Louis de Potter, né le à Bruges et mort le dans la même ville, est un journaliste, historien, homme d'État et révolutionnaire belge..
Il est demeure une personnalité notoire en Belgique pour avoir été emprisonné et exilé à la suite de son engagement et de ses écrits concernant la liberté de la presse, la responsabilité ministérielle et l’indépendance du pouvoir judiciaire dans le Royaume uni des Pays-Bas de Guillaume Ier dès 1828.
En 1830, il revient sur ses terres après le déclenchement de la révolution belge et, à son arrivée le , il prononce un discours depuis le balcon de l’hôtel de ville de Bruxelles, resté célèbre pour avoir initié la future déclaration d'indépendance de la Belgique. Républicain convaincu, il s'oppose au projet du Congrès national de faire de la Belgique une monarchie et se retire petit à petit de la politique belge dès 1831.
Il est l’auteur de plus d'une dizaine d’ouvrages, dont le principal est « l’Union entre Catholiques et Libéraux » extrait de sa fameuse Lettre à mes concitoyens belges.
Biographie Jeunesse Louis Antoine Joseph de Potter de Droogenwalle nait le à Bruges, alors située dans les Pays-Bas autrichiens. Il est le fils de Marie-Catherine Maroucx d'Opbrakel et de Clément Pierre de Potter de Droogenwalle, membre d'une ancienne famille aisée issue d'une lignée de Bruges et des villages de Keyem, Dixmude, Tourhout et Heule. Cette famille est alliée aux Maroucx, Van Oeye, Logghe, de Cupere, de Costere, de Pachtere, le Gillon, van Caloen, Odevaere, Brialmont..
Louis de Potter a une enfance mouvementée deux émigrations de ses parents. Proscrits comme Joséphistes, ils cherchent asile en France, puis revenus à Bruges après la révolution brabançonne, il émigrent en Allemagne jusqu'à l'époque du Consulat lorsque la Première République française annexe les anciennes provinces belges..
Au retour de ses parents en Belgique, il suit des études à Bruges puis à Bruxelles dans des institutions privées., mais peu satisfait de l'instruction qu'il avait reçue, il décide d'approfondir les langues anciennes et de s'initier en même temps à quelques langues vivantes. Autodidacte, ses goûts le portèrent aussi vers l'étude de l'histoire et de la politique..
Séjour en Italie 1811-1823 vignette|Autoportrait de Matilde Malenchini réalisant celui de Louis de Potter. Sur l'avis de ses médecins qui lui conseillent un changement de climat, il part pour l 'Italie en 1811 et vit d'abord à Rome pendant dix ans, puis à Florence pendant deux ans de 1822 à 1823.
A Rome, il eut l'occasion de parfaire sa formation classique et d'approcher des savants et des artistes..
En 1816, il fit paraître son premier ouvrage historique : Considérations sur l’histoire des principaux conciles depuis les apôtres jusqu’au Grand Schisme d’Occident. La préface de l'ouvrage permet déjà de discerner la position qu’il occupera plus tard sur la scène politique en dévoilant les aspects de l’actualité belge et française..
En 1818, grâce à son amitié avec Pierre-Joseph Meeûs, il devient l'un des fondateurs de la Société civile Meeûs, fondatrice de la première usine à gaz du continent européen. Elle était basée rue Saint-Roch à Bruxelles.
En 1821, il compléta ce premier travail par un autre ouvrage, en six volumes : L’Esprit de l’Église ou Considérations sur l’histoire des conciles et des papes, depuis Charlemagne jusqu’à nos jours.
À Rome, il fait la connaissance de la peintre Matilde Malenchini, de seize ans son aînée, avec qui il a une relation, partageant avec elle, de 1817 à 1820, une maison chez son compatriote, le peintre François-Joseph Navez.. Ils vécurent ensemble à Florence de 1821 à 1823.. Celle-ci réalisa son portrait, aujourd’hui dans la Collection d’Art flamande.
