Vladimir Ledóchowski (nom avant francisation), né le à Loosdorf en Autriche et mort le à Rome, est un prêtre jésuite polonais qui, en 1915, fut élu Supérieur général de la Compagnie de Jésus. Il le reste jusqu'à sa mort en 1942.

Biographie Famille patriote et catholique Le jeune Vladimir est le troisième des sept enfants du comte Antoni Halka-Ledóchowski, d'un lignage aristocratique de patriotes polonais exilés par Nicolas de Russie au milieu du , et de sa seconde épouse Joséphine von Salis-Zizers, d'une famille de l'ancienne aristocratie suisse. Il est né sur les terres familiales de Loosdorf, en Basse-Autriche. Il comptait également trois demi-frères de la première union de son père. La famille est fortement imprégnée de foi chrétienne et culture catholique. Deux de ses sœurs, Maria-Teresa et Urszula Ledóchowska furent religieuses et ont été béatifiées, cette dernière étant même canonisée en 2003. Son plus jeune frère, Ignacy, patriote polonais également réputé pour sa piétéIl sera surnommé le Saint Général, fera une brillante carrière d'officier sur différents fronts européens et mourra dans le camp de concentration de Dora en 1945 pour son activité dans la résistance polonaise au sein de l'Armia Krajowa.

Vladimir Ledóchowski a pour oncle Mieczysław Ledóchowski (1822-1902), archevêque de Poznań-Gniezno, alors occupé par la Prusse, qui fut arrêté en avec de nombreux dignitaires de l'Église catholique de Prusse et resta prisonnier pendant deux ans à la forteresse d'Ostrowo pour s'être opposé à la politique du Kulturkampf de Bismarck. Sorti de prison, Ledóchowski reçut le chapeau de cardinal. En 1876, le cardinal-archevêque, expulsé de Prusse, se réfugia à Cracovie, ce qui provoqua des manifestations antiprussiennes et obligea le gouvernement autrichien à l'expulser à son tour. Il se rendit à Rome, d'où il continua à administrer son diocèse jusqu'en 1885 et il passa le reste de sa vie. En 1892, Mieczysław Ledóchowski devint préfet de la Congrégation pour la propagation de la foi. L'année suivante, quand Guillaume II se rendit en visite officielle auprès du pape, le Kulturkampf fut officiellement abandonné.

Études et vocation

Vladimir Ledóchowski étudie à Vienne au collège jésuite du Theresianum et devient page de l'impératrice Élisabeth d'Autriche. Il étudie ensuite le droit à l'université de Cracovie et, décidé à devenir prêtre, s'engage également dans les études préparatoires au sacerdoce. Il étudie ensuite à l'université grégorienne de Rome et, âgé de 23 ans, entre dans la Compagnie de Jésus au sein de laquelle il est ordonné prêtre en 1894.

Il est nommé supérieur de la résidence jésuite de Cracovie avant de devenir recteur du collège en 1901, vice-provincial de la province jésuite de Pologne, de la province de Galicie en 1902 et assistant et conseiller régional dueFranz Xaver Wernz pour les questions concernant les jésuites d'Allemagne de 1906 à 1915. À la suite de la mort du Supérieur général Wernz en 1914, la Congrégation Générale des jésuites se déroule en février et . Le , à 49 ans, Ledóchowski est élu après deux tours de scrutin Supérieur général de la Compagnie de Jésus. La Première Guerre mondiale déchire l'Europe.

Généralat Marqué par une grande proximité avec le pape Pie XI et avec le nonce apostolique en Bavière, Pacelli (le futur Pie XII), son généralat est fort actif. Malgré un ' marqué par deux guerres mondiales et la crise économique des années 1930, la Compagnie de Jésus se développe assez conséquemment sous son administration. Il convoque la Congrégation générale en 1923 pour mettre en accord les constitutions et normes de vie jésuites avec le nouveau code de droit canonique de 1917. Il organise l'Institut pontifical oriental confié par Pie XII à la Compagnie, le Russicum, collège pontifical pour la formation du clergé russophone de rite byzantin, ainsi que l'Institut biblique.

