vignette|L'évêque-présidente de l'Église épiscopale des États-Unis, Katharine Jefferts Schori, en février 2010 Les mouvements chrétiens féministes, parfois qualifiés de féminisme chrétien, sont des mouvements féministes qui cherchent à faire progresser l'égalité entre hommes et femmes, moralement et socialement. Ils trouvent leur inspiration à la fois dans les écrits fondateurs du christianisme relus au prisme de l'émancipation des femmes et dans les analyses des militantes et des scientifiques hors du champ chrétien..

Ce mouvement féministe au sein du christianisme est voisin de mouvements similaires dans les autres religions tels le féminisme musulman ou le féminisme judaïque, qui se fondent aussi sur une nouvelle interprétation des textes sacrés pour affirmer l'égalité des sexes.

Le féminisme chrétien, tout comme l'ensemble de la doctrine chrétienne, croit que Dieu ne discrimine pas les humains en raison de caractéristiques propres, telles que le sexe, mais qu'il a créé tous les humains à égalité.. Par contre, les féministes chrétiennes et chrétiens vont à contre-courant de l'essentialisme et des différences culturelles masculines et féminines... Les principaux sujets d'analyse sont l'ordination des femmes, l'égalité dans le mariage, la reconnaissance de capacités spirituelles et morales semblables, les droits sexuels, l'intégration de pronoms neutres dans les lectures de la Bible, et d'un Dieu dépassant les catégories des genres....

Origine et définitions La définition du féminisme chrétien en tant que mouvement varie selon le mouvement féministe et la branche du christianisme auxquels il s'apparente. Ses militantes vivent et analysent les contradictions entre féminisme et christianismes et en théorisent le rapport : elles travaillent sur les conséquences d'un sur le christianisme et d'un sur le féminisme.

Après sa naissance comme mouvement de femmes à la fin du , le mouvement féministe chrétien a évolué d'un féminisme en quête de légitimité chrétienne vers un christianisme en quête de légitimité féministe : dans un premier temps, les féministes chrétiennes durent donner des gages d'orthodoxie et de loyauté aux ÉglisesDiane Lamoureux, « Idola Saint-Jean et le radicalisme féministe de l’entre-deux-guerres », dans Recherches féministes, vol. 4, n° 2 (1991), p. 56, ensuite elles exigèrent de leurs Églises qu'elles prouvent, en théorie et en pratique, que le salut chrétien libère les femmes.

En 1918, Marie Lacoste Gérin-Lajoie, présidente de la Fédération nationale Saint-Jean-Baptiste, explique les fondements de son féminisme chrétien : Marie Gérin-Lajoie, « Entre nous », La Bonne Parole, 7,7 (octobre 1918): 1. Cité dans Karine Hébert, « Une organisation maternaliste au Québec la Fédération nationale Saint-Jean-Baptiste et la bataille pour le vote des femmes », Revue d'histoire de l'Amérique française, vol. 52, n° 3, 1999, p. 21..

En 1932, sa fille, sœur Marie Gérin-Lajoie justifie l'Église : Sœur Marie Gérin-Lajoie, « Le retour de la mère au foyer », École sociale populaire, 227 (décembre 1932), p. 2.. Dans son acception récente, le féminisme chrétien évoque une prise de conscience d'une oppression au sein même de l’Église, par ses membres et ses traditions.

Histoire des groupes féministes chrétiens

Œcuménique En 1886 est fondée la Journée mondiale de prière, un mouvement œcuménique international de femmes chrétiennes laïcs. La Journée est célébré chaque année le week-end qui précède la Journée internationale des femmes. L'organisation est d'abord protestante interdénominationelle, avant de devenir œcuménique en 1969, après que l’Église catholique se soit ouverte à la modernité lors du concile Vatican II.

Catholicisme En 1896, Marie Maugeret fonde la première association féministe catholique de France, la Société des Féministes chrétiens.

