Le butorphanol est un dérivé agoniste-antagoniste opioïde ayant une activité μ-antagoniste, κ-agoniste et σ-agoniste, contrairement à la plupart des opiacés. Il est utilisé comme un analgésique fort chez l'être humain et comme un analgésique et antitussif chez certains animaux (cheval, chien, chat), notamment en contexte pré- et post-opératoire. Comme pour tous les opioïdes, les consommateurs de butorphanol s'exposent à une addiction physique et psychique sévère — pouvant intervenir à tout moment et persister durant le traitement — et à la mort par asphyxie en cas de surdose. Son utilisation prolongée ou abusive s'accompagne d'un syndrôme de sevrage sévère. Il est réservé au traitement des douleurs intenses chez les patients pour lesquels les autres options thérapeutiques sont inefficaces, mal tolérées ou autrement inadéquates. La dysphorie qu'il provoque limite son potentiel de détournement et de mésusage à des fins récréatives.

Histoire Il est synthétisé par Monkovic en 1971https://www.sciencedirect.com/topics/neuroscience/butorphanol.

Mode d'action Le butorphanol est un agoniste opioïde partiel du récepteur mu et un agoniste complet du récepteur kappa. Son action thérapeutique est l'analgésie. La posologie de ce médicament est ajustée pour limiter les effets indésirables et notamment la dépression du système respiratoire et la dépression du système nerveux. En l'absence de dysfonctionnement respiratoire significatif, l'administration intraveineuse de 2mg de butorphanol et de 10mg de sulfate de morphine entraînent une dépression respiratoire d'une ampleur comparable chez l'être humain. La naloxone est l'antidote d'urgence à utiliser pour neutraliser l'effet des opioïdes sur le système respiratoire.

Utilisation / Posologie gauche|vignette|Le butorphanol est principalement utilisé comme analgésique et antitussif chez le chien. Le butorphanol est 7 fois plus analgésique que la morphine et 100 fois plus anti-tussif que la codéine, mais ce dernier usage est aujourd'hui réservé à la médecine vétérinaire, notamment chez le chien. En médecine vétérinaire, le butorphanol est moins analgésique que la morphine. Il est classé dans les antalgiques de palier IIb, ce qui lui confère une indication contre les douleurs viscérales modérées à sévères et les douleurs somatiques faibles. Le butorphanol est intéressant dans l'analgésie multimodale en combinaison avec les α-agonistes, comme la médétomidine, car il permet de diminuer leurs doses : de butorphanol avec de médétomidine par voie intraveineuse ou intramusculaire.

Outre les voies classiques d'administration (intraveineuse - IV - intramusculaire - IM - sous-cutanée - SC - voie orale - VO), le butorphanol peut être utilisé en perfusion intraveineuse au débit de chez le chien. Enfin, le butorphanol est commercialisé en spray nasal (formes non disponibles en France) en oto-rhino-laryngologieTRONCY É., LANGEVIN B. Analgésie des Carnivores domestiques, Éd. du Point Vétérinaire, 2001, page 67..

Posologie Voie d'administration Latence de l'effet Durée de l'effet Chien IM, IV 10 à 20 min 20 min à 3 heures Chien VO 30 min 6 à 8 heures Chat IM, IV, SC 10 à 20 min 2 à 4 heures Pharmacologie Le butorphanol a un temps de demi-vie plasmatique d'environ 1,5 heure. La durée de son effet analgésique dispose d'une grande variabilité interindividuelle. Au bout d'1 heure, son pic de concentration sérique est maximal. Lorsque tous les récepteurs opioïdes μ et κ sont saturés, le butorphanol subit un effet plafond, aux doses de 0,5 à , doses à partir desquelles l'effet sédanalgésique n'augmente plus. Le butorphanol passe la barrière placentaire et ses concentrations dans le plasma fœtal sont équivalentes à celles dans le plasma maternel. Par voie orale, le butorphanol subit un important effet de premier passage hépatique puisque seule 1/6 de la dose se retrouve dans le plasma. Son catabolisme est essentiellement hépatique, sous forme inactive, par hydroxylation, N-désalkylation et glucuronoconjugaison. Ses anabolites sont principalement excrétés via les urines.

Effets indésirables / Toxicologie Le butorphanol présente les mêmes effets indésirables que les autres opioïdes: myosis, constipation, nausées, vomissements etc. L'usage prolongé des opioïdes peut par ailleurs entraîner une carence en hormones androgènes: baisse de la libido, impuissance, dysfonctionnement érectile, aménorrhée ou infertilité. En raison de son activité agoniste des récepteurs σ, il provoque également une dysphorie (mal-être, angoisse, et inconfort psychologique).

Contrairement à d'autres opioïdes tels que la morphine ou le fentanyl, qui bloquent de plus en plus la respiration si l'on augmente les doses, le butorphanol a un effet plafond. De ce point de vue, il présente une sécurité élevé, reflétée par des indices thérapeutiques élevés : 16 (IV), 29 (IM) et 63 (SC). La DL chez le chien est de . En cas d'intoxication aiguë, le butorphanol provoque les symptômes d'une dépression du système nerveux central (ataxie, convulsions, léthargie) et du système cardio-respiratoire (bradypnée, bradycardie), ainsi que des symptômes digestifs (constipation, diarrhée, anorexie). En cas d'intoxication aiguë, il est nécessaire d'administrer de la naloxone à la dose de par voie intraveineuse, intramusculaire ou sous-cutanée.

Interactions médicamenteuses Le butorphanol ne doit pas être administré avec les opioïdes μ-agonistes, comme la morphine, qu'il antagonise. L'érythromycine et la théophylline sont susceptibles de diminuer le métabolisme du butorphanol.

Législation Le butorphanol n'est pas (encore) inscrit en liste I des substances vénéneuses. Ce n'est pas un stupéfiant du point de vue de sa catégorie légale. En France, l'Agence nationale du médicament vétérinaire recommande un usage strictement réservé aux vétérinaires.

Commercialisation En médecine vétérinaire, en France : Torbugésic Dolorex

Notes et références

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