Les accords du Latran, signés entre le Saint-Siège et le gouvernement fasciste italien et préparés par le jésuite Pietro Tacchi Venturi, permettent un nouvel élan à la Compagnie de Jésus en augmentant sa visibilité et son influence. Par les accords du Latran, des propriétés jésuites confisquées au sont restituées. Entre autres, la construction d'un nouveau bâtiment pour l'université grégorienne devient possible et est transférée du palais Borromée à la piazza della Pilota, à proximité du palais du Quirinal. Ledóchowski fait également construire une nouvelle maison généralice au Borgo Santo Spirito, à quelques centaines de mètres de la place Saint-Pierre.

Durant son mandat, le nombre de membres de la Compagnie de Jésus augmente régulièrement, particulièrement dans les pays dits , et son gouvernement est marqué par une centralisation accrue Hartmut Lohmann, article Ledochowski, Wlodimir, in Biographisch-Bibliographische Kirchenlexikon, Volume IV (1992), colonnes 1341-1343 article en ligne. Sous son général le nombre de missions jésuites approche les 4000. De nouveaux noviciats sont fondés un peu partout dans le monde. Ledóchowski encourage les méthodes jésuites d'évangélisation fondées sur l'adaptation et le respect des cultures.

Ledóchowski fut par ailleurs un bâtisseur. C'est sous son reigne que furent agrandies l'Université grégorienne et la maison généralice des jésuites.

Anti-moderniste et anti-communiste Vladimir Ledóchowski apparaît à certains comme conservateur. Il écrit ainsi en 1909 : « la société moderne, dans sa misère, ressemble au pauvre paralytique de Bethsaïde dans la mesure où il n'a même plus la force de se lever de son lit de malade ».

Sous le Troisième Reich, l'attitude des Jésuites allemands est contrastée. Un certain nombre d'entre eux sont emprisonnés ou exécutés, et leur marge de manœuvre pendant cette période de répression de l'Église catholique est réduite. David Mitchell, The Jesuits: A History, éd. Macdonald/Futura, 1980, 264, cité par Gerard Toal où le rôle que Ledóchowski a joué dans la politique d'expansion orientale du Vatican et en particulier dans l'uniatisme<ref>Annie Lacroix-Riz, recension de Le Pape et Hitler de John Cornwell, in La pensée, n° 322, avril-juin 2000, 137-152.recension en ligne</ref>. Comme toute la hiérarchie catholique, Ledóchowski était un farouche opposant au communisme.

A l'instigation du Saint-Siège il prend des mesures à l'encontre du jésuite français Pierre Teilhard de Chardin, auquel il est enjoint de renier son ouvrage théologique controversé sur le péché originelNotes sur quelques représentations historiques possibles du Péché originel (1922) et qui est interdit d'enseignement à partir de 1925.

Sur un autre plan, considérant que les relations avec les femmes pouvaient représenter un danger pour la vocation religieuse des jésuites, le P. Ledóchowski leur écrit deux lettres d'instruction ayant pour thème À propos de la prévention à avoir de longues conversations avec les femmes en 1918, et Sur les réserves à avoir en faisant face aux femmes.

Ledóchowski orienta grandement la Compagnie dans un sens nettement anticommuniste. A son initiative fut créé le Secrétariat de l'athéisme à Rome doté d'une revue Lettres de Rome sur l'athéisme moderne Giorgio Petracchi, Bolshevism in the Fascist Mirror, in TELOS, 2005, 72, article en ligne publiée en 5 langues et placée sous la direction du jésuite Giuseppe Ledit. Obsédé par le danger bolchevique, en 1934, il adressait une directive, Sur le combat du communisme, à chaque de la Compagnie afin qu'ils nomment un directeur et un comité responsable des activités anti-communistes qui pouvaient obtenir de la documentation sur le communisme et les communistes au centre de documentation rassemblé par le jésuite Edmund A. Walsh, fondateur de l'école des affaires étrangères (SFS) de l'université de Georgetown auxquels ils pouvaient recourir pour assurer l'uniformité de la stratégie à adopter Gerard Toal, Spiritual geopolitics: Fr. Edmund Walsh and jesuit anticommunism, cf sources. C'est auprès de lui que Pie XI cherche des experts auxquels confier, en 1937, la préparation de l'encyclique Divini Redemptoris qui allait condamner le communisme athée comme Cité par Philippe Chenaux, Pie XII, Éditions du Cerf 2003, 211.

