Le vosgien est un dialecte du lorrain. Le territoire où il est parlé ne se limite pas au département des Vosges stricto sensu. Il longe le massif gréseux en passant par le pays du Donon et rejoint la Moselle actuelle dans le pays de Saint-Quirin. De même, il faut y inclure le vosgien (ou welche) des vallées alsaciennes dont le pays de Schirmeck-Saales qui a appartenu au département des Vosges entre 1793 et 1871. En comparant cette extension du vosgien avec la carte du massif montagneux très boisé de la Vôge jusqu'aux Vosges du Nord (Hardt), on constate que les deux zones se recoupent, même si le massif vosgien oriental est bordé par des zones alsaciennes ou franciques. Le massif vosgien est biculturel, voire triculturel si l'on rajoute la partie franc-comtoise au sud.

Il s'agit d'une sous-famille de la langue romane parlée en Lorraine que l'on nomme communément le lorrain. De nombreuses personnes confondent ce dernier terme avec la langue germanique parlée sur le sol lorrain que l'on désigne depuis le sous son terme plus précis de « francique » (rhénan, mosellan, luxembourgeois).

La Lorraine ducale avant l'annexion à la France au était diglossique (cohabitation de deux langues différentes comme au Luxembourg ou en Suisse aujourd'hui). Dans le Bailliage d'Allemagne, on parlait les dialectes franciques que tout le monde nommait « l'allemand ». Dans les autres bailliages, on parlait des dialectes romans dont le vosgien.

Histoire de la langue

Écriture Un alphabet vosgien n'existe pas. Il s'agit d'une famille de dialectes romans qu'on n'a pas pris l'habitude d'écrire. Le vosgien est une langue vernaculaire profondément orale. Cela ne signifie pas pour autant que rien n'ait été écrit en vosgien par le passé. Chaque auteur lorrain a plus ou moins pris de grosses libertés avec l'écriture en langue locale en essayant de faire correspondre au maximum le son à la graphie. On utilise généralement l'alphabet latin du français auquel ont été ajoutés des lettres ou digrammes spécifiques au vosgien (voire lorrain) comme le « hh », le « dj » ou le « ï ». Chez certains auteurs, on rencontre beaucoup de signes diacritiques pour les voyelles.

L'orthographe du vosgien dans les textes contemporains et les différents forums est donc plutôt phonétique, spontanée et calquée sur le schéma français bien que certaines graphies aient fini par s'imposer comme le « hh » par exemple. La grande majorité des lettres se prononcent.

Ordre alphabétique et valeur des graphèmes

+A À B C Ç CH D É È EU F G GN H HH I Ï J K L M N O OU P QU R S T U V W X Y Z a à b c ç ch d é è eu f g gn h hh i ï j k l m n o ou p qu' r s t u v w x y z ou [ɣ] [x]

Phonologie

Consonnes

En raison de la diversité phonétique des parlers vosgiens, le tableau ci-dessous résume les consonnes qu'on peut rencontrer dans telle ou telle variante du bassin vosgien sans qu'elles apparaissent forcément toutes dans chaque parler pris isolément.

On rencontre également suivant les régions des lettres affriquées

tch [tʃ] tchampa (chance) dj [dʒ] mindji (manger)

On trouve ces sons plus fréquemment dans les secteurs méridionaux à la limite des parlers franc-comtois (vallée de la Haute Moselle, vallée de la Moselotte), mais aussi à Fraize, dans la vallée de la Haute-Meurthe.

Les lettres H et HH

En parler vosgien, le « h » se prononce aspiré comme dans les langues germaniques pour les mots anglais house et allemand Haus (fr. maison). On l'entend encore en français régional : les hauts [le ho:], la hache [la haʃ].

En revanche, la graphie « hh » ne se prononce pas comme deux « h » à la suite. Il s'agit d'une fricative vélaire comme en allemand « ch » comme dans "Nacht", en néerlandais « g », en espagnol « j » (jota) comme dans "Abajo" ou en arabe comme dans "Khaled". Le chanoine Hingre l'écrivait « kh ».

Les lèvres sont légèrement ouvertes, le bout de la langue est contre les dents inférieures comme quand on fait un « i », le dos de langue ou la partie arrière se lève vers le palais souple (velum) sans vraiment le toucher. Qu'une légère aspiration se fasse entendre est normal car la fente large laissée ouverte par le dos de la langue provoque une sortie d'air sourde avec une friction.

