Le RIM-8 Talos est un ancien missile surface-air longue portée embarqué sur certains navires de l'US Navy. Il a été l'un des premiers missiles surface-air installés sur les navires de l'US Navy et le plus grand d'entre eux. Il a été conçu en partie à l'université Johns-Hopkins et par . Sa version opérationnelle était fabriquée par Bendix.

Pour se guider, le Talos utilisait d'abord un faisceau radar de circonscription d'orientation pour se rapprocher de sa cible, puis un radar semi-actif de tir (SARH) en fin de parcours. On reconnaissait le RIM-8 aux quatre antennes entourant le nez de l'engin : il s'agissait d'interféromètres récepteurs SARH qui fonctionnaient avec des ondes continues émises par le navire porteur. La poussée était fournie par une fusée d'appoint pour le lancement et un statoréacteur Bendix pour le vol vers la cible.

Talos est un géant de bronze de la mythologie grecque.

Historique

Développement vignette|gauche|L'USS Long Beach en 1961. La présence des officiers devant le lanceur montre la grande taille des missiles. Le RIM-8 Talos est un développement du débuté en 1944, l'US Navy souhaitait mettre en service un missile surface-air capable de fournir une protection additionnelle de défense contre les menaces aériennes. Le développement initial a été effectué par le laboratoire de physique appliquée de l'université Johns-Hopkins. Le système de guidage fut testé avec le CTV-N-8 STV (un véhicule d'essai supersonique). Ces tests furent très prometteurs et le STV devint un missile à part entière : le SAM-N-7/RIM-2 Terrier, un missile surface-air moyenne portée. Le Talos était la partie la plus importante du programme Bumblebee, mais le RIM-2 Terrier a été le premier à entrer en service. Le dernier véhicule d'essais du programme fut le RTV-N-6 XPM (Experimental Prototype Missile) qui vola avec succès en 1951 et prit la désignation RTV-N-6A3.

C'est à ce moment que le Talos reçut sa dénomination SAM-N-6 par l'US Navy. Le premier prototype du Talos (XSAM-N-6) vola en . Au cours de la même année eut lieu la première interception réussie d'un véhicule d'essai RTV-N-6A4. Au cours du développement, les performances des missiles s'accrurent grandement, mais le RIM-8 Talos ne put entrer en service qu'en 1959, près de après la date prévue. C'est à cette époque que la firme devint maître d'œuvre de la production.

Le Talos a été initialement désigné SAM-N-6 et a été rebaptisé RIM-8 en 1963. Le RIM-8 Talos formait avec le RIM-2 Terrier, le RIM-50 Typhon et le RIM-24 Tartar la série d'armes T de l'US Navy qui permettait à cette dernière de couvrir toutes ses zones de combat antiaérien : longue, moyenne et courte portées, afin de protéger ses flottes et plus particulièrement ses porte-avions. En date de 2015, ces trois missiles ont été remplacés par la gamme étendue du RIM-66 Standard de la firme Raytheon.

Le Talos n'a pas connu une utilisation importante du fait de sa grande taille et de l'importance de son système de combat qui ne pouvait être intégré que sur des bâtiments de gros tonnage. Ainsi, le système Talos a été installé sur seulement sept navires soit un bâtiment pour chaque flotte de la marine américaine :

trois croiseurs légers reconvertis de la classe Cleveland renommée classe Galveston (l’, l’USS Galveston, et l’USS Little Rock); trois croiseurs lourds reconvertis de la classe Baltimore renommée classe Albany (l’, l’ et l’USS Columbus); le croiseur à propulsion nucléaire

Au fur et à mesure de son évolution, il a reçu diverses capacités : lutte anti-aéronef lutte antimissile lutte antinavire lutte contre les cibles au sol lutte antiradar

La version surface-air fut engagée au Viêt Nam. Le , un Talos tiré de l' abat un MiG nord-vietnamien à près de , ce qui fait le premier avion abattu par un missile depuis un navire, un second le sera en également à plus de soit deux victoires sur un total de sept tirs entre 1967 et 1968 par ce navire..

Un troisième MiG abattu sera revendiqué par le croiseur Chicago le lors d'une mission de protection des avions minant le port d'Hải Phòng..