À Florence, il a accès à la bibliothèque de la famille Ricci et aux archives de l'évêque Scipione de' Ricci. qui lui permirent de réunir les matériaux d’un troisième ouvrage Vie de Scipion de Ricci, évêque de Pistoie et de Prato publié en 1825 et qui est immédiatement traduit en allemand et en anglais. L'objectif de l’auteur est la glorification du joséphisme, la justification des réformes accomplies en Toscane sous les auspices du grand-duc Léopold, frère de Joseph II.. L'ouvrage fait sensation sur la scène des lettrés, mais aussi auprès des politiciens. Son « scepticisme voltairien », ainsi que ses propos violents dénonçant les abus de l’Église, démontrant sa position anticléricale, firent scandale.
Retour en Belgique en 1823 vignette|Buste de Louis de Potter par Joseph Jaquet (1830), salle de lecture du Sénat du Royaume de Belgique.
En 1823, Louis de Potter doit rentrer à Bruges en raison de la santé de son père. Après la mort de ce dernier en 1824, il s'installe à Bruxelles avec sa mère.. Opposé à l'Empire français, il est disposé à accepter l'union du nord et du midi des Pays-Bas réunis sous le sceptre de Guillaume Ier. « Je remercie le sort, écrivait-il, de ce qu’il m’a destiné à vivre sous des institutions libérales, qui, par des principes de modération et d’équité, ne mettent aucune barrière à la pensée... ».
Matilde Malenchini le rejoint à Bruxelles. Leur maison devient un lieu de rencontre pour les expatriés italiens et les réfugiés politiques. Il organise des cours de peinture avec François-Joseph Navez. Après avoir tenté, en vain, d’obtenir une annulation de son mariage auprès de la Curie., Matilde Malenchini s’impatiente et voyage sans interruption, avant de retourner à Florence. Frustré de ne pouvoir se marier, de Potter décide de mettre fin à leur relation en 1826.
Le , il épouse à Bruxelles Sophie van Weydeveldt (1808-1896), avec qui il a quatre enfants... Il renonce à sa noblesse, démontrant de la sorte son caractère tourné vers le mérite personnel. Réalisant que son mariage susciterait de sérieuses difficultés financières en défaveur de Matilde Malenchini, il accepte de lui verser une pension annuelle de francs. Louis de Potter et Sophie van Weydeveldt ont quatre enfants, dont les deux premiers sont légitimés par le mariage de leurs parents : Agathon-Louis de Potter (1827-1906), médecin, philosophe « socialiste » et compositeur. Il fait don d’une importante somme pour créer la Fondation Agathon de Potter au sein de l’Académie des sciences, afin de stimuler la recherche dans les sciences exactes et appliquées, et également la lutte contre les maladies professionnelles dans les professions dangereuses. Cette fondation attribue encore actuellement plusieurs prix chaque année. Il épouse Leonie Bourlard, fille de l’avocat Jules Bourlard de Mons, mariage demeuré sans descendance. Eleuthère de Potter (1830-1854), artiste peintre et mort jeune à Pise. Juste-Louis de Potter, né en 1832 et mort jeune. Justa-Sophie de Potter (1834-1875) épouse le lieutenant général Henri Alexis Brialmont (1821-1903), au service de Léopold II, constructeur de forts sur la Meuse et autour d’Anvers, fils de Mathieu Brialmont, d'abord aide-de-camp puis lieutenant général et enfin ministre de la Guerre de
Sa sœur Marie-Christine de Potter de Droogenwalle (1793-1864) épousa en 1812 Joseph-Bernard van Caloen (1776-1848). Leur fils, le Baron Charles van Caloen (1815-1896), construisit le château de Lophem.
