right|301px right|301px| alt=Photo des 54 premiers tomes de Spirou et Fantasio|vignette|285x285px|Les cinquante quatre premiers titres de Spirou et Fantasio. Spirou et Fantasio est une série de bande dessinée publiée dans le Journal de Spirou. Sa publication a commencé en 1938 et la série est devenue l'une des bandes dessinées franco-belges les plus populaires. Elle met en scène les personnages de Spirou et Fantasio, reporters, accompagnés le plus souvent de l'écureuil apprivoisé de Spirou : Spip et, à partir du album, du Marsupilami. Leurs aventures les amènent à affronter des gangsters divers, ainsi que des dictateurs et autres savants fous dans des aventures mêlant humour, science-fiction et fantastique.
Les personnages éponymes font partie des rares héros de la bande dessinée franco-belge à appartenir à leur éditeur et non à un auteur ou dessinateur en particulier, et à ce titre sont passés entre les mains de divers auteurs, dont les plus connus sont André Franquin et le duo Tome et Janry.
La popularité durable du personnage de Spirou, qui donne son nom au magazine qui l’a vu naître, et de certains personnages secondaires, a entraîné la création de séries dérivées qui, parfois, ont connu un plus grand succès que Spirou et Fantasio : Gaston (premier album en 1960), Marsupilami (1987), Le Petit Spirou (1990), Zorglub (2017), Mademoiselle J.. (2017), Champignac. (2018), Supergroom. (2019) et Seccotine (2026).
Une série de one shots, indépendants de la série officielle, sont regroupés dans la collection Le Spirou de… dans laquelle certains des auteurs confirmés de la bande dessinée franco-belge rendent hommage à la série.
La série a également été adaptée en film, contes audios, série animée et jeux vidéo.
Historique Les origines : Rob-Vel puis Jijé (années 1940) En 1938, l'éditeur Jean Dupuis, après avoir édité plusieurs publications dont L’Ami du foyer, Le Roman et le fameux Moustique (qui s'est appelé Télémoustique pendant plusieurs dizaines d'années), crée Le Journal de SpirouDupuis success story sur BDParadisio. Il engage le dessinateur Robert Velter, dit « Rob-Vel », pour animer le personnage titre du journal. Rob-Vel reprend un protagoniste qu'il a déjà utilisé épisodiquement pour des affiches de publicité, un jeune groom aux cheveux roux, et le met en scène dans ce rôle au Moustic Hotel (référence au journal Moustique, également publié par Dupuis). Rob-Vel est aidé dans sa tâche par sa femme Blanche Dumoulin, qui écrit les scénarios de la bande dessinée, et par le peintre Luc Lafnet, qui l'assiste sur diverses séries. Une incertitude demeure quant au rôle exact tenu par Lafnet dans la création du personnage de Spirou : il est possible que la toute première planche soit en réalité l'œuvre de Lafnet, auquel Rob-Vel, pris par ses autres séries, aurait délégué la tâche. Le dessinateur qui est représenté donnant vie à Spirou ressemble en effet à Lafnet et non à Rob-Vel. Il est également possible que Rob-Vel et Luc Lafnet se soient partagé la réalisation de la planche, Rob-Vel dessinant le personnage de Spirou et Lafnet les autres personnages. Ce point demeure obscur, les archives de Luc Lafnet, décédé prématurément en 1939, ayant disparuLuc Lafnet sur Lambiek.netRobert Laplante, L'épopée Spirou, Huffington Post, 11 janvier 2014.
Le nom Spirou signifie à la fois « écureuil » et « facétieux » en wallon. et cela le caractérise bien au début, lorsqu'il joue des tours au personnel de l'hôtel. Le , il rencontre dans un épisode intitulé L’Héritage de Bill Money un véritable écureuil nommé Spip qui ne le quitte plus. Les premières histoires de la série sont des gags en une planche, centrés sur le travail de Spirou au Moustic Hotel. S'ensuivent des aventures plus longues, aux péripéties volontiers surréalistes ou fantastiques : Rob-Vel fait de son héros un globe-trotter, et l'envoie aux quatre coins du monde, puis dans l'espace. De cette période, très différente du Spirou contemporain, le personnage ne conserve ensuite que son costume caractéristique et l'écureuil Spip. Toutefois, son costume disparaîtra progressivement au profit de tenues plus discrètes au cours de l'évolution de la série, tout en gardant la couleur rouge emblématique.
La Seconde Guerre mondiale déclarée, Rob-Vel est mobilisé : la série est alors poursuivie par Blanche Dumoulin, aidée par le dessinateur Van Straelen. Rob-Vel est fait prisonnier par les Allemands en 1940 ; Spirou est alors repris par Joseph Gillain, dit « Jijé », l'un des principaux dessinateurs du journal. Libéré en 1941, Rob-Vel reprend sa série. En 1943, le Journal de Spirou est interdit de publication par les Allemands. Rob-Vel vend alors les droits du personnage Spirou aux éditions Dupuis. C'est à Jijé qu'est de nouveau confié le dessin de Spirou, tandis que le journal paraît clandestinement en Belgique occupéeSpirou (Le journal de) : Spirou sous le manteau, Planète BD, 4 septembre 2013. Le rachat de Spirou par Dupuis fait de cette série une exception dans le paysage de la bande dessinée franco-belge, où les séries tendent généralement à appartenir à leurs auteurs d'origine.
En 1944, afin de contrebalancer le côté trop lisse de Spirou, Jijé crée à la demande de Jean Doisy, alors rédacteur en chef du journal, le personnage de Fantasio, qui apporte avec ses costumes bizarroïdes (il finit par adopter la mode zazou pendant les années 1940) et ses gaffes une touche de loufoquerie à la série. Le nom de Fantasio vient d'un pseudonyme utilisé par Jean Doisy pour signer l'une des nombreuses rubriques dans le journal. On remarquera la ressemblance du Fantasio des débuts avec Dagobert (Dagwood Bumstead, en anglais), le héros américain masculin de la série Blondie. Fantasio devient le meilleur ami de Spirou et l'accompagnera partout. Au milieu de l'épisode La Maison préfabriquée (1946), Jijé passe la main à l'un de ses élèves les plus prometteurs, le jeune André Franquin, qu'il a déjà testé dans l'épisode Le Tank.
Jijé réalisera encore deux courtes histoires avant de définitivement laisser Franquin dessiner le personnage. Dans une autre de ses séries, Blondin et Cirage, dans l'aventure Blondin et Cirage découvrent les soucoupes volantes (1954), Spirou, le Comte de Champignac et le Marsupilami feront une courte apparition mais seront dessinés par Franquin.
Les années Franquin (années 1950-1960) vignette|droite|Franquin, au premier plan, au Festival d'Angoulême 1983. thumb|upright|Spirou et Fantasio version Franquin chez Rombaldi. Franquin modifie profondément la série en étendant les petites histoires comiques à de longues aventures avec un scénario plus complexe. Il introduit un grand nombre de personnages qui y deviendront récurrents tels le Comte de Champignac (Il y a un sorcier à Champignac), scientifique génial qui devient le grand-père de cœur de Spirou et Fantasio, le maléfique cousin Zantafio (Spirou et les héritiers), la journaliste Seccotine (La Corne de rhinocéros) ou le génie mégalomane et maladroit Zorglub. La période Franquin est considérée comme la plus aboutie de la série, y compris par Hergé, qui exprimera son admiration pour le style graphique de l'auteur.
Quelques personnages mineurs comme le maire de Champignac – roi du discours ampoulé et abscons –, l'ivrogne Dupilon, l'employé Duplumier ou le pilote Roulebille, imprimeront également leur personnalité sur plusieurs albums.
L'une des principales créations de Franquin est le marsupilami, primate imaginaire doté d'une queue démesurément longue (de huit mètres) et surtout d'une force insurpassable, qu'il utilise avec beaucoup d'imagination. Adopté par les héros dans Spirou et les héritiers en 1952, il les suivra dans pratiquement toutes les aventures scénarisées par Franquin. Les marsupilamis apparaissent dans leur milieu naturel dans Le Nid des Marsupilamis en 1957, qui se présente comme un documentaire de Seccotine tourné dans la forêt vierge de l'État fictif de Palombie (Amérique du Sud). Dans Blondin et Cirage découvrent les soucoupes volantes, Jijé mettra en scène un marsupilami africain sans queue, apathique et boulimique, parodie poussée à l'extrême de la créature.
Tembo Tabou avec le Marsupilami est publié pour la première fois dans Le Parisien libéré en 1959, où Franquin reprend le dessin avec Roba, l'histoire ne sera publié par Dupuis qu'en 1974 comme album de la série.
À partir de l'histoire La Peur au bout du fil (1959), Franquin entame une collaboration avec Greg au scénario, et Jidéhem aux décors. Comme dans certaines de ses dernières séries, Greg place ses histoires dans un contexte géopolitique plus réaliste. Le Prisonnier du Bouddha (1961) se passe en Chine continentale, avec des références voilées à la guerre froide. De même, QRN sur Bretzelburg (1966) prend place dans deux pays imaginaires rappelant l'Allemagne d'avant la réunification. Enfin, c'est avec Greg que Franquin crée le savant mégalomaniaque Zorglub dans le diptyque Z comme Zorglub (1961) et L'Ombre du Z (1962).
Franquin se lassant de ces personnages, il décide de se consacrer davantage à celui de Gaston Lagaffe qu’il avait créé en 1957. Après Panade à Champignac (1967), épisode auquel Franquin donne un ton franchement parodique, la série est reprise en 1969 par Jean-Claude Fournier, qui signait déjà dans le journal la série Bizu. Franquin détenant les droits du marsupilami, ce dernier disparaît de la série. Pour faciliter la tâche à son successeur, Franquin permet à Fournier de l'utiliser dans sa première histoire, Le Faiseur d'or (1969) et le dessine lui-même. À partir de Du glucose pour Noémie (1970), les aventures de Spirou et Fantasio se déroulent sans le marsupilami, dont l'absence n'est pas expliquée au lecteur. seuls quelques clins d'œil discrets rappellent le passé de l'animal dans la série. Le personnage ne réapparaît que dans les années 1980, dans sa propre série, et tient plus tard la vedette d'une série animée.
Franquin ne regrettera pas vraiment d'avoir laissé tomber Spirou et Fantasio, personnages qu'il n'a jamais vraiment considérés comme siens, mais déplorera davantage l'abandon des personnages secondaires (entre autres le Comte de Champignac, Dupilon, le Maire et Zorglub), qu'il jugeait faire partie de lui-même. Par respect pour ses créations, Tome et Janry créeront plus tard des personnages calques, en particulier un descendant du Comte (dans L'Horloger de la comète en 1984) et même un descendant de Zorglub, Zorglub junior (dans Le Réveil du Z en 1985). Le graphisme de Janry est fidèle à celui de Franquin, mais les caractères psychologiques donnés à tous les personnages, , sont aux antipodes des mœurs policées que leur donnait Franquin.
Les années Fournier (années 1970) vignette|droite|Le scénariste et dessinateur Fournier en février 2010, en dédicace à Bagnols-sur-Cèze. Fournier dessine neuf albums de la série, dans lesquels Spirou évolue en un héros plus moderne (suivant même la mode des années 1970 en adoptant cheveux longs, pantalon pattes d'eph' et col roulé). Alors que les histoires de Franquin étaient le plus souvent neutres d'un point de vue politique (Franquin défendra plus tard le pacifisme et l'écologisme dans Gaston Lagaffe et les Idées noires, particulièrement tranchantes), Fournier traite de problèmes de société des années 1970 dans Spirou, tels que l'implantation de l’énergie nucléaire (L'Ankou), les dictatures à l'économie fondée sur le trafic de stupéfiants (Kodo le tyran) ou celle de François Duvalier (Tora Torapa). Bien qu'il introduise plusieurs personnages, comme le magicien Itoh Kata, la journaliste Ororéa (Fournier confessera qu'elle remplaçait Seccotine qu'il n'aimait pas dessiner) ou encore une organisation criminelle occulte appelée le Triangle, aucun de ceux-ci n'est réutilisé par la suite, jusqu'à ce que Morvan et Munuera ne réintroduisent Itoh Kata et ses collègues magiciens dans Spirou à Tokyo.
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