catégorie:Opération secrète pendant la guerre froide Catégorie:Théorie du complot