Le document Humani generis unitas En 1938, après une entrevue avec le jésuite John LaFarge, engagé dans la défense des minorités aux États-Unis, Pie XI, qui avait apprécié un de ses récents ouvrages Interracial Justice, éd. America Press, 1937, demande à Ledóchowski de coordonner la rédaction d'un document condamnant l'antisémitisme, le racisme et la persécution des Juifs. Le Supérieur de la Compagnie adjoint deux autres jésuites à LaFarge, l'Allemand et le Français Gustave Desbuquois pour mener à bien le projet de texte Humani generis unitas (Sur l'unité du genre humain). Pie XI meurt un peu après avoir reçu le projet. Le cardinal Pacelli qui lui succède abandonne le projet.

Plusieurs historiens soulignent le rôle de rétention qu'aurait joué Ledóchowski dans cette affaire, probablement en accord avec le cardinal Pacelli, alors secrétaire d'État du Vatican et avec lequel il était en relation étroitePhilippe Chenaux, Pie XII, éd. Cerf, 2003, p. 275 : Ledóchowski aurait agi de manière dilatoire, tentant de retarder le plus possible la communication du projet d'encyclique au pape, parce qu'il était opposé à l'idée d'une rupture ouverte avec le Troisième Reich tandis que la Russie soviétique et communiste restait pour lui la menace principale pour l'Église catholique et la civilisation.

Ce texte devrait être reconstruit pour tenir compte de Le Pape et Mussolini de David I. Kertzer (Les Arènes, 2015) dont les références, nombreuses et de sources fort diverses, montrent le rôle joué par Pacelli et Lédochowski durant le pontificat de Pie XI, pour que l’Église soutiennent les fascismes et le nazisme tant leur peur du judéo-bolchevisme était grande. .

En 1936, Lédochowski confiait au primat espagnol Góma y Tomas : « l'Europe est en train d'être conquise par le communisme. Influence du judaïsme sur ce point. »Cité par Philippe Chenaux, Pie XII, éd. Cerf, 2003, p. 209. Plusieurs témoignagesGiovanni Miccoli et Anne-Laure Vignaux (trad.), Giovanni Miccoli, Les Dilemmes et les silences de Pie XII. Vatican, Seconde Guerre mondiale et Shoah, éd. Complexe, 2005, pp. 322-324 font par ailleurs état, sinon d'un antijudaïsme de sa part, du moins d'un complexe antisémite, ainsi que d'une inclination pour le front anti-libéral, antidémocratique et antijuif, n'impliquant cependant ni penchant ni aucune sympathie pour le nazisme, également athéeD'après l'anthropologue jésuite et résistant Friedrich Muckermann cité par Giovanni Micolli, op. cit., p. 322. Quand il choisira un relecteur pour le texte de LaFarge et de ses collègues, il s'agira du jésuite , auteur de textes condamnant la révolution bolchévique défendue par nombre de personnalités juivesGiovanni Miccoli, op. cit., p. 285 dans La Civiltà Cattolica<ref> Susan Zuccotti, The Vatican and the Holocaust in Italy, éd. Yale University Press, 2000, extrait in New-York Times/Books, 04/02/2001, article en ligne</ref>.

Décès et succession Ledóchowski meurt à Rome le . Il est enterré dans le caveau de la Compagnie de Jésus à Campo Verano, à l'est de Rome.