Ce son est très fréquent en vosgien et en général dans le lorrain oriental. Pour simplifier énormément, on le trouve là où en français on aurait « ss », « rs », « xc », « sc », « rc », « x ». Il est un peu plus sonore entre deux voyelles qu'en fin de mot.

Les nasales finales avec ŋ

Quand une nasale (in, ïn, on, an, en) est en fin de mot, on entend l'adjonction d'un N nasale NG [ŋ] comme dans l'adjectif "lang" en allemand, sauf qu'en allemand il n'y a pas de voyelle nasale. Ce son ressemble au son provençal dans le "paing", mais il faut lui enlever le ton chantant et le rebondissement du g de la fin de mot. L'accent des Hautes-Vosges ressemble ainsi par ses nasales à l'accent belge et à l'accent canadien.

maison : mohon [mɔhõŋ] main : [mẽŋ]

Persistance du s- initial Le vosgien a fréquemment conservé le s initial de l'étymon latin ou germanique là où le français a ajouté une voyelle prosthétique e et perdu le s par la suite. Il suit sur ce point le wallon, quoique de manière moins systématique. +Étymon latinVosgienAncien françaisFrançaisWallonstellastâleestoileétoilestoele (steûle, stwale, stwèle)strictusstrâtestroitétroitstroet (streût, strwat, strwèt)stuppastopeestoupeétoupestopespissusspasespaisépaisspèsscortiumscoûhheescorceécorceschoice (hwèce, chwace, scwace)bestiabêtebestebêtebiesseministeriumm'témestiermétiermestîbastumbâtobastonbâtonbaston

Voyelles

On aura remarqué les nasales du « i » et du « u » qui existent dans certaines variantes des Vosges comme dans celles de la Montagne ou de la Haute Moselle. Le u nasalisé est celui du français dans « brun » pour ceux qui font encore la différence entre « brin » et « brun ».

Le a vélaire est à rapprocher du « a » ch'timi ou breton gallo où un Français non dialectophone entend bien plus un « o » qu'un « a ». En réalité, le son est à mi-chemin entre les deux, mais il est tout de même plus près du A arrière bas que du O ouvert.

Symbole API Description du son a palatal bref a long a vélaire bref / long è ouvert bref / long é fermé bref / long e atone, schwa eu ouvert bref / long eu fermé bref / long o fermé bref / long o ouvert bref / long u fermé bref / long ou fermé bref / long i fermé bref / long a nasalisé bref / long (en,an,em) o nasalisé bref / long (on) e nasalisé bref / long (in, ain) i nasalisé (ïn) u nasalisé (un)

Diphtongues

Il n'y a pas de diphtongues à proprement parler en vosgien. Il s'agit plus d'une paire voyelle/ semi-consonne ou semi-consonne/voyelle.

L'association la plus répandue est celle d'une voyelle suivie par la semi-consonne [j] qu'on écrit souvent avec le "y" comme dans "kurèye" (curé).

Symbole API Graphie Exemple* -èy, -èye, -eil, -eille lo m'tèye = le métier -éy, -éye lè guéye = la quille -aye, -ail, -aille l'onaye = l'année -aye, -ail, -aille comme [aj], mais prononciation régionale -aye, -àye, -åye comme [aj], mais prononciation régionale -oye, -oil, -oille lo stoye, stoille = l'étable -oye, -oil, -oille froyi = frayer -euye, -euil, -euille lo beuystiou, beuillestiou = boîteux -euye, -euil, -euille i breuseuille = je bricole

Pour la semi-consonne devant la voyelle :

Symbole API Graphie Exemple -oué, -wé lo fwé = le fer -ouè, -ouais, -wè, etc. lo pwèvre = le poivre -oua, -ois, -wa, .. èbwayé = aboyer -ouo, -ouau, -wo... lo pwo = le porc -ouo, -wo lè bouòtte = le moustique -oui l'ègrèouisse = l'écrevisse

Le son [] écrit -ouà, -ouå, -ouo, -wà, -wå est en fait une variante phonétique du [wa].

(les exemples sont pris dans tous les dialectes possibles)

Apocopes et syncopes

Les parlers vosgiens ne prononcent généralement pas les voyelles non accentuées telles qu'elles sont parvenues des mots bas-latins.