Au Québec

Des militantes montréalaises du National Women Council of Canada, suivant la Française Marie Maugeret, organisent en le congrès fondateur de la première association féministe canadienne-française, la Fédération nationale Saint-Jean-Baptiste.

Au début de la deuxième moitié du siècle naissent plusieurs mouvements qui se regroupent en 1996 dans l’Intergroupe des chrétiennes féministes (IFC) à la suite de leur déclaration commune au sujet de la note du cardinal Ratzinger réservant l'ordination aux hommes : le Réseau Femmes et Ministères (RFM), l’Autre Parole, le Mouvement des femmes chrétiennes (MFC), l’Association des religieuses pour la promotion de la femme (ARPF), les Répondantes diocésaines à la condition des femmes (RDCF), le Réseau œcuménique des femmes du Québec (ROF-Q) et l’Association féminine d’éducation et d’action sociale (AFEAS).

À partir des années 1970, une nouvelle dimension de la critique féministe est apparue dans ces groupes : la critique du patriarcat au sein même de l’Église avec une théologie féministe et des revendications commeROY Marie-Andrée, « Les revendications des femmes dans l'Église », dans Souffles de femmes: lectures féministes de la religion, sous la dir. de Monique Dumais et de Marie-Andrée Roy, Montréal et Paris, Ed. Paulines et Médiaspaul, 1989, p. 29-72. Étude des revendications des groupes québécois entre 1971 et 1986 : la reconnaissance de l’égalité fondamentale entre les femmes et les hommes, la prise en compte des femmes dans l’enseignement de l’Église et l’adoption d’un langage inclusif dans la liturgie et le magistère, l’amélioration des conditions de travail des femmes dans l’Église et l’amélioration de l’attitude des prêtres à leur égard, l’accès à la formation théologique et le développement d’une théologie féministe, l’accès aux ministères ordonnés et non ordonnés, l’accès au gouvernement de l’Église.