Des missiles furent également tirés contre des radars sur le territoire de la République démocratique du Viêt Nam à partir d', plusieurs ont fait long feu et le premier tir réussi a été effectué par le . effectuant la première destruction d'une cible à terre par un missile tiré depuis un navire de guerre.. Le Talos est la seule arme de la série T à avoir connu l'engagement au combat.

Plus de Talos furent construits, dont environ sont tirés en exercices et au combat..

Fin de vie

À partir de 1970, le Talos fut peu à peu retiré du service avec la rampe Mk 12 qui n'avait pas d'autre utilité. Les dernières unités équipées de Talos autres que de lUSS Long Beach prirent leur retraite en 1979. On remplaça le lanceur Talos de l’USS Long Beach par deux lanceurs quadruples de missiles antinavires Harpoon en 1978, lesquels seront également remplacés en 1985 par un Armored Box LauncherUn Armored Box Launcher est un système de lancement de missiles qui, par son aspect extérieur, ressemble à un pavé et contient plusieurs missiles, généralement quatre..

Les missiles restants dans l'inventaire de l'US Navy ont été convertis en cibles de haute technologie pour les missiles supersoniques sous le nom de MQM-8G Vandal. L'inventaire a été épuisé en 2005.

Dès 1970, le propulseur Mk 11 du Talos est utilisé comme premier étage pour une large gamme de fusées-sondes, rôle qu'il continue en 2015..

Le Talos aurait dû être remplacé par le SAM-N-8/RIM-50 Typhon LR, un autre projet d'arme de la famille T, mais ce dernier membre, bien qu'existant à l'état de prototype, ne fut jamais jugé viable du fait de sa grande complexité. Il aurait cependant pu intercepter une cible volant à Mach 3 à du navire de lancement. Le programme T fut abandonné définitivement. En date de 2015, le successeur du Talos est le RIM-67 Standard ER dont la gamme fait de ce missile le seul missile surface-air antiaérien à la disposition de l'US Navy.

Chronologie DateInventaire dans la flotteNavireEvénement 1 lanceur Mk 7 et 2 radars AN/SPG-49En service comme CLG-3 2 lanceurs Mk 7 et 4 radars AN/SPG-49En service comme CLG-43 lanceurs Mk 7 et 6 radars AN/SPG-49En service comme CLG-53 lanceurs Mk 7, 1 Mk 12 et 8 radars AN/SPG-49En service comme CGN-93 lanceurs Mk 7, 3 Mk 12 et radars 12 AN/SPG-49En service comme CG-10.3 lanceurs Mk 7, 5 Mk 12 et 16×AN/SPG-49 RADAREn service comme CG-123 lanceurs Mk 7, 7 Mk 12 et 20 radars AN/SPG-49En service comme CG-11.2 lanceurs Mk 7, 7 Mk 12 et 18 radars AN/SPG-49GalvestonRetrait du service2 lanceurs Mk 7, 5 Mk 12 et 14 radars AN/SPG-49ColumbusRetrait du service.1 lanceur Mk 7, 5 Mk 12 et 12 radars AN/SPG-49Little RockRetiré du service19781 lanceur Mk 7, 4 Mk 12 et 10 radars AN/SPG-49Long BeachRetrait du système Talos1 lanceur Mk 7, 4 Mk 12 et 10 radars AN/SPG-49Oklahoma CityDernier Talos tiré4 lanceurs Mk 12 et 8 radars AN/SPG-49Oklahoma CityRetiré du service2 lanceurs doubles Mk 12 avec 4 radars AN/SPG-49ChicagoRetiré du serviceAlbanyRetiré du service

Caractéristiques

Le missile

Le Talos était un missile à deux étages de propulsion. Il mesurait plus de pour une masse avoisinant les .

Son booster propulsait le missile pendant trois secondes, celui-ci avait comme carburant du JP-5 U.S.S. LITTLE ROCK CLG-4 / CG-4, TALOS MISSILE SYSTEM. puis le propulseur Hercules Mk 11 à carburant solide prenait le relais.

Le RIM-8 possédait trois groupements de quatre gouvernes (ou ailettes) assurant le contrôle de son vol jusqu'à sa cible. Le guidage était assuré par deux systèmes :

par faisceau radar de circonscription d'orientation : le missile était « grossièrement » guidé vers sa cible par le radar de veille du navire lanceur. par radar semi-actif, les illuminateurs du navire prenaient le relais lorsque le missile se trouvait suffisamment proche de sa cible.