Il n'existe aucun lien de parenté entre les de Potter de Droogenwalle (famille éteinte) et la descendance de Hermès de Potter(e). (1630-1681)
Engagement politique à partir de 1828 Louis de Potter commence sa carrière politique en tant que rédacteur au Courrier des Pays-Bas, journal libéral d’opposition, où il déploie sa verve de polémiste contre le clergé catholique, l’aristocratie et le gouvernement de des Pays-Bas. En 1828, étant présent au ministère de l’Intérieur, on lui fait part du fameux Concordat, compromis entre le roi et les catholiques et il reçoit « par accident » en mains propres le texte de la circulaire ministérielle qui dit comment interpréter ce Concordat. Ceci constitue selon lui une fourberie de la part du roi, et dans un article, il rend public ce qu’il appelle une « rouerie gouvernementale » et dénonce le comportement instable du gouvernement. L’article étant signé, il se fait connaitre auprès du grand public. Plusieurs manifestations de mécontentement de l’opinion publique en résultent et manifestent un manque de confiance envers le gouvernement. Le , de Potter publie un article encore plus violent envers les ministres, dans le but de provoquer la méfiance et la discorde au sein du pays..
Condamnation, prison et exil 1828-1830 vignette|Louis de Potter en prison aux Petits Carmes. Cité à comparaître devant le juge d’instruction, le , il a ainsi l'opportunité de porter devant les juridictions la cause nationale jusqu'ici restreinte à son expression dans la presse. Ce procès constitue la parfaite occasion de réunir magistrats et grand public pour susciter un mouvement populaire par les discours qu’il comptait tenir lors de son jugement. Comparaissant devant la Cour d’Assises, le , il réclame, avant de commencer, la présence d’un jury, que l’audience ait lieu en français et qu’elle soit rendue publique. À l’issue d’un procès transformé en véritable discours politique, fortement applaudi par la foule amassée tout autour du palais de justice, le ministre de la Justice Cornelis Van Maanen le condamne le à dix-huit mois de détention et à une amende de florins. Il est détenu à la prison des Petits Carmes afin de demeurer proche de sa famille.
Le , le roi Guillaume prive de leur emploi ou de leur pension des députés belges des États généraux qui s’étaient opposés à sa politique. De sa prison, de Potter lance l’idée d’une souscription nationale pour indemniser les députés ou fonctionnaires victimes de tels abus. Van Maanen l’ayant poursuivi pour complot contre l’État et excitation à la révolte, il est à nouveau condamné, le , par la cour d’assises de Bruxelles à un exil de huit ans, tandis que ses amis et associés Jean-François Tielemans et Adolphe Bartels sont condamnés à sept ans de bannissement.
Il pense s’exiler en France, mais ce pays refuse de l’accueillir et il finit par être expulsé en Prusse. Après la révolution de Juillet, il gagne la France et arrive à Paris le , accompagné de Bartels et Tielemans.
Révolution belge vignette|Épisode des Journées de Septembre 1830 sur la place de l'Hôtel de ville de Bruxelles par Gustave Wappers (1834), musées royaux des Beaux-Arts de Belgique. On y reconnaît Louis de Potter embrassant le drapeau belge vignette|Le gouvernement provisoire de la Belgique en 1830 par Charles Picqué (1831). Lorsque la révolution belge se déclenche avec les émeutes d'août 1830 à Bruxelles, les patriotes « belges » lui font rédiger ses pétitions d’éditeurs qui passent sous la porte de sa prison des Petits-Carmes et se répandent dans la population sous la bannière de « L'union fait la force », slogan conçu par le front commun des catholiques et libéraux.
Devenu un tribun et porte-drapeau du peuple dans les médias, il est libéré du bannissement et acclamé lorsqu'il déferle depuis Lille jusqu’à Bruxelles. Le , vers , il apparait du balcon de l’hôtel de ville de Bruxelles, acclamé par citoyens. Il prononce son vibrant « discours de l’indépendance de la Belgique », en compagnie de Félix de Merode, Alexandre Gendebien, Charles Rogier, Sylvain Van de Weyer, Emmanuel d'Hooghvorst, Feuillen de Coppin, André Jolly et Alexandre Rodenbach, tous à peine âgés de 25 à 35 ans.