En France

1906 : À côté de Lyon et Paris, Voiron est également un des lieux de naissance du syndicalisme chrétien. En effet, en 1906 la ville qui est un haut lieu de l'industrie textile où travaillent de nombreuses ouvrières est touchée par une grève générale du textile déclenchée par les syndicats regroupés autour de la CGT à la suite de diminutions de salaires répétées. En réaction à cette grève violente et aux thèses du syndicalisme révolutionnaire, à l'initiative de Cécile Poncet qui est issue de la bourgeoisie grenobloise et liée au milieu du catholicisme social notamment de Lyon, le syndicat libre des ouvrières du tissage de Voiron - syndicat libre féminin - est créé en s'inspirant de la morale sociale de l'ÉgliseAndrée GAUTIER, « Les ouvrières de la soie dans le Bas-Dauphiné sous la Troisième République »,Le Monde Alpin et rhodanien, 2e - 1996, Mémoires d'industries, pp. 89 à 105.. En 1936, ce syndicat fusionne avec les syndicats libres masculins de l'IsèreMartine RATTO et Andrée GAUTIER, « Les syndicats féminins libres de l'Isère 1906-1936 », CLIO. Histoire, femmes et sociétés, n°3, pp.117-139. 1927 : L’Union Nationale pour le Vote des Femmes (UNVF) avec Edmée Frisch de Fels (Edmée de La Rochefoucauld, 1895-1991). années 1930 : L’Union spirituelle des femmes avec Cécile de Corlieu (née Compeyrot, 1891-1982) et Pauline Archambault (née Le Cormier), qui élaborent un féminisme religieux et s'attaque à la misogynie de l'Église catholique. 1933 : La section française de l’Alliance internationale Jeanne d'Arc avec Marie Lenoël, fondatrice et présidente qui déclarait en 1937 : « Il est temps de démontrer que non seulement on peut être féministe bien que catholique, mais féministe parce que catholique »VAN LUNEN CHENU Marie–Thérèse, Femmes et hommes, Paris, Cerf, 1998, p. 100.. 1970 : le groupe international Femmes et hommes en Église (FHE)site de FHE avec Yvonne Pellé Douël, Marie-Thérèse Van Lunen-Chenu, Suzanne van der Mersch, Pierre de Locht. « Yvonne Pellé-Douël, le Père Marie-Dominique Chenu, sont les premiers à avoir encouragé son projet en France ; Suzanne van der Mersch et Pierre de Locht les premiers à l'avoir accueilli en Belgique. Des femmes et des hommes adoptaient ensemble et pour leur bien commun, la visée et la critique féministe. Ils et elles s'engageaient, en tant que chrétiens, dans l'aventure nouvelle d'un partenariat en sachant que celui-ci pouvait purifier et enrichir la vie de l'Église comme celle de la société »Marie-Thérèse van Lunen Chenu, Actes du Colloque « Au tournant de l'histoire, chrétiens et chrétiennes vivent de nouvelles alliances », mars 1997, éd. PROFAC Lyon. Le mouvement est toujours actif sous le nom de FHEDLES (Femmes et hommes égalité, droits et libertés dans les Églises) après sa fusion avec le groupe Droits et libertés dans les Églises (DLE) 1970, en France et Belgique : Amicale des Femmes aspirant au ministère presbytéral, avec Valentine Buisseret et Béatrix Dagras. 1974 : Groupe de recherche pour l’accession des femmes au diaconat, appelé ensuite Groupe de recherche et d’action pour les Ministères à Venir (GMV), animé notamment par Marie-Jeanne Bérère, Renée Dufourt et Donna Singles. 1982 : Le « Groupe Femmes » du centre pastoral de Saint-Merri à Paris, avec Nathalie Isnard et Geneviève Bregeon. 2008 : Le Comité de la JupeSite ducomité de la Jupe avec Anne Soupa et Christine Pedotti. Il est né à la suite des paroles de Monseigneur André Vingt-Trois dans l'émission radio Face aux chrétiens diffusée sur Radio Notre Dame et RCF le (« Il ne suffit pas de porter une jupe, encore faut-il en avoir dans la tête », en réponse sous forme humoristique à une question sur la possibilité d'ouvrir aux femmes le ministère institué de lecteur). Le comité a déposé plainte contre Monseigneur Vingt-Trois auprès du Tribunal ecclésiastique de Paris, démarche qui connut un fort écho médiatiqueLes Pieds dans le bénitier de Anne Soupa et Christine Pedotti, éditions Presses de la Renaissance, 2010, page 23.. Le , le Comité a organisé une « Marche des Cathos Citoyen-ne-s » qui rassembla 400 personnes à Paris et de nombreuses autres en Province. À l'issue de la marche fut annoncée la création d'une « Conférence des baptisé-e-s francophones »Site de la Conférence des baptisé-e-s de France.. 2020 : Féminisme en Église, au sein de la paroisse Saint-Pierre de Montrouge, à Paris, organise des conférences et un espace de dialogue et de partageSite Internet.

Parmi les femmes catholiques, on peut mentionner encore : Monique HébrardArticle de La Croix, 2 mai 2008, spécialement dans les années 1970-80. Elle a été à l’origine d’un groupe de travail avec son évêque et son vicaire général Francis Deniau qui a abouti à des États généraux diocésains. Elle a fait partie d’un groupe de travail de la Conférence des évêques (notamment au temps où Gaston Pietri en fut secrétaire général : elles se surnommaient alors les « Pietri’s girls ») qui s'est dissout depuis.

Groupes de femmes catholiques qui ont plus tard évolué vers le féminisme

1901 : L’Action catholique des femmesSite de ce mouvement (nom depuis 2008), initialement nommée « Ligue des femmes française » puis « Action catholique générale féminine » (ACGF) en 1965 puis « Action catholique des femmes » en 2008, avec Marie du Rostu (1891-1979), secrétaire générale, de 1933 à 1969. 1925 : L’Union féminine civique et sociale (UFCS) avec Andrée Butillard (1881-1955). N’est plus confessionnelle depuis 1965.

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