Le missile réceptionnait les données par radio dans un premier temps puis à l'aide de quatre antennes réceptrices situées sur le haut de l'engin. Ces antennes sont l'une des principales caractéristiques de reconnaissance de ce missile.

Le RIM-8 Talos était un missile d'interception lointaine, cela signifiait qu'il était censé intercepter tous les aéronefs faisant route vers la flotte qu'il devait protéger avant même que ces avions se trouvent en mesure de tirer. De ce fait, la portée efficace de ces engins propulsé par des moteurs Hercules Mk 11, qu'il s'agisse de la première version avec ou des dernières avec , était très importante pour l'époque et encore aujourd'hui il est peu de missiles surface-air qui possède une portée supérieure.

Le missile évoluait à Mach 2,5, ce qui lui permettait de franchir les que lui permettait son autonomie en trois minutes et .

La charge conventionnelle à fragmentation annulaire disposait d'un rayon mortel de ().

Le système de combat

Le système de combat Talos, à l'instar des autres systèmes d'armes T possède la composition suivante : sur un bâtiment d'un tonnage supérieur à :

un radar de veille tridimensionnel surface/air AN/SPS-48 un radar de recherche et d'acquisition AN/SPS-49 des radars de poursuite AN/SPG-49 de contrôle du tir. Ils sont présents deux par deux pour chaque rampe double Mk12 des rampes Mk 7 et Mk 12 permettant le tir simultané de deux RIM-8 Talos

Il était lancé depuis la rampe double Mk 7 par les croiseurs de la classe Galveston, ce système nécessitant d'équipage rajoutait plus au-dessus du pont principal, les (16 prêts à l’emploi, 30 stockés) étant rangés en position verticale sur ce pont, les ogives étant à fond de cale en dessous..

La classe Baltimore et le Long Beach utilisent la rampe double Mk 12, qui était chargée par l'arrière à l'aide d'un barillet tournant, qui contenait , installé au-dessous du pont principal. Le système de la Mk 12 pèse plus de et nécessitait d'équipage..

Les croiseurs de la classe Baltimore possédaient deux de ces rampes avec une capacité de 104 de ces armes et AN/SPG-49. Cet ensemble permettait le tir simultané de quatre missiles sur quatre cibles différentes.

Les trois croiseurs modifiés de la classe Cleveland, ne possédaient qu'une seule rampe double Mk 7. Leur système de tir avec deux radars de poursuite suivaient donc deux objectifs simultanément.

L'USS Long Beach était un bâtiment extraordinaire sous bien des aspects ; visuellement il s'agissait d'un bâtiment hors des normes habituelles avec son énorme passerelle NBC. Il disposait de deux rampes doubles de Terrier et d'une rampe double Mk 12 de Talos. Avant l’introduction des croiseurs de la classe Ticonderoga équipés de l'Aegis, ce croiseur fut l'unique bâtiment capable d'engager en même temps.

Les rampes Mk 7 et Mk 12 sont créditées d'un temps de rechargement de pour la première salve et de pour les suivantes. Le temps de vol du missile est le facteur limitant..

AN/SPS-48

Le AN/SPS-48 est un radar tridimensionnel de recherche fabriqué par ITT Corporation pour la marine américaine fonctionnant dans les bandes E et F. Il fut, pendant trente ans, un élément-clé de la flotte américaine et est toujours utilisé aujourd'hui sur certains de ses bâtiments tels que les porte-avions de la classe Nimitz et les bâtiments d'assaut amphibie des classes Tarawa et Wasp. Il a été remplacé par ce qui se fait aujourd'hui de mieux dans le domaine de la détection antiaérienne : le AN/SPY-1, le radar central du système Aegis.

L'AN/SPS-48 possède également d'importantes capacités de veille de surface. Aujourd'hui encore, il est capable de transmettre des informations sur les cibles des systèmes d'auto-défense tels que les Sea-Sparrow ou encore les cellules de missiles RIM-116.

Le SPS-48 possède une antenne mécaniquement mise en rotation effectuant un balayage tous azimuts, les poutres étant dirigées par déphasage électronique de voie, afin de couvrir l'altitude. L'antenne pèse et est capable de tourner de . avec de puissance émettrice à sa disposition.