Syncope des voyelles

Il s'agit d'une voyelle au milieu d'un mot qu'on ne prononce pas, comme en français "petit" prononcé "p'tit". On l'écrit généralement avec une apostrophe ou comme avec un "e" qu'on voit, mais ne prononce pas.

lè m'naye (monnaie) - d'mourè (demeurer) - lo lanç'mot / lancemot (lancement) - lo s'moyou (somnoleur) - l'embaul'rosse / embaulerosse (emballeuse)

Apocope des voyelles

Il s'agit le plus souvent, comme en français, d'un " e" atone en fin de mot qu'on n'entend pas: exemple français = une femme [fam]. En dialecte, on peut ne pas l'écrire d'ailleurs, mais à la lecture, on a parfois un doute quant à la bonne prononciation comme dans le mot : lè pare ou lè par (tas de fumier devant la maison). Le premier mot est plus transparent pour le lecteur. tyèhhe / tièhh (limpide, clair) - lè sèlle (chaise)

Le phénomène se généralise aux petits mots grammaticaux comme les pronoms personnels, la négation ou la préposition "de", exactement comme en français oral "j'lui dis" ou "tu l'veux?" ous kè t'vè? = Où vas-tu? Où est-ce que tu vas? j'vâ = je vais

Du coup, on peut avoir les deux phénomènes dans le même mot : t's'rè = tu seras

On le retrouve aussi avec le démonstratif (cé, ço) relié au verbe "être" comme en français "c'est" : ço, ç'o

Accents

Morphologie

Genres

Il existe deux genres comme en français : le masculin et le féminin.

lo fon (le foin) - lè chorotte (la charrette)

On retrouve alors la différenciation dans la finale -ou / -iou au masculin et -rosse, -osse, -(o)yosse, -ouse au féminin.

hhlopou : ivrogne - hhloprosse : une ivrogne moquou : moqueur - moquerosse : moqueuse pônou : pénible - pônouse : pénible

Formes verbales

Modes

On trouve suivant les variantes géographiques les mêmes modes en vosgien qu'en français standard, en totalité ou en partie *infinitif - indicatif - impératif - conditionnel - subjonctif - participe passé/présent

Leur utilisation est identique au français dans les grandes lignes.

L'indicatif comprend en vosgien un temps qui n'existe pas en français, l'imparfait proche. Il sert à exprimer la simultanéité au moment d'une action qui s'est faite dans le passé.

Lorsque tu téléphonas hier à 8 heures, j'étais déjà en train de retourner le foin.

Groupes verbaux

Verbes du premier groupe, suivant les régions, en -è, -é, -a

Ils correspondent aux verbes français en -er, dit du premier groupe. (La forme pour "nous" peut être "j' " ou "nos" ou "dj' ")

Présent Imparfait éloigné Imparfait proche Passé simple Futurj'trove j'trovè j'trovèyezo j'troveus j'troverât'trove t'trovè t'trovèyezo t'troveus t'troveréi trove i trovè i trovèyezo i troveus i troveréj'trovos j'trovin j'trovèyinzo j'trovons j'troveronsvos trovès vos trovin vos trovèyinzo vos trovons vos troverèsi trovot i trovin i trovèyinzo i trovont i troveront

Pour l'imparfait proche de simultanéité on a aussi les finales -eyèzeur, -eyèto, -eyor suivant les régions.

J' troveyèzeur - j'troveyèto - j'troveyor

Pour le passé simple, on a également les formes suivantes (pour : je trouvai, nous trouvâmes)

j'trovôs / j'trovôsses - j'trové / j'troveures - j'troveus / j'troveunes - j'troveux / j'trovons

Le subjonctif présent existe aussi en vosgien suivant les régions. Voici trois variantes parmi les plus fréquentes :

Variante 1 Variante 2 Variante 3 qu'j'troveusse qu'j'trovôsse qu'j'trové qu't'troveusse qu't'trovôsse qu't'trové qu'i troveusse qu'i trovôsse qu'i trové qu'j'trovînsse qu'j'trovînsse qu'j'trovînnse qu'vos trovînsse qu'vos trovînsse qu'vos trovînsse qu'i trovînsse qu'i trovînsse qu'i trovînsse

Verbes du second groupe en -i

On peut prendre "puni" ou "sreuvi" (punir). Il faut savoir que les verbes français du deuxième groupe ne sont pas forcément les mêmes qu'